02 mars 2016

Philippe Grimbert : "Un secret"

Philippe GRIMBERT : "Un secret"

un secret

Une histoire intimiste, familiale qui dévoile peu à peu ce secret qui en est tout l'objet.

Le jeune narrateur nous conduit dans les méandres de sa famille, à travers ses parents tout d'abord, puis de proche en proche on remonte un peu le temps et le voile imperceptiblement se lève ... sur la façon dont la famille a traversé la seconde guerre mondiale.

Nous sommes dans la France (parisienne tout de même) qui être confrontée à cette épreuve, et plus particulièrement dans cette famille juive qui va devoir prendre des décisions face aux événements et aux menaces. Les histoires personnelles sont percutées par le mouvement de l'Histoire. Et l'amour dans tout ça ? Peut-il tout faire oublier ? Peut-il tout expliquer ?

L'écriture est fluide et la lecture aisée, l'histoire est en soi bouleversante, mais la narration manque un peu de rythme et le procédé joue un peu sur le pathos (un jeune garçon mal dans sa peau qui découvre un secret de famille pendant la période de la Shoah). Quant au fond, on se retrouve au final dans un roman à charge contre le père. Autofiction ou règlement de compte ?

 

 

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24 février 2016

Georges Arnaud : "Les oreilles sur le dos"

Georges ARNAUD : "Les oreilles sur le dos"

Les oreilles sur le dos

Voilà un roman d'aventures, rempli de mauvais garçons, de filles de joie, de chaleur tropicale, d'huile de moteur et de fuite en camion avec à bord 500 kg d'or.

Dans la Nouvelle-Grenade, Jacques, dit "Crocs de Jonc" est un malfrat sorti du bagne, qui se retrouve poursuivi par la police et l'armée pour avoir, malencontreusement tué un ukrainien qui travaille pour les américains qui eux-mêmes pourchassent l'AREC (une organisation révolutionnaire de type communiste). En compagnie de quelques comparses de fortune, il dérobe un camion et l'or de la banque avant de s'enfuir vers la frontière à travers les pistes de sables ou de boue.

L'ambiance est moite, les mains agrippent le volant, les roues glissent, la mitrailleuse juchée sur le toit veille et assure la sécurité ... les amitiés prennent corps ou se délitent ... en ces quelques jours à travers l'Amérique centrale.

On connaissait l'auteur pour son célèbre "Le salaire de la peur" dont on retrouve ici à la fois la gouaille et l'amour de la mécanique. Celui-ci, dont c'est une réédition, date également des années 1950. Les personnages, cocasses et hauts en couleur, et les situations désespérées mais souvent drôles, font de cette histoire bien rythmée un agréable moment de lecture.

 

Merci à Babélio et à Libretto pour cette lecture dans le cadre de Masse Critique.

 

 

 

 

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04 avril 2014

Antoine Blondin : "L'humeur vagabonde"

Antoine BLONDIN : "L'humeur vagabonde"

humeur vagabonde

Tout quitter, prendre le train, abandonner femme et enfants. Les enfants qui ne parlaient pas encore. La femme qui ne parlait plus. C'est dans un grand silence que Benoit Laborie quitte Mauvezac pour rejoindre Paris.

Benoit Laborie, un anti-héros, une sorte de Meursault avec sa mère en plus. Car l'amour maternel joue ici un rôle central.

A Paris, plein d'espoir, il va chercher à nouer les contacts que sa mère a gardés pour trouver une situation. Mais personne ne se souvient d'eux. Tout le monde ignore ce provincial et son pot d'azalée.

Commence l'errance, et une semaine terrible où les situations cocasses s'enchaînent. Désespoir. Il décide de rentrer à Mauvezac, sans rien dire, pour faire la surprise à sa femme. C'est au moment de ces retrouvailles que par un malentendu se produit un événement dramatique qui bouleversera sa vie.

Benoit Laborie, le médiocre, devient alors l'attraction de la justice et de la presse. De retour à Paris il devient le centre d'intérêt de toute cette société qui l'avait si superbement ignoré. Mais cet intérêt soudain s'éteindra peu à peu alors que le procès dévoilera le manque de consistance du personnage.

