01 novembre 2013

Gustave Flaubert : "Un coeur simple"

Gustave FLAUBERT : "Un coeur simple"

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De l'amour véritable dans un coeur simple.

Premier des "trois contes" que Flaubert a publié à la fin de sa vie, "Un coeur simple" c'est la vie de Félicité, vie à la fois triste et exaltée. Un conte qui tourne autour de l'amour.

Flaubert nous brosse un portrait de cette femme vraie, de cette femme qui aime sans rien attendre en retour. Cette femme qui donnera tout son amour, à Virginie d'abord, à Victor ensuite puis à Loulou. Loulou, le perroquet qui personnifie, si l'on peut dire, l'amour divin, l'esprit saint.

Ce conte est aussi intéressant, outre le style remarquable de l'auteur, pour sa valeur sociologique et sa description de la vie de la classe aisée en Normandie au début du XIXème siècle, car le récit est linéaire, sans intrigue, un peu fade même. C'est dommage, le personnage aurait mérité d'être plus fouillé, plus creusé. L'analyse psychologique n'est pas mise en valeur alors que la matière est abondante avec tous les malheurs que Félicité traverse. Quoi qu'il en soit la lecture est agréable, abordable aussi et c'est quand même essentiel.

A noter la remarquable adaptation cinématographique réalisée par Marion Lainé en 2008 et une Félicité très touchante dans la peau de Sandrine Bonnaire.

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29 octobre 2013

Italo Calvino :"Le Baron perché"

Italo CALVINO :"Le Baron perché"

 

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Deuxième conte philosophique d'Italo Calvino dans la série "Les ancêtres", "le Baron perché" fourmille d'inventions littéraires et fantastiques.  Côme, alors âgé de douze ans, au cours d'un repas pendant lequel sa famille veut lui faire manger des escargots, décide de se réfugier dans les arbres ... et de n'en plus descendre. C'est le début d'une longue aventure, toute en hauteur, dans les diverses ramures de la région d'Ombreuse en Ligurie, le début d'une construction qui le poussera, par la lecture notamment, à épouser les idées des Lumières contre l'ordre établi, à espérer dans la Révolution, dans l'instauration d'une République Universelle .... Du haut de ses arbres Côme pense le monde différemment. Il aidera les pauvres, les opprimés, les faibles et il connaîtra l'amour. Les livres sont le ressort qui ouvre toutes les portes, qui abat tous les murs.

Avec une très belle écriture, ce texte qui mèle avec maestria la réflexion et l'humour emporte le lecteur dans les délices de la vie sauvage, de l'insoumission, de la révolution. Du grand art.

 

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12 octobre 2013

Italo Calvino : "Le Vicomte pourfendu"

Italo CALVINO : "Le Vicomte pourfendu"

 

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Premier volet de la trilogie "Nos ancêtres", "Le Vicomte pourfendu" est un conte à la fois extravagant et philosophique.

Médard de Terralba voit son corps coupé en deux dans le sens de la longueur par un boulet de canon lors d'une bataille contre les turcs. Une des deux moitiés a pu être sauvé (ah, la chirurgie en temps de guerre ! ) et rentre au village. Et c'est le mal incarné qui rentre au village, cette moitié de Vicomte dans son manteau noir. Les villageois vont subir sa violence acharnée.

Jusqu'au jour où l'autre moitié du Vicomte apparaît, revenue elle aussi du champs de bataille. Et chaque moitié vit sa vie indépendamment de l'autre. La seconde dispensant le bien et la bonté autour d'elle.

Et là c'est la confrontation entre le bien et le mal. Comme deux facettes de la même personne.

Très bien écrit, ce récit bref (à peine une centaine de pages) met en scène ces deux demi-personnages, dans un décor et une ambiance de conte tout à fait originale et drôle  narré par un gamin (le neveu du Vicomte) de façon naïve et profonde à la fois.

Au-delà du texte, Italo Calvino nous pousse à la réflexion, sur nous même sur  nos comportements. Et même jusqu'à l'absurde : le bien peut il exister sans le mal ?

 

 

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06 octobre 2013

Sofi Oksanen : "Purge"

Sofi OKSANEN : "Purge"

 

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L'Estonie à travers une histoire de femmes

Quel beau roman, qui utilise l'histoire de l'Estonie de 1939 à 1992 pour nous peindre le destin de femmes. L'Estonie, indépendante depuis 1920, et occupée à partir de 1940, par l'Allemagne nazie d'abord puis par la Russie soviétique ensuite jusqu'en 1992. Comment vivre libre dans ce contexte et défendre son identité ? Comment chacun positionne sa vie quotidienne dans cette ambiance ? 

La vie est rude pour ces femmes, la vie est faite d'humiliations, de peur, de délations, de trahisons. En 1992 Aliide, vieille femme qui vit une vie simple dans une ferme sera perturbée par l'irruption de Zara, jeune fille en guenille affalée dans la cour boueuse. Aliide, froide, dure et silencieuse va la recueillir. Toute l'histoire d'Aliide va s'écouler, depuis la jeune et amoureuse, jusqu'à la vieille solitaire, Aliide qui cache tous les secrets qui ont traversé ces temps si durs. 

