24 février 2016

Georges Arnaud : "Les oreilles sur le dos"

Georges ARNAUD : "Les oreilles sur le dos"

Les oreilles sur le dos

Voilà un roman d'aventures, rempli de mauvais garçons, de filles de joie, de chaleur tropicale, d'huile de moteur et de fuite en camion avec à bord 500 kg d'or.

Dans la Nouvelle-Grenade, Jacques, dit "Crocs de Jonc" est un malfrat sorti du bagne, qui se retrouve poursuivi par la police et l'armée pour avoir, malencontreusement tué un ukrainien qui travaille pour les américains qui eux-mêmes pourchassent l'AREC (une organisation révolutionnaire de type communiste). En compagnie de quelques comparses de fortune, il dérobe un camion et l'or de la banque avant de s'enfuir vers la frontière à travers les pistes de sables ou de boue.

L'ambiance est moite, les mains agrippent le volant, les roues glissent, la mitrailleuse juchée sur le toit veille et assure la sécurité ... les amitiés prennent corps ou se délitent ... en ces quelques jours à travers l'Amérique centrale.

On connaissait l'auteur pour son célèbre "Le salaire de la peur" dont on retrouve ici à la fois la gouaille et l'amour de la mécanique. Celui-ci, dont c'est une réédition, date également des années 1950. Les personnages, cocasses et hauts en couleur, et les situations désespérées mais souvent drôles, font de cette histoire bien rythmée un agréable moment de lecture.

 

Merci à Babélio et à Libretto pour cette lecture dans le cadre de Masse Critique.

 

 

 

 

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12 février 2016

Mary Relindes Ellis "Bohemian flats"

Mary Relindes ELLIS : "Bohemian Flats"

bohemian flats

Mary Relindes Ellis aime le Wisconsin, aime cette terre profonde, ce creuset de l'Amérique, ce territoire hostile, anti eldorado, qui s'est construit par une subtile alchimie d'hommes rudes, durs au mal, venus exploiter les forêts et les terres au début du XXème siècle. Ces hommes sont des "natifs" indiens Chippewa, des français installés là depuis longtemps et des fermiers allemands ou suédois fraîchement débarqués.

Si ce roman a en partie pour cadre le Wisconsin, l'élément fédérateur de tout le récit sont les "Flats" de Minneapolis (Minnesota). Les Flats c'est un quartier fait de baraques et qui abrite tous les migrants d'Europe centrale et septentrionale que la société américaine accueille pour travailler dans les usines. Se forme là une micro société hétéroclite, faite de langues, de coutumes, de croyances diverses, un agrégat de destins individuels, tolérant et solidaire, venus chercher le rêve américain. Mais c'est aussi un territoire de parias de la société, de bohémiens, pas encore égaux aux autres américains.

Ici c'est de l'émigration allemande dont il est question, à travers les enfants des familles Richter et Kaufmann d'Augsbourg près de Munich que l'on suit sur presque cent ans. Et notamment Raimund qui va quitter sa terre natale pour, le premier, venir s'installer dans les Flats. C'est au moment où l'Allemagne se construit, par son unification, au moment où elle rêve de grandeur par son développement culturel et social, au moment où l'on voit poindre les ambitions belliqueuses tant en interne (opposition des catholiques et des socialistes) qu'à l'extérieur, qu'Albert (le frère de Raimund) et sa femme Magdalena, comme nombre d'allemands, vont chercher à construire leur vie de l'autre côté de l'océan, répondant aux appels de cette nouvelle nation qui offre des terres à qui voudra bien les cultiver.

Et nous sommes là à quelques années d'une guerre qui sera d'abord européenne avant de devenir mondiale. En prêtant serment à la bannière étoilée pour combattre, les jeunes allemands espèrent rompre enfin l'espace qui les sépare d'une réelle citoyenneté américaine. C'est le combat entre le passé, les racines et le futur, l'avenir qui s'incarne ici à travers les destins singuliers de cette famille.

