15 novembre 2012

"La grande course de Flanagan" de Tom Mc Nab

Tom NcNAB : "La grande course de Flanagan"

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Voici un roman qui date de 1982 (1983 pour la traduction française) et que les éditions Autrement ont eu la bonne idée de rééditer en 2012.

La Trans America est cette course à pied organisée par Charles C. Flanagan qui a consisté en 1931 à traverser les Etats-Unis de Los Angeles à New-York. Donc il s'agit d'un roman sportif. Mais pas seulement. Comme nous sommes en 1931 il s'agit plus d'une aventure, à la fois individuelle et collective qui est racontée ici. Un genre de road-trip qui nous entraîne dans cette caravane hétéroclite de sportifs professionnels, d'amateurs victimes de la crise économique et attirés par les récompenses, un cirque, une caravane publicitaire, des journalistes .... Tom NcNab ne nous fait pas un compte rendu quotidien, façon chronique, mais nous emmène dans l'intimité des protagonistes : Flanagan, l'organisateur aux prises avec tout une série d'embûche de tous ordres, les coureurs Cole, Morgan, Sheridan, McPhail, Martinez dont les destins différents convergent dans cette course folle.

Le récit de cette course, inspirée de la vraie Trans America qui eût lieu en 1928 et 1929, conduit à aborder les thèmes du dépassement de soi (tous les coureurs de fond savent de quoi il s'agit), mais aussi du professionnalisme, des rapports sport - argent, du dopage, des enjeux nationaux et politiques (le sport propédeutique à la guerre ? ) avec une acuité intéressante.

 

trans america

 Evidemment les coureurs de fond, et ils sont nombreux à s'aligner les dimanches sur les marathons, apprécieront cette épopée qui a quelque chose de l'Odyssée, mais les lecteurs attirés par l'aventure y trouveront également leur compte.

Un roman à lire lentement, en endurance.

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30 octobre 2012

Tolstoï : "La mort d'Ivan Ilitch"

TOLSTOÎ : "La mort d'Ivan Ilitch"

 

ivan ilitch

 

Les derniers jours d'un condamné, condamné comme un mortel vaincu par la maladie. Condamné comme tous les mortels. 

Pourtant Ivan Ilitch est un personnage important, conseiller à la cour, une place enviée par son entourage professionnel. Une place qui attise les jeux et les convoitises. Une belle vie en quelque sorte. 

Mais la survenue de la maladie, que nul médecin n'arrivera à diagnostiquer, et des souffrances qu'elle entraîne conduiront Ivan Ilitch  à réfléchir sur sa vie, sur sa relativité, sur l'importance donnée à la futilité et l'indifférence accordée à l'essentiel. Une réflexion pleine de lucidité.

Ivan Ilitch sait que la maladie dont il souffre n'a pas d'autre nom que la mort. 

Tout le talent de Tolstoï est alors en oeuvre pour décrire ce passage de la vie à trépas. Il ne nous épargne aucun stade, aucune angoisse, mais malgré ce réalisme le récit est profond et conduit le lecteur à une réflexion sur la vie. Et surtout sur celle de savoir que faire de notre vie. 

Excellent, tant par la construction que par le style, cette nouvelle est une merveille. 

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22 octobre 2012

Marie Neuser : "Un petit jouet mécanique"

Marie NEUSER : "Un petit jouet mécanique"

jouet Neuser

Un bon samedi bien pluvieux et un livre reçu dans le cadre de l'opréation "Masse critique" de Babélio, voilà les deux motivations qui m'ont poussé à ouvrir ce livre.

Et bien, aucun regret à la fin de la journée.

Nous sommes en Corse et Anna revient dans la maison où, avec ses parents elle passait les mois d'été de son enfance. En ouvrant le placard, elle retrouve un petit jouet mécanique qui déclenchera en elle les souvenirs précis de cet été particulier. Elle se souvient du temps où à 16 ans elle était la fille d'Acquargento, celle qui s'ennuyait ferme dans cette masure isolée dans les années 80. Celle qui rêvait d'école de design à New York, de rock, d'une vie trépidante. Celle qui, incomprise de tous, avait tout perçu alors que les autres ne l'écoutaient pas. Jusqu'à ce que le drame se produise.

Pendant cet été là, c'est l'arrivée de sa soeur, Hélène, et de sa fille, Léa, qui va perturber l'ordre immuable entre plage, travaux de jardin, murets de pierres sèches et repas sur la terrasse.

