03 août 2018

Didier Daenincks : "Cannibale"

Didier DAENINCKS : "Cannibale"

 

Cannibale

Un tout petit livre qui traite de notre rapport à l'altérité au temps des colonies. Evidemment les blancs européens représentent la civilisation porteuse du savoir et de la culture. On organise alors, pour montrer sa supériorité des "Expositions coloniales".

C'est dans ce but qu'une centaine de kanak sont embarqués direction le bois de Vincennes. Un fait malencontreux va faire que quelques une seront "prêtés" au zoo de Francfort. S'ensuit pour deux d'entre eux une course poursuite dans le Paris des années trente.

Comme le texte est court et les péripéties nombreuses, ça va vite, et le fonds, la réflexion qui devrait naître du choc entre les cultures est un peu traitée rapidement. C'est dommage car voilà un thème qui mérite une certaine attention, comme a su si bien le faire Eric Vuillard avec "Tristesse de la terre"

 

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14 mars 2018

Raymond Radiguet "Le bal du Comte d'Orgel"

Raymond RADIGUET : "Le bal du Comte d'Orgel"

Le bal du comte d'orgel

C'est certain que l'on a affaire là à une langue maîtrisée et une écriture raffinée. Mais au-delà de ça je me demande si ces qualités sont au service d'un roman qui peut passer le temps ?  Certes en 1924 il a pu marquer les lecteurs, d'une part en raison de la jeunesse de l'auteur, mais surtout en raison de la profondeur et de la finesse de l'aspect psychologique du récit. Mais aujourd'hui qu'en est-il ?

Partant d'une situation somme toute assez banale dans la haute société de l'époque, Radiguet décrit les sentiments qui unissent les trois personnages principaux, le Comte, son épouse et l'ami, amoureux de madame. Comment naît l'amour entre deux personnes, par quels signes l'autre sent-il qu'il en est l'objet, doit-on se contenter d'aimer sans attendre d'être aimé en retour ? 

Ces thèmes restent encore actuels, mais à la lecture on s'ennuie quand même un peu. Toutefois, pour qui est prêt à cet ennui, pour qui ne cherche pas de rebondissements ni d'intrigue, ce texte emballera par ses qualités littéraires.  Un monument historique en quelque sorte.

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13 février 2018

Françoise Sagan : "Des bleus à l'âme"

Françoise SAGAN : "Des bleus à l'âme"

 

bleus à l'âme

Ecrit entre mars 1971 et avril 1972, "Des bleus à l'âme" mêle une fiction et des réflexions de l'auteure, sur sa vie, sur son métier, son art, mais également sur les personnages eux-mêmes, la narration, le rapport de l'écrivain à l'écrit. C'est certes un peu auto-centré.

Dans le Paris de ces années-là, la vie oisive, limite parasitaire, d'une jeune femme et de son frère, tous deux suédois, blonds et élégants, côtoie les doutes de l'écrivaine, ses bleus à l'âme. Le texte lui-même entremêle les sujets, parfois comme des digressions ou comme des souffles, des respirations, des prétextes pour aborder les questions de l'amour, de l'amitié,des rapports entre les gens, que ce soit dans la vie réelle, celle des personnages, ou bien dans la fiction, celle voulue par l'auteure.

Évidemment tout ceci n'en fait pas un grand roman, mais comme l'écriture est belle, comme la construction du texte est recherchée, finement travaillée, la lecture est fluide, portée par la douce musique de l'agencement des mots, des phrases.L'exigence de l'élégance en quelque sorte. Tout un style.

 

 

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12 décembre 2017

Romain Gary : "La promesse de l'aube"

Romain GARY : "La promesse de l'aube"

 

La-promee-de-l-aube

Voilà un classique qui m'avait jusqu'alors échappé. Et de voir une affiche dans le couloir du cinéma, et surtout de lire le très bon "Un certain M. Piekielny" ont rapidement eu pour effet d'hisser ce récit devant mes yeux. Et quel texte !

