L'animal lecteur

04 novembre 2019

Haruku Murakami : "Le meurtre du commandeur" Livre 1

Haruki MURAKAMI : "Le meurtre du Commandeur"

Livre 1 "Une Idée apparaît"

 

commandeur 1

D'où vient l'inspiration ? Des éléments du quotidien ? Une séparation amoureuse, des rencontres fortuites pendant un voyage, la perception d'un tintement dans le jardin la nuit ? D'où vient la création artistique et comment savoir que l'oeuvre est là, achevée, qu'elle ne suppose plus aucune retouche, aucun ajout ?

Le peintre, apparemment talentueux, s'est spécialisé dans le portrait sur commande, activité à la fois technique et lucrative. Et pourtant, suite à la séparation d'avec sa femme, il se retrouve seul dans la maison isolée d'un peintre nihonga célèbre. La découverte d'un tableau dissimulé dans le grenier va le conduire à questionner ses certitudes. "Le Meurtre du Commandeur", librement inspirée de Don Giovanni.

Avec un rythme lent, mélant les vicissitudes matérielles du quotidien et les aléas irrationnels des rêves et des perceptions, l'auteur, avec poésie et humour, nous transporte dans l'âme de l'artiste. De ses questionnements, de ses rencontres, va naître l'Idée ... Comme une apparition...

Le livre 1 ne se termine pas, les intrigues restent pendantes. La lecture de la suite est indispensable pour démêler les fils de la trame sous-jacente qui nous conduit à Vienne au moment de l'Anschluss et à la découverte de quelques personnages qui en savent apparemment plus que ce qu'ils veulent bien dire.

A suivre donc.

 

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16 octobre 2019

Maylis de Kerangal : "Kiruna"

Maylis de Kerangal : "Kiruna"

kiruna

Ecrit comme un récit de voyage dans un univers industriel, un voyage dans le nord de la Suède au pays du minerai de fer, ce tout petit livre (par le format original) est intense par le pouvoir qu'a l'écriture de Maylis de Kerangal de sublimer les choses les plus froides.

Le point de départ est un évènement exceptionnel : le déplacement entier de la ville menacée de s'effondrer sur elle-même par l'avancée de la mine souterraine. Il y a dans cette lecture quelque chose de "Naissance d'un pont" poussé jusqu'au coeur de la meule. Point de fioritures ici, 140 demi pages, pour évoquer une région, une aventure industrielle, le destin des hommes et des femmes qui y vivent et qui la partagent. C'est très fort.

 

 

 

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12 octobre 2019

Vanessa Bamberger: "Alto Braco"

Vanessa BAMBERGER : "Alto Braco"

 

alto braco

Est-on attaché à une terre par filiation ? Par nature en quelque sorte. Ou bien est-ce la culture, la transmission, l'imprégnation par le climat, le paysage et les gens qui crééent le lien, l'attachement en dépit du déracinement ?

L'Aubrac est une terre rude, un plateau à la fois riche et austère mais qui ne permet pas de nourrir tous ses enfants. Alors, ils montent à Paris, travaillent dans des cafés avant de devenir un jour patron eux-mêmes, limonadiers, cafetiers, restaurateurs ... Puis s'en reviennent se faire enterrer sur la terre de leurs ancêtres, là-bas, sur l'Aubrac.

Ainsi à vécu Brune entourée de ses deux grand-mères, dont l'une est sa grand tante. Les deux soeurs Rigal, Douce et Annie, propriétaires d'un café à Paris, mais toujours auvergnates, aveyronnaises, de Lacalm précisément. Une histoire de femmes. De femmes fortes.

C'est à l'occasion du décès de Douce que Brune revient sur l'Aubrac qu'elle avait connu enfant pendant les vacances. On est à l'automne, les paysages sont fabuleux, sorte de steppe aux couleurs douces qui embrasse les formes arrondies du relief. La terre ! Le pays !

Avec la disparition de Douce ce sont aussi les secrets biens gardés qui disparaissent. Les langues se délient et peu à peu Brune découvre son histoire, sa généalogie, son patrimoine familial.

Vanessa Bamberger nous fait découvrir l'Aubrac, c'est charnel, c'est profond, c'est terrien. Elle nous dévoile aussi une histoire familiale, un contexte social enraciné dans le pays et peuplé de femmes et d'hommes au caractère forgé dans le granit. Un peuple qui sait ce qu'il doit aux vaches qui mettent si bien en valeur le plateau.

Un très bon roman, pas du tout porté sur un faux naturalisme nostalgique, mais bien ancré dans le monde actuel avec ses problématiques et ses questionnements. Un roman qui donne envie de chausser de bonnes chaussures et d'aller traverser ce plateau, lentement, au rythme de l'homme et de la nature.

 

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03 octobre 2019

Laurent Seksik : "Un fils obéissant"

Laurent SEKSIK : "Un fils obéissant"

Fils obéissant

Un roman sur la filiation. C'est souvent au moment du deuil que l'on prend pleinement conscience de la  filiation. De ce lien qui nous unit à une histoire, à un passé familial, à une personne. Ici, en l'occurence, au père.

