24 juin 2013

Ortensia Visconti : "L'idée fixe"

Ortensia VISCONTI : "L'idée fixe"

 

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Voici un livre que j'ai lu dans le cadre de l'opération "Masse critique" organisée par Babelio. Je remercie les éditions Naïve pour cet envoi.

Quelque soit le lieu de la planète où l'on se trouve, quelle que soit la culture de laquelle on est issu, il est bien un point commun à l'humanité, une préoccupation commune, voire centrale : le sexe.

A partir de villes (Tokyo, Marrakech, Kaboul, Paris, New-York ...) Ortensia Visconti nous dresse une galerie de portraits et de questions qui tournent autour du sexe. A chaque étape, on aborde une question plus particulière : le sexe et l'amour, la reproduction, l'excision, la pornographie, la drogue, l'argent, la mort, l'homosexualité, le désir, le tabou ...

Sans vulgarité aucune et avec beaucoup de sensibilité les questionnements vont bon train. Le sexe est vu ici comme un moteur, quelque chose de freudien, qui pousse toutes nos actions. Le sexe comme le facteur qui explique l'humanité. Le sexe, bestialité s'il en est, qui porte l'homme au delà de la culture, de l'art, de la création et qui transcende et libère. Mais également le sexe qui devient un asservissement, un instrument de domination et d'aliénation. 

En bref, c'est une lecture originale, avec des passages plutôt crus, à la fois poétique et riche en reflexions. Un très bon livre. 

 

Tokyo - Shanghai - Kaboul - Nairobi - Marrakech - Rome - Paris -

Amsterdam - Londres - Barcelone - La Havane - New-York

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13 juin 2013

Tatiana de Rosnay : "Le voisin"

Tatiana de ROSNAY : "Le voisin"

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Un voisin comme on n'aimerait pas en avoir.

Colombe exerce la profession de "nègre" pour une maison d'édition. Elle est mariée à Stéphane depuis une dizaine d'année et mère de deux jumeaux. On sent une vie assez aisée sans être opulente. Mais Colombe est-elle heureuse ?

L'emménagement dans un nouvel appartement, plus spacieux, plus confortable, va l'emmener, bien malgré elle à se poser des questions sur sa vie, son travail, son amour, son désir ... Et tout ça par le truchement d'un voisin bien particulier. Ce mystérieux voisin du dessus, qui l'empêche de dormir au son des Rolling Stones. Les nuits de Colombe, en l'absence de Stéphane deviennent un vrai cauchemar. Le manque de sommeil la fera glisser peu à peu sur un pente raide, irrémédiablement.

Mais pourquoi ce voisin qu'elle ne connaît pas s'acharne t-il à ce point sur elle ?

Peu à peu, Colombe prend son destin en main et décide de ne pas se laisser faire. Tout est remis en question. Méthodiquement.

Colombe est-elle prête à en assumer toutes les conséquences ?

Ce thriller psychologique est très bien rythmé et tient le lecteur en haleine.  La pression qui tarde un peu à venir monte crescendo. Dommage quand même que l'on retrouve trop grossièrement les poncifs du genre, des personnages peu fouillés, et une fin quelque peu abrupte. Bref une sensation de "peut mieux faire" se dégage de cette lecture à la fois simple et rapide.

 

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08 juin 2013

Michael Cunningham : "Les heures"

Michael CUNNINGHAM : "Les heures"

les heures

Quel trio ! quel brio !

Au delà de l'hommage à Virginia Woolf et à son personnage emblématique "Mrs Dalloway", ce roman nous trace une journée particulière dans la vie de ces trois femmes. Passent les heures. Ici à Londres en 1923, là à Los Angeles en 1949 ou bien encore à New-York à la fin du XXème siècle. Passent les heures, et d'autres suivront, pour Virginia (Woolf) pour Laura (Brown) et pour Clarissa (Vaughan, alias Dalloway) unies par le même destin : celui du livre de Virginia.