Marie Neuser nous plonge avec justesse et humour dans la peau de cette adolescente. Et c'est à travers ses réflexions que nous découvrons peu à peu les rapports entre les différents membres de la famille, dans ce cercle presque fermé, où la seule ouverture sur le monde est la plage avec ses naïades et ses bellâtres.

Avec talent, l'auteure nous brosse là un portrait attachant et sensible d'une adolescente, avec toutes ses contradictions entre réalité et illusions. Un bon moment de lecture.

Merci aux Editions L'Ecailler pour cet envoi.

 

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18 octobre 2012

Haruki Murakami : "Autobiographie de l'auteur en coureur de fond"

Haruki MURAKAMI : "Autobiographie de l'auteur en coureur de fond"

autobiographie de l'auteur

 

Voici un livre qui fait le lien entre deux de mes passions : la course et la lecture. 

Évidemment il ne s'agit pas d'un roman, mais d'une suite de réflexions, de confidences, d'analyses, à la fois sur la course à pied et sur l'écriture d'un roman. Mais c'est bien sous l'angle de la course d'endurance que l'auteur aborde toutes ses réflexions. Et pour celui qui pratique régulièrement cette activité, c'est là que ça prend de l'intérêt. J'imagine que pour les autres, ce genre de récit doit avoir quelque chose de lassant. 

Le point culminant est le marathon de New-York et le lecteur en suit la préparation accompagnée de multiples digressions et flash-backs. Pourtant le récit est malgré tout ordonné, on découvre l'auteur joggeur débutant, puis coureur régulier, marathonien, cent bornard (pour utiliser le jargon des coureurs) et tri-athlète. 

Mais  il raconte aussi l'analogie entre l'écriture et la course : répétition quotidienne du travail, endurance, objectifs clairs, découragement, persévérance, dépassement de soi ... . Et on suit l'auteur à travers le monde : Hawaii, Athènes, Boston, Tokyo, Murakami et à travers ses doutes, ses joies, ses peines et ses petits bonheurs.

Il nous livre surtout un homme, dans toutes ses dimensions, un homme qui a besoin du silence et de la solitude pour ne pas sombrer dans la folie. Il permet à chaque lecteur de se retrouver et de réfléchir à sa propre situation de coureur.  

 

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09 octobre 2012

Julie Otsuka : "Certaines n'avaient jamais vu la mer"

Julie OTSUKA "Certaines n'avaient jamais vu la mer"

certaines

Quel destin que celui de ces femmes venues en Amérique pour échapper à leur sous-condition promise dans leur Japon natal ! Mues par l'espoir d'un mariage avec un beau et jeune japonais émigré depuis plusieurs années et bien installé dans cette Californie où tous les rêves de bonheur et de prospérité sont permis. 

Et si la réalité était différente ? 

Avec acharnement elles travailleront aux tâches les plus pénibles sans rechigner, elles seront maltraitées, voire humiliées, elles élèveront des enfants, elles s'intégreront à la société américaine ... jusqu'au jour où l'attaque de Pearl Harbour en fera des suspects, des ennemies. 

Julie Otsuka nous livre ici des tableaux de ces femmes, des impressions rythmées par les épisodes de la vie, dans une langue poétique et avec une puissance évocatrice évidente. Ce roman est une chronique grave, dramatique, menée de main de maître, comme une plongée dans la précision : on passe du "elles" au "nous", puis aux prénoms et aux noms. Et tout ceci avec une  empathie authentique, sans tomber dans le voyeurisme de la souffrance. Quel talent ! 

Ce roman est une révélation de la rentrée littéraire, et c'est pleinement justifié. 

Cette lecture sera utilement complétée par "Quand l'empereur était un dieu". 

 

 

 

 

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05 octobre 2012

Anna Karenine au cinéma

Grand roman parmi les grands romans, Anna Karenine de Léon Tolstoï vient de faire l'objet d'une adaptation cinéma. On retrouve pour ce film le duo réalisateur-actrice que l'on avait vu dans "Orgueil et préjugés" il y a quelques années. 

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C'est Keira Knightley qui tiendra le rôle titre dans ce film réalisé par Joe Wright. 

A noter que l'affiche américaine est différente : 

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Sortie prévue en France le 5 Décembre prochain. 

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01 octobre 2012

Leonor de Recondo : "Rêves oubliés"

Leonor de RECONDO : "Rêves oubliés"

 

rêves oubliés


Une sensibilité d'écriture pour nous conter cette famille basque d'Espagne en exil pendant la guerre. Quittant Aranjuez pour Irun, puis Irun pour Hendaye, puis Hendaye pour vivre dans une ferme des Landes. Peu importe les conditions, l'important c'est d'être ensemble. Unis. Une famille de républicains pourchassée par le franquisme. 

