L'animal lecteur

14 juin 2019

Hélène Gestern : "Eux sur la photo"

Hélène GESTERN : "Eux sur la photo"

eux sur la photo

Un roman entre photos et échanges de courriers entre Hélène et Stéphane unis par le destin d'un homme et d'une femme sur une photo. La femme est la mère d'Hélène, l'homme le père de Stéphane.

Commence alors un enquête documentaire, d'autres photos viendront, des témoignages, des écrits retrouvés ... passionnant. Peu à peu les choses semblent se mettre en ordre. Mais semblent seulement. Comme la photographie qui n'est qu'une image de la réalité.

Ici, il y est question de la mémoire, de la mémoire familiale, déformée par les années et par le prisme de l'image figée, celle qui se révèle et qui se fixe. Mais ce que l'on voit n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.

Le lecteur en apprend un peu plus à chaque échange, et les secrets, les choses tues pendant des années, vont finir par se dévoiler. Les couvercles sur la cocottes familiales vont sauter, catharsis des souffrances passées. Toutes ces choses que l'on croyait et qui n'étaient finalement pas.

Ce livre se lit d'un coup, ou presque, avec un procédé narratif bien maîtrisé, même si les échanges épistolaires paraissent parfois un peu artificiels.

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04 juin 2019

James Fenimore Cooper : "Le dernier des Mohicans"

James Fenimore COOPER : "Le dernier des Mohicans"

Mohicans

Écrit et publié au début du XIXème siècle, l'action se déroule en 1757, alors que les États-Unis d'Amérique n'existent pas encore. Ici, la guerre oppose les français aux anglais, dans les forêts au nord de New-York, sur des territoires s'étendant de l'océan à à la région des grands lacs.

On y suit les aventures d'un chasseur anglais et deux Mohicans, le père et le fils, derniers représentants de leur tribu.

C'est à l'occasion du déplacement de Cora et Alice, les filles de Munro, pour s’en aller rejoindre leur père qui tient le fort Williams convoité par les troupes françaises que tous les personnages vont se rencontrer. Elles sont accompagnées de David La Gamme, maître de chant, du major Duncan Heyward et d’un guide indien, Magua, qui cherchera à les égarer. Le chasseur anglais et les Mohicans n'auront de cesse de se défaire de Magua et des troupes de Hurons pour conduire toute cette petite équipe à bon port.

Quand on lit ce roman d'aventure, on comprend en quoi il est fondateur. Tous les mythes relatifs aux "indiens", à leur vie en harmonie avec la nature, l'itinérance des campements, mais aussi à leur art de la guerre, de la recherche de traces, du scalp et de la danse autour du totem sont décrits avec précision.

Au-delà de l'histoire, on découvre une Amérique en construction, celle qui va éradiquer les populations autochtones (on dirait natives aujourd'hui) pour confier le territoire au Dieu chrétien et à la suprématie des blancs. Et l'on voit en filigrane les moyens utilisés, la dissémination des armes à feu, la propagation de l'alcool, l'alimentation des haines tribales ...

Même si la narration est datée, à la fois dans le style mais aussi par un certain ethnocentrisme reflet de l'époque où il a été écrit, on se prend au jeu de la lecture et de l'empathie avec les personnages, essentiellement les masculins. Car les personnages féminins ne ne sont que survolés. Dommage que l'on  n'entre pas plus dans l'esprit et la volonté des deux soeurs, notamment lorsqu'elles sont enlevées. Mais là aussi, c'est certainement une marque du temps.

 

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17 mai 2019

Gaëlle Josse : "Une longue impatience"

Gaëlle JOSSE : "Une longue impatience"

josse

C'est beau l'amour d'une mère ! L'amour au quotidien, qui permet de traverser les temps difficiles, de surmonter les chocs émotionnels, de vaincre la disparition subite.

Et puis, alors qu'on croit la vie repartie, reconstruite, un événement violent remet tout en cause. Le drame. La séparation.

Entre Anne (la mère) et Louis (le fils) commence alors une relation unilatérale, faite d'attente, d'espoir, de certitudes et de doutes.

Dans la Bretagne de l'après guerre, comment le destin de cette femme va être marqué, forgé, sculpté, par des jours, des semaines, des années, d'une longue espérance, dont l'aboutissement se matérialisera dans un festin digne de celui de Babette au pays de l'enfant prodigue.

Servi par une écriture et une narration sans failles, ce court roman nous plonge dans l'intime de la relation filiale avec pudeur et délicatesse.

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08 mai 2019

Lola Lafon :"Mercy, Mary, Patty"

Lola LAFON "Mercy, Mary, Patty"

 

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Lola Lafon revisite les histoires de femmes. Après Nadia Comaneci, nous voici plongés dans un enlévement célèbre aux USA, celui de Patricia Hearst en 1974. Elle a dix-neuf ans et sera l'otage du SLA, un groupe extremiste dont elle va finir par épouser la cause.

C'est tout ce mécanisme, ce renversement, que l'auteure dissèque ici.

A partir de la vision d'une enseignante, Gene Neveva, chargée de rédiger un rapport sur la personnalité de Patty pour le procès qui aura lieu, la narration croise les points de vue. Maitrisant parfaitement le style, avec un parti pris littéraire fort, Lola Lafon alterne les situations, le temps, les regards. Plusieurs femmes se succèdent, se croisent, Patty et Gene évidemment , mais également Violaine qui sera chargée de l'assister pour le décryptage del a tonne d'informations nécessaire à la rédaction du fameux rapport.

