John IRVING : "A moi seul bien des personnages"

 

Irving

Quel grand roman ! Un roman initiatique s'il en est, un roman sur la découverte de l'identité sexuelle, des erreurs d'aiguillages amoureux, de la différence. Dans le Vermont des années 1960, dans un collège de garçons, comment définir cette attirance amoureuse pour la bibliothécaire aux petits seins mais également la même attirance pour le professeur de théâtre qui n'est autre que le nouveau mari de sa mère ?

William, dit Billy, nous fait traverser cinquante ans d'évolution des moeurs aux États-Unis.

En mêlant théâtre, travestissement, littérature et aventures sexuelles, l'auteur nous raconte ce combat pour la tolérance, pour le respect de la différence, sans jamais tomber dans la facilité caricaturale.

La première partie, l'éducation du jeune William, est absolument magistrale. On entre de plein pied dans les doutes, la construction chaotique de la personnalité, dans les interrogations et les regards sur sa famille, ses congénères, ses expériences. Le récit est maîtrisé, malgré une chronologie chaotique elle aussi, la langue est belle et emporte complètement le lecteur. On est dans l'ambiance. C'est jamais sombre, l'humour guette toujours au coin d'une phrase, c'est épique et cocasse. Un régal.

Puis on entre de plein fouet dans le revers de la médaille : la maladie, l'épidémie, celle qui va décimer plus que toute autre la communauté gay à l'aube des années 1980. Quelle tristesse ! Le ton du roman change alors, mais la qualité littéraire se maintient. La lecture devient plus difficile, la gravité l'emporte sur l'insouciance du début.

Ode à la tolérance, homophobie ordinaire, brimades, quête d'identité, questionnements, finalement à travers quelques personnages shakespeariens c'est toute la palette de la  peinture d'une société en mouvement qui éclate dans les 600 pages de ce roman magnifique.