Aïta, Ama, leurs trois enfants, les deux parents et les deux frères d'Ama, activistes politiques qui seront internés un moment au camps de Gurs, forment cette famille. 

Et Ama (la mère) qui note au fil du temps ses sentiments, ses ressentis, sur un petit carnet. Ama qui voit chaque étape de cet exil comme un nouveau renoncement veut maintenir coûte que coûte la cohésion de la famille. Avec en ligne de mire, le secret espoir du retour au pays ...

Avec une économie de mots, Leonor de Recondo arrive à nous transporter dans le quotidien de cette famille et dans l'intimité des sentiments de cette femme qui aime. Et qui aime, par dessus tout son Aïta. 

Le contexte politique et certains personnages ne sont que survolés, ce qui amoindri l'intérêt de ce livre qui n'en reste pas moins un bon roman. 

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25 septembre 2012

Virginia Woolf : "Mrs Dalloway"

Virginia WOOLF : "Mrs Dalloway"

Mrs Dalloway

Une journée dans la vie de Mrs Dalloway. A Londres dans les années 1920 entre l'achat de fleurs le matin et la réception donnée dans la soirée. Une journée rythmée par les cloches de Big Ben. Rien finalement dans l'histoire ne justifie ce roman.

Tout est à l'intérieur des quelques personnages, dont l'héroîne (si l'on peut dire), qui se croisent, qui sont au même endroit au même moment. On suit la pensée, parfois construite, parfois volatile voire complètement déformée de chacun des protagonistes dont Septimus Warren qui a sombré dans la folie à son retour de la guerre.

Si le roman nécessite une certaine attention à la lecture, on se laisse toutefois facilement porter par ce flot ininterrompu de pensées et d'états d'âmes. On est dans l'impressionnisme : la représentation du réel passe par le prisme de l'âme.

Virginia woolf réussit là bien plus qu'un exploit technique. Le texte est fin, poétique et subtil. Une sorte de journal intime polyphonique.

 Cette lecture donne envie d'être complétée par celle de "Les Heures" de Michaël Cunningham (dont l'adaptation cinématographique est un chef d'oeuvre) et de continuer la découverte de Virginia Woolf avec "La promenade au phare".

 

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19 septembre 2012

Courir et philosopher

Vous savez, ou pas encore, que quand je ne lis pas, je cours (à pied). 

Guillaume Le Blanc vient de publier chez Flammarion "Courir - Méditations physiques". 

courir

 

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14 septembre 2012

Julie Otsuka : "Quand l'empereur était un dieu"

Julie OTSUKA : Quand l'empereur était un dieu"

Quand l'empereur était un dieu

C'est en m'intéssant aux nouveautés de la rentrée 2012 que mon attention a été attirée par un roman de Julie Otsuka. Ce roman "Certaines n'avaient jamais vu la mer" raconte l'histoire de ces femmes japonaises arrivées en Californie dans les années 30.

En cherchant un peu l'oeuvre de cette auteure, je tombe sur ce roman "Quand l'empereur était un dieu" qui aborde la même époque et les mêmes femmes. Ici il ne s'agit pas de leur arrivée et de leur intégration dans la société américaine. Ici, il s'agit de cette génération de japonais, arrivée en Californie et intégrée à la société américaine. Ce sont les conséquences de l'attaque de Pearl Harbour sur ces familles que Julie Otsuka veut montrer. Une page sombre de l'histoire étasunienne de la seconde guerre mondiale.


Premier roman de Julie Otsuka et quel roman !

Nous suivons là la vie de cette famille japonaise, parmi d'autres, devenue subitement ennemie de la nation. Le père est arrêté et interné, et le reste de la famille (la mère, la fille et le fils) le sera bientôt également. Mais séparés. Commence alors le voyage jusqu'au camp, puis l'internement jusqu'à la fin de la guerre et enfin le retour à la maison et la reprise de la vie normale.

Mais la vie normale, c'est quoi après tant d'années ?

Avec un style froid et détaché, Julie Otsuka montre la force de cette famille, de la mère qui veut pas perdre son honneur et sa dignité malgré l'humiliation subie. Dans cette atmosphère, les rapports filiaux sont chaleureux et respectueux.

L'écriture est poétique, raffinée et simple à la fois. Un vrai plaisir.

 

 

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