D'un point de vue historique le roman est très intéressant en ce qu'il nous fait découvrir à travers la vie des gens le destin de ce peuple dominé pendant si longtemps. Du point de vue du récit, il est poignant et si le personnage d'Aliide ne porte pas à l'empathie, on se prend quand même à éprouver de l'affection pour elle. Et Zara, jeune fille qui rêve d'occident et d'argent et que la mafia transformera en esclave sexuelle, comment ne pas croire en sa fuite ? Et la rencontre entre ses deux femmes si contrastées ? Et si quelque chose de plus profond les rapprochait ? 

Bien écrit, d'une lecture aisée malgré les thèmes abordés qui sont souvent lourds, et une ambiance pesante ce roman mérite un détour. 

 

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11 septembre 2013

Dennis Lehane : "Shutter Island"

Dennis LEHANE : "Shutter Island"

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Ce roman a déjà 10 ans et a fait l'objet d'une magistrale adaptation cinématographique, mais cela ne gâche rien au plaisir de le lire. 

Shutter Island est un îlot siège d'un hôpital-pénitencier (ou l'inverse) dans lequel sont enfermés les criminels violents et souffrant de troubles psychiatriques. Le décor est planté. Une détenue a disparu. Teddy Daniels marshall de Boston et son équipier débarquent pour mener l'enquête. Comment cette détenue, schizophrène, qui a tué ses trois enfants, a t-elle pu disparaître de sa cellule encore fermée de l'extérieur ? Mais Teddy veut profiter de cette enquête pour retrouver le meurtrier de sa femme et mettre à jour la vérité de cet établissement soupçonné de pratiquer de terribles expérimentations sur les patients.

A travers ce récit très bien mené, le lecteur est plongé dans l'enfer de l'univers carcéral et psychiatrique. Il faut en permanence se méfier des apparences, déjouer les conspirations, détecter les mensonges, résoudre les énigmes. Le rythme est haletant, l'espace est confiné, la météo hostile. Le dénouement est remarquable. 

Ce récit est également fort bien documenté et la maladie mentale (la schizophrénie) tient là une place majeure. 

Chacun est responsable de ses actes, mais surtout chacun doit accepter de porter cette responsabilité. La psychiatrie (psychanalyse) a permis de mettre à jour le phénomène des mécanismes de défense. Il sont là au centre de ce thriller haletant. 

Il s'agissait là de ma première rencontre avec cet auteur majeur. Ce ne sera pas la dernière. 

 

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30 août 2013

Henning Mankell : "Les chaussures italiennes"

Henning MANKELL : "Les chaussures italiennes"

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Une belle photo en couverture n'est pas, à elle seule, un gage de la qualité du roman que le reste des pages renferme. Un peu comme pour la maison de disques "ECM" dont parfois le seul intérêt réside dans la qualité de la photographie, tant la musique qu'il contient paraît austère et froide. 

Ici, tel n'est pas le cas. Même si l'ambiance est austère et froide également, ce roman est plein de douceur. 

Un ancien chirurgien de 65 ans vit seul, depuis 12 ans, dans une île d'un archipel suédois, sans voisins, entourés par son chien et sa chatte. La vie est rythmé par les saisons, la météo et le passage du facteur. Pourquoi a t-il abandonné la médecine ?  A quoi cherche t-il à échapper ? 

Pourtant, en ce jour de solstice d'hiver, une visite inattendue va bouleverser l'équilibre quotidien dans lequel il se réfugie. Rattrapé par son passé, il cheminera, aussi bien géographiquement que psychiquement pour sortir de sa carapace et se découvrir lui même. Il va comprendre ses erreurs passées et s'ouvrir peu à peu aux autres. 

Réflexions sur la responsabilité de chacun, la culpabilité et la rédemption, sur la vie et la mort, sur l'accompagnement des mourants, le roman est écrit avec subtilité et finesse. 

Toutefois, même si les personnages sont bien traités, on a du mal à entrer complètement dans cet univers, dans cette réflexion, dans cette introspection. Le narrateur n'entraîne pas forcément l'empathie et si la lecture reste agréable on est loin là d'une oeuvre littéraire aboutie. 

 L'auteur est mondialement connu pour ses polars. J'en lirais un, promis. 

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25 août 2013

Raymond Queneau : "Zazie dans le métro"

Raymond QUENEAU : "Zazie dans le métro"

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Attention chef d'oeuvre ! 


Deux jours à Paris d'une gamine délurée et pleine d'énergie et une plongée dans le surréalisme délirant. Le langage tient une place importante dans cette histoire toute simple. 

Zazie est laissée par sa mère à la garde de son oncle Gabriel qui habite Paris. Dans ce Paris des années 50 avec ses cafés, ses taxis, ses cabarets, son métro, ses touristes. Pendant se séjour, elle découvrira surtout des personnages tous plus originaux les uns que les autres. Alors les dialogues s'engagent et l'auteur s'en donne à coeur joie. 

L'utilisation que fait Queneau de la langue française est une merveille d'invention et d'humour. C'est superbe. 