Virginia l'écrit, Laura le lit et Clarissa le vit.

L'auteur conduit son roman de façon magistrale à travers le temps qui passe. La maladie, la mort qui vient, l'amour et l'homosexualité, le suicide sont abordés avec beaucoup de sensibilité et les pages fuient comme le temps, comme les heures, certaines rapides et d'autres lentes.

Les personnages sont brossés avec tendresse et la construction du roman est remarquable. Bref un très bon moment de lecture pour qui aura au préalable apprécié le "Mrs Dalloway" de Virginia Woolf. Cette lecture pourra utilement être complétée par l'excellent film de Stephen Daldry avec Nicole Kidman, Meryl Streep et Julianne Moore et une magnifique musique de Philip Glass.

Horloge Big Ben

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29 mai 2013

Marie-Hélène Lafon : "Les pays"

Marie-Hélène LAFON : "Les pays"

les pays

 

Les années de passage d'un pays à l'autre, de l'Auvergne à Paris, du monde paysan au monde urbain, de Claire, fraîchement bachelière et étudiante en lettres classiques à la Sorbonne. Découpé en trois parties, le roman nous délivre trois épisodes parisiens : quelques jours pendant l'enfance à l'occasion du salon de l'agriculture avec son père, les années d'études et enfin vers la quarantaine lors de la visite annuelle du père.

Avec une certaine distance, une certaine froideur même, l'auteure dissèque cette vie entre deux mondes, cette vie à la charnière entre l'enfance et l'âge adulte, mais également à la charnière entre l'auvergnate qu'elle n'est plus et la parisienne qu'elle n'est pas. Et comme cela se situe à la lisière des années soixante on sent également la charnière entre les temps anciens et les temps modernes. Sans fausse nostalgie, Marie-Hélène Lafon dresse le tableau de cette opposition à travers des portraits singuliers, des petits faits, du quotidien, des rencontres, des questionnements et beaucoup d'émerveillements.

Le récit est simple, assez linéaire et le lecteur est porté par l'histoire. Le style est recherché, le vocabulaire précis voire un peu ampoulé, le rythme pesé, les phrases travaillées, et donc la lecture n'est pas d'un abord toujours aisé. Toutefois l'ensemble reste élégant et agréable.

On retrouve là la thématique de l'ascension sociale chère à Annie Ernaux (notamment dans "La place") mais ici le tout est traité sans aucune violence et avec beaucoup de pudeur. Un peu trop peut-être ?

 

santoire

(paysage du Cantal)

 

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25 mai 2013

Marie Sizun : "Un léger déplacement"

Marie SIZUN : "Un léger déplacement"

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Un retour vers le passé qui bouleverse l'avenir. 

Ellen, une française exilée à New-York, se retrouve pour quelques jours à Paris, dans l'appartement de son enfance et de sa jeunesse. Suite au décès de sa belle-mère, elle doit vendre cet appartement dont elle vient d'hériter. Quittant son mari, Norman, et leur librairie pour quelques jours, la voici sur les traces de son passé, de ses souvenirs, du temps où elle s'appelait Hélène. 

Ce voyage dans le passé, cette histoire qui se reconstitue peu à peu, ces morceaux qui se recollent seront-ils de nature à compromettre le présent et surtout à modifier l'avenir ?

Avec finesse et subtilité, Marie Sizun nous conduit dans les méandres de cette enfance et de cette jeunesse, entre un père taciturne, une belle-mère vulgaire, un demi frère caché, une voisine isolée, un premier amour impossible, comme autant de fantômes qui errent dans ces lieux redécouverts, dans cet appartement, dans ce quartier, dans cette vie. Vingt-deux ans ont passé et Ellen regarde dans le miroir avec un léger déplacement de l'angle de sa focale.

Écrit avec beaucoup de sensibilité et de justesse ce roman peut toutefois laisser une certaine frustration, un léger ennui à l'évocation parfois monotone de ces souvenirs. Mais la qualité d'écriture en fait tout de même un bon moment de lecture. 

