Marie SIZUN : "La gouvernante suédoise"

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Cela faisait des années que je n'avais lu Marie Sizun dont la prose jadis m'enchantât (Le père de la petite, Jeux croisés, La femme de l'allemand ...). Et bien la retrouvaille fut convaincante.

A partir de bribes de récits familiaux, de généalogie, de photos, de noms gravés sur une tombe, l'auteure, brode, tisse une toile, bouche des vides et fait revivre cette branche "de Meudon", cette famille de Léonard Sézeneau, exilé en Suéde alors qu'il était jeune.

La famille de Léonard, c'est sa femme Hulda, ses enfants et la gouvernante Livia. On voit peu à peu le groupe prendre forme, Léonard jeune homme lettré qui séduit la fille de bonne famille, l'amour grandissant, les enfants qui naissent et une gouvernante est alors embauchée.

L'équilibre semble trouvé entre un père de famille converti dans les affaires, Hulda restée encore une enfant bien que mère et Livia qui prend discrètement en main la maîtrise de la maison. Ce triangle semble en équilibre parfait dans cette maison bourgeoise de Stockholm. Mais le revers de fortune de Léonard et l'installation à Meudon va sonner le glas de ce bonheur.

Sans tomber jamais dans la facilité du trio amoureux, ni des amours ancillaires classiques, l'auteure nous fait partager toutes les ambiguïtés des sentiments, des attirances, de l'attachement, du jeu de pouvoir des uns sur les autres. A travers le quotidien des deux femmes, des deux amies qu'elles deviennent peu à peu à la faveur des très nombreux déplacements du maître de maison, c'est aussi toute une société bourgeoise de la fin du XIXème siècle qui est dépeinte. Toute une ambiance, une atmosphère, magistralement servie par l'élégance du style, par une exigence, par une fausse simplicité d'écriture qui donne à ce texte triste voire douloureux un éclat d'une particulière beauté.