La vie de Benoit n'est qu'une salle d'attente de gare, avec les trains qui partent sans nous, et ceux qui partent trop tard, et ceux qui ne partent pas. Et dans cette salle d'attente, les figurants regardent leur vie défiler, sans prise sur elle, sans prise sur rien.

Un texte poétique et plein d'une souffrance larvée, cachée sous l'humour et la cocasserie.

humeur film

(photo : extrait du fim d'Edouard Luntz de 1972 avec Jeanne Moreau et Michel Bouquet)

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04 mars 2014

Annie Ernaux : "La honte"

Annie ERNAUX : "La honte"

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La honte, d'après wikipédia, se définit comme suit : "La honte est une émotion complexe. Elle se distingue des autres émotions par sa dimension sociale, secrète, narcissique, corporelle et spirituelle. La honte a des aspects positifs et négatifs. Elle est parfois définie comme la version sociale de  culpabilité, et joue un rôle dans la  phobie sociale."

Ce court texte d'Annie Ernaux revient sur une année particulière de son enfance: l'année 1952. C'est un jour de juin de cette année là que son père a frappé sa mère pour la faire mourir. Et l'auteure d'entourer ce fait majeur par toutes les circonstances factuelles de l'époque, où Annie, âgée de 12 ans sent "la honte" peu à peu la pénétrer, se diffuser en elle. Annie confrontée à deux mondes étanches : sa classe sociale, la famille, le petit commerce des parents, l'absence de culture et sa classe scolaire, élève brillante, assoiffée de culture et fréquentant les filles de l'autre monde.

Comme dans "La place" on retrouve ici cette ambiance provinciale des années '50 dans cette Normandie rurale. Le thème de l'ascension sociale y trouve une bonne place, ce désir de sortir de son milieu, de vaincre la honte.

D'une écriture plate et ne véhiculant pas l'émotion, on retrouve là tout le talent d'Annie Ernaux qui se livre à un travail de mémoire, à une réflexion sur le mécanisme de la mémoire qui fait resurgir à partir d'un fait marquant, tous les instants, toutes les sensations, toutes les émotions du moment. Quelque chose de "proustien" finalement.

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03 janvier 2014

Jean Giono : "Les âmes fortes"

Jean GIONO : "Les âmes fortes"

 

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Giono c'est une atmosphère. Bien sûr on pense à la Provence, mais là, même si on y est en provence (côté montagne de la Drôme) elle ne joue pas un grand rôle dans cette histoire. Ici c'est le tréfonds de l'humanité qui prime, cette âme si difficile  à déceler. Et Thérèse, cette Thérèse partie de rien, sans instruction mais avec un grand dessein, et avec comme seule arme son âme forte. Magnifique.

Quel roman !

D'abord la forme ;  ici on veille un mort, et pendant la veillée funèbre les femmes causent près du feu, avec quelques provisions et du café. Les histoires du village vont défiler, de façon certes décousues, avec de multiples retours et contestations, mais on comprend bien qu'il s'agît de la même histoire, dans ce village, dans cette auberge où s'arrêtent les pataches, où les voyageurs font haltes. Mais chacune a sa version, et Thérèse, vieille maintenant, raconte t-elle son rêve ou bien sa vie ? Cette unité de temps de la narration (une nuit) rend compte d'une bonne cinquantaine d'année à travers des voix multiples et souvent contradictoires. Sans découpage, l'enchainement des évènements et des personnages est parfois difficile à suivre, mais le récit est très rythmé.

Et puis le fond ; toutes les bassesses, toutes les jalousies, toutes les rancoeurs, les hypocrisies, un univers impitoyable et cruel où les sentiments sont bridés pour pouvoir agir froidement. Sauver coute que coute les apparences constitue également un leitmotiv. Mais on y trouve aussi l'amour, l'amour véritable, le dénuement, la passion dévoreuse, la folie.

Giono nous dresse là un tableau de la société dans ces vallées alpines à la fin du XIXème siècle. Une société en mutation, où l'on construit le chemin de fer, où l'on fait appel à la main d'oeuvre piémontaise, où s'installe durablement des chantiers colossaux, et où les affaires et l'argent peuvent être rapidement gagnés pour qui sait s'y prendre.

