L'animal lecteur

16 février 2021

Zoyâ Pirzâd : "On s'y fera"

Zoyâ PYRZAD : "On s'y fera"

on s'y fera

Roman d'un féminisme ordinaire dans le Téhéran du début du XXIème siècle. A partir d'un instant charnière de la vie d'Arezou, on partage le quotidien de cette femme divorcée, entre son travail à l'agence immobilière, sa mère, sa fille et son amie Shirine. Un quotidien ordinaire, simple, mais teinté en fond d'un combat pour vivre en femme libre.

Jusqu'à sa rencontre avec Sohrab, rencontre qui va bouleverser ce quotidien.

Dans cette société iranienne riche en contrastes, au mode de vie à la fois moderne et ancestral, on voit là, toute la place des femmes, sur lesquelles pèse tout le poids de la domination masculine qui les écrase. 

Mais vivre sans mari, n'est-ce pas vivre libre alors ? Confrontée à cette contradiction Arezou va chercher à sortir de cette dichotomie manichéenne.

A partir d'une écriture qui plonge son inspiration dans le quotidien, dans l'oralité et l'humour, on traverse la vie de ces femmes et de toute la société iranienne. 

Un beau roman entre désir de liberté et désir d'amour qui bouscule nos certitudes avec tendresse.

Posté par fran6h à 15:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]


06 février 2021

Marc Dugain : "Transparence"

Marc DUGAIN : "Transparence"

Transparence

L'humanité numérique aura t-elle raison de l'humanité organique ?

A partir des milliards de données que nous laissons trainer partout est-il possible de reconstituer notre personnalité mais au-delà même, notre personne  ? Ce qui fait de nous un être singulier parmi la multitude ? L'empreinte numérique comme ADN de la société de demain !

Roman d'anticipation, sorte de roman historique qui prend le parti de nous raconter le futur plutôt que le passé, "Transparence" a de quoi faire peur. Pourtant toute l'intelligence artificielle serait mise à profit pour régler les problèmes que nous connaissons aujourd'hui, pour que la planète devienne vivable à long, à très long terme, dans la paix et la prospérité.

Sans être vraiment de la science fiction, ce roman pousse le lecteur à ouvrir les yeux sur l'aliénation spirituelle dont il est victime, parfois malgré lui, parfois avec son consentement éclairé. Les thèmes abordés sont nombreux et vus à travers l'esprit de cette femme qui fera s'écrouler les géants d'internet que nous connaissons et qui mettra la main sur l'ensemble des données produites par les milliards d'individus qui peuplent la planète. Planète qui court à sa destruction inéluctable.

Il faut garder le moral et ne pas sombrer dans la folie de ce labyrinthe quand on se prend à cette lecture, qui malgré une narration froide surprend par une fin à la fois étonnante et remarquable. 

 

 

Posté par fran6h à 13:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 janvier 2021

P.D. James : "A visage couvert"

P.D. JAMES : "A visage couvert"

A-visage-couvert

Un polar à l'anglaise entre Agatha Christie et une partie de Cluedo. L'ambiance est feutrée, l'extérieur toujours inexpressif car toute la violence est à l'intérieur.

Quand la nouvelle employée de maison, jeune mère-fille, est retrouvée morte dans sa chambre fermée de l'intérieur, le mystère apparaît et toute la maisonnée est alors suspecte.

L'enquête est menée par Adam Dalgliesh avec flegme et détermination. Ne se laissant jamais influencé, il va creuser la vie de la jeune décédée et par là même les rapports sociaux et de domination de cette Angleterre des années 1960. De jalousie en ressentiment les âmes sont mises à jour. Mais finalement cette petite bonne n'était-elle pas un brin affabulatrice en cherchant à vivre au dessus de sa condition ?

On attendra donc la fin pour que la lumière soit. Dalgliesh, tel un Hercule Poirot, réunissant tous les protagonistes dans la salle à manger du manoir.

Ambiance anglaise assurée.

 

Posté par fran6h à 16:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

09 janvier 2021

Julia Kristeva : "L'horloge enchantée"

Julia KRISTEVA : "L'horloge enchantée"

Horloge enchantée

Le temps peut-il se mesurer ? Est-il infini ? A t-il un commencement ? 

Au temps de Louis XV à Versailles, Claude-Siméon Passemant met au point une horloge astronomique, qui non seulement montre le mouvement des planètes du système solaire mais indique à la précision de la tierce de seconde le moment précis où nous nous trouvons et ce jusqu'au 31 décembre 9999 !

Exploit scientifique et technique s'il en est.

Partant de là, l'auteur brode, multipliant les facettes, sur les différents aspects du temps, de sa mesure, de son environnement cosmique et de sa représentation chez l'homme.

A l'opposé du temps, apparemment, il y a l'amour. L'amour entre Nivi, la narratrice et Théo dit Astro.

Malheureusement le récit est peu fluide. On n'est pas dans un roman historique, même si les passages concernant le Versailles du temps de la Régence et de louis XV sont intéressants, on n'est pas non plus dans la réflexion pure. La narration est assez déroutante, on s'accroche comme on peut aux minces prises que l'on trouve sur le chemin, entre astronomie et psychanalyse.