Même si l'on connaît, au moins de façon fragmentaire, l'extraordinaire destin de Romain Gary, le récit est intéressant car il raconte dans le détail la vie de l'auteur entre sa naissance en 1914 et 1945. Mais il va au-delà de l'autobiographie fictionnée et du regard porté sur une époque. Il entre en profondeur dans la dissection de la relation mère-fils, de l'amour, de la haine, de la vénération, de l'adoration, de l'exaspération. C'est le lien qui est important ici.

Ce lien, c'est la force. C'est lui qui donne la volonté d'agir. C'est lui qui construit, à la fois l'homme en devenir et la femme au crépuscule de sa vie.

Dans un style magistral, l'auteur distille avec humour et malice, ces instants de l'enfance, de l'adolescence et de jeune adulte qui l'ont conduit à devenir le grand écrivain, l'aviateur compagnon de la Libération, le diplomate, le mari de Jean Seberg (et là ça ne peut qu'atiser la jalousie y compris de ses plus fervents admirateurs), le manipulateur deux fois prix Goncourt ... Tout est là.

C'est la matrice originelle. 

Toutefois le récit s'inscrit quand même dans une époque et nous donne à voir à la fois les prémisses de le guerre en Europe, la vie de la communauté russe à Nice dans les années 1930, l'éducation de la jeunesse mais aussi, la période trouble de la drôle de guerre, de l'armistice de juin 1940 et des efforts opiniâtres de ceux qui cherchent à rejoindre Londres ...

Un incontournable intemporel.

 

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02 mars 2016

Philippe Grimbert : "Un secret"

Philippe GRIMBERT : "Un secret"

un secret

Une histoire intimiste, familiale qui dévoile peu à peu ce secret qui en est tout l'objet.

Le jeune narrateur nous conduit dans les méandres de sa famille, à travers ses parents tout d'abord, puis de proche en proche on remonte un peu le temps et le voile imperceptiblement se lève ... sur la façon dont la famille a traversé la seconde guerre mondiale.

Nous sommes dans la France (parisienne tout de même) qui être confrontée à cette épreuve, et plus particulièrement dans cette famille juive qui va devoir prendre des décisions face aux événements et aux menaces. Les histoires personnelles sont percutées par le mouvement de l'Histoire. Et l'amour dans tout ça ? Peut-il tout faire oublier ? Peut-il tout expliquer ?

L'écriture est fluide et la lecture aisée, l'histoire est en soi bouleversante, mais la narration manque un peu de rythme et le procédé joue un peu sur le pathos (un jeune garçon mal dans sa peau qui découvre un secret de famille pendant la période de la Shoah). Quant au fond, on se retrouve au final dans un roman à charge contre le père. Autofiction ou règlement de compte ?

 

 

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24 février 2016

Georges Arnaud : "Les oreilles sur le dos"

Georges ARNAUD : "Les oreilles sur le dos"

Les oreilles sur le dos

Voilà un roman d'aventures, rempli de mauvais garçons, de filles de joie, de chaleur tropicale, d'huile de moteur et de fuite en camion avec à bord 500 kg d'or.

Dans la Nouvelle-Grenade, Jacques, dit "Crocs de Jonc" est un malfrat sorti du bagne, qui se retrouve poursuivi par la police et l'armée pour avoir, malencontreusement tué un ukrainien qui travaille pour les américains qui eux-mêmes pourchassent l'AREC (une organisation révolutionnaire de type communiste). En compagnie de quelques comparses de fortune, il dérobe un camion et l'or de la banque avant de s'enfuir vers la frontière à travers les pistes de sables ou de boue.

L'ambiance est moite, les mains agrippent le volant, les roues glissent, la mitrailleuse juchée sur le toit veille et assure la sécurité ... les amitiés prennent corps ou se délitent ... en ces quelques jours à travers l'Amérique centrale.

On connaissait l'auteur pour son célèbre "Le salaire de la peur" dont on retrouve ici à la fois la gouaille et l'amour de la mécanique. Celui-ci, dont c'est une réédition, date également des années 1950. Les personnages, cocasses et hauts en couleur, et les situations désespérées mais souvent drôles, font de cette histoire bien rythmée un agréable moment de lecture.

 

Merci à Babélio et à Libretto pour cette lecture dans le cadre de Masse Critique.