Pour qui voudrait découvrir Marie Sizun, il vaut mieux s'orienter vers "Le père de la petite" ou "La femme de l'allemand" voire "Jeux croisés" qui permettent de mieux appréhender son talent. 

delft

 

 

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15 mai 2013

Claire Keegan : "Les trois lumières"

Claire KEEGAN : "Les trois lumières"

les trois lumières

 

Beaucoup de bonnes critiques sur le site de Babelio m'ont incité à lire ce roman d'une petite centaine de page. Et bien, je n'ai pas été déçu, ce livre est magnifique de sensibilité, un régal de lecture.

A travers la voix d'une fillette, Claire Keegan nous livre un univers de douceur et d'amour, dans cette campagne irlandaise faite d'humilité et de labeur. Cette fillette, que ses parents vont confier pour la durée de l'été à la famille Kinsella afin de soulager la mère, déjà mère de famille nombreuse et de nouveau enceinte, nous fait vivre des moments simples et authentiques. Dans cette campagne irlandaise, les liens vont se tisser, la petite va s'épanouir auprès de ce couple attentionné, dans cette ambiance à la fois sereine et désolée.

Mieux qu'un roman de passage, c'est un roman d'éducation. Ecrit dans un style remarquable il nous délivre, par petites touches, toutes ces découvertes, tous ces petits faits, ces petits riens qui permettent à la personnalité de se forger, de se fonder et d'éclairer par la suite toute une vie.

Un véritable coup de coeur, à apprécier paisiblement et à mettre entre toutes les mains.

wexford

(Campagne irlandaise dans le Wexford)

 

 

 

 

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13 mai 2013

Boris Vian : "L'écume des jours"

Boris VIAN : "L'écume des jours"

L'ecume des jours

 

Evidemment c'est à l'occasion de la sortie du film de Michel Gondry que l'envie de relire ce roman m'est venue. En effet, avec des souvenirs vieux de 30 ans, je ne pouvais me fier à mes impressions pour me forger une idée. 

A l'époque du lycée, je m'en souviens, j'avais beaucoup aimé, et avais lu d'autres titres ("L'arrache-coeur", "L'automne à Pékin" etc...) et beaucoup apprécié. 

Avec le recul de l'âge, la relecture de ce roman me laisse un sentiment mitigé. Cette histoire d'amour, dans un environnement surréaliste et poétique, est certes poignante et touchante. C'est d'ailleurs plus le sentiment amoureux de Colin envers Chloé (et vice versa) qui m'a le plus marqué, alors que dans ma précédente lecture, l'humour noir, le surréalisme, l'inventitivé de l'auteur qui m'avait emballé. A la relecture cet environnement fini quelque peu par lasser. 

Ici l'on aborde les thèmes de l'amour, de la maladie, de l'argent, de la cupidité, de la "fanatisation" qui sont traités avec une cruauté brute, un grotesque des situations et un humour décalé plein de références culturelles pas toujours faciles à déceler. 

Bref, un livre particulier par son texte mais intemporel par son contenu qui nous emmène loin des lectures bien bordées et bien propres sur elles. Ici, il faut faire fi de tout se que l'on attend d'un roman pour ne garder que l'essentiel : l'amour. A lire en écoutant Duke Ellington. 

Il est certain que cette relecture donne envie de voir comment le réalisateur du film a aborder l'adaptation de cette oeuvre si particulière. 

 

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07 mai 2013

Cannes 2013 et la littérature

Festival de Cannes et littérature

Comme chaque année le célèbre festival de cinéma va faire la part belle aux adaptations d'oeuvres classiques de la littérature. 

Cette année sont mis à l'honneur, Francis Scott Fitzgerald, pour son "Gatsby le magnifique". On trouve également Sacher Masoch avec "La Vénus à la fourrure" adapté par le talentueux Roman Polanski. Enfin, j'ai noté la présence de "Michaël Kohlhass" d'Heinrich von Kleist. 