 

"Thérèse était une âme forte. Elle ne tirait pas sa force de la vertu : la raison ne lui servait de rien ; elle ne savait même pas ce que c’était ; clairvoyante, elle l’était, mais pour le rêve ; pas pour la réalité. Ce qui faisait la force de son âme, c’est qu’elle avait, une fois pour toutes, trouvé une marche à suivre. Séduite par une passion, elle avait fait des plans si larges qu’ils occupaient tout l’espace de la réalité ; elle pouvait se tenir dans ces plans quelle que soit la passion commandante ; et même sans passion du tout. La vérité ne comptait pas. Rien ne comptait que d’être la plus forte et de jouir de la libre pratique de la souveraineté. Être terre à terre était pour elle une aventure plus riche que l’aventure céleste pour d’autres. Elle se satisfaisait d’illusions comme un héros. Il n’y avait pas de défaite possible. C’est pourquoi elle avait le teint clair, les traits reposés, la chair glaciale mais joyeuse, le sommeil profond."


 

 

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11 décembre 2013

Albert Camus :"La peste"

Albert CAMUS :"La peste"

la peste camus

C'est l'écoute du "gai savoir" de Raphaël Enthoven sur France culture qui m'a poussé à ouvrir les pages de ce livre, dont évidemment je connaissais l'existence. Mais lire Camus, en ce qui me concerne, représente toujours un sacrifice. Et "La peste" n'échappe pas à la règle. Camus, une lecture exigeante et complexe, qui demande un effort que, peut-être, je ne suis pas capable d'accomplir. J'ai aimé "la peste" mais ai-je bien saisi tout le sens du texte ?

La peste c'est une longue parabole, où la maladie représente la guerre, la tyrannie, l'idéologie destructrice. La peste c'est aussi l'histoire d'une résistance, opiniâtre, acharnée. La peste c'est aussi le repli et la peur. Mais la peste c'est aussi le révélateur, en négatif en quelque sorte, du caractère profond de l'homme avec ses grandeurs et ses bassesses, de l'humanité qui vaincra, même si "le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais".

Camus brosse un tableau en nuances de gris (et la description d'Oran dans les premières pages donne le ton) à partir de quelques personnages qui évolueront au rythme de la propagation de la maladie. C'est long et parfois un peu répétitif, comme cette ville close, comme cette vie qui oscille entre fatalité et combat, mais la réflexion du lecteur est toujours sollicitée.

Moins abordable que "l'étranger", "la peste" est un récit froid qui véhicule mal l'émotion et qui, malgré sa concision et un style plutôt sobre, est long à lire. Un chef d'oeuvre quand à l'ingéniosité de la parabole qui n'en fait pas, à mon sens, un chef d'oeuvre de la littérature.

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20 novembre 2013

Georges Simenon :"L'affaire Saint-Fiacre"

Georges SIMENON :"L'affaire Saint-Fiacre"

 

saint fiacre

Un des premiers romans de Simenon, et pourtant un des plus connus. Il met en scène le commissaire Maigret pour un retour aux sources dans son village natal de Saint-Fiacre.

"Je vous annonce qu'un crime sera commis à l'église de Saint-Fiacre pendant la première messe du Jour des Morts". c'est par ces mots que le commissaire est prévenu la veille. Il se rend donc sur place pour assister au meurtre de la comtesse de Saint-Fiacre.

Lire Simenon aujourd'hui, c'est se retrouver dans une atmosphère désuète, dans un village du Bourbonnais à proximité de Moulins, dans cette France paysanne où la fracture sociale est évidente entre les châtelains, propriétaires, riches et oisifs, et les métayers, travailleurs, respectueux mais envieux. Tout se passe lentement, comme dans un univers immuable et ordonné à tout jamais, entre messes, petits commerces, soleil gris dans la brume de Toussaint et cette auberge où cuit et recuit un éternel café.

Pour Maigret il s'agit d'un retour dans le village de son enfance, et les souvenirs qui reviennent à la moindre occasion influent sur l'enquête qu'il mène. Personnellement atteint par le drame, les souvenirs perturbent même le commissaire au point qu'il en arrive à une certaine passivité. Un lâcher prise qui n'empêche pas un final de haute volée, à la Walter Scott.

