L'animal lecteur

04 juillet 2017

Dans le sac pour les vacances

Chaleur, torpeur, bonheur ...

 

On remplit le sac avant de partir :

Vacances 2017

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27 juin 2017

Hédi Kaddour : "Les prépondérants"

Hédi KADDOUR : "Les prépondérants"

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"Les prépondérants" c'est le nom d'un club dans l'Afrique du Nord coloniale, fort de ces certitudes de suprématie, de civilisation et de culture. A Nahbès, ville imaginaire d'un territoire sous protectorat, vit une population composite d'indigènes, arabes,  d'européens, colons français mais également italiens et espagnols et de juifs. Cette population se mélange peu ce qui garantit la stabilité de l'édifice. Et pourtant dans cette Afrique du Nord des années 1920, la certitude de l'organisation coloniale sera ébranlée.

"Les prépondérants" c'est le roman de cette fissure, de cette déchirure vue à travers quelques personnages forts, Rania, Si Ahmed, Ganthier, Gabrielle, Kathryn et surtout Raouf.

Hédi Kaddour allume l'étincelle avec l'arrivée d'une équipe de cinéma américaine venue pour le tournage d'un film. Réalisateur, comédiens, techniciens, vont apporter leur vision du monde. Le choc. Et la place des femmes dans ce nouveau monde va ébranler l'édifice séculaire. Trois perceptions s'opposent, celle de la tradition musulmane, celle des colons français et celle d'une nouvelle civilisation conquérante et porteuse d'un message de liberté des peuples depuis la victoire de 1918.

Le monde change et le voyage en Europe, entre la France et l'Allemagne,  nous permet de replacer les événements locaux dans un ensemble plus vaste, fait de vengeance d'un côté et de ressentiment de l'autre. Raouf, le lettré, prend conscience d'une liberté des moeurs et de l'insouciance de la jeunesse porteuse d'un avenir révolutionnaire.

Et le retour au pays, et les soubresauts de la révolte qui gronde, du soulèvement, de l'envie de mettre à bas le système colonial. Mais pour aller où ? Les américains reviennent pour un autre tournage ... et avec eux, dans les bagages, les germes d'une nouvelle colonisation qui s'étendra tout au long du XXème siècle.

C'est un très bon roman, écrit avec beaucoup de soin, très riche, porteur de nombreux thèmes du monde contemporain mais aussi bourré d'anédoctes et de scènes cocasses et drôles. Situé dans un contexte géographique et historique précis, ce texte place néanmoins chaque homme, chaque lecteur aussi, dans un monde complet, global et en perpétuel mouvement.

 

 

 

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19 juin 2017

Cyprien Mycinski : "Via Francigena, traverser l'Italie à pied"

Cyprien MYCINSKI : "Via Francigena - Traverser l'Italie à pied"

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On a tous en tête les milliers de récits de randonneurs, cheminant sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, cherchant qui la spiritualité, qui la quête personnelle, qui la sérénité ou l'aventure ...

Ici, on sort des sentiers battus. Cyprien Mycinski nous emmène, de son pas lent et serin à travers l'Italie, que l'on traverse du nord-ouest au sud-est. La Via Francigena est une voie tracée depuis le plus haut moyen âge et qui emprunte parfois des voies romaines, qui serpente dans toute l'Europe du nord au sud pour conduire les pèlerins vers Rome et l'Orient (via les ports de l'Italie adriatique).

On part des Alpes, la rudesse de la Vallée d'Aoste, la monotonie de la plaine du Pô, la beauté éblouissante de la Toscane, le souffle de l'histoire des hommes dans le Latium, la traversée des Appenins, le soleil écrasant des Pouilles et l'arrivée sur l'Adriatique. C'est long mais c'est varié.

Le récit également est varié, même s'il peut paraître long et parfois ennuyeux, comme peut l'être l'enchainement des jours de marche solitaire.