De bien belles images en perspective. 

 

Gatsby livre

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vénus

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05 mai 2013

Francesca Melandri : "Eva dort"

Francesca MELANDRI : "Eva dort"

eva dort

Un roman en forme de fresque historique et de saga familiale dans le Haut Adige / Südtirol entre 1919 et nos jours. Le sud du Tyrol a été donné à l'Italie en 1919 alors que le Traité de Versailles scelle juridiquement la paix de la première guerre mondiale. Mais quid de ces populations allemandes qui se retrouvent du jour au lendemain en territoire italien ? 

Francesca Melandri, au travers du destin de la famille Huber, va nous conter l'aventure de ce territoire alpin, "plus connu pour sa géographie que pour son histoire". 

Eva, la fille de Gerda, traverse toute l'Italie du nord au sud pour se rendre au chevet de Vito, un ancien carabinier en poste au Tyrol du Sud. Pendant ce voyage long de 1397 km elle nous livre ses réflexions. Ces chapitres alternent avec une progression chronologique de la vie familiale et de la vie politique de ceux qui cherchent la reconnaissance de leur identité culturelle. Ce voyage est un double voyage.

C'est une histoire forte que celle de Gerda, fille mère et de la petite Eva, des personnages peints avec tendresse et passion, des caractères à la fois bien trempés et empreints de doute, qui mènent une vie qui ne les épargne pas entre travail "d'esclave" et séparations. Le contexte géopolitique va marquer les familles sur des générations, entre ceux qui rejoindront les rangs nazis à la fin des années 30, ceux qui émigreront vers les terres germaniques du Reich, ceux qui resteront malgré eux, et plus tard, ceux qui se battront violemment et ceux qui chercheront le compromis avec l'Etat italien pour la reconnaissance. Que de péripéties ! 

Francesca Melandri maîtrise son sujet et tient le lecteur en haleine. Elle dépeint une société complexe avec justesse et sans jamais sombrer dans la facilité ou la caricature et les questions des rapports sociaux ne sont pas éludés (poids de la tradition, fille-mère dans les années '60, perception de l'homosexualité ...). C'est fin. Bravo. 

Un très bon roman à lire. Il permet de découvrir une région particulière et une problématique que la France ignore superbement : le combat des minorités ethniques face au rouleau compresseur de la république une et indivisible. 

 

los von Rom

 

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22 avril 2013

Haruki Murakami : "Les amants du Spoutnik"

Haruki MURAKAMI : "Les amants du Spoutnik"

les amants du spoutnik

Et voici donc mon premier Haruki Murakami, et je découvre là tout un univers, à la fois poétique et extravagant.

Le roman relate l'amour impossible à partir de trois personnages, dont le narrateur. K. est un instituteur quelque peu solitaire qui est passionnément amoureux de Sumire. Mais Sumire, jeune fille plutôt fantasque, tombe subitement amoureuse de Miu, une femme d'affaires. Miu ne semble pas éprouver de sentiment amoureux.

Les deux femmes partent en voyage d'affaires en Italie, en France puis se retrouvent pour quelques jours sur une île grecque. Quand Sumire disparaît, envolée comme de la fumée, leur petit monde va être bouleversé. Le mystère s'installe.

D'une écriture fluide, usant de la métaphore, Haruki Murakami nous dresse des portraits tourmentés, mêlant le rêve et l'imaginaire au récit. Toutefois le lecteur (occidental) n'est pas dépaysé, car les références culturelles sont les nôtres ( Kérouac, Balzac, Brahms, Mozart, le vin de Bourgogne ... ) et de ce fait amoindrissent l'intérêt de ce roman.

Sans être vraiment emballé par l'histoire elle même, je suis malgré tout enchanté par le style et la construction du roman. Il ne reste plus maintenant qu'à en lire un autre, en quête d'un véritable coup de coeur.

 

 

 

 

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