05 mai 2013

Francesca Melandri : "Eva dort"

Francesca MELANDRI : "Eva dort"

eva dort

Un roman en forme de fresque historique et de saga familiale dans le Haut Adige / Südtirol entre 1919 et nos jours. Le sud du Tyrol a été donné à l'Italie en 1919 alors que le Traité de Versailles scelle juridiquement la paix de la première guerre mondiale. Mais quid de ces populations allemandes qui se retrouvent du jour au lendemain en territoire italien ? 

Francesca Melandri, au travers du destin de la famille Huber, va nous conter l'aventure de ce territoire alpin, "plus connu pour sa géographie que pour son histoire". 

Eva, la fille de Gerda, traverse toute l'Italie du nord au sud pour se rendre au chevet de Vito, un ancien carabinier en poste au Tyrol du Sud. Pendant ce voyage long de 1397 km elle nous livre ses réflexions. Ces chapitres alternent avec une progression chronologique de la vie familiale et de la vie politique de ceux qui cherchent la reconnaissance de leur identité culturelle. Ce voyage est un double voyage.

C'est une histoire forte que celle de Gerda, fille mère et de la petite Eva, des personnages peints avec tendresse et passion, des caractères à la fois bien trempés et empreints de doute, qui mènent une vie qui ne les épargne pas entre travail "d'esclave" et séparations. Le contexte géopolitique va marquer les familles sur des générations, entre ceux qui rejoindront les rangs nazis à la fin des années 30, ceux qui émigreront vers les terres germaniques du Reich, ceux qui resteront malgré eux, et plus tard, ceux qui se battront violemment et ceux qui chercheront le compromis avec l'Etat italien pour la reconnaissance. Que de péripéties ! 

Francesca Melandri maîtrise son sujet et tient le lecteur en haleine. Elle dépeint une société complexe avec justesse et sans jamais sombrer dans la facilité ou la caricature et les questions des rapports sociaux ne sont pas éludés (poids de la tradition, fille-mère dans les années '60, perception de l'homosexualité ...). C'est fin. Bravo. 

Un très bon roman à lire. Il permet de découvrir une région particulière et une problématique que la France ignore superbement : le combat des minorités ethniques face au rouleau compresseur de la république une et indivisible. 

 

los von Rom

 

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22 avril 2013

Haruki Murakami : "Les amants du Spoutnik"

Haruki MURAKAMI : "Les amants du Spoutnik"

les amants du spoutnik

Et voici donc mon premier Haruki Murakami, et je découvre là tout un univers, à la fois poétique et extravagant.

Le roman relate l'amour impossible à partir de trois personnages, dont le narrateur. K. est un instituteur quelque peu solitaire qui est passionnément amoureux de Sumire. Mais Sumire, jeune fille plutôt fantasque, tombe subitement amoureuse de Miu, une femme d'affaires. Miu ne semble pas éprouver de sentiment amoureux.

Les deux femmes partent en voyage d'affaires en Italie, en France puis se retrouvent pour quelques jours sur une île grecque. Quand Sumire disparaît, envolée comme de la fumée, leur petit monde va être bouleversé. Le mystère s'installe.

D'une écriture fluide, usant de la métaphore, Haruki Murakami nous dresse des portraits tourmentés, mêlant le rêve et l'imaginaire au récit. Toutefois le lecteur (occidental) n'est pas dépaysé, car les références culturelles sont les nôtres ( Kérouac, Balzac, Brahms, Mozart, le vin de Bourgogne ... ) et de ce fait amoindrissent l'intérêt de ce roman.

Sans être vraiment emballé par l'histoire elle même, je suis malgré tout enchanté par le style et la construction du roman. Il ne reste plus maintenant qu'à en lire un autre, en quête d'un véritable coup de coeur.

 

 

 

 

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14 avril 2013

Laurent Gaudé : "Le soleil des Scorta"

Laurent GAUDE : "Le soleil des Scorta"

le soleil des Scorta

J'ai découvert Laurent Gaudé sur la recommandation de Araucaria que je remercie pour sa suggestion.