 

 

 

 

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04 avril 2014

Antoine Blondin : "L'humeur vagabonde"

Antoine BLONDIN : "L'humeur vagabonde"

humeur vagabonde

Tout quitter, prendre le train, abandonner femme et enfants. Les enfants qui ne parlaient pas encore. La femme qui ne parlait plus. C'est dans un grand silence que Benoit Laborie quitte Mauvezac pour rejoindre Paris.

Benoit Laborie, un anti-héros, une sorte de Meursault avec sa mère en plus. Car l'amour maternel joue ici un rôle central.

A Paris, plein d'espoir, il va chercher à nouer les contacts que sa mère a gardés pour trouver une situation. Mais personne ne se souvient d'eux. Tout le monde ignore ce provincial et son pot d'azalée.

Commence l'errance, et une semaine terrible où les situations cocasses s'enchaînent. Désespoir. Il décide de rentrer à Mauvezac, sans rien dire, pour faire la surprise à sa femme. C'est au moment de ces retrouvailles que par un malentendu se produit un événement dramatique qui bouleversera sa vie.

Benoit Laborie, le médiocre, devient alors l'attraction de la justice et de la presse. De retour à Paris il devient le centre d'intérêt de toute cette société qui l'avait si superbement ignoré. Mais cet intérêt soudain s'éteindra peu à peu alors que le procès dévoilera le manque de consistance du personnage.

La vie de Benoit n'est qu'une salle d'attente de gare, avec les trains qui partent sans nous, et ceux qui partent trop tard, et ceux qui ne partent pas. Et dans cette salle d'attente, les figurants regardent leur vie défiler, sans prise sur elle, sans prise sur rien.

Un texte poétique et plein d'une souffrance larvée, cachée sous l'humour et la cocasserie.

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(photo : extrait du fim d'Edouard Luntz de 1972 avec Jeanne Moreau et Michel Bouquet)

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04 mars 2014

Annie Ernaux : "La honte"

Annie ERNAUX : "La honte"

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La honte, d'après wikipédia, se définit comme suit : "La honte est une émotion complexe. Elle se distingue des autres émotions par sa dimension sociale, secrète, narcissique, corporelle et spirituelle. La honte a des aspects positifs et négatifs. Elle est parfois définie comme la version sociale de  culpabilité, et joue un rôle dans la  phobie sociale."

Ce court texte d'Annie Ernaux revient sur une année particulière de son enfance: l'année 1952. C'est un jour de juin de cette année là que son père a frappé sa mère pour la faire mourir. Et l'auteure d'entourer ce fait majeur par toutes les circonstances factuelles de l'époque, où Annie, âgée de 12 ans sent "la honte" peu à peu la pénétrer, se diffuser en elle. Annie confrontée à deux mondes étanches : sa classe sociale, la famille, le petit commerce des parents, l'absence de culture et sa classe scolaire, élève brillante, assoiffée de culture et fréquentant les filles de l'autre monde.

Comme dans "La place" on retrouve ici cette ambiance provinciale des années '50 dans cette Normandie rurale. Le thème de l'ascension sociale y trouve une bonne place, ce désir de sortir de son milieu, de vaincre la honte.

D'une écriture plate et ne véhiculant pas l'émotion, on retrouve là tout le talent d'Annie Ernaux qui se livre à un travail de mémoire, à une réflexion sur le mécanisme de la mémoire qui fait resurgir à partir d'un fait marquant, tous les instants, toutes les sensations, toutes les émotions du moment. Quelque chose de "proustien" finalement.

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03 janvier 2014

Jean Giono : "Les âmes fortes"

Jean GIONO : "Les âmes fortes"

 

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Giono c'est une atmosphère. Bien sûr on pense à la Provence, mais là, même si on y est en provence (côté montagne de la Drôme) elle ne joue pas un grand rôle dans cette histoire. Ici c'est le tréfonds de l'humanité qui prime, cette âme si difficile  à déceler. Et Thérèse, cette Thérèse partie de rien, sans instruction mais avec un grand dessein, et avec comme seule arme son âme forte. Magnifique.

Quel roman !

