L'animal lecteur

29 novembre 2016

Laurent Mauvignier : "Continuer"

Laurent MAUVIGNIER : "Continuer"

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Qu'est-ce qu'une mère et son fils adolescent sont allés chercher dans ce périple au Kirghizistan ? Ils voyagent seuls, avec chacun un cheval, dans cette partie de l'Asie centrale montagneuse, rude et âpre. L'auteur nous livre un conte, un récit de cette randonnée à l'allure des chevaux, au hasard des rencontres, des repas partagés, des paysages grandioses dans cette nature infinie. L'auteur nous livre ces deux destins à l'abandon, Sybille divorcée, au bout de tout, sans espoir, sans source d'épanouissement, déprimée, et Samuel, lycéen à la frange de la délinquance, muré dans un mutisme morbide.

Mais Syblille et Samuel se connaissent-ils vraiment ? Se connaissent ils l'un l'autre ? Se connaissent-ils personnellement ? Il y a dans ce roman une quête.De la rédemption certainement mais pas uniquement.

Continuer, c'est dépasser ses propres blocages, c'est aller au-delà, croire, espérer enfin. Prendre une décision pour rompre d'un coup avec une vie mal engagée pour l'un, bien cabossée pour l'autre. Et peu à peu, l'on découvre des bribes du passé, des images, des événements. Et le voyage devient un passage, une ressource, un tunnel duquel on ressort différent, changé, grandi. Mais cela suffira t-il à éloigner les démons du passé ?

 

 

 

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13 novembre 2016

Alain Roux : "De l'un à l'autre"

Alain ROUX : "De l'un à l'autre"

De l'un à l'autre

De l'un à l'autre c'est le roman d'une quête d'insertion, comment faire un avec la société quand on est différent. Comment trouver une place, lorsqu'après un accident on devient handicapé, lorsque l'on souffre d'isolement dû à l'autisme, lorsque à force de détresse sociale on est rejeté de partout.

De l'un à l'autre c'est le parcours de trois jeunes, trois gueules cassées, pour qui avenir et inclusion ne veulent rien dire.

De l'un à l'autre c'est la mise en avant du travail social, de la prise en charge, de l'accompagnement vers l'espoir.

De l'un à l'autre c'est assumer son altérité, conquérir l'estime de soi, se faire une place grâce à la pratique sportive. Du VTT, de la course à pied ou du trail running, ce sont ces activités qui vont permettre de passer de l'autre à l'un.

De l'un à l'autre c'est une réflexion sur l'altérité, la singularité, le particulier ... celui qui dérange, celui qui n'est pas comme nous.

Et alors, à partir d'un récit alterné, avec un style proche de l'oralité et sans prétention littéraire, on suit ces tranches de vie. Ce combat herculéen pour s'insérer dans une activité professionnelle stable et une vie de couple expression d'un amour que la différence ne doit pas empêcher.

C'est touchant, c'est vivant. Le lecteur passe de l'exploration du moi profond aux éléments les plus futiles de la vie quotidienne, tout en découvrant des activités de pleine nature ou de plein air qui le conduisent du Jura aux Alpes en passant par les Monts d'Ambazac, Rio ou New-York.

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07 novembre 2016

Alexandre Chenet et Renaud Garreta : "Histoires du Vendée Globe"

Chenet et Garreta : "Histoires du Vendée Globe"

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Épreuve humaine devenue mythique, épreuve sportive et médiatique, aventure alliant instinct et technologie, le Vendée Globe vient de donner le départ de sa 8ème édition.

A cette occasion Dargaud édite un livre particulier, construit à partir de témoignages de nombreux marins ayant déjà bouclé ce tour du monde si particulier. C'est écrit, et bien écrit, c'est graphique et joliment graphique, et c'est aussi en grande partie de la bande dessinée. Bref un hybride au menu copieux, richement illustré.