Mary Relindes Ellis aime aller en profondeur, le roman est parfaitement documenté, les personnages s'inscrivent avec force dans la société dans laquelle ils vivent, mais l'écriture manque parfois de la puissance évocatrice que l'on avait tant aimé dans son premier roman.

 

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25 janvier 2016

Chreyl Strayed "Wild"

Cheryl STRAYED "Wild"

 

Wild2

Traverser les Etats-Unis du sud au nord, à pied, seule,  le long du Pacific Crest Trail (PCT), voilà le défi que se fixe Cheryl à un moment où sa vie a perdu ses peu de repères et oscille entre drogue et sexe. Cheryl sent qu'elle a besoin de se trouver, elle cherche quelque chose mais ne sait pas vraiment quoi. Cheryl qui tombe un peu par hasard sur le guide de la randonnée du PCT. Cheryl, à la vie décousue, avec aucun antécédent sportif, décide de relever ce défi.

Et quel défi !

Le chemin sera long, le physique en prendra un coup, le mental aussi. Les pieds souffrent, le dos est en compote, les jambes n'en peuvent plus. Mais c'est l'âme qui se réveille peu à peu. C'est Cheryl qui se révèle à elle-même pendant ces trois mois de marche sur les crêtes, tantôt écrasées de soleil, tantôt enneigées.

Et la nature omniprésente. Mais ce chemin de reconquête personnelle sera aussi celui des rencontres, des amitiés cimentées à tout jamais par l'aventure extraordinaire de cette traversée au long cours.

Au bout du chemin c'est une autre vie qui commence ... une renaissance.

Écrit à partir du journal de bord qu'elle a tenu pendant sa randonnée, ce récit est captivant. On pourrait croire qu'il ne se passe rien, puisque marcher c'est juste mettre un pied devant l'autre et recommencer, mais l'auteure nous transporte avec elle, dans son sac monstrueux, dans son corps, dans son esprit. Dans ses joies et dans ses doutes. On vit l'aventure, on prend le grand air, on entend les animaux sauvages, on sent le vent frais qui cingle nos joues et on s'interroge nous aussi.

Bien sûr, il y a eu des tas de récits de marches, notamment par des randonneurs de Compostelle (je garde un souvenir ému de Paolo Coelho), mais là on est ailleurs. D'un point de vue géographique certes, mais aussi parce que ce n'est pas à proprement parler le spirituel qui guide les pas.

Un grand moment.

Reese Witherspoon in WILD

 

 

 

 

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11 janvier 2016

David Bowie

Disparition de David Bowie, un artiste majeur de la culture rock

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08 janvier 2016

Markus Zusak : "La voleuse de livres"

Markus Zusak : La voleuse de livres"

voleuse de livres

Présenté souvent comme de la littérature jeunesse, ce roman, par sa force évocatrice, peut atteindre tous les lecteurs, quel que soit leur âge.

C'est parce qu'il est original : original par l'angle du point de vue, par la narration, par la mise en scène, par la qualité des personnages et tout ceci malgré un contexte des plus dramatiques.

Dans l'Allemagne nazie, Liesel est confiée par sa mère à une famille nourricière. Marquée par la mort qui rôde, elle va néanmoins apprendre le goût de la vie à travers la lecture, les jeux d'enfants avec les voisins, l'amitié, le vol ...

A travers ce récit de l'histoire de Liesel que la mort nous raconte avec parfois des sentiments trop humains et souvent des anticipations sur les évènements à venir, c'est un pan de l'histoire de l'Allemagne qui se dévoile. Il laisse apparaître des gens simples, chacun avec ses qualités et ses défauts, chacun avec une implication plus ou moins grande et plus ou moins volontaire dans la mise en oeuvre de l'idéal nazi. L'ambiance de cette petite ville proche de Munich pendant ces années sombres est traitée avec précision et délicatesse, sans manichéisme.

