L'animal lecteur

18 décembre 2018

Jean-Christophe Rufin : "Le suspendu de Conakry"

Jean-Christophe RUFIN : "Le suspendu de Conakry"

Conakry

J'avais lu Rufin, il y a bien longtemps un été au moment de "L'abyssin". J'en garde un excellent souvenir. Ensuite je ne m'y suis pas replongé notamment dans ses best sellers "Rouge Brésil" ou "Le collier rouge". Mais un petit tapage médiatique aura eu raison de moi, et je me laisse tenter par ce mystérieux suspendu.

Un homme, français à la retraite, que l'on retrouve pendu par les pieds au faite du mat de son voilier amarré dans le port de Conakry en Guinée, voilà qui augure polar et exotisme. D'autant que l'enquête est menée, en marge des services de police par un consul de France, ce qui ajoute une touche originale à l'aventure.

Et comme l'on sait que l'auteur connaît bien l'Afrique et le milieu diplomatique, le récit devrait être intéressant. Et il l'est à plusieurs titres.

Évidemment, il y a l'enquête elle-même, mais ce n'est pas si central que ça finalement, les amateurs du genre polar resteront largement sur leur faim. C'est le personnage d'Aurel Timescu qui tient l'histoire. Ce fonctionnaire atypique et placardisé qui va par un concours de circonstances se retrouver aux manettes et les saisir à pleines mains. Mais c'est surtout l'atmosphère de cette ville portuaire de Guinée, les français entre-eux, l'ubuesque kafkaïsme des services de l'ambassade, une ambiance avec des relents de colonialisme, mais aussi la chaleur, la moiteur, la violence et la débrouille.

Un bon roman, pas un grand, mais un roman plaisant qui se lit vite.

 

 

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04 décembre 2018

Meryem Alaoui : "La vérité sort de la bouche du cheval"

Meryem Alaoui "La vérité sort de la bouche du cheval"

La vérité sort

Dans les rues de Casablanca, près du marché, sur les escaliers, traînent les prostituées qui attendent le chaland. Et parmi elles, Jmiaa. Quelle bonne femme ! Cette histoire apporte de la fraîcheur, contée comme si on partageait un thé sur la terrasse avec une amie par un après-midi de chaleur. Entre copines en quelque sorte.

Jmiaa n'a pas de grands rêves dans la vie, elle essaie de survivre dans ce monde et d'élever sa fille de sept ans. Le hasard des rencontres, des histoires d'amour qui tournent mal, lui feront connaître le trottoir, le commerce de la chair. Jusqu'au jour où une réalisatrice de cinéma cherche à se documenter sur la vie des prostituées à Casablanca.

Deux mondes qui s'ignorent se rencontrent alors.

Dans ce roman, au delà du fond qu'on peut critiquer, c'est le ton qui est brillant. Meryem Alaoui nous emmène, nous transporte complètement, et pourtant on reste en permanence dans le quotidien, souvent le plus futile. Un bon moment de lecture, plein de contrastes, de perceptions du monde différentes, de focales décalées et de gouaille ! Un vrai plaisir ce bouquin.

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17 novembre 2018

Ilaria Tuti : "Sur le toit de l'enfer"

Ilaria TUTI : "Sur le toit de l'enfer"

 

Sur le toit de l'enfer

Alors là je remercie bien Masse critique de Babélio et La Bête Noire pour cet envoi ! Cette lecture assez éloignée de mon standard habituel m'a donné une énorme satisfaction. Voilà une intrigue menée de main de maître dans un paysage éblouissant des montagnes frioulanes au nord-est de l'Italie.

Dans cette contrée reculée les habitants forment une communauté qui cherche plus que tout à se préserver,comme un instinct de survie qui les uniraient collectivement, contre tout envahisseur qui viendrait perturber l'équilibre. Évidemment la construction d'une station de sports d'hiver, avec son lot de déforestation et autres, n'est pas la bienvenue pour tous. Et quand le principal ingénieur de ce chantier est retrouvé mort avec les yeux arrachés, la venue de la commissaire Battaglia et de son équipe provoque alors un repli de la communauté.

