01 juin 2016

Laura El Makki : "Un été avec Victor Hugo"

Laura EL MAKKI et Guillaume GALLIENNE : "Un été avec Victor Hugo"

1540-1

C'est parce que j'ai entendu, l'été dernier sur France Inter, quelques diffusions de ces chroniques matinales, que j'ai choisi ce livre dans l'opération Masse Critique qui a eu lieu ce printemps.

Guillaume Gallienne est un formidable conteur et je pensais qu'il avait écrit lui-même les textes. Apparemment c'est en collaboration avec Laura El Makki, et on ne connaît pas la part de l'un et l'autre, mais l'oeuvre collective est très homogène.

Ici point de biographie, point de narration linéaire, point de récit romancé : des faits. Et avec Victor Hugo, vu la longévité de l'homme et la production impressionnante de l'artiste, il y a de la matière.

Comme il s'agit de chroniques radiophoniques, le découpage est chirurgical : 43 chapitres de 4 ou 5 pages abordant chacun un aspect particulier tant de l'homme que de l'oeuvre. C'est un régal et nul n'a besoin de connaître en profondeur l'un comme l'autre pour apprécier ce texte.

On voit, on survole en fait, des facettes connues révélées dans une perspective originale toujours agrémentées d'extraits de textes. Bien sûr on retrouve les grands jalons de l'histoire de ce héros national (Hernani, l'exil, Les misérables, la peine de mort, l'éducation, la mort de Léopoldine, l'amour des femmes, les voyages ...) mais aussi des aspects plus intimes (les amitiés littéraires et picturales, le spiritisme ...). C'est vif, c'est vivant.

Il ne faut pas en attendre une somme, il y a pour cela de nombreuses biographies et études bien plus fouillées, mais le concept est original et permet une vulgarisation au sens noble, voire hugolien, du terme. Et là, le pari est réussi. Bravo.

Je remercie Équateurs Parallèles pour cet envoi.

 

Posté par fran6h à 13:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


31 mai 2016

M.L. Stedman : "Une vie entre deux océans"

M.L. STEDMAN : "Une vie entre deux océans"

une vie entre deux océans

 

En Australie, c'est le phare de Janus Rock, au large de Pointe Partageuse qui marque la séparation entre l'Océan Indien et l'Océan Austral (pour le reste du monde cette limite se trouve au droit de la Tasmanie). Quand on est gardien du phare de Janus Rock, à 150 km au large des côtes, on passe sa vie entre les deux océans, au sens littéral.

Mais on peut aussi passer une vie entre deux océans, parce que revenu intact physiquement de la grande guerre en Europe, on cherche à échapper à ses stigmates psychologiques, dont les effets seront probablement diffusés durablement tout au long de l'existence.

Mais on peut aussi comme Isabel et Tom avoir une vie de couple épanouie et à la fois ternie par un désir d'enfant non assouvi, de fausses couches en fausse couches. Et si un jour le destin vous en envoyait un tout fait, un qui ne demande qu'à être adopté, choyé, aimé, élevé ?

Ici, loin du monde, loin de tout, dans la solitude du phare. Dans l'immensité de l'océan. Au rythme de l'implacable régularité du fanal.

Et cet enfant, cette petite fille, c'est elle qui va vivre entre les deux océans, en toute innocence. Mais pour Isabel et Tom, ce cadeau de la providence, en est-il vraiment un ? L'acte, la décision prise, est-elle vraiment innocente ? Peut-on vivre ainsi, en ayant caché un tel mensonge sans remords, sans impunité ? Et si la vérité venait à la lumière ? Quelle responsabilité porte l'homme de ses choix, de ses décisions ?

On vit, avec cette lecture, dans une aventure humaine, à la fois romanesque et psychologique avec des personnages bien trempés mais dont les doutes vont modifier les comportements, au point que l'on ne sait plus où se trouve la raison ni où se cache le mal.

Un roman d'aventure dans un univers clos et ouvert sur l'immensité du monde, une histoire d'amour toute de tendresse et d'admiration réciproques et un thriller psychologique qui emporte le lecteur dans les tréfonds de sa conscience. Bref, un bon moment de lecture.

 

 

Posté par fran6h à 14:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

09 mai 2016

Gaëlle Josse : "Noces de neige"

Gaëlle JOSSE : "Noces de neige"

noces-de-neige-

La Russie, Nice et entre les deux : le train. Le train et plus de cent ans entre ces deux voyages. L'un dans un sens, à la fin du XIXème siècle, où une famille aristocratique remonte en Russie après avoir passé l'hiver sur la Riviera ; l'autre dans l'autre sens au début du XXIème siècle, dans l'espoir de trouver le bonheur et l'amour sur la Baie des Anges ...