Immédiatement on sent le vent, le large, le sel et les vagues. Le gros temps va se lever, il ne va pas s'agir de s'endormir trop longtemps. Surveiller les écrans, l'angle des voiles, maintenir le cap ..; un coucher de soleil magnifique malgré le froid ... et les glaces que l'on vient caresser. Sublime.

Raconter une aventure à partir de multiples, raconter la poésie de ces marins solitaires sur les trois océans, qui allient à la fois la folie de l'intrépidité à la sagesse raisonnée de la gestion de course. Formidable.

Chenet et Garreta, par leur talent, nous font partager ces moments forts, on est immergé (on le serait à moins). Et comme il reste environ trois mois pour boucler la boucle, une bonne occasion de prendre un grand bol d'iode en bordant le gennaker.

Allez lecteur, tiens bon la barre et tiens bon le vent, tu ne regretteras pas cette lecture.

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03 novembre 2016

Gaël Faye : "Petit pays"

Gaël FAYE : "Petit pays"

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Best seller de la rentrée 2016, le premier roman de Gaël Faye est en parti basé sur les souvenirs d'enfance dans une partie du monde dévorée par un conflit fratricide qui prendra la forme d'un génocide, horrible, terrible, insoutenable.

Mais là où le texte ne sombre pas dans le récit méthodique et analytique, c'est qu'il est raconté à hauteur d'enfant. A partir des yeux et du coeur de Gabriel. Gaby, ses parents, sa famille, les amis, les voisins ... tout le petit monde de Bujumbura et plus largement du Burundi et du Rwanda voisin.

On est là dans la vie quotidienne, dans les préoccupations d'enfants alors que le conflit sourd au loin, et que déjà retentit l'écho des premiers massacres de l'autre côté de la frontière. Comme un paradoxe entre les jeux des uns, innocents et joviaux et le jeu des autres, cruel et impitoyable.

Sans être un grand roman, on est là en présence d'un texte fort et puissant qui aurait peut-être mérité que les relations entre les personnages soient plus fouillées (notamment celle entre Gaby et Mme Economopoulos). Bref un sentiment un peu mitigé en fin de lecture, alors que le tapage médiatique et le bouche à oreille blogosphérique laissait entrevoir un quasi chef d'oeuvre.

Une lecture à rapprocher des écrits de Scholastique Mukasonga pour bien comprendre un drame africain qui a touché le monde entier et la part d'humanité de chacun de nous.

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24 octobre 2016

Valentine Goby : "Un paquebot dans les arbres"

Valentine GOBY : "Un paquebot dans les arbres"

Goby paquebot

Voyage dans les marges des Trente Glorieuses, de la fin des années 1950 au milieu des années 1960, quand la paix, le confort et la santé deviennent un droit, une évidence, une évolution, bref la grande marche du progrès pour tous. Mais à cette époque il reste encore la tuberculose, certes en voie d'éradication, mais qui ravage les familles. Certes à cette époque il y a la Sécurité Sociale, mais qui oublie les indépendants, les artisans les petits commerçants. Certes à cette époque il y a la paix, mais les évènements d'Algérie fracturent les liens et la société dans son ensemble.

Et Mathilde dans tout ça ?

Petite elle vénérait Paulot, le père, bistrotier toujours joyeux, prêt à faire danser les filles, à communiquer sa bonne humeur, son insouciance.

Plus grande, elle va supporter seule toutes les charges de la irrésistible déchéance dans laquelle la maladie du père va entraîner toute la famille.

A travers Mathilde, on retrouve ce personnage féminin résolu, presque infaillible, muré derrière une carapace de volonté, de ténacité et d'opiniâtreté que l'on avait rencontré dans "Kinderzimmer". Mais peut-on, toute seule, ainsi, affronter tous les maux de la société et dans le même temps s'insérer dans une vie d'adulte, apprendre un métier pour avoir un emploi, pour avoir la "sécu", pour sortir la famille de la spirale du malheur ?

