04 juillet 2018

Robert Louis Stevenson : "L'étrange cas du dr Jekyll et de Mr Hyde"

Robert Louis STEVENSON : "L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde"

Jekyll et Hyde

Jekyll et Hyde c'est un mythe. Publié en 1886, il met en avant la fracture qui existe en chacun nous entre le côté clair (la raison, le bien) et le côté sombre (la passion, le mal). C'est un tiraillement permanent, et une face finit par prendre le dessus sur l'autre.

Mais ce n'est pas aussi clair que cela et nous suivons, dans ce court roman, le notaire Utterson, ami du Dr Jekyll qui lors d'une promenade avec Mr Einfield, se fait raconter l'histoire d'un homme de petite taille, moche et méchant, qui massacre une fillette qu'il vient de croiser sur sa route. Interpellé par les passants, dont la famille de la fillette, l'homme en question entre dans une étrange maison du voisinage et en ressort avec un chèque de dédommagement. Un chèque dont le tireur n'est autre que Dr Jekyll. Bien étrange tout ça ... La curiosité de notre notaire est aiguisée.

Stevenson prend soin de bien situer l'histoire. Nous sommes à Londres, en hiver, dans le XIXème siècle victorien et l'ambiance particulière de la ville, de la saison et de la société est parfaitement restituée. Le récit est bien mené, et si on le lit sans chercher à convoquer les connaissances que l'on a déjà sur ce roman archi adapté ou réécrit, on se laisse entraîner, avec Utterson dans cette enquête aux faits troublants, voire irrationnels.

Une pièce majeure qui mêle à souhait, suspens, crime, médecine, psychologie et pharmacopée.

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26 février 2018

W. Somerset Maugham : "La passe dangeureuse"

W. Somerset MAUGHAM : "La passe dangeureuse"

La-passe-dangereuse

Voyage en Chine au temps de l'Empire, avec ses fonctionnaires de l'administration coloniale au début du XXème siècle, mais aussi sa population locale, employée dans les maisons des européens, des mondes qui se mélangent peu. Mais là n'est pas le propos, même si le contexte est puissamment évoqué. 

Fraîchement débarquée d'Angleterre après avoir précipitamment épousé Walter un médecin bactériologiste exerçant à Hong-Kong, Kitty se trouve plongée dans cet univers particulier, dans cette ambiance chaude et humide de l'extrême Asie.

Kitty n'a pas vraiment épousé Walter par amour, mais plus par l'envie rageuse de quitter sa mère et sa famille. Walter n'est que cet être terne, ce chercheur sans vie sociale, fade, presque transparent dans cette société coloniale. Kitty, oisive et insatisfaite, rencontrera Charlie, brillant, séduisant et se jette à corps perdu dans cet amour, dans cet espoir. Quand Walter découvre cette liaison il laisse à Kitty le choix, ou bien de se marier avec Charlie si c'est lui qu'elle aime, ou bien de le suivre dans un territoire reculé de la Chine où il a accepté un poste de médecin dans cet endroit touché par l'épidémie de choléra.

Et voilà le couple qui remonte les vallées, en chaises, jusqu'à ce village perdu où vivent quelques soeurs dans un couvent et où meurent chaque jour des êtres victimes de la terrible épidémie. Mise à l'épreuve Kitty découvrira là une autre facette de sa personnalité, moins futile, tournée vers autrui. Elle découvrira aussi, au détour d'événements dramatiques, la personnalité de Walter qui n'a jamais cessé de l'aimer. Transformée, Kitty prendra conscience, peut-être un peu tardivement, qu'elle est probablement passée à côté de quelque chose. Derrière le voile des illusions.

Le roman est beaucoup plus mélancolique et beaucoup moins romantique que le film "Le voile des illusions" portant magnifique. Et en lisant le roman on ne peut s'empêcher d'entendre les notes de Satie (la "Gnossiène n°1" accompagne admirablement le film) qui prennent ici toutes leur valeur. Un roman terrible sous couvert d'une histoire d'amour et d'adultère dans la bonne société coloniale britannique.

 

 

 

 

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02 mai 2016

Wilkie Collins : "La dame en blanc"

Wilkie COLLINS : "La dame en blanc"

dame en blanc

Attention, gros pavé, à l'écriture classique, recherchée et plaisante mais quelque peu désuète, et au suspens qui monte lentement. Qui monte vraiment lentement. On est loin ici des polars modernes à l'action débridée.