Deux femmes. Deux vies. Deux siècles. Deux mondes.

Le voyage est long, il dure plusieurs jours et plusieurs nuits. On a le temps de rêver, de penser à l'homme qui attend, à celui qu'on espère, celui qu'on va retrouver tout au bout du voyage, sur le quai, pour la vie. Mais c'est bien pendant le voyage, pendant ce temps de vacuité entre deux lieux, entre deux temps, que les destins vont se dénouer.

Sautant de l'une à l'autre, Gaëlle Josse nous entraîne dans l'âme russe, dans ce petit rien de mélancolie, de fragilité, de sensualité que portent ces deux femmes. Un texte court et sensible, alliant la poésie au drâme et l'amour aux désillusions.

 

 

Posté par fran6h à 08:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 mai 2016

Wilkie Collins : "La dame en blanc"

Wilkie COLLINS : "La dame en blanc"

dame en blanc

Attention, gros pavé, à l'écriture classique, recherchée et plaisante mais quelque peu désuète, et au suspens qui monte lentement. Qui monte vraiment lentement. On est loin ici des polars modernes à l'action débridée.

Alors qu'il part rejoindre un poste de professeur de dessin, le jeune Walter Hartright rencontre cette dame, toute de blanc vêtue. De cette rencontre nocturne s'en suivra une succession de faits qui cachent des secrets, des crimes, des camouflages, des manipulations ...

Le lecteur croise toute une panoplie de personnages, aristocratiques pour la plupart, mais aussi des juristes, servantes, gouvernantes, cochers ... Dans l'Angleterre du XIXème siècle, c'est toute une ambiance que l'on savoure au fil des pages, alors que les narrateurs se succèdent pour découvrir ce secret, ce mystère de la dame en blanc. En ce sens ce roman est exemplaire.

L'intrigue est bien amenée, même si la mise en place est lente, et l'auteur prend bien soin d'installer l'ambiance (so british) avant de distiller des indices, des bribes d'information, des sentiments, des impressions. Pour un lecteur moyen, le style et la lenteur de l'action peuvent amener à ne pas apprécier l'oeuvre, voire à l'abandonner. Pour l'apprécier pleinement, je pense qu'il faut y consacrer du temps et avoir une certaine disposition à la lecture rapide.

 

 

Posté par fran6h à 18:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 avril 2016

Jean Echenoz : "Envoyée spéciale"

Jean ECHENOZ : "Envoyée spéciale"

Envoyée spéciale

Alors là c'est du grand Echenoz, dans la veine de Cherokee mais en plus abouti, en plus dynamique, en plus cinglant.

Un roman d'espionnage avec les ingrédients du genre, le tout passé à la moulinette de l'absurde, de l'humour, de la noirceur joyeuse, de l'enthousiasme pitoyable.

Mais pourquoi Constance, oisive par nature, se laisse t-elle embarquée dans cette aventure ? Comme si les évènements n'avaient que peu de prises sur elle, enlevée, séquestrée, éduquée, envoyée en mission, elle côtoiera, consciemment ou non, tous les types qui jalonnent cette histoire, de Paris à PyongYang en passant par la Creuse ...

Et le narrateur, fort de son omniscience, qui se permet d'intervenir dans le déroulé ! On croit rêver ! Et tout ça pour le service de la patrie, comme un maillon angulaire du fragile équilibre des relations internationales contemporaines. Mais à vrai dire qu'importe l'intrigue pourvu qu'on ait l'ivresse.

On jubile, on rit, on s'exaspère, on redoute le pire parfois, et on avale ces trois cents pages d'un coup, d'un trait, comme un petit blanc sec bien frais au comptoir d'un zinc, à Paname ou au sud d'Aubusson.

Une vraie réussite littéraire. Bravo.

 

kim-jong-un-le-leader-nord-coreen-est-confronte-a-de_2745227_1000x500

 

Posté par fran6h à 17:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


14 mars 2016

Laird Hunt : "Neverhome"

Laird HUNT : "Neverhome"

hunt

Avec Neverhome nous voilà plongé dans le corps, l'esprit et le coeur de Constance Thompson, fermière dans l'Indiana, épouse de Bartholomew, et qui s'engage dans l'armée de l'Union à la place de son époux. Elle devient Ash, qu'on surnommera Gallant Ash. Un combattant parmi d'autres, bon tireur, malin, pris comme les autres dans les peurs et les doutes de ce conflit sans pitié contre les troupes confédérés.

