Leïla SLIMANI : "Chanson douce"

Chanson douce

Le titre fait référence aux paroles d'une chanson d'Henri Salvador, comme une allégorie de la tendresse bienveillante, de l'amour filial, de l'enfance bienheureuse.

Est-ce que cela fait référence à une époque révolue ? A un idéal ? A une idée sublimée de l'éducation des enfants ?

Myriam et Paul ont deux enfants, et Myriam ne se voit pas en mère "au foyer". Après la naissance du second elle saute sur une opportunité professionnelle. Les enfants sont alors confiés à une "nounou". C'est Louise.

Ici pas de suspens. Dès la première phrase on connaît l'issue tragique. Mais c'est tout le travail de prise de pouvoir par la nounou qui est disséqué. Les petits rien du quotidien, ceux qui facilitent la vie des parents, qui donnent une image de bonheur, vont devenir l'instrument de cet enchaînement macabre.

Mais la nounou si parfaite en apparence, celle qui entre dans la famille, celle sans qui plus rien ne se passe, a aussi un vécu, une histoire, un passé, et des fragilités. Et tout peut basculer.

Ce roman est triste. Triste la vie de cette nounou qui pense avoir trouvé l'équilibre auprès des enfants des autres. Triste cette solitude malgré la multitude, cette indigence malgré l'abondance.

Au détour d'un roman traitant de l'éducation des enfants, Leïla Slimani dépeint, à travers les rapports humains qui existent entre employeur et employés, la dépendance affective et les souffrances qu'elle engendre.

Une atmosphère digne de Claude Chabrol dans ce roman grave mais agréable à lire.