D'abord la forme ;  ici on veille un mort, et pendant la veillée funèbre les femmes causent près du feu, avec quelques provisions et du café. Les histoires du village vont défiler, de façon certes décousues, avec de multiples retours et contestations, mais on comprend bien qu'il s'agît de la même histoire, dans ce village, dans cette auberge où s'arrêtent les pataches, où les voyageurs font haltes. Mais chacune a sa version, et Thérèse, vieille maintenant, raconte t-elle son rêve ou bien sa vie ? Cette unité de temps de la narration (une nuit) rend compte d'une bonne cinquantaine d'année à travers des voix multiples et souvent contradictoires. Sans découpage, l'enchainement des évènements et des personnages est parfois difficile à suivre, mais le récit est très rythmé.

Et puis le fond ; toutes les bassesses, toutes les jalousies, toutes les rancoeurs, les hypocrisies, un univers impitoyable et cruel où les sentiments sont bridés pour pouvoir agir froidement. Sauver coute que coute les apparences constitue également un leitmotiv. Mais on y trouve aussi l'amour, l'amour véritable, le dénuement, la passion dévoreuse, la folie.

Giono nous dresse là un tableau de la société dans ces vallées alpines à la fin du XIXème siècle. Une société en mutation, où l'on construit le chemin de fer, où l'on fait appel à la main d'oeuvre piémontaise, où s'installe durablement des chantiers colossaux, et où les affaires et l'argent peuvent être rapidement gagnés pour qui sait s'y prendre.

 

"Thérèse était une âme forte. Elle ne tirait pas sa force de la vertu : la raison ne lui servait de rien ; elle ne savait même pas ce que c’était ; clairvoyante, elle l’était, mais pour le rêve ; pas pour la réalité. Ce qui faisait la force de son âme, c’est qu’elle avait, une fois pour toutes, trouvé une marche à suivre. Séduite par une passion, elle avait fait des plans si larges qu’ils occupaient tout l’espace de la réalité ; elle pouvait se tenir dans ces plans quelle que soit la passion commandante ; et même sans passion du tout. La vérité ne comptait pas. Rien ne comptait que d’être la plus forte et de jouir de la libre pratique de la souveraineté. Être terre à terre était pour elle une aventure plus riche que l’aventure céleste pour d’autres. Elle se satisfaisait d’illusions comme un héros. Il n’y avait pas de défaite possible. C’est pourquoi elle avait le teint clair, les traits reposés, la chair glaciale mais joyeuse, le sommeil profond."


 

 

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11 décembre 2013

Albert Camus :"La peste"

Albert CAMUS :"La peste"

la peste camus

C'est l'écoute du "gai savoir" de Raphaël Enthoven sur France culture qui m'a poussé à ouvrir les pages de ce livre, dont évidemment je connaissais l'existence. Mais lire Camus, en ce qui me concerne, représente toujours un sacrifice. Et "La peste" n'échappe pas à la règle. Camus, une lecture exigeante et complexe, qui demande un effort que, peut-être, je ne suis pas capable d'accomplir. J'ai aimé "la peste" mais ai-je bien saisi tout le sens du texte ?

La peste c'est une longue parabole, où la maladie représente la guerre, la tyrannie, l'idéologie destructrice. La peste c'est aussi l'histoire d'une résistance, opiniâtre, acharnée. La peste c'est aussi le repli et la peur. Mais la peste c'est aussi le révélateur, en négatif en quelque sorte, du caractère profond de l'homme avec ses grandeurs et ses bassesses, de l'humanité qui vaincra, même si "le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais".

Camus brosse un tableau en nuances de gris (et la description d'Oran dans les premières pages donne le ton) à partir de quelques personnages qui évolueront au rythme de la propagation de la maladie. C'est long et parfois un peu répétitif, comme cette ville close, comme cette vie qui oscille entre fatalité et combat, mais la réflexion du lecteur est toujours sollicitée.

Moins abordable que "l'étranger", "la peste" est un récit froid qui véhicule mal l'émotion et qui, malgré sa concision et un style plutôt sobre, est long à lire. Un chef d'oeuvre quand à l'ingéniosité de la parabole qui n'en fait pas, à mon sens, un chef d'oeuvre de la littérature.

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