Récit passionnant d'une aventure humaine, à la fois western, témoignage de guerre, décortiquant les rapports entre les hommes dans ces temps troubles, et alliant des conversations avec les esprits ... il laisse le lecteur haletant. Le souffle du canon qui emporte tout, les cris des blessés, les amputations en série et à la va-vite, l'enfermenent des aliénés et la place des femmes, sont des tableaux qui s'entrecroisent dans cet enfer. A travers ces quelques mois, deux années au total, Constance est mue par une force qui la dépasse. Comme l'esprit de sa mère qui la visite, qui lui parle. Comme une force du passé qui revient.

Que cherche t-elle vraiment dans cette aventure, elle qui doit chaque jour non seulement lutter contre l'ennemi, mais également ne pas dévoiler sa véritable identité ?

Et comment sortir d'un tel désastre sans blessures ? Des blessures profondes à l'âme. Des blessures qui auront à coup sûr transformé Constance. Comment après toutes ces épreuves envisager le retour à la ferme, après de celui qu'elle aime ?

Un vrai coup de coeur pour ce roman si terrible et si beau à la fois.

 

Posté par fran6h à 14:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 mars 2016

Philippe Grimbert : "Un secret"

Philippe GRIMBERT : "Un secret"

un secret

Une histoire intimiste, familiale qui dévoile peu à peu ce secret qui en est tout l'objet.

Le jeune narrateur nous conduit dans les méandres de sa famille, à travers ses parents tout d'abord, puis de proche en proche on remonte un peu le temps et le voile imperceptiblement se lève ... sur la façon dont la famille a traversé la seconde guerre mondiale.

Nous sommes dans la France (parisienne tout de même) qui être confrontée à cette épreuve, et plus particulièrement dans cette famille juive qui va devoir prendre des décisions face aux événements et aux menaces. Les histoires personnelles sont percutées par le mouvement de l'Histoire. Et l'amour dans tout ça ? Peut-il tout faire oublier ? Peut-il tout expliquer ?

L'écriture est fluide et la lecture aisée, l'histoire est en soi bouleversante, mais la narration manque un peu de rythme et le procédé joue un peu sur le pathos (un jeune garçon mal dans sa peau qui découvre un secret de famille pendant la période de la Shoah). Quant au fond, on se retrouve au final dans un roman à charge contre le père. Autofiction ou règlement de compte ?

 

 

Posté par fran6h à 09:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 février 2016

Georges Arnaud : "Les oreilles sur le dos"

Georges ARNAUD : "Les oreilles sur le dos"

Les oreilles sur le dos

Voilà un roman d'aventures, rempli de mauvais garçons, de filles de joie, de chaleur tropicale, d'huile de moteur et de fuite en camion avec à bord 500 kg d'or.

Dans la Nouvelle-Grenade, Jacques, dit "Crocs de Jonc" est un malfrat sorti du bagne, qui se retrouve poursuivi par la police et l'armée pour avoir, malencontreusement tué un ukrainien qui travaille pour les américains qui eux-mêmes pourchassent l'AREC (une organisation révolutionnaire de type communiste). En compagnie de quelques comparses de fortune, il dérobe un camion et l'or de la banque avant de s'enfuir vers la frontière à travers les pistes de sables ou de boue.

L'ambiance est moite, les mains agrippent le volant, les roues glissent, la mitrailleuse juchée sur le toit veille et assure la sécurité ... les amitiés prennent corps ou se délitent ... en ces quelques jours à travers l'Amérique centrale.

On connaissait l'auteur pour son célèbre "Le salaire de la peur" dont on retrouve ici à la fois la gouaille et l'amour de la mécanique. Celui-ci, dont c'est une réédition, date également des années 1950. Les personnages, cocasses et hauts en couleur, et les situations désespérées mais souvent drôles, font de cette histoire bien rythmée un agréable moment de lecture.

 

Merci à Babélio et à Libretto pour cette lecture dans le cadre de Masse Critique.

 

 

 

 

Posté par fran6h à 11:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 février 2016

Mary Relindes Ellis "Bohemian flats"

Mary Relindes ELLIS : "Bohemian Flats"

bohemian flats

Mary Relindes Ellis aime le Wisconsin, aime cette terre profonde, ce creuset de l'Amérique, ce territoire hostile, anti eldorado, qui s'est construit par une subtile alchimie d'hommes rudes, durs au mal, venus exploiter les forêts et les terres au début du XXème siècle. Ces hommes sont des "natifs" indiens Chippewa, des français installés là depuis longtemps et des fermiers allemands ou suédois fraîchement débarqués.