A travers les souvenirs qui remontent à la vue de ce grand paquebot qu'est le sanatorium, désormais désaffecté et envahi par les arbres, c'est une partie de notre histoire collective qui revient. Valentine Goby part de l'intime, de cette jeune fille, de sa famille, du village, des jeunes qui aspirent au bonheur, et, de son écriture fluide et vive nous entraîne dans un roman délicat, passionnant et terriblement humain.

Ce livre a été lu dans le cadre des #MRL16.

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12 octobre 2016

Leïla Slimani : "Chanson douce"

Leïla SLIMANI : "Chanson douce"

Chanson douce

Le titre fait référence aux paroles d'une chanson d'Henri Salvador, comme une allégorie de la tendresse bienveillante, de l'amour filial, de l'enfance bienheureuse.

Est-ce que cela fait référence à une époque révolue ? A un idéal ? A une idée sublimée de l'éducation des enfants ?

Myriam et Paul ont deux enfants, et Myriam ne se voit pas en mère "au foyer". Après la naissance du second elle saute sur une opportunité professionnelle. Les enfants sont alors confiés à une "nounou". C'est Louise.

Ici pas de suspens. Dès la première phrase on connaît l'issue tragique. Mais c'est tout le travail de prise de pouvoir par la nounou qui est disséqué. Les petits rien du quotidien, ceux qui facilitent la vie des parents, qui donnent une image de bonheur, vont devenir l'instrument de cet enchaînement macabre.

Mais la nounou si parfaite en apparence, celle qui entre dans la famille, celle sans qui plus rien ne se passe, a aussi un vécu, une histoire, un passé, et des fragilités. Et tout peut basculer.

Ce roman est triste. Triste la vie de cette nounou qui pense avoir trouvé l'équilibre auprès des enfants des autres. Triste cette solitude malgré la multitude, cette indigence malgré l'abondance.

Au détour d'un roman traitant de l'éducation des enfants, Leïla Slimani dépeint, à travers les rapports humains qui existent entre employeur et employés, la dépendance affective et les souffrances qu'elle engendre.

Une atmosphère digne de Claude Chabrol dans ce roman grave mais agréable à lire.

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07 octobre 2016

Jean Weber : "Le complot de Bidache"

Jean WEBER : "Le complot de Bidache"

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Une plongée dans le temps, ça faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman "historique".

Ici, nous sommes en 1659 au moment de la négociation du Traité des Pyrénées qui, pour arriver à une paix durable en Europe, prévoit le mariage de Louis XIV avec l'Infante d'Espagne. En route, Mazarin, premier ministre du Royaume de France chargé des négociations, est l'invité du Duc de Gramont, souverain de Bidache. Bidache, à cheval entre Gascogne et Pays-Basque, souveraine, est un lieu d'asile pour ceux qui fuient les persécutions, et notamment les juifs chassés de la péninsule ibérique.

C'est dans ce lieu que va se tramer un complot contre le cardinal dont les projets ne conviennent pas à tout le monde, et notamment pas aux anciens de la Fronde.

Et à travers le récit nous suivons l'emploi du temps de Mazarin, les préoccupations politiques, les affaires de l'Etat. Mais nous suivons aussi le quotidien, les déplacements, l'installation à Bidache, les repas. Et surtout nous faisons connaissance avec nombre personnages de toute classe et de toute origine :  chevaliers, charbonniers, meuniers, espions, bateliers, chasseurs, curé ... on croise même Vincent de Paul au détour d'un chapitre.

Jean Weber donne vie à ce récit fort bien documenté, parfois un peu archétypal certes, et qui, au prétexte d'un fait historique majeur (la négociation du Traité des Pyrénées) nous fait découvrir ce petit bout de principauté souveraine écrasé entre les royaumes de France et de Navarre. 

Ce roman a été lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babélio en partenariat avec les éditions Lemieux.

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(Chateau de Bidache aujourd'hui)

Posté par fran6h à 09:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]