L'animal lecteur

30 septembre 2016

Jim Fergus : "Mille femmes blanches"

Jim FERGUS : "Mille femmes blanches"

mille femmes

Toujours plus à l'Ouest, dans la grande prairie, vers les collines noires qui regorgent de richesses naturelles, les américains "caucasiens" arrivés d'Europe aimeraient bien pouvoir s'y installer en paix. Mais voilà, ces terres sont celles de tribus indiennes et la guerre sur la "frontière" fait rage depuis de nombreuses années. Quand on dit "indien" on ne parle pas d'un Peuple unique et solidaire. Il s'agit d'une multitude de groupes, parfois unis par une langue commune, mais souvent rivaux, voire ennemis, qui cohabitent sur ce grand territoire. Parmi ces tribus, il y a les Cheyennes.

Chez ce Peuple, ce sont les femmes qui transmettent l'origine, l'identité en quelque sorte. Pour pacifier la région et permettre au Peuple de perdurer, d'avoir un avenir dans la paix, le chef Little Wolf propose un marché au grand-père blanc, le président Grant. En échange de chevaux de bonne qualité, le grand-père blanc offrira au Peuple mille femmes blanches qui viendront épouser les hommes de la tribu et donner des progénitures qui inscriront l'histoire des deux peuples dans un avenir commun.

Grant accepte, et organise le marché.

C'est comme ça que May Dodd, de Chicago, se retrouve dans cette aventure au printemps 1875.

Elle rédigera des carnets, sorte de journal qui retrace les faits et réflexions. La lecture de ces carnets nous plonge dans un univers hors du commun, les conditions de voyage, les haltes dans les forts de l'armée sur la "frontière", l'arrivée au campement indien, la découverte d'une nouvelle culture, d'un mode de vie, de croyances ... Un choc culturel. Et dans les deux sens. Car les femmes, arrivées en groupe dans le village, vont aussi influencer la vie du groupe. La greffe demande des efforts de chaque côte, mais elle prend. Jusqu'à quand ?

Car une pacification par les générations futures s'inscrit dans le temps long. Les blancs auront-ils la patience de laisser passer les générations ?

A travers ce roman majestueux, Jim Fergus nous plonge dans l'Amérique du XIXè siècle, cette Amérique conquérante, porteuse de valeurs universelles et d'une religion qu'elle cherche à imposer partout comme un gage d'une paix éternelle. Les "indiens" qui ne veulent pas se soumettre doivent vivre dans des réserves ou mourir par les armes. Le sauvage n'est pas compatible avec l'idéal de la civilisation porté par l'homme blanc.

A la fois roman d'aventure, western, roman d'émancipation féminine et de relations interculturelles, il nous questionne sur le fondement des sociétés dites "occidentales" face à l'altérité et sur la violence dans la mise en oeuvre d'un projet politique qui vise à unifier la société. Excellent, poignant, drôle et grave, cette lecture ne laisse pas indifférent.

Il est temps maintenant de lire "La vengeance des mères" qui est présenté comme la suite de cette aventure incroyable.

 

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28 septembre 2016

Natacha Appanah : "Tropique de la violence"

Natacha APPANAH : "Tropique de la violence"

Tropique

Attiré par ce livre non seulement parce qu'il figure sur la liste du Goncourt mais aussi après avoir vu l'auteure lors de l'émission de télévision "La grande librairie", et bien voilà une petite claque littéraire.

Mayotte, un territoire oublié de la République ? Sous les tropiques tout n'est pas que mer, ciel et soleil. Déjà avec Gisèle Pineau on le savait pour ce qui concerne la Guadeloupe par exemple, mais ici on est carrément en terre inconnue. Dans l'océan indien, Mayotte un havre d'espérances pour des milliers et des milliers de comoriens, malgaches et africains, qui accostent clandestinement en France. Et ces filles-mères, ces bandes de jeunes garçons qui se retrouvent sans familles, sans repères, livrés à la nature sauvage et cruelle des bandes, de la drogue et de la rapine.

Et puis quelques blancs, des muzungus, qui travaillent ici, comme Marie, cette infirmière dévouée qui côtoie cette violence. Marie qui recueillera cet enfant, Moïse, et lui donnera amour et éducation. Mais cela suffit-il à forger une identité ? Un oeil marron et un oeil vert, une peau noire et une âme blanche.

Et puis un policier ou un éducateur. Mais que peuvent-ils dans cet engrenage de violence quotidienne ?

Natacha Appanah maîtrise le sujet, la forme et la lettre. C'est vif, c'est cruel. C'est un choc ! Bravo !

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06 septembre 2016

Henry James : "Voyage en France"

Henry JAMES : "Voyage en France"

Voyage en France

Un beau tour de France que voilà. Nous sommes en 1882 et Henry James entreprend de visiter quelques lieux à travers la France. Des châteaux de la Loire à Beaune et Dijon, en passant par quelques villes (Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier) et la Provence (Avignon, Aigues-Mortes, Pont du Gard ...) on se régale de ces chroniques.

Évidemment à l'époque le tourisme est balbutiant, et la plupart des lieux tels qu''on les connaît aujourd'hui sont parfois à peine restauré, voire en état de quasi abandon. La structure touristique n'existe pratiquement pas, on va, on vient, on trouve un gardien qui ouvre des portes, explique le monument et éventuellement vend des photos ou un guide. Car c'est sous l'angle du patrimoine architectural et plastique (peinture et sculpture essentiellement) que les commentaires sont rédigés. Mais au delà, on mange et on couche dans des auberges pour voyageurs de commerce, et les déplacement en train ou en patache sont parfois épiques.