Le propos général n'est certes pas inintéressant et la culture est là pour l'orner. On croise Voltaire Liebniz, Emilie du Chatelêt, Einstein et bien d'autres ...

Une lecture difficile qu'il faudra apprécier avec le temps. Certainement.

 

 

Posté par fran6h à 14:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 décembre 2020

T.C. Boyle : "Voir la lumière"

T.C. BOYLE : "Voir la lumière"

Voir-la-lumiere

Voyage, trip même, aux sources du psychédélisme, des premières expérimentations du LSD-25, de la quête de la vérité intérieure et de l'unité d'un groupe de pionniers unis par le même désir de liberté.

Après la découverte du LSD, son utilisation va faire l'objet d’expérimentation scientifique menée par le département de psychologie d'Harvard. Le potentiel de la substance sur le psychisme est tel qu'il ouvre des perspectives inouïes pour les chercheurs. En 1962, autour de Tim Leary, un groupe de professeurs et de jeunes doctorants se forme qui mènent alors, sur eux-mêmes, les premières expériences.

Rapidement l'affaire prend une tournure quasi mystique, avec son rituel du "sacrement", des soirées du samedi, puis de l'expérience proto-communautaire au Mexique. A partir de fin 1963 et durant l'année 1964 on atteint le paroxysme de l'expérience par la communauté totale à Millbrook.

Dans ce roman fort bien documenté, on suit essentiellement Fitz, sa femme Joanie et leur fils Corey. Fitz participe à expérimentation dans le cadre de sa thèse en psychologie ...

Mais est il possible de concilier cette vie de couple et de famille avec la vie de trips en trips, à la recherche de la lumière absolue, de la liberté totale, dégagée de toute emprise ? Comment casser les codes sociaux sans tout détruire autour de soi ?

De la vision idéale de départ, il ne restera pas grand chose, mais la société entière en sera marquée. Artistes plasticiens, musiciens et autres, le LSD va irriguer toute une génération séduite par le pouvoir de ce psychotrope pour stimuler la créativité et renouveler l'art. Avant d'être finalement interdite, de devenir une drogue de rue, banale et dégénérée, et signer par là même la fin de son caractère sacré.

T.C. Boyle nous plonge avec justesse et talent dans cette microsociété, fraîche et bouillonnante, pleine d'espoir et d'idéal. Toute une époque !

 

Posté par fran6h à 10:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 décembre 2020

Stephen King "Salem"

Stephen KING : "Salem"

salem

Quel bon roman !

La plongée dans l'horreur et la terreur est très lente, laissant le lecteur bien s'imprégner de l'ambiance de cette petite ville du Maine. La description est faite à travers les yeux de Ben Mears un écrivain qui a passé son enfance ici et qui revient après de nombreuses années, et les souvenirs, parfois étranges, viennent érailler cette communauté trop lisse.

Passionnant à tout point de vue, le lecteur est plongé, happé, et lorsqu'il comprend ce qu'il se passe vraiment, il est trop tard. Personne n'en sortira indemne.  Et commence alors une course folle, haletante, suffocante ...

Au-delà du roman d'horreur mettant en scène des vampires, Stephen King nous livre aussi une enquête à partir des personnages principaux, une étude de mœurs de la société d'une petite ville de province à partir d'une multitude de personnages secondaires et une réflexion sur le Mal.

Mené de main de maître, Stephen King s'y entend pour distiller cette atmosphère pesante, lourde, qui fera que le lecteur tourne les pages de plus en plus vite, frissonnant lui-même en espérant se libérer des créatures de la nuit qui inévitablement viendront le hanter.

Du grand art pour un roman de jeunesse de l'auteur qui montre là, dès 1975 tout le potentiel qui fera de lui un auteur majeur de notre époque.

 

Posté par fran6h à 09:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 novembre 2020

Gustave Flaubert : "Madame Bovary"

Gustave FLAUBERT : "Madame Bovary"

bovary

La belle langue de Flaubert (même si le style parfois est un peu daté) pour conter cette histoire du désir et de l'ennui dans la bourgeoisie normande sous la Monarchie de Juillet.

Sous le poids de la pression sociale, des bonnes mœurs, de la morale chrétienne, les rêves d'Emma Bovary vont peu à peu s'évaporer. Mal mariée, pas assez riche pour vivre de rentes, désintéressée de la vie de son ménage et de l'éducation de son enfant, Emma vit dans une époque qui ne lui convient pas. Elle cherchera sa vie ailleurs.

Charles s'en contente, bienheureux dans cette vie de province, aveugle au malaise de son épouse.

Et Flaubert de nous décrire tout un petit monde bien organisé, une structure établie, rassurante, une sorte de France éternelle dont personne ne se rend vraiment compte quel carcan elle est pour qui rêve d'amour et d'aventure.

Très bon roman, grand classique de la littérature française, Madame Bovary ( et Monsieur donc ) en énervera plus d'un. Mais avec un peu d'âge et à condition de lire rapidement car l'action est lente, on y trouve un réel plaisir. Un incontournable.

 

Posté par fran6h à 11:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]