Peu à peu, en croisant différents récits, l'auteure nous emmène sur la piste du meurtrier. D'autant qu'il y aura d'autres victimes. Nous en savons alors plus que les enquêteurs ... La lecture devient addictive. On veut connaître ce que l'on subodore et les éléments trouvés par les enquêteurs parfois confirment  parfois infirment notre intuition.

Les personnages sont bien campés, et si la commissaire est peu commune, un peu bourrue, voire prête à remballer tout le monde, les enfants du village, les autres policiers et même le meurtrier que l'on devine présentent des traits attachants. Et pourtant les sévices qu'il impose à ses victimes sont d'une horreur particulière. Un monstre pourtant !

En plein hiver, dans le froid et la neige, cette affaire va secouer tout le village et faire remonter à la surface des secrets que chacun taisait depuis des décennies.

Un excellent thriller-polar-noir qui au-delà de l'intrigue malsaine cherche à mettre en avant la psychologie, la vie affective et les sentiments. Et c'est réussi. 

 

 

 

 

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07 novembre 2018

François Vallejo : "Hôtel Waldheim"

François VALLEJO : "Hôtel Waldheim"

 

Hotel-Waldheim

A la recherche du temps perdu à Davos sur fond de guerre froide. Comment la mémoire et les souvenirs personnels reviennent et revêtent une nouvelle dimension plus de quarante ans après les faits. Pauvre Jeff qui, en vacances avec sa tante à l'hôtel Waldheim à Davos, va se retrouver, sans s'en rendre compte, au centre d'une intrigue liée à la disparition d'un homme. Un homme qui a fuit l'Allemagne de l'Est et qui est un rouage essentiel dans la fuite d'intellectuels de l'est vers l'ouest.

Cet épisode de vacances adolescentes avait complètement disparu de la surface des souvenirs de Jeff devenu quinquagénaire. Mais disparus ne veut pas dire complètement éteints. Malgré lui, harcelé par la pugnacité de la fille du disparu, des éléments reviennent. Au mois d'Août 1976 à Davos, entre parties d'échecs et de jeu de go, lecture de Thomas Mann et excursion en montagne, on croise des personnages, des vacanciers et le propriétaire de l'hôtel. Tout est affaire de mémoire.

Comment fabrique t-on nos souvenirs ? Doit-on s'en méfier ?

Entre espionnage et introspection, le roman nous entraîne dans une époque, un moment de l'histoire de l'Europe. C'est parfois un peu lourd, embrouillé, comme peuvent l'être les fragments de vie qui remontent à la surface. La lecture peut apparaître fastidieuse, mais le récit est fort habilement agrémenté d'incursions directes de la pensée dans le propos qui rendent le tout somme toute agréable. Peut-être que les connaisseurs de Thomas Mann (La montagne magique), les joueurs d'échecs ou de jeu de go s'y retrouveront plus facilement.

 

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26 octobre 2018

David Diop : "Frère d'âme"

David DIOP : "Frère d'âme"

 

Diop

D'une part ce roman figure dans la liste du Goncourt, et quand son auteur fut invité à "la grande librairie" et le présenta admirablement, il n'en fallut pas plus pour me donner envie de le lire.

Et quel livre ! Roman très court qui a pour contexte, voire pour prétexte, un épisode de la première guerre mondiale, au moment des tranchées, mettant en scène des tirailleurs sénégalais. Ils sont deux notamment, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, partis ensemble du Sénégal, élevés ensemble depuis tout petits, deux plus que frères. Alfa, c'est le grand, le fort, celui que les filles regardent. Mademba est petit et au physique plus ingrat. Quand Mademba meurt, les entrailles ouvertes dans les entrailles de la terre, Alfa va se trouver seul confronté à la folie de la guerre et des massacres.