En effet, j'étais à la recherche d'un écrivain francophone contemporain marquant, et avec Laurent Gaudé, je l'ai trouvé. 

Nous sommes ici dans l'Italie du sud, dans les Pouilles exactement à Montepuccio et nous suivons la vie de la famille Scorta de 1875 à nos jours.

Une famille marquée par le malheur, par la sueur et par la destinée de mangeur de soleil, dans ce pays sec et chaud où les travaux agricoles et la pauvreté sont le seul horizon. Pourtant les Scorta, et notamment Rocco, ne s'en contentent pas. Quel récit magnifique que le vie de Rocco.

Puis nous suivons les aventures des enfants de Rocco et de "La Muette", partis tentés leur chance à New-York, puis l'ouverture du tabac et les générations qui se suivent sous le soleil, comme les olives sur les branches des oliviers, précarité de la vie et pérennité de la lignée. Laurent Gaudé nous entraîne dans toutes les épreuves mais aussi dans toutes les joies que partage la famille. En on se prend à rêver du banquet dans la cabane au bord de la mer, toute la famille réunie sous le soleil. Magistral !

Ecrit dans un style ciselé et travaillé la lecture n'en est pas moins aisée et le lecteur transporté. En tout cas sur une bonne partie du roman, car la fin est un peu laborieuse (quand on arrive à la génération d'Elia et de Donato).

Quoi qu'il en soit, c'est un bon roman et Laurent Gaudé est un auteur à découvrir.

 

 

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08 avril 2013

Francis Scott Fitzgerald : " L'étrange histoire de Benjamin Button"

Francis Scott FITZGERALD : "L'étrange histoire de Benjamin Button"

benjamin Button

Courte nouvelle, s'il en est, de l'étrange destin de ce Benjamin Button, né vieux et qui rajeunira jusqu'à mourir. Ce n'est pas un grand texte littéraire, et j'attendais plus de l'auteur, dommage. Mais, il conduit bien la réflexion sur le temps qui passe et sur la perception que nous en avons. Toutefois, les personnages ne sont pas creusés et les situations pas suffisamment exploitées. 

Ce qui est surtout étrange c'est la façon dont l'auteur traite l'aspect psychologique de Benjamin Button, qui naît vieux en tout point. David Fincher, dans le film tiré de cette nouvelle (en 2008) prendra le parti inverse, et cela contribuera nettement à la réussite de ce film. 

Bref, une lecture rapide où l'on ne s'ennuie pas, mais qui manque de profondeur. 

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07 avril 2013

Mo Yan : "Le veau"

Mo YAN "Le veau" suivi de "Le coureur de fond"

Le veau mo-yan_440x260

Publié en 1998, mais seulement en 2012 pour la traduction française, voici un recueil de 2 nouvelles qui se situent dans la Chine agricole des années 1968. Toutes les deux sont excellentes et le regard de l'auteur (et du narrateur) sur la vie dans son pays à l'ère du communisme triomphant est remarquable et plein d'humour et de tendresse. 

"Le veau" nous emmène dans ce village agricole où trois veaux vont se faire châtrer et où le jeune narrateur espère pouvoir manger une portion de testicules frits préparés par sa tante. Mais on lui confie la garde des veaux, pendant que les adultes partent partager les agapes. Le jeune homme va alors se poser des questions et entrer en communication avec les veaux ... et si les veaux révélaient leur côté humain alors que les hommes révèlent leur bestialité ? 

Un conte à la fois cruel et drôle écrit dans une langue truculente (merci à la qualité de la traduction) qui cache entre les mots un regard à la fois acéré et caustique. Un réel moment de plaisir. 

"Le coureur de fond" raconte (toujours à travers le regard d'un adolescent) l'histoire de l'instituteur du village qui va être amené à participer à une épreuve sportive organisée par le village. L'auteur dresse ici un autre portrait de la vie rurale à cette époque (1968 -1970) et met en scène les droitiers (en cours de redressement en camp de travail) dont l'influence sur le développement  des campagnes ne sera pas négligeable. 