Toute une atmosphère littéraire à savourer. 

Un auteur dont je vais approfondir l'oeuvre. 

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12 août 2013

Ken Grimwood : "Replay"

Ken GRIMWOOD : "Replay"

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Et si on rejouait sa propre vie plusieurs fois ? 

Bien sûr le thème a déjà été abordé, mais ce roman publié en 1988 le traite avec originalité. Beaucoup de surprises attendent le lecteur au fil des pages. C'est très bien mené. 

Jeff Winston meurt à l'âge de 43 ans en 1988 et revient immédiatement à la vie en 1963 à 18 ans. Il recommande, il répète. Mais les souvenirs restent. A 43 ans il meurt de nouveau, et sa vie se répète à nouveau depuis 1963 .... et les souvenirs restent. 

Que ferions nous si nous avions la possibilité ainsi de recommencer ? Gagner de l'argent ? Prévenir des catastrophes ? Influencer le futur ? Vivre dans le plaisir de l'insouciance ? Et si ces répétitions étaient source d'angoisses ? Quel est le sens de l'existence, des décisions que l'on prend, du cours des choses si tout doit s'effacer et que tout recommence ? 

Bien sûr le thème du temps transcende ce roman, mais aussi nos relations à l'autre et ce qu'elles ont d'essentiel pour la construction de la personnalité. Et l'amour dans tout ça ? Est-ce possible ? 

L'auteur, à qui l'on peut reprocher une certaine propension à ne penser qu'en états-unien, à travers ce texte allègre et à l'écriture vive nous emmène à nous poser toutes ces questions sur le sens de la vie et sur l'influence que l'on a, individuellement, sur le cours de celle-ci. 

Un bon roman, qui rappelle à la fois, "Retour vers le futur" et "Un jour sans fin" pour ce qui concerne des références cinématographiques. 

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10 août 2013

Herman Melville : "Moby Dick"

Herman MELVILLE : "Moby Dick"

 

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Enfin terminé le classique de l'été. Lecture fastidieuse mais intéressante tout de même, à la fois roman d'aventure et ouvrage de référence en cétologie et pêche à la baleine au XIXème siècle. 

La première partie du roman est vraiment captivante, lorsque l'on suit les errements d'Ishmaël et sa rencontre avec Queequeg le harponneur. Puis à partir de l'embarquement sur le Péquod la lecture devient moins fluide, plus académique, on a parfois l’impression de lire un traité scientifique. Heureusement, les personnages hauts en couleur sont là pour briser la monotonie : Achab, Starbuck, Flask, Stubb etc... et toutes ces navigations sur tous les océans et par tous les temps. Ça sent l'iode et la sueur. L’aventure humaine, le défi individuel et collectif. 

Ce roman déploie donc de multiples facettes, à la fois roman d'aventure maritime (on le trouve au rayonnage jeunesse des médiathèques), récit initiatique et conte sur la folie humaine. Mais "Moby Dick" c'est aussi une allégorie biblique et si comme moi on n'est pas un grand connaisseur du texte sacré, on passe certainement à côté d'un tas de choses, dites ou suggérées. 

La lecture de Moby Dick est lente, mais le voyage sur les océans dure trois ans, et au rythme des vents, le lecteur avance, porté lui aussi par la folie singulière du peuple de la mer. 

Quoi qu'il en soit je suis content d'avoir lu ce classique de la littérature mondiale, dans une traduction de Jean Giono.

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08 juillet 2013

Maylis de Kerangal : "Corniche Kennedy"

Maylis de KERANGAL : "Corniche Kennedy"

 

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Déshérences en bord de mer

Entre la quatre-voies et la mer, serré sous la corniche Kennedy, il existe un petit coin de falaise. Et c'est là que "les petits cons" vont sauter dans la mer. "Les petits cons" ont entre 13 et 16 ans, ils roulent sur des scooters trafiqués, et traînent en bande sur la Plate, ce rocher plat en surplomb de la mer. La corniche Kennedy, c'est aussi le domaine du commissaire Opéra, chargé d'assurer la tranquillité des lieux et de faire respecter scrupuleusement l'interdiction de sauter de cet endroit bien trop dangereux. "Les petits cons" c'est Eddy, Mario et les autres et Suzanne. Leur royaume c'est le défi. Se défier soit même, se défier l'un l'autre, défier l'autorité. 

Maylis de Kerangal met en scène deux mondes qui s'affrontent. Avec son style particulier, percutant, vif, et qui peut heurter le lecteur, elle nous ouvre le monde de ces ados avec leurs doutes et leurs rêves. En parallèle elle dissèque le monde de ce flic avec ses doutes et ses désillusions dans la lutte contre la délinquance, la prostitution, le trafic de drogue. Récits de déshérences. 

Si cette lecture est courte, elle n'est en rien superficielle. Toutefois on a du mal à se laisser émouvoir par ce récit qui donne plus l'impression d'être un exercice de style qu'un véhicule pour faire vibrer les émotions du lecteur. 

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(Corniche Kennedy, Marseille)

 

 

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