Ne cédant en rien à la facilité, Henry James donne une opinion, il assume la subjectivité de son jugement qu'il cherche néanmoins à tempérer.

Sans être un guide de voyage, la lecture s'apparente plutôt à une aventure touristique, à une expérience unique que le voyageur du XXIème siècle envie à tout point de vue.

 

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01 septembre 2016

Rentrée littéraire 2016

Rentrée littéraire 2016

Rentrée sélection

Comme chaque année à la même époque je fais une petite sélection parmi les centaines de nouveautés. Mon choix a été orienté sur des auteurs dont j'ai déjà apprécié au moins un livre et dont je suis curieux de voir comment ils évoluent.

C'est le cas pour Valentine Goby et son "Un paquebot dans les arbres" dont j'avais adoré "Kinderzimmer".

C'est également le cas pour Eric Vuillard et son "14 Juillet" dont j'avais aimé "Tristesse de la terre"

Enfin je désire me replonger dans l'écriture de Marie Sizun avec "La gouvernante suédoise" et me souvenir des bons passés avec "Le père de la petite", "La femme de l'allemand" ou bien encore "Jeux croisés".

Enfin, en guise de nouveauté, je me sens très attiré par "La vengeance des mères" de Jim Fergus et donc commencer par le premier tome.

 

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24 août 2016

Catherine Poulain : "Le grand marin"

Catherine POULAIN : "Le grand marin"

le-grand-marin

J'ai vraiment eu du mal avec ce roman. Pourtant les thèmes sont forts, entre la quête de l'absolu et la recherche de soi : vivre avant de mourir. C'est à travers un défi personnel hors du commun qu'ils se concrétisent : s'engager sur un bateau de pêche en Alaska. Basée sur l'expérience même de l'auteure, la narratrice part dans cette aventure avec opiniâtreté, bravant les difficultés de toutes natures (naturelles, humaines, physiques, morales ...), menant sa vie tambour battant sur ces bateaux, petits mondes d'hommes, de labeur, de sueur, de travail acharné, de souffrances ...

Mais que cherche t-elle dans cette soif d'absolu ? Que fuit-elle ainsi ? Cherche t-elle la rédemption de quelques péchés ?

Le récit nous immerge complètement dans cet univers de bout du monde, entre les paquets de mer sur des cirés trop grands, les embruns sur les quais, les odeurs de peinture et les litres de bières avalés. Mais le fil conducteur est difficile à trouver.

Évidemment, il y a le grand marin. Cet homme, ce lion, le taiseux, celui qui va fasciner Lilli. Peut-on vraiment aimer quelqu'un quand on mène une vie tournée à ce point vers l'absolu ?

Malgré une belle écriture et une force évocatrice évidente, ce roman n'aura toutefois pas su me transporter complètement.

 

 

 

 

 

Posté par fran6h à 10:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 août 2016

Eric-Emmanuel Schmitt : "L'élixir d'amour"

Eric-Emmanuel SCHMITT : "L'élixir d'amour"

schmidt

Roman en forme d'échanges de lettres, de messages plutôt, entre deux amants qui viennent de se séparer et qui cherchent à construire quelque chose après l'amour. Après l'amour, lorsqu'il n'est plus le ciment d'un couple, que reste t-il ?

En forme de défi, sur la base de la thérapie psychanalytique, peut-on trouver un équivalent à l'élixir d'amour qui emporta Tristan et Iseult ? L'amour peut-il être provoqué ?  Est-ce qu'il est possible pour le thérapeute de profiter du lien particulier qui l'unit à son patient en cours de traitement pour générer cette attirance qui deviendra de l'amour ? Finalement l'amour est-ce une chose que l'on choisit ou bien que l'on subit ?

Subtilement, l'auteur nous questionne, nous interroge, nous pousse à la réflexion. Même si les situations sont parfois un peu caricaturales, les pensées qui traversent ces lettres échangées sont vives et percutantes. Sans être un grand roman,le texte reste original, plaisant et vite lu.

 

 

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05 août 2016

Dominique Fernandez : "Le piéton de Rome"

Dominique FERNANDEZ : "Le piéton de Rome"

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Dominique Fernandez est certainement le français qui connaît le mieux Rome. Alors, rien de tel, lorsque l'on part passer une semaine dans la ville éternelle, que d'emporter dans son bagage ce bouquin. Un vrai complément, documenté et subjectif, des traditionnels guides de voyages.

En compagnie de Dominique Fernandez, on est comme avec un ami qui explique les choses que l'on voit, mais aussi celles que l'on ne voit pas, l'explicite et l'implicite. De la Rome antique à la Rome actuelle, et selon des thématiques propres à cette ville le lecteur est porté à la rencontre de personnages et de faits.

Hadrien que l'on croise partout, l'ombre d'Italo Calvino au café Rosati, Bernin qu'on apprend à connaître, le Caravage, Raphaël, Mussolini, le poids de l'Eglise, le rôle du Vatican ... quel délice !

Et les fontaines, et les statues, et les obélisques, chaque instant du piéton de Rome est agrémenté de commentaires qui ne sont pas que des analyses explicatives mais également des opinions, des points de vue, des partis pris.

Bravo (au sens italien du terme) et merci pour ces moments partagés.

 

 

 

Posté par fran6h à 22:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]