L'animal lecteur

20 octobre 2018

Sophie Divry : "Trois fois la fin du monde"

Sophie DIVRY : "Trois fois la fin du monde"

Divry

Roman reçu dans le cadre des #MRL18 de Rakuten.

Joseph Kamal est en prison. Et puis par un événement extérieur fortuit, il se retrouve seul. C'est Robinson dans le Quercy. Tout comme Robinson,notamment celui de Tournier, il va peu à peu dresser son monde, ordonner sa vie, s'imposer le travail, vaincre la nature. Lui,  l'ex taulard, le rebelle, le marginal ... le voilà prisonnier de son propre esprit pour ne pas sombrer ...

Roman en trois parties, dont la première, dure, est vive, sans répit, sur le qui-vive. On ferme pas l'oeil. C'est tendu. Et puis, peu à peu, le rythme baisse, tout devient lent. On entre dans un environnement hostile.Dès qu'on quitte le monde habité, le moindre fait devient important, le moindre bruit une menace. 

Avec une qualité littéraire indéniable, Sophie Divry nous fait partager les grandes angoisses mais aussi les petites joies de cet homme perdu. Une réécriture originale du célèbre mythe, où l'on croise aussi des références à La route de Cormac Mc Carthy et au petit Prince de St Exupéry.

Vous l'aurez compris, ça ne respire pas la joie de vivre, mais le titre déjà était annonciateur.

 

 

 

 

 

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09 octobre 2018

Francesco Rapazzini : "Un été vénitien"

Francesco RAPAZZINI : Un été vénitien

un été vénitien

Venise, ah Venise ! Thème éternel, personnage de roman à elle seule ! Venise ! Ici c'est la Venise des vénitiens, de ceux qui vivent là, de ceux qui ne partent pas, de ceux qui passent leur été le long des rios et autres fondamente, qui se baignent sur place, ou au Lido. Et surtout la Venise de Francesco, vénitien de 17 ans en 1978. L'été il fait chaud, et à 17 ans on sent que l'on est en train de franchir un seuil, de passer peu à peu de l'autre côté, de quitter définitivement un monde qui n'existera plus désormais.

Passage donc, découverte des émois amoureux, du désir, ode à l'amitié, à la vie de quartier, aux repas partagés entre voisins et aux rêves.

Pour les rencontres, Venise se pose là. Traversée en permanence par des visiteurs qui restent un peu, qui passent l'été, qui partent , qui reviennent ... on croise au détour du récit Peggy Guggenheim ou Anthony Burgess, telle comtesse dont le palais borde la grand canal ...

C'est bien écrit, certes, mais le récit trop linéaire tarde à susciter l'intérêt. Malgré l'ambiance, qui imprègne bien le lecteur, comme une moiteur estivale et maritime, on se demande où l'on va ... Et l'on va irrémédiablement vers la fin de l'été, comme Venise va peu à peu vers la fin d'une ville qu'elle ne sera plus, quittant son innocence enfantine pour dépérir lentement mais sûrement sous les coups sans cesse plus ingrats d'un tourisme envahissant et destructeur.

Merci à Babélio de 'avoir permis de faire ce voyage littéraire , grâce à Masse Critique.

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02 octobre 2018

Jean Echenoz : "Je m'en vais"

Jean ECHENOZ : "Je m'en vais"

je m'en vais

 

Quel bon bouquin encore ! Du grand Echenoz, comme on l'aime: exigeant avec la langue, rigoureux avec la trame, désopilant avec les situations ...

Ce roman a reçu le prix Goncourt en son temps, ce qui, en soit, ne signifie pas grand chose car cela dépend de la première sélection du comité cette année là.

Ici on est dans la veine de Cherokee en moins déjanté. Mais l'insignifiance est poussée à l'extrême : les personnages, notamment Ferrer le marchand d'art dépressif magnifique, l'intrigue invraisemblable dans le milieux du marché de l'art contemporain et les événements qui se succèdent toujours à la limite de l'absurde, mêlant intrigue criminelle et petits faits du quotidien.

Mais tout le charme réside dans le talent de l'auteur pour utiliser son génie de l'écriture au service d'une si petite histoire. On peut s'ennuyer ferme à la lecture de ce roman, si l'humour, la dérision, la critique du milieu de la création plastique contemporaine cachés dans le texte n'apparaissent pas au premier coup d'oeuil. Mais qui se laisse emporter par cette prose se délecte de ce conte noir et drôle, déprimant et vigoureux à la fois. Un état d'esprit, quoi.

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17 septembre 2018

Marin Ledun : "Au fer rouge"

Marin LEDUN : "Au fer rouge"

au_fer_rouge

Ça faisait un moment que je voyais le nom de Marin Ledun, sur les réseaux de lecteurs ou bien dans toutes les librairies sans jamais avoir encore pris le temps de m'y plonger. Il avait suscité ma curiosité avec des polars dont l'action prend place au Pays basque, en lien avec les mouvements politico-révolutionnaires locaux. C'est chose faite.

"Au fer rouge" mêle à la fois le banditisme, le trafic de drogue, les affaires immobilières, les luttes écolo-indépendantistes et les flics pourris.

C'est bien mené et bien documenté. Nous sommes dans un polar choral où l'intérêt de chacun est clairement exprimé, toutes les contradictions savamment mises à jour, toutes les embrouilles finement distillées. On navigue dans un monde parallèle pour qui à l'habitude de vivre ou de se promener au Pays Basque, ici on est loin des cartes postales, des tissus rayés et du fromage de brebis.