Le récit est poignant, tant l'environnement et les faits sont marquants, voire choquants par moments. Il aborde des thèmes tels que la résistance, l'ouverture d'esprit, la lecture comme exutoire, comme diversion mais surtout comme instrument de liberté.

 

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04 janvier 2016

Le tour d'horizon de 2015

2015 : une année riche en découvertes et en passion

29 livres lus cette année.

Des découvertes de la littérature américaine notamment avec Joyce Carol Oates ("Mudwoman" et "Maudits"), Thomas Pynchon ( "Fonds perdus" et "Vice caché") et John Irving ( "L'hôtel New-Hampshire") et véritablement une passion littéraire naissante pour Joyce Carol Oates dont j'ai envie de continuer à explorer l'oeuvre.

Beaucoup de littérature française contemporaine cette année, notamment issue de la rentrée littéraire (Isabelle Autissier, Thomas B. Reverdy, Boualem Sansal, Antoine Choplin, Anne Akrich, Olivier Bleys, Denis Tillinac) avec des lectures puissantes ("Soudain, seuls" notamment) et des déceptions ( "2084" et "Retiens ma nuit").

Ces lectures m'ont permis également des voyages. Dans le temps ( "Crime et châtiment", "Les forêts de Ravel", "Le dernier tango de Kees Van Dongen" "Une forêt d'arbres creux" "Constellation" "La couleur du lait" "Blond cendré") et dans l'espace (Chine avec Bleys, Patagonie avec Autissier, Haïti avec Gaudé, Libye avec Mazzantini, Tchernobyl avec Choplin, Vienne avec Abécassis, Ellis Island avec Josse ...).

Le monde contemporain et ses problématiques n'est pas en reste : le pouvoir de la télé réalité avec Amélie Nothomb ("Acide sulfurique"), le monde déshumanisé du travail ("Retour aux mots sauvages" de Beinstingel) les effets de la crise sur la population d'une grande ville ("Il était une ville" de Reverdy) la relation intergénérationnelle ("La grand-mère de Jade" de Deghelt), l'identité ("L'invention de nos vies" de Karine Tuil)

Une petite incursion du côté du sport cycliste ("Bernard, François, Paul et les autres") pour s'aérer les neurones avant l'été.

Et puis un conte merveilleux, épique, poétique et philosophique, servi par une plume brillante : "La mort du roi Tsongor" de Laurent Gaudé.

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21 décembre 2015

John Irving : "L"hôtel New Hampshire"

John IRVING : "L"hôtel New Hampshire"

hotel new hampshire

Avec Irving je continue la découverte des grands romanciers américians (après Thomas Pynchon et Joyce Carol Oates) et là on a affaire à un grand roman, une épopée familiale à la fois burlesque et grave.

John Berry nous conte l'histoire trépidante de sa famille, depuis la rencontre de ses parents, quelque part dans le Maine,  la naissance des frères et soeurs (Frank, Franny, Lilly et Egg),  le grand-père, le chien, Freud et l'ours. La vie de famille se réalise à travers le rêve du père : tenir un hôtel. L'hôtel New Hampshire.

En fait d'hôtel il y en aura trois, au gré de circonstances qui poussent à déménager et à entraîner tout ce petit monde. La famille est attachante, les péripéties sont grandioses, chacun se respecte, s'apprécie, s'aime ... Quel bonheur !

Mais la vie de la famille, si belle soit t-elle est aussi marquée par les drames. A travers le regard évoluant du jeune John, on passe du rire aux larmes. et  les préoccupations adolescentes prennent aussi une part importante de cette histoire.

Même si le rythme se ramollit un peu dans la deuxième partie du roman, et si l'épisode viennois présente quelques longueurs, le lecteur est emporté par ce récit foisonnant. Comment ne pas jalouser ces êtres capables de tout pour donner corps à leurs rêves ?

