24 octobre 2016

Valentine Goby : "Un paquebot dans les arbres"

Valentine GOBY : "Un paquebot dans les arbres"

Goby paquebot

Voyage dans les marges des Trente Glorieuses, de la fin des années 1950 au milieu des années 1960, quand la paix, le confort et la santé deviennent un droit, une évidence, une évolution, bref la grande marche du progrès pour tous. Mais à cette époque il reste encore la tuberculose, certes en voie d'éradication, mais qui ravage les familles. Certes à cette époque il y a la Sécurité Sociale, mais qui oublie les indépendants, les artisans les petits commerçants. Certes à cette époque il y a la paix, mais les évènements d'Algérie fracturent les liens et la société dans son ensemble.

Et Mathilde dans tout ça ?

Petite elle vénérait Paulot, le père, bistrotier toujours joyeux, prêt à faire danser les filles, à communiquer sa bonne humeur, son insouciance.

Plus grande, elle va supporter seule toutes les charges de la irrésistible déchéance dans laquelle la maladie du père va entraîner toute la famille.

A travers Mathilde, on retrouve ce personnage féminin résolu, presque infaillible, muré derrière une carapace de volonté, de ténacité et d'opiniâtreté que l'on avait rencontré dans "Kinderzimmer". Mais peut-on, toute seule, ainsi, affronter tous les maux de la société et dans le même temps s'insérer dans une vie d'adulte, apprendre un métier pour avoir un emploi, pour avoir la "sécu", pour sortir la famille de la spirale du malheur ?

A travers les souvenirs qui remontent à la vue de ce grand paquebot qu'est le sanatorium, désormais désaffecté et envahi par les arbres, c'est une partie de notre histoire collective qui revient. Valentine Goby part de l'intime, de cette jeune fille, de sa famille, du village, des jeunes qui aspirent au bonheur, et, de son écriture fluide et vive nous entraîne dans un roman délicat, passionnant et terriblement humain.

Ce livre a été lu dans le cadre des #MRL16.

Posté par fran6h à 09:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


12 octobre 2016

Leïla Slimani : "Chanson douce"

Leïla SLIMANI : "Chanson douce"

Chanson douce

Le titre fait référence aux paroles d'une chanson d'Henri Salvador, comme une allégorie de la tendresse bienveillante, de l'amour filial, de l'enfance bienheureuse.

Est-ce que cela fait référence à une époque révolue ? A un idéal ? A une idée sublimée de l'éducation des enfants ?

Myriam et Paul ont deux enfants, et Myriam ne se voit pas en mère "au foyer". Après la naissance du second elle saute sur une opportunité professionnelle. Les enfants sont alors confiés à une "nounou". C'est Louise.

Ici pas de suspens. Dès la première phrase on connaît l'issue tragique. Mais c'est tout le travail de prise de pouvoir par la nounou qui est disséqué. Les petits rien du quotidien, ceux qui facilitent la vie des parents, qui donnent une image de bonheur, vont devenir l'instrument de cet enchaînement macabre.

Mais la nounou si parfaite en apparence, celle qui entre dans la famille, celle sans qui plus rien ne se passe, a aussi un vécu, une histoire, un passé, et des fragilités. Et tout peut basculer.

Ce roman est triste. Triste la vie de cette nounou qui pense avoir trouvé l'équilibre auprès des enfants des autres. Triste cette solitude malgré la multitude, cette indigence malgré l'abondance.

Au détour d'un roman traitant de l'éducation des enfants, Leïla Slimani dépeint, à travers les rapports humains qui existent entre employeur et employés, la dépendance affective et les souffrances qu'elle engendre.

Une atmosphère digne de Claude Chabrol dans ce roman grave mais agréable à lire.

Posté par fran6h à 09:27 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

07 octobre 2016

Jean Weber : "Le complot de Bidache"

Jean WEBER : "Le complot de Bidache"

le-complot-de-bidache

Une plongée dans le temps, ça faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman "historique".

Ici, nous sommes en 1659 au moment de la négociation du Traité des Pyrénées qui, pour arriver à une paix durable en Europe, prévoit le mariage de Louis XIV avec l'Infante d'Espagne. En route, Mazarin, premier ministre du Royaume de France chargé des négociations, est l'invité du Duc de Gramont, souverain de Bidache. Bidache, à cheval entre Gascogne et Pays-Basque, souveraine, est un lieu d'asile pour ceux qui fuient les persécutions, et notamment les juifs chassés de la péninsule ibérique.

C'est dans ce lieu que va se tramer un complot contre le cardinal dont les projets ne conviennent pas à tout le monde, et notamment pas aux anciens de la Fronde.

Et à travers le récit nous suivons l'emploi du temps de Mazarin, les préoccupations politiques, les affaires de l'Etat. Mais nous suivons aussi le quotidien, les déplacements, l'installation à Bidache, les repas. Et surtout nous faisons connaissance avec nombre personnages de toute classe et de toute origine :  chevaliers, charbonniers, meuniers, espions, bateliers, chasseurs, curé ... on croise même Vincent de Paul au détour d'un chapitre.

Jean Weber donne vie à ce récit fort bien documenté, parfois un peu archétypal certes, et qui, au prétexte d'un fait historique majeur (la négociation du Traité des Pyrénées) nous fait découvrir ce petit bout de principauté souveraine écrasé entre les royaumes de France et de Navarre. 

Ce roman a été lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babélio en partenariat avec les éditions Lemieux.

chateau_bidache

(Chateau de Bidache aujourd'hui)

Posté par fran6h à 09:19 - - Commentaires [3] - Permalien [#]