Lui,le paysan tranquille, va devenir le guerrier sauvage. Le texte alors est dur, violent, sans répit. On suit le cheminement de la pensée d'Alfa, celui qui par la mort de son plus que frère est devenu un autre ..

Envoyé à l'arrière pour le préserver de la folie, il reviendra peu à peu sur son passé africain, l'enfance, la jeunesse, l'amour, l'amitié ....

Un grand roman malgré la dureté de certaines scènes, qui entraîne le lecteur dans la profondeur de cette âme africaine, déracinée de tout sur ce champs de bataille. C'est bien que d'un déracinement dont il s'agit ici, et la fin est magistrale.

Un coup de coeur de cette année 2018.

 

 

 

 

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20 octobre 2018

Sophie Divry : "Trois fois la fin du monde"

Sophie DIVRY : "Trois fois la fin du monde"

Divry

Roman reçu dans le cadre des #MRL18 de Rakuten.

Joseph Kamal est en prison. Et puis par un événement extérieur fortuit, il se retrouve seul. C'est Robinson dans le Quercy. Tout comme Robinson,notamment celui de Tournier, il va peu à peu dresser son monde, ordonner sa vie, s'imposer le travail, vaincre la nature. Lui,  l'ex taulard, le rebelle, le marginal ... le voilà prisonnier de son propre esprit pour ne pas sombrer ...

Roman en trois parties, dont la première, dure, est vive, sans répit, sur le qui-vive. On ferme pas l'oeil. C'est tendu. Et puis, peu à peu, le rythme baisse, tout devient lent. On entre dans un environnement hostile.Dès qu'on quitte le monde habité, le moindre fait devient important, le moindre bruit une menace. 

Avec une qualité littéraire indéniable, Sophie Divry nous fait partager les grandes angoisses mais aussi les petites joies de cet homme perdu. Une réécriture originale du célèbre mythe, où l'on croise aussi des références à La route de Cormac Mc Carthy et au petit Prince de St Exupéry.

Vous l'aurez compris, ça ne respire pas la joie de vivre, mais le titre déjà était annonciateur.

 

 

 

 

 

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09 octobre 2018

Francesco Rapazzini : "Un été vénitien"

Francesco RAPAZZINI : Un été vénitien

un été vénitien

Venise, ah Venise ! Thème éternel, personnage de roman à elle seule ! Venise ! Ici c'est la Venise des vénitiens, de ceux qui vivent là, de ceux qui ne partent pas, de ceux qui passent leur été le long des rios et autres fondamente, qui se baignent sur place, ou au Lido. Et surtout la Venise de Francesco, vénitien de 17 ans en 1978. L'été il fait chaud, et à 17 ans on sent que l'on est en train de franchir un seuil, de passer peu à peu de l'autre côté, de quitter définitivement un monde qui n'existera plus désormais.

Passage donc, découverte des émois amoureux, du désir, ode à l'amitié, à la vie de quartier, aux repas partagés entre voisins et aux rêves.

Pour les rencontres, Venise se pose là. Traversée en permanence par des visiteurs qui restent un peu, qui passent l'été, qui partent , qui reviennent ... on croise au détour du récit Peggy Guggenheim ou Anthony Burgess, telle comtesse dont le palais borde la grand canal ...

C'est bien écrit, certes, mais le récit trop linéaire tarde à susciter l'intérêt. Malgré l'ambiance, qui imprègne bien le lecteur, comme une moiteur estivale et maritime, on se demande où l'on va ... Et l'on va irrémédiablement vers la fin de l'été, comme Venise va peu à peu vers la fin d'une ville qu'elle ne sera plus, quittant son innocence enfantine pour dépérir lentement mais sûrement sous les coups sans cesse plus ingrats d'un tourisme envahissant et destructeur.

Merci à Babélio de 'avoir permis de faire ce voyage littéraire , grâce à Masse Critique.

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