Alors qu'il part rejoindre un poste de professeur de dessin, le jeune Walter Hartright rencontre cette dame, toute de blanc vêtue. De cette rencontre nocturne s'en suivra une succession de faits qui cachent des secrets, des crimes, des camouflages, des manipulations ...

Le lecteur croise toute une panoplie de personnages, aristocratiques pour la plupart, mais aussi des juristes, servantes, gouvernantes, cochers ... Dans l'Angleterre du XIXème siècle, c'est toute une ambiance que l'on savoure au fil des pages, alors que les narrateurs se succèdent pour découvrir ce secret, ce mystère de la dame en blanc. En ce sens ce roman est exemplaire.

L'intrigue est bien amenée, même si la mise en place est lente, et l'auteur prend bien soin d'installer l'ambiance (so british) avant de distiller des indices, des bribes d'information, des sentiments, des impressions. Pour un lecteur moyen, le style et la lenteur de l'action peuvent amener à ne pas apprécier l'oeuvre, voire à l'abandonner. Pour l'apprécier pleinement, je pense qu'il faut y consacrer du temps et avoir une certaine disposition à la lecture rapide.

 

 

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28 février 2015

Nell Leyshon : "La couleur du lait"

Nell LEYSHON : "La couleur du lait"

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Nell Leyshon signe ici un grand roman, non par le nombre de pages, mais par le contenu à la fois sensible dans le fond et original dans la forme.

Dans l'Angleterre, en cette année 1831, Mary écrit le récit de sa vie, plus exactement le récit des derniers mois de sa vie. Mary a 15 ans, elle vit avec ses soeurs et ses parents dans la ferme familiale. Ne rechignant à aucunes tâches, même les plus éprouvantes. Elle partage, sous la poigne du père, une vie humble faite de labeur et de sueur.

Elle sera mise au service du pasteur par son père, moyennant finance, pour s'occuper de sa femme malade. Peu à peu, avec son franc parler et sa répartie facile, elle gagne la confiance de la famille. Elle découvre alors l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.

Livrant alors, de façon rétrospective, ces quelques mois de son existence en peignant avec justesse, humour et simplicité cette vie campagnarde avec ses différences sociales bien marquées et la place de la domesticité, la jeune Mary nous entraîne avec toute sa spontanéité dans le quotidien. Un quotidien pas toujours aussi bucolique que les apparences le laissent croire.

Un année à peine rythme ce texte brut, profond et touchant, émouvant et dramatique à la fois.

Une belle réussite littéraire. Un coup de coeur à coup sûr.

 

 

 

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28 février 2014

Teri Terry : "Effacée"

Teri TERRY : "Effacée"

Effacée1

C'est au rayon jeunesse de la médiathèque que j'ai trouvé ce livre que j'avais repéré lors d'une opération masse critique de Babélio. La quatrième de couverture et la photo de couverture laissaient entrevoir une histoire originale, que j'imaginais à mi chemin des séries télévisées "Les revenants" et "Real humans".

Dans un futur proche, dans une Angleterre repliée sur elle même, les jeunes criminels de moins de seize ans se voient offrir une seconde chance grâce à l'effacement complet de leur mémoire. Ils redémarre alors une autre vie, dans une nouvelle famille. Une nouvelle vie sous contrôle.

C'est ce qui arrive à Kyla. Mais des phénomènes étranges se produisent dans son cerveau. Elle perçoit comme des bribes de sa vie antérieure, des sensations, comme si le subconscient antérieur revenait peu à peu à la surface.

Teri Terry plante le décor avec soin, un univers où la science du cerveau a pris le pouvoir et où le gouvernement contrôle les individus. Mais si l'atmosphère générale est pesante, on est pas si loin de la vie d'aujourd'hui (lycée, embouteillages dans Londres, sport etc...) ce qui donne une dimension réaliste au récit. Les questions que se posent la jeune Kyla sont intéressantes et tournent autour du  "peut-on vivre sans passé ?", "Comment construire une vie d'adulte  si l'enfance est oubliée ? " "Est-ce uniquement notre conscience qui dirige notre existence ? " "Nos émotions peuvent-elles nous apprendre quelque chose sur nous même ? "

Mais globalement, si les idées sont bonnes elles ne sont pas suffisamment exploitées. La lecture de ce roman jeunesse laisse sur sa faim. D'une part l'action est lente à démarrer et les personnages (y compris celui de Kyla) restent fades. On a du mal à s'attacher à eux. Dommage. La fin est meilleure et ménage un peu de suspens.