Ce conte, plus court, est moins abouti que le précédant, mais ne manque pas d'humour non plus, notamment à travers les portraits qu'il dresse. 

Mo Yan, un auteur à suivre et à recommander. 

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02 avril 2013

J.M.G. Le Clézio : "Le chercheur d'or"

J.M.G. LE CLEZIO : "Le chercheur d'or"

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Le Clézio nous transporte, nous fait voyager, à la recherche de l'or du corsaire, à la recherche du trésor enfoui. L'aventure d'Alexis L'Etang, du jeune garçon de 8 ans qui vit à l'Ile Maurice à l'adulte qui, dans la quête du trésor, cherchera le sens de sa vie. Une vie jalonnée de naufrages, que ce soit la banqueroute de son père, la destruction de sa maison par l'ouragan, l'expropriation, la mort de son père puis le départ pour Rodrigues, les tranchées de la Somme ... 

Mais il y aussi l'amour, l'amour de sa soeur Laure d'abord et plus tard l'amour de la jeune et belle Ouma rencontrée dans l'Anse aux Anglais. 

Et il y a la mer, omniprésente, comme en opposition à cette terre désespérante et source des malheurs. Il y aussi la nature, si belle si riche, confrontée à la civilisation des hommes, celle qui maltraite les indigènes des plantations et celle qui sacrifie ses enfants dans les horreurs des tranchées. 

Un livre d'aventure, une  aventure humaine incroyable où l'on retrouve des allusions mythiques : Robinson, bien entendu, mais aussi Jason (le chercheur d'or)  voire Sisyphe (l'éternel recommencement) par bien des aspects.

Un grand roman assurément.

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21 mars 2013

Mary R. Ellis : "Wisconsin"

Mary R. ELLIS : "Wisconsin"

Wisconsin

Dans le nord du Wisconsin, la terre est ingrate, le climat aussi, les hommes sont rudes, la vie est faite de grands espaces et de solitudes. 

Bill, son frère James, ses parents Claire et John Lucas vivent dans une de ces fermes isolée à proximité d'Olina petite ville ouvrière étriquée dans ses préjugés et ont pour voisin Rosemary et Ernie un couple sans enfant. Depuis la seconde guerre mondiale jusqu'à nos jours, l'on va suivre ces six vies. Comme une sorte de huis-clos rural.

James va s'enroler dans l'armée et sera envoyé au Vietnam pour échapper à son père alcoolique et violent. Bill qui a neuf ans et rêve de péche et de chevaliers et Claire qui semble sombrer dans la folie vivent dans l'angoisse en attendant de recevoir les lettres de James et surtout en attendant son retour. Cet événement va perturber le fragile équilibre familial et chacun va peu à peu dévoiler sa personnalité, ses blessures profondes, son âme. 

Un roman poignant, plein de sentiments à la fois violent et tendre, qui happe le lecteur par son atmosphère. Les thèmes abordés,  l'alcoolisme, la guerre, les violences physiques, la solitude et le désespoir sont toujours traités avec sensibilité. La narration est faite par chacun des personnages ce qui permet de varier les points de de vue, de les croiser, de donner au récit une densité et une richesse que l'on ne voit pas si souvent dans le roman américain contemporain.

Un excellent premier roman. 

 

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06 mars 2013

Camilla Läckberg : "Cyanure"

Camilla LACKBERG : "Cyanure"

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Les éditions Actes Sud surfent sur une vague commerciale nommée le polar nordique. Avec Stieg Larsson, Camilla Läckberg en est une des figures emblématique.

Et pourtant, si le cadre est bien scandinave (une île suédoise isolée par les glaces quelques jours avant Noël), le contenu est décevant. Ici l'auteur tient le suspens par le huis clos imposé par le froid (le brise glace ne peut pas passer en raison d'une tempête) et une famille entière est réunie dans une sorte de pension. Il se trouve que Lisette, une des membres de la famille, a invité Martin Molin, son petit ami et accessoirement policier à séjourner avec eux.