Mais au-delà du récit de voyage, l'auteur ne s'attarde pas trop sur les aspects quotidiens de sa traversée pour toujours avoir le soucis de nous faire partager des découvertes et de les replacer dans un contexte culturel, géographique ou historique particulier. On traverse l'Italie certes, mais toute l'Italie. Celle des étrusques, celle des romains, celle des papes, celle de la Renaissance, celle de l'occupation napoléonienne, celle de la lutte pour l'unité, celle de la résistance au fascisme, de l'industrialisation, celle des hommes et des femmes, celle des contrastes, celle que l'on aime.

Merci à Babélio et à Masse Critique pour m'avoir fait découvrir cette expérience qui donne envie de partir, sac au dos à travers cette péninsule si riche de sa diversité.

 

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19 mai 2017

Jean Giraud : "Ombres sur Venise"

Jean GIRAUD : "Ombres sur Venise"

 

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Quand on aime Venise, on ne peut qu'être tenté par cette lecture. On entre dans l'intimité de la ville, dans son ambiance, dans son sein loin des sites mondialement connus, du grand canal, de Saint Marc et du Rialto. Et pour cause. Les meurtres horribles qui y sont perpétrés ont toujours lieu dans des endroits peu fréquentés des touristes, le soir en général et touchent des passants isolés. Et tout ceci en plein hiver.  Avec ce polar, l'enquête nous conduit dans les profondeurs de la cité, dans les palais abandonnés, les anciens chantiers navals, des lieux souvent délabrés loin du faste et de l'imaginaire de la Cité des Doges.

Sans être un grand polar, l'auteur nous ballade, non seulement à travers la ville, mais aussi de l'art contemporain à la mythologie. Et tout doucement, alors que l'horreur et la terreur envahissent calle et campi, le récit passe de l'enquête policière au fantastique, à l'imaginaire, à l'extraordinaire.

Et ce n'est donc pas la police et ses méthodes traditionnelles ou scientifiques qui permettront de mettre fin au massacre. Seul un groupe d'hommes hétéroclites, à la fois curieux et ouverts, dont les intelligences sont complémentaires arrivera à comprendre de quoi il s'agit ... Si le lecteur est lui aussi ouvert, il se laissera alors emporté par cette aventure hors du commun malgré une narration parfois déroutante ou maladroite.

 

 

 

 

 

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30 avril 2017

Valérie Zenatti : "Jacob, Jacob"

Valérie ZENATTI : "Jacob, Jacob"

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Constantine 1944, Jacob a tout juste dix neuf ans et le voilà conscrit pour aller libérer la France de l'occupant allemand. Lui, le juif algérien, qui ne rêve que d'amour, de jeunesse, d'insouciance.

Cette Algérie bigarrée où se côtoient des arabes musulmans, des français catholiques et des juifs. Des jeunes qui parfois fréquentent le même lycée. Des jeunes qui se retrouvent à la caserne, puis participent au débarquement en Provence pour libérer un territoire, un pays, qu'ils ne connaissent pas.

Jacob vit à Constantine avec sa famille, des cordonniers, des gens de peu, religieux par tradition plus que par croyance, une famille qui s'entasse dans un petit appartement, une famille où les femmes sont écrasées, condamnées à beaucoup élever les enfants et peu la voix.

Jacob est l'ange de la famille. Rachel, sa mère, le sait bien. Elle qui va le chercher, qui va errer de casernes en casernes à l'affut d'un regard, d'un sourire de son fils. Elle qui va souffrir en silence.

C'est toute une époque et un lieu qui est décrit dans ce court roman. C'est l'Algérie provinciale des années '40, où l'on écoute Cheikh Raymond et Edith Piaf, où le multiculturalisme est naturel sans  qu'on s'en rende compte. C'est aussi l'Algérie qui est en train de changer, celle qui cherche à s'émanciper.

Avec ce roman, à l'écriture fine et ciselée, Valérie Zenatti nous transporte dans un conte familial. C'est fin, c'est pudique, c'est tendre souvent et sans concessions parfois. Une lecture qui donne envie de prolonger la thématique avec "Les prépondérants" d'Hédi Kaddour.