Bref, un petit roman (qui semble t-il fera l'objet d'une suite) qui ne m'a pas convaincu mais qui pourra interésser des lecteurs plus jeunes.

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04 juillet 2013

Jonathan Coe : "Bienvenue au club"

Jonathan COE : "Bienvenue au club"

Bienvenue au club

Le "club" conduit à la transformation, à la fois individuelle et collective. 

A Birmingham dans les années 1970, à travers les luttes ouvrières, les grèves, le racisme, la montée du nationalisme, les attentats de l'IRA, le rock, "Bienvenue au club"  relate la vie des lycéens et de leur famille.

Ce roman, ne fait l'impasse sur aucun sujet important, mais ce n'est pas seulement une chronique sociale de l'Angleterre extrêmement bien documentée, il est aussi un roman de l'amour et notamment de l'amour adolescent. C'est surtout le roman d'une transformation : transformation du corps des jeunes gens et des jeunes filles, transformation de la société (passage d'un socialisme paternaliste au conservatisme individualiste) et aussi transformation du paysage musical du rock symphonique, progressif, lyrique vers le punk, brutal, haineux, violent. Et les petites histoires individuelles se mêlent à la grande histoire du pays, et se trouvent emportées par elle. Dans un climat social qui se dégrade, où la crise économique et morale pointe "C'est quand même une belle histoire. Il y a plein de belles choses là-dedans : des amitiés, de bonnes blagues, des expériences heureuses, de l'amour. Il n'y a pas que des pleurs et des grincements de dents". (page 522, éditions Gallimard, 2003)

Ce tour de passe passe est agrémenté d'une variété de style (dont la dernière partie n'est pas la moins surprenante) et une multitude de personnages et de points de vue. C'est très bien fait, mais l'auteur est un habitué du genre, et là encore la construction est parfaitement maîtrisée, méticuleuse et admirablement ciselée.

Une écriture au rythme soutenu, sans temps morts, dans un style simple agrémenté d'une pointe d'humour, font de cette lecture un moment à la fois instructif et divertissant. Une vraie réussite.

Ce roman a fait l'objet d'une suite appelée "Le cercle fermé". 

Après avoir lu "La pluie avant qu'elle tombe" et "Testament à l'anglaise", je m'attaque pour la troisième fois à Jonathan Coe. Encore une fois j'en sors ravi. Vivement le prochain. 

 

 

 

 

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15 mai 2013

Claire Keegan : "Les trois lumières"

Claire KEEGAN : "Les trois lumières"

les trois lumières

 

Beaucoup de bonnes critiques sur le site de Babelio m'ont incité à lire ce roman d'une petite centaine de page. Et bien, je n'ai pas été déçu, ce livre est magnifique de sensibilité, un régal de lecture.

A travers la voix d'une fillette, Claire Keegan nous livre un univers de douceur et d'amour, dans cette campagne irlandaise faite d'humilité et de labeur. Cette fillette, que ses parents vont confier pour la durée de l'été à la famille Kinsella afin de soulager la mère, déjà mère de famille nombreuse et de nouveau enceinte, nous fait vivre des moments simples et authentiques. Dans cette campagne irlandaise, les liens vont se tisser, la petite va s'épanouir auprès de ce couple attentionné, dans cette ambiance à la fois sereine et désolée.

Mieux qu'un roman de passage, c'est un roman d'éducation. Ecrit dans un style remarquable il nous délivre, par petites touches, toutes ces découvertes, tous ces petits faits, ces petits riens qui permettent à la personnalité de se forger, de se fonder et d'éclairer par la suite toute une vie.

Un véritable coup de coeur, à apprécier paisiblement et à mettre entre toutes les mains.

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(Campagne irlandaise dans le Wexford)

 

 

 

 

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15 novembre 2012

"La grande course de Flanagan" de Tom Mc Nab

Tom NcNAB : "La grande course de Flanagan"

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Voici un roman qui date de 1982 (1983 pour la traduction française) et que les éditions Autrement ont eu la bonne idée de rééditer en 2012.