 

 

 

 

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25 août 2013

Raymond Queneau : "Zazie dans le métro"

Raymond QUENEAU : "Zazie dans le métro"

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Attention chef d'oeuvre ! 


Deux jours à Paris d'une gamine délurée et pleine d'énergie et une plongée dans le surréalisme délirant. Le langage tient une place importante dans cette histoire toute simple. 

Zazie est laissée par sa mère à la garde de son oncle Gabriel qui habite Paris. Dans ce Paris des années 50 avec ses cafés, ses taxis, ses cabarets, son métro, ses touristes. Pendant se séjour, elle découvrira surtout des personnages tous plus originaux les uns que les autres. Alors les dialogues s'engagent et l'auteur s'en donne à coeur joie. 

L'utilisation que fait Queneau de la langue française est une merveille d'invention et d'humour. C'est superbe. 

Toute une atmosphère littéraire à savourer. 

Un auteur dont je vais approfondir l'oeuvre. 

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13 mai 2013

Boris Vian : "L'écume des jours"

Boris VIAN : "L'écume des jours"

L'ecume des jours

 

Evidemment c'est à l'occasion de la sortie du film de Michel Gondry que l'envie de relire ce roman m'est venue. En effet, avec des souvenirs vieux de 30 ans, je ne pouvais me fier à mes impressions pour me forger une idée. 

A l'époque du lycée, je m'en souviens, j'avais beaucoup aimé, et avais lu d'autres titres ("L'arrache-coeur", "L'automne à Pékin" etc...) et beaucoup apprécié. 

Avec le recul de l'âge, la relecture de ce roman me laisse un sentiment mitigé. Cette histoire d'amour, dans un environnement surréaliste et poétique, est certes poignante et touchante. C'est d'ailleurs plus le sentiment amoureux de Colin envers Chloé (et vice versa) qui m'a le plus marqué, alors que dans ma précédente lecture, l'humour noir, le surréalisme, l'inventitivé de l'auteur qui m'avait emballé. A la relecture cet environnement fini quelque peu par lasser. 

Ici l'on aborde les thèmes de l'amour, de la maladie, de l'argent, de la cupidité, de la "fanatisation" qui sont traités avec une cruauté brute, un grotesque des situations et un humour décalé plein de références culturelles pas toujours faciles à déceler. 

Bref, un livre particulier par son texte mais intemporel par son contenu qui nous emmène loin des lectures bien bordées et bien propres sur elles. Ici, il faut faire fi de tout se que l'on attend d'un roman pour ne garder que l'essentiel : l'amour. A lire en écoutant Duke Ellington. 

Il est certain que cette relecture donne envie de voir comment le réalisateur du film a aborder l'adaptation de cette oeuvre si particulière. 

 

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02 avril 2013

J.M.G. Le Clézio : "Le chercheur d'or"

J.M.G. LE CLEZIO : "Le chercheur d'or"

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Le Clézio nous transporte, nous fait voyager, à la recherche de l'or du corsaire, à la recherche du trésor enfoui. L'aventure d'Alexis L'Etang, du jeune garçon de 8 ans qui vit à l'Ile Maurice à l'adulte qui, dans la quête du trésor, cherchera le sens de sa vie. Une vie jalonnée de naufrages, que ce soit la banqueroute de son père, la destruction de sa maison par l'ouragan, l'expropriation, la mort de son père puis le départ pour Rodrigues, les tranchées de la Somme ... 

Mais il y aussi l'amour, l'amour de sa soeur Laure d'abord et plus tard l'amour de la jeune et belle Ouma rencontrée dans l'Anse aux Anglais. 

Et il y a la mer, omniprésente, comme en opposition à cette terre désespérante et source des malheurs. Il y aussi la nature, si belle si riche, confrontée à la civilisation des hommes, celle qui maltraite les indigènes des plantations et celle qui sacrifie ses enfants dans les horreurs des tranchées. 

Un livre d'aventure, une  aventure humaine incroyable où l'on retrouve des allusions mythiques : Robinson, bien entendu, mais aussi Jason (le chercheur d'or)  voire Sisyphe (l'éternel recommencement) par bien des aspects.

Un grand roman assurément.

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