Constantine10

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21 avril 2017

Diane Ducret : "Les indésirables"

Diane DUCRET : "Les indésirables"

Ducret

Gurs, je passais devant l'entrée du camp dans les années '80 pour rejoindre la station de ski de La Pierre Saint Martin et je savais vaguement qu'Hannah Arendt y fut interné pendant la seconde guerre mondiale. Mais quant au reste pas grand chose.

Diane Ducret prend comme point de départ la "rafle" du veld'hiv de mai 1940, pendant laquelle les femmes allemandes, citoyennes ressortissants d'un pays en guerre contre la France et potentielles traîtres furent arrêtées et internées de force . Les indésirables.

Elles seront des milliers à rejoindre ce camp construit pour "abriter" des républicains espagnols qui fuient la dictature franquiste. C'est parmi ces indésirables que l'auteure choisit les personnages principaux et nous fait pénétrer dans la vie de ce camp.

A travers les destins de Lise et d'Eva, nous plongeons dans un quotidien misérable et précaire, mais sans jamais tombé dans le sordide. Ces femmes n'acceptent pas la résignation, la destinée fatale. Partageant le camp avec des milliers d'hommes qui y sont depuis une année déjà, elles veulent entretenir l'espoir. Cet espoir va s'incarner autour d'un piano, de quelques chansons, d'un décor peint et de bancs pour accueillir du public. Incroyable ! Il s'agit bien d'un cabaret !

Avec l'aide compréhensive d'un commandant qui a foi en l'humain, elles vont apporter la substantifique vigueur qui permet de supporter l'insupportable, de vaincre l'isolement et la maltraitance, la faim et le froid.

Superbement écrit, émaillé de textes divers, chansons, poèmes, lettres, ce roman est beau. Il donne corps à des personnages attachants, dans des situations compliquées, et les liens qui les unissent sont profonds et sincères.

Une lecture qui non seulement met en lumière un épisode de l'histoire française de la seconde guerre mondiale peu connu mais qui se révèle être un roman qui touche le lecteur en pointant l'irréductible part d'humanité que chacun porte en soi et qu'on appelle la culture.

 

 

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10 avril 2017

Paula Hawkins : "La fille du train"

Paula HAWKINS : "La fille du train"

fille du train

Si vous êtes névrosée, menteuse, un tantinet voyeur et légèrement portée sur l'alcool, alors ce thriller est pour vous. A force d'aller-retours dans ce train de banlieue on finit par connaître les habitants riverains de la ligne. Surtout ceux qui vivent à proximité de la maison où vous avez vécu cette histoire d'amour qui s'est si mal terminée. On imagine les connaître ... Le jour où on annonce la disparition de Megan, cette femme vue maintes fois sur son balcon, comment ne pas intervenir dans cette histoire alors qu'on a été témoin de faits qui peuvent influencer le cours des recherches ?

Rachel est une perdue, une paumée, une désespérée qui s'accroche à de minuscules petits fils pour que sa vie ne bascule pas complément.

Rachel qui se réfugie dans la boisson jusqu'au point où la mémoire lui joue des tours. Et quels tours !  Car elle se trouvait sur les lieux le soir de la disparition de Megan. Tout s'embrouille.

Tout s'embrouille aussi dans la tête du lecteur qui découvre peu à peu les personnages, leurs interactions, les faits cachés, les petits mensonges, les déformations, les interprétations. Avec rigueur l'auteure nous conduit dans les méandres sombres de ces esprits tous aussi torturés les uns que les autres. Dans cet été londonien, entre canicule et pluie glaciale, le lecteur est balloté, comme dans le train, entre ces maisons voisines où, au-delà des apparences, remontent à la surface des relents d'horreur et de cruauté. Mais tout ceci n'est-il vrai que dans l'esprit de Rachel ?

 

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