La Trans America est cette course à pied organisée par Charles C. Flanagan qui a consisté en 1931 à traverser les Etats-Unis de Los Angeles à New-York. Donc il s'agit d'un roman sportif. Mais pas seulement. Comme nous sommes en 1931 il s'agit plus d'une aventure, à la fois individuelle et collective qui est racontée ici. Un genre de road-trip qui nous entraîne dans cette caravane hétéroclite de sportifs professionnels, d'amateurs victimes de la crise économique et attirés par les récompenses, un cirque, une caravane publicitaire, des journalistes .... Tom NcNab ne nous fait pas un compte rendu quotidien, façon chronique, mais nous emmène dans l'intimité des protagonistes : Flanagan, l'organisateur aux prises avec tout une série d'embûche de tous ordres, les coureurs Cole, Morgan, Sheridan, McPhail, Martinez dont les destins différents convergent dans cette course folle.

Le récit de cette course, inspirée de la vraie Trans America qui eût lieu en 1928 et 1929, conduit à aborder les thèmes du dépassement de soi (tous les coureurs de fond savent de quoi il s'agit), mais aussi du professionnalisme, des rapports sport - argent, du dopage, des enjeux nationaux et politiques (le sport propédeutique à la guerre ? ) avec une acuité intéressante.

 

trans america

 Evidemment les coureurs de fond, et ils sont nombreux à s'aligner les dimanches sur les marathons, apprécieront cette épopée qui a quelque chose de l'Odyssée, mais les lecteurs attirés par l'aventure y trouveront également leur compte.

Un roman à lire lentement, en endurance.

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25 septembre 2012

Virginia Woolf : "Mrs Dalloway"

Virginia WOOLF : "Mrs Dalloway"

Mrs Dalloway

Une journée dans la vie de Mrs Dalloway. A Londres dans les années 1920 entre l'achat de fleurs le matin et la réception donnée dans la soirée. Une journée rythmée par les cloches de Big Ben. Rien finalement dans l'histoire ne justifie ce roman.

Tout est à l'intérieur des quelques personnages, dont l'héroîne (si l'on peut dire), qui se croisent, qui sont au même endroit au même moment. On suit la pensée, parfois construite, parfois volatile voire complètement déformée de chacun des protagonistes dont Septimus Warren qui a sombré dans la folie à son retour de la guerre.

Si le roman nécessite une certaine attention à la lecture, on se laisse toutefois facilement porter par ce flot ininterrompu de pensées et d'états d'âmes. On est dans l'impressionnisme : la représentation du réel passe par le prisme de l'âme.

Virginia woolf réussit là bien plus qu'un exploit technique. Le texte est fin, poétique et subtil. Une sorte de journal intime polyphonique.

 Cette lecture donne envie d'être complétée par celle de "Les Heures" de Michaël Cunningham (dont l'adaptation cinématographique est un chef d'oeuvre) et de continuer la découverte de Virginia Woolf avec "La promenade au phare".

 

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19 août 2012

Jonathan Coe : "Testament à l'anglaise"

Jonathan COE "Testament à l'anglaise"

Testament à l'anglaise

Nous voici ici plongé dans l'Angleterre thatcherienne malgré ce titre évocateur de l'univers d'Agatha Christie.

Ici nous plongeons dans les tréfonds, dans les bas fonds même, d'une famille de riches industriels dont l'histoire s'étend sur trois générations de 1940 à nos jours. L'auteur réussi à la fois un polar, une saga familiale, un roman noir et une véritable oeuvre littéraire. Le lecteur est happé par la narration, par la satire sociale, par l'humour et surtout par la construction du roman lui même.

Les personnages se croisent et s'entrecroisent, les intrigues se nouent et se dénouent.

Tous les travers de la société anglaise des années 80 sont passés au crible à travers cette famille Winshaw dont les membres sont tous plus machiavéliques et pourris les uns que les autres. L'argent et le pouvoir, sans foi ni loi.

Certainement moins abouti que "La pluie avant qu'elle tombe", il n'en reste pas moins un excellent roman qui, malgré sa longueur, se lit rapidement.

 

 

 

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