Si ce roman a en partie pour cadre le Wisconsin, l'élément fédérateur de tout le récit sont les "Flats" de Minneapolis (Minnesota). Les Flats c'est un quartier fait de baraques et qui abrite tous les migrants d'Europe centrale et septentrionale que la société américaine accueille pour travailler dans les usines. Se forme là une micro société hétéroclite, faite de langues, de coutumes, de croyances diverses, un agrégat de destins individuels, tolérant et solidaire, venus chercher le rêve américain. Mais c'est aussi un territoire de parias de la société, de bohémiens, pas encore égaux aux autres américains.

Ici c'est de l'émigration allemande dont il est question, à travers les enfants des familles Richter et Kaufmann d'Augsbourg près de Munich que l'on suit sur presque cent ans. Et notamment Raimund qui va quitter sa terre natale pour, le premier, venir s'installer dans les Flats. C'est au moment où l'Allemagne se construit, par son unification, au moment où elle rêve de grandeur par son développement culturel et social, au moment où l'on voit poindre les ambitions belliqueuses tant en interne (opposition des catholiques et des socialistes) qu'à l'extérieur, qu'Albert (le frère de Raimund) et sa femme Magdalena, comme nombre d'allemands, vont chercher à construire leur vie de l'autre côté de l'océan, répondant aux appels de cette nouvelle nation qui offre des terres à qui voudra bien les cultiver.

Et nous sommes là à quelques années d'une guerre qui sera d'abord européenne avant de devenir mondiale. En prêtant serment à la bannière étoilée pour combattre, les jeunes allemands espèrent rompre enfin l'espace qui les sépare d'une réelle citoyenneté américaine. C'est le combat entre le passé, les racines et le futur, l'avenir qui s'incarne ici à travers les destins singuliers de cette famille.

Mary Relindes Ellis aime aller en profondeur, le roman est parfaitement documenté, les personnages s'inscrivent avec force dans la société dans laquelle ils vivent, mais l'écriture manque parfois de la puissance évocatrice que l'on avait tant aimé dans son premier roman.

 

Posté par fran6h à 09:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 janvier 2016

Chreyl Strayed "Wild"

Cheryl STRAYED "Wild"

 

Wild2

Traverser les Etats-Unis du sud au nord, à pied, seule,  le long du Pacific Crest Trail (PCT), voilà le défi que se fixe Cheryl à un moment où sa vie a perdu ses peu de repères et oscille entre drogue et sexe. Cheryl sent qu'elle a besoin de se trouver, elle cherche quelque chose mais ne sait pas vraiment quoi. Cheryl qui tombe un peu par hasard sur le guide de la randonnée du PCT. Cheryl, à la vie décousue, avec aucun antécédent sportif, décide de relever ce défi.

Et quel défi !

Le chemin sera long, le physique en prendra un coup, le mental aussi. Les pieds souffrent, le dos est en compote, les jambes n'en peuvent plus. Mais c'est l'âme qui se réveille peu à peu. C'est Cheryl qui se révèle à elle-même pendant ces trois mois de marche sur les crêtes, tantôt écrasées de soleil, tantôt enneigées.

Et la nature omniprésente. Mais ce chemin de reconquête personnelle sera aussi celui des rencontres, des amitiés cimentées à tout jamais par l'aventure extraordinaire de cette traversée au long cours.

Au bout du chemin c'est une autre vie qui commence ... une renaissance.

Écrit à partir du journal de bord qu'elle a tenu pendant sa randonnée, ce récit est captivant. On pourrait croire qu'il ne se passe rien, puisque marcher c'est juste mettre un pied devant l'autre et recommencer, mais l'auteure nous transporte avec elle, dans son sac monstrueux, dans son corps, dans son esprit. Dans ses joies et dans ses doutes. On vit l'aventure, on prend le grand air, on entend les animaux sauvages, on sent le vent frais qui cingle nos joues et on s'interroge nous aussi.

Bien sûr, il y a eu des tas de récits de marches, notamment par des randonneurs de Compostelle (je garde un souvenir ému de Paolo Coelho), mais là on est ailleurs. D'un point de vue géographique certes, mais aussi parce que ce n'est pas à proprement parler le spirituel qui guide les pas.

Un grand moment.

Reese Witherspoon in WILD

 

 

 

 

Posté par fran6h à 09:26 - - Commentaires [1] - Permalien [#]