 

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17 décembre 2015

La liste de Noël

La liste de Noël

 

liste de Noël

Littérature américaine contemporaine pour cette année. Lequel au pied du sapin ?

 

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28 novembre 2015

Boualem Sansal : "2084- La fin du monde"

Boualem SANSAL "2084 - La fin du monde"

2084

Le magazine "Lire" vient de classer ce roman comme le meilleur de l'année 2015. Eh bien, c'est qu'on doit pas avoir la même approche.

Le sens profond de ce roman dystopique qui rappelle par son titre le célébressime "1984" de George Orwell, est certainement très clair, mais la narration ne suit pas. On peine à entrer dans l'histoire, l'installation est lente, puis on commence à être emporté par le récit et là patatras, la fin nous embrouille plus qu'elle nous éclaire.

Dans l'Abistan la société est basée sur l'ignorance, pas de fioritures, pas de culture, même presque plus de langue. On vénère Yölah et Abi son délégué. L'Abistan est construit sur les ruines d'un monde ancien, à partir d'une extrapolation d'une religion ancienne, disparu progressivement à l'occasion de guerres saintes successives ... Le temps même semble immuable, y'a t-il un avant 2084 ? Y a t-il un après ?

C'est dans ce monde qu'Ati, parti en cure au sanatorium pour soigner une phtisie, va découvrir qu'il existe une frontière. Et qui dit frontière dit existence d'un ailleurs, d'un autre monde ... bouleversant. Dérangeant, même. Peu à peu, le petit cerveau formaté va ouvrir des perspectives jusqu'alors insensées, et la rencontre avec l'archéologue Nas va décupler les interrogations.

Boualem Sansal nous présente une société où le fondamentalisme religieux a pris le pas sur tout et régit la vie de chacun. Pas de place pour l'individu, règles strictes rythmant le quotidien, surveillance constante et diffuse, appareil d'Etat omnipotent, massacre des réfractaires, hiérarchie sociale figée ... Cette société est une dictature, une tyrannie de la pire espèce.

Bref, si te thème est intéressant, le récit ne le met guère en valeur. On aurait pu là avoir un livre fort qui devienne un classique, à l'instar de "La ferme des animaux" d'Orwell ou de "La peste" de Camus, mais le compte n'y est pas. Je n'ai pas réussi à être emporté par le récit et par l'aventure. Dommage.

 

 

 

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20 novembre 2015

Antoine Choplin : "Une forêt d'arbres creux"

Antoine CHOPLIN : "Une forêt d'arbres creux"

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Résister à l'oppression par le dessin ?  A Terezin entre 1941 et 1944 c'est le destin de Bedrich Fritta. Interné dans ce camp "modèle" vitrine du bon traitement des juifs par les nazis (voir à ce sujet l'excellent "Terezin Plage"), Bedrich dirige le service du dessin technique. il s'agit essentiellement de dessins architecturaux.

Mais avec les autres dessinateurs ils vont crayonner ce qu'ils vivent, ce qu'ils voient, ce qu'ils ressentent. Evidemment il faut prendre d'énormes précautions pour cette activité toute à la fois clandestine et séditieuse. Quelques dessins sortiront du camp, quasi miraculeusement.

Antoine Choplin s'attache à nous faire entrer dans le quotidien de Bedrich, de sa femme Johanna et leur enfant Tomi. Avec une sensibilité servie par un langage imagé mais précis, avec un art de la concision (le texte est plus une longue nouvelle qu'un court roman) parfaitement maîtrisé, l'auteur creuse le sillon de la vie des hommes autour de l'art pictural à la suite de "Radeau" ou du "Héron de Guernica" notamment.

Au fil des ans, et des textes, Antoine Choplin devient un auteur incontournable.

Cette lecture est dans le cadre des #MRL2015. Merci aux éditions "La fosse aux ours"

terezin fritta

(dessin de Bedrich Fritta réalisé à Terezin)

 

 

 

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