Mais au-delà du retournement de la victime, c'est toute la vision de la liberté et du féminisme qui sont mises en jeu. Sommes-nous libres ? Consentons-nous déligéremment à aliéner une partie de notre liberté ? Etre une femme libre signifie t-il sortir du carcan de la société et du déterminisme ? Le féminisme est-il une cause, un combat ou une aliénation nouvelle sous couvert d'émancipation ?

Cette lecture est assez exigeante, et on sent à travers le texte, comme une influence, une infusion douce des écrits de Joyce Carol Oates.

 

 

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27 avril 2019

Antoine de Saint-Exupéry : "Vol de nuit"

Antoine de SAINT-EXUPERY : "Vol de nuit"

 

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Paru en 1931, il reçut le prix Fémina cette année-là, "Vol de nuit" est, comme son auteur, entré dans la légende. De là à dire qu'il s'agit d'un classique, il n'y a qu'un pas, que je ne franchirai pas. "Vol de nuit" c'est le récit d'une organisation, d'une chaîne humaine, d'une suite d'actions, qui permet d'acheminer le courrier de tout le sud de l'Amérique du Sud vers l'Europe.

En quelques pages, car le texte est court, l'auteur cherche à nous faire percevoir, au-delà de l'aventure aéronautique, quelque chose qui dépasse l'être humain. "Nous agissons, pense Rivière, comme si quelque chose dépassait en valeur la vie humaine ... Mais quoi ? "

Tout est là. Point ici de roman d'aventures, d'embardées, de frissons, même si les conditions météo se dégradent rapidement et compromettent la mission.

A travers le personnage de Rivière, chef taciturne mais opiniâtre, pour qui la responsabilité d'un devoir à accomplir passe avant tout, non seulement nous entrons de plein fouet dans la croyance que les progrès de la civilisation passent par des méthodes managériales composées de fermeté et de distance hiérarchique, mais surtout dans une réflexion méditative sur l'homme, sa valeur et son prix.

Posté par fran6h à 09:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 avril 2019

Joyce Carol Oates : "Sacrifice"

Joyce Carol OATES : "Sacrifice"

 

sacrifice

1987. Un crime raciste dans une Amérique qui ne se parle pas. Dans ce quartier de Red Rock, Pascayne, New-Jersey, la jeune Sybilla Frye est retrouvée agonisante dans le cave d'une usine désaffectée. Elle est noire, elle a à peine quinze ans, elle avait disparue depuis plusieurs jours... Quand on la retrouve, elle accuse des blancs, cinq ou six hommes, dont probablement des flics, de l'avoir séquestrée, d'avoir abusée d'elle et de la l'avoir ligotée et abandonnée ...

Comment la police (blanche) pourrait-elle enquêter sur cette affaire ? Vingt ans après les émeutes qui ont vu la ville s'embraser, la moindre  étincelle peut raviver la méfiance mutuelle. Et de la méfiance à la haine il n'y a qu'un pas ...

Peinture d'une société cloisonnée, hargneuse, violente, Sacrifice nous plonge profondément dans la construction du ressentiment communautaire, victimaire, d'une partie de la société, les plus démunis, noirs aux emplois les moins qualifiés, femmes violentées ou au mieux abandonnées, femmes noires dont les perspectives sont quasi nulles.

Mais Sacrifice nous retourne aussi, car derrière ce fait divers horrible, il y a la manipulation, la récupération, la construction et la diffusion de l'information (à une époque où le web 2.0 n'existait pas) pour des fins pas aussi humanitaires qu'il y paraît dans cette Amérique de la lutte pour les droits civiques, de l'extrêmisme exacerbé qu'il soit blanc-nazi ou afro-américain radical.

Une lecture difficile par son contenu, par son contexte, mais très profond dans sa peinture de la société à cette époque et dans ce lieu. Encore un très grand roman.

 

 

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07 avril 2019

Dan Franck : "Le vol de la Joconde"

Dan FRANCK : "Le vol de la Joconde"

 

vol joconde

Le 22 Août 1911, la Joconde disparaît. Volée au Musée du Louvre !

Qui a bien pu faire un coup pareil ? Un peintre assurément !

Pablo Picasso se trouve être en possession de deux statuettes ibériques volées elles aussi au Louvre et craint qu'un rapprochement soit rapidement opéré par la police entre cette possession illégale et cette disparition. Aidé de son ami Appolinaire, les voilà partis dans Paris à la recherche d'un ami qui pourrait, le temps de quelques jours, les mettre à l'abri et ainsi éviter au peintre (et accessoirement à son ami poète) l'expulsion du territoire.

Partant de ce fait divers, nous voilà transporté dans le Paris de ces années-là. Avec humour et une bonne dose de second degré, l'auteur nous fait découvrir les oeuvres majeures de cette époque, qu'elles soient picturales ou littéraires. On baigne dans l'ambiance de ce qui devait être "la bohème", du Bateau-Lavoir à Montparnasse. On boit de l'absinthe à la Closerie, on joue les pique-assiettes chez les Stein, on finit la soirée au Lapin Agile ...

Et cette valise qui contient les statuettes, qui en voudra bien ?

Ces cinq jours passés à traverser Paris sont une merveille. Les situation sont plus que cocasses et les dialogues succulents.  Un vrai coup de coeur pour cette lecture.

En préalable à cette lecture et pour bien contextualiser, il peut être utile de lire (ou relire)  ce roman jeunesse :  "Elle posait pour Picasso" Béatrice Egemar.

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(l'emplacement de la Joconde au Louvre après le vol)

 

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