Michel BERNARD : "Les forêts de Ravel"

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Maurice Ravel, le talentueux compositeur, était-il à ce point marqué par la forêt ? De Bar-le-Duc à Montfort l'Amaury en passant par Ciboure et Verdun c'est un invariant de sa vie, qu'elle soit celle du musicien ou celle du soldat engagé volontaire dans les affres de la grande guerre. C'est que ce milieu convient bien à son âme solitaire.

A quarante et un ans, alors qu'il avait été jugé trop frêle pour être déclaré apte au service quelques années plus tôt, et qu'il est déjà un musicien célèbre, il s'engage dans l'armée. Affecté à la conduite de camion du côté de Bar le Duc, le voilà quelques temps plus tard, ambulancier à Verdun, chargé de descendre le blessés du front vers les hôpitaux militaires.

Cet épisode, comme une parenthèse dans sa vie, est passionnant. Le voilà simple soldat, partageant avec humilité la vie des troufions, leur quotidien (même si Ravel sans bénéficier d'un régime de faveur, a su se ménager un petit confort personnel) leurs angoisses. Toujours soucieux de servir, simplement mais efficacement, il se laisse absorber par les tâches ingrates et par l'ennui consubstantiel à la condition de soldat. Mais, apercevant un piano rangé dans un coin de la grande salle du château servant d'hôpital, comment résister à la tentation ? Et voilà que les notes de Chopin viennent alléger et soulager l'ambiance générale, faite de cris, d'amputations, de malaises et d'opérations en tous genres.

A la fin de la guerre, il reprendra, plus ou moins sa vie d'avant, ne trouvant finalement une certaine stabilité qu'à partir du moment où il achètera le "Belvédère" à Monfort l'Amaury.

Écrit dans un style  laissant une large place à la description, et parfois un peu précieux par le vocabulaire utilisé, ce roman alterne le bon et le moins bon. Autant la première partie, et la vie du soldat, est passionnante, dynamique et humaine, autant la fin du roman est assez terne, plus contemplative. Un peu à l'image de Ravel lui-même en quelque sorte. Mais ce déséquilibre entraîne une certaine lourdeur à la lecture.

On ne peut s'empêcher de penser, à la fin, à l'excellent roman d'Echenoz qui retrace les dernières années du compositeur, et qui nous plonge sans ambage dans son esprit torturé, ses manières maladives, sa personnalité complexe et attachante à la fois.

 

Merci à Babélio (Masse critique) et aux éditions de la Table Ronde pour l'envoi de ce livre.