Le livre est intéressant en ce qu'il mêle les formes, les enchâssent, les entrecroisent. Nous sommes à la fois dans le récit carthartique où l'auteur est le personnage principal et mêle sa vie réelle et les souvenirs magnifiés, mais également dans la saga familiale à travers la vie de trois générations d'hommes (car il beaucoup questions d'hommes ici).

Comment devient-on un homme ? Par des choix faits à des moments clés de la vie. Mais est-on libre de faire ces choix ? Ne sommes-nous pas contraints, par un jeu d'influences cachées, diffuses, distillées tout au long de l'enfance et de l'adolescence, à ne pas maîtriser nos propres choix, mais à agir essentiellement pour accomplir la partie non réalisée des rêves de nos pères (de nos aïeux) ?

Très bien écrit et très bien conçu, ce roman mérite le détour, et ne nous plonge pas dans la désolation d'un énième roman où l'auteur ne nous raconte rien d'autres que ses propres malheurs.

Ce livre vient de paraître en poche, et je l'ai lu dans le cadre de l'opération Masse Critique d'automne 2019. Merci Babélio.

 

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23 septembre 2019

Philip Roth : "Portnoy et son complexe"

Philip ROTH : "Portnoy et son complexe"

Portnoy-et-son-complexe

Que dire qui ne soit déjà écrit ? C'est un classique de la littérature américaine, voire mondiale, dont on peut redouter la lecture tant on a entendu et lu de choses à son propos. La focale tourne autour du sexe et de la figure castratrice de la mère. Nous sommes aux États-Unis après la seconde guerre mondiale, dans une famille juive du New-Jersey. Les thèmes de la religion, du poids social de la famille, du mariage, de la culpabilité individuelle et collective, de la réussite, du bonheur, de l'égalité et de la liberté viennent irriguer le récit.

Plein d'ironie, d'humour et de sarcasmes, ce long monologue adressé au docteur (psychanalyste ? psychiatre ? ) nous raconte l'aventure de cet homme, au-delà du seul passage de l'adolescence, de son rapport aux femmes, surtout les schiskes (les chrétiennes blanches), de son rapport à la judéité, de son rapport à l'Amérique.

On rit souvent, c'est cru, c'est cruel aussi parfois, mais c'est profond et révélateur d'une époque et d'une société. Un grand roman.

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09 septembre 2019

Isabelle Carré : "Les rêveurs"

Isabelle CARRE : "Les rêveurs"

 

les rêveurs

Roman en forme d'autobiographie d'enfance et de jeunesse, Isabelle Carré nous livre des pages d'écritures, comme une suite de faits plus ou moins anciens, à partir des souvenirs plus ou moins nets de la vie d'une famille dans les années 1970 1980. Mais quelle famille !

Certes, cette famille, même pour l'époque, n'a rien d'ordinaire, si tant est que l'on puisse, à bien y regarder, trouver une quelconque famille ordinaire. Destructurée, recomposée, décomposée, comment construire sa personnalité dans cet univers ? Par le lien. Et le lien ici, ce sont les rêves ! 

Les rêves qui permettent d'aller de l'avant, de se projeter, les rêves qui permettent de combler les trous de la solitude, les rêves qui engendrent leurs lots de désillusions, de mal-être et de destruction ...

Sensible, le récit oscille entre les moments de bonheur et les grandes détresses. Mais le ton général n'emporte pas le lecteur, comme si le fil conducteur manquait, une colonne vertébrale qui maintiendrait l'équilibre général. Et ce manque c'est probablement celui que vécut cette fillette, cette jeune fille dans cette famille-là, à cette époque-là.

 

 

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27 août 2019

Larry Tremblay : "L'orangeraie"

Larry TREMBLAY : "L'orangeraie"

L'orangeraie

Aziz et Amed sont jumeaux, ils ont neuf ans, ils vivent dans l'orangeraie de leur grand-père, exploitée par leur père, dans un endroit qu'on devine au proche-orient, entre désert, guerres, haines et violences terroristes. Pourtant l'orangeraie serait bien un paradis ... si ...

Comment des enfants peuvent-ils vivre et s'épanouir dans ce contexte ? Leurs rêves d'enfants sont percutés par les atroces réalités d'adultes, alors que les grands parents viennent de périr dans l'explosion d'un obus qui a traversé leur maison.

Un roman court, qui au-delà de la vie des enfants, traite du sacrifice. Du sacrifice de sa vie pour celle de l'autre et de son impact sur la personnalité de celui qui reste. 

Mené comme un conte, le récit est puissant. Il aborde les thèmes classiques de la guerre, comme la haine de l'ennemi, la vengeance institutionnalisée, mais aussi et surtout, et de façon très intéressante, la notion de martyr et la manipulation intellectuelle qui l'entoure.

Le fond est lourd mais l'écriture reste toujours agréable et la lecture aisée et rapide. Une jolie façon de traiter de thèmes intimes dans un contexte géopolitique chargé dont malheureusement la réalité qu'il sous-tend est toujours vivace.

 

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