Il s'agit d'une richissime famille d'industriels et le patriarche, qui a fait fortune, a rassemblé ses enfants (deux fils) et petits enfants. Quant au moment du repas du soir, alors qu'il vient de dire à chacun tout le mal qu'il pense d'eux, de leur avidité envers sa fortune, de leur jalousie,  il meurt subitement. L'odeur d'amende amère qui parfume son verre ne laisse aucun doute : il a été empoisonné au cyanure.

Malgré un effort certain de l'auteur pour ménager des rebondissements et pour distiller lentement des indices et des fausses pistes, le lecteur n'est pas entraîné par l'enquête. Le rythme lent (malgré les 156 pages) contribue largement à ce désintérêt. Même si la fin peut surprendre quelque peu, rien dans ce texte ne contribue à faire monter la tension de ce huis-clos. C'est dommage.


Moi qui avais envisagé de lire la saga de Camilla Läckberg (La princesse des glaces, Le prédicateur ...) je crois que je vais laisser en attente ces pavés pour le moment.

 

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26 février 2013

Annie Ernaux : "Les années"

Annie ERNAUX : "Les années"

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Annie Ernaux est certainement un écrivain majeur de la littérature française contemporaine. "Les années" représentent un projet littéraire ambitieux qui vient compléter, chapeauter en quelque sorte, ses autres écrits ( "Les armoires vides", "la place", "une femme" ...).

Ici, il s'agit d'une oeuvre biographique qui à partir d'images (photographies ou vidéos) renvoie aux souvenirs à la fois personnels et collectifs. Annie Ernaux replace la mémoire individuelle dans un ensemble de faits collectifs qui ont marqué l'histoire de la France de la Libération à nos jours. Il ne s'agit pas toujours des événements majeurs, mais souvent des petits événements, de faits sociaux, qui ont marqué l'évolution de la société, et surtout qui ont marqué la vie des femmes depuis 60 ans.

Une oeuvre magistrale en quelque sorte. Essentielle, tant le style choisi par l'auteure reste froid et impersonnel, ce qui donne à la dimension collective tout son relief et permet à chacun de replacer son propre vécu dans les événements et les ressentis exprimés.

"Les années" un livre qui donne envie d'approfondir la lecture d'Annie Ernaux.

 

 

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21 février 2013

Rax Rinnekangas : "Le juif égaré"

Rax RINNEKANGAS : "Le juif égaré"

le juif égaré

Grâce à Babélio, les éditions Phébus m'ont envoyé ce roman finnois, que j'ai choisi car j'avais eu un vrai coup de coeur pour "La lune s'enfuit" du même auteur. Hélas, point de coup de coeur cette fois-ci.

Un écrivain se lance dans la rédaction d'un roman dont le personnage principal est un photographe qui finalise un vaste projet d'exposition de photos d'art portant sur les camps d'Auschwitz et de Birkenau. Cette exposition est inspirée de l'oeuvre d'Imre Kertezs auteur hongrois rescapé des camps.

Mais le photographe est hanté à la fois par ses origines juives et par le remords d'avoir abandonné son fils il y a quinze ans. Lorsqu'il croise cette femme espagnole dans la rue, cette femme en pleurs qui va l'émouvoir, il sent que le destin bascule. Il la rejoint en Espagne. Cette rencontre va t-elle lui permettre de vaincre ses démons ? Et s'il s'agissait des démons de l'auteur lui-même qui est dépositaire d'un secret familial lié à l'histoire de la communauté juive dans son pays pendant la seconde guerre mondiale ?

Servi par une belle écriture, la tension est palpable dans cette réflexion sur la culpabilité, la responsabilité individuelle et collective et au final sur l'amour comme catharsis. Mais la lecture est par moment laborieuse du fait d'une focale axée essentiellement sur le religieux, qu'il soit chrétien ou juif, comme un déterminant du caractère profond des hommes.

 

 

 

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