Le décor est le même, mais l'ambiance est différente. Ici tout le monde est méchant, compromis, corrompu, sans autre de foi que l'argent, le bénéfice personnel ... alors l'intérêt général d'une paix retrouvée, ça intéresse qui ? A moins que de la paix ne naissent des bonnes affaires ? Mais il n'y aura pas que des gagnants dans cette perspective ... chacun essaie de tirer son épingle du jeu, et tant pis pour les autres.

Un roman sombre, au rythme élevé, sans aucun temps mort, qui entraîne le lecteur dans le coeur d'un système qu'on espère quand même issu de l'imagination de l'auteur.

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05 septembre 2018

Cécile Coulon : "Trois saisons d'orage"

Cécile COULON : "Trois saisons d'orage"

Trois saisons d'orage

Les saisons d'orage sont annonciatrices de drame. Ici le drame s'étend sur trois générations, c'est dire s'il est profond. Et pourtant ...

Ça commence comme du Giono, la vie du village à travers celle de son médecin de campagne qui arrive de la ville. L'essor du village est fulgurant, dû à l'acharnement de quelques entrepreneurs dans l'exploitation de carrières de pierre blanche. Un village reculé pourtant, où les gens ne viennent pas s'installer. La communauté villageoise vit dans un entre-soi que la venue du médecin va perturber, bien malgré lui.

Existe t-il une force, telle celle de l'orage, capable de ravager un équilibre qui semble inébranlable ?

Le développement de l'activité va engendrer de nouveaux besoins, de nouveaux habitants vont s'installer, les promoteurs immobiliers vont lorgner sur cet espace au décor époustouflant ... la génération suivante va t-elle savoir préserver l'esprit du village ? Et cet esprit est-il compatible avec l'amour qui peut attirer deux êtres différents, l'un de la ville, l'autre du village ?  La troisième génération va-t-elle unifier tous les contraires, toutes les aspirations ? L'orage sera t-il à la fin le plus fort ?

Avec son écriture qui donne du corps aux personnages, aux lieux et aux situations, Cécile Coulon nous transporte dans une atmosphère intemporelle et universelle, dans un roman multiple où les les petits faits peuvent avoir des conséquences décuplées par la relative réclusion des protagonistes.

 

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22 août 2018

Fedor Dostoeivski : "Le joueur"

Fedor DOSTOIEVSKI : "Le joueur"

 

Le joueur

Amour et jeux d'argent dans la bonne société européenne du XIXème siècle.

De l'amour il en est question, l'amour que voue le narrateur Alexei pour Pauline, par exemple, ou l'amour du général pour Mademoiselle Blanche. Des jeux d'argent il en question également. De façon très visible à travers la table de roulette du casino de Roulettenbourg, mais aussi à travers les dettes et les hypothèques du général, et à travers la perspective d'un héritage de la vieille grand-mère ... Tout le monde croit qu'il va gagner !

C'est l'illusion du jeu et de la vie. De façon générale beaucoup perdent, et certains perdent gros, très gros même.

Ce court roman, écrit sur commande, est un brin mélancolique. Notamment ce personnage d'Alexei, précepteur chez le général, qui représente ce qu'on pourrait appeler "l'âme russe" et qui contribue par la narration qu'il fait des évènements à donner le ton. On alterne les sentiments de joie intense et de tristesse profonde. Comme sur la table de roulette, lorsque la mise fût la bonne à plusieurs reprises et que l'heur tourne.

Si l'amour est un jeu, est-ce un jeu de hasard ?  Comment saisir sa chance au bon moment ? Comment discerner ce qui chez l'autre indique qu'il est temps de s'en aller, de sortir, de quitter définitivement cet enfer ? En matière d'amour et de jeux, les conseils des "amis" ne sont jamais avisés, mais ici, comme souvent, même un homme averti ne vaut pas grand chose, surtout s'il perd.

Un bon roman qui permet une entrée en matière pour découvrir l'auteur sans s'attaquer aux monuments.

 

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14 août 2018

James Lee Burke: "Texas forever"

James LEE BURKE  : "Texas forever"

Texas Forever

S'il est commun d'associer le nom de James Lee Burke à la Louisiane, ici le héros est clairement le voisin : le Texas. On entre, sous le prétexte de deux détenus évadés qui fuient la Louisiane,dans la genèse de la constitution de cet Etat dans les années 1830. C'est douloureux. Le vaste territoire est alors sous la domination mexicaine dont l'armée maltraite tout à la fois les colonies des protestants anglophones et les villages indiens qui bordent les rivières.

L'ambiance est donc à la guerre, mais pas si franchement que ça car une longue partie du roman est consacrée à la fuite à travers forêts, bois, plaines ...et rencontres, toute une atmosphère bien plantée par l'auteur. Les personnages que ce soit Hugh et Son, les fugitifs, ou bien toutes les rencontres qu'ils font, indiens, brigands, chasseurs de primes, voleurs de chevaux sont bien pittoresques. C'est du western. On passe du vent des plaines à l'odeur des écuries, du sentiment amoureux à la débauche du jeu et de l'alcool.

Le salut des fugitifs se trouve dans cette armée bigarrée en cours de construction sous le commandement de Sam Houston et chargée de ne pas laisser le Texas aux mains des mexicains mais d'en faire une république indépendante.

Une lecture sympathique à la fois pour l'ambiance et pour l'Histoire même s'il ne s'agit certainement pas du meilleur James Lee Burke.

Posté par fran6h à 08:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]