19 juin 2015

Jean-Emmanuel Ducoin : "Bernard,François, Paul et les autres"

Jean-Emmanuel DUCOIN : "Bernanrd, François, Paul et les autres..."

bernard, françois, Paul

Encore quelques jours avant le départ de la 102ème édition du Tour de France pour profiter de ce récit qui nous plonge dans le Tour 1985. Année charnière probablement dans la fabuleuse histoire de cette institution, de cette "République de Juillet", de cette communion du peuple de France avec son pays, de la vénération des "forçats de la route".

Bernard Hinault est un champion. Sur ce point aucun doute. Un personnage, au-delà du microcosme sportif, qui est entré dans l'imaginaire populaire. Un héros.

Nous sommes ici l'année de sa cinquième victoire. Il va entrer dans la légende en égalant Anquetil et Mercks. Mais déjà le Tour est entré dans l'ère moderne, depuis que le capitalisme s'en est saisi. Le professionnalisme, la "préparation physique", le "suivi médical", tout cela va irriguer peu à peu le sport vécu désormais comme un investissement financier. Une équipe c'est une entreprise.

Pourtant dans ce Tour 1985, il ne parait pas si lointain le temps des romantiques, qu'ils soient sur la route ou parmi les suiveurs (et là on ne peut s'empêcher de penser à Antoine Blondin et à la verve journalistique de la presse écrite). Ce Tour sera le dernier de l'ancien monde. Les droits télévisuels ont pris le dessus, aux textes se sont substituées les images, à l'instinct s'est substituée la stratégie, à l'improvisation, le plan d'action....

Mais 1985 c'est aussi le moment où la "France de gauche" avale les couleuvres. Après avoir renoncé à changer le capitalisme, elle s'en accommode.

Finalement, le Tour de France reste un marqueur de la société française. Tous deux entretiennent des rapports ambigus faits d'une part de tendresse profonde issue directement de l'âme de la nation et d'une part d'aversion suspecte issue des dérives nauséabondes de la "professionnalisation" à outrance. 

Le récit de Jean-Emmanuel Decoin, à partir des souvenirs familiaux, nous emmène, au détour des étapes, des routes, des villes, dans cette réflexion sur le monde d'aujourd'hui.

Je remercie Babelio et Anne Carrière Editions pour cet envoir reçu dans le cadre de Masse Critique.

hinault

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10 juin 2015

Laurent Gaudé : "La mort du roi Tsongor"

Laurent GAUDE : "La mort du roi Tsongor"

tsongor

Tsongor est fils de roi mais n'hérite d'aucun royaume. Il constitue une armée et s'en va à la conquête du monde connu, jusqu'aux confins des contrées sauvages. Il construit son royaume, soumet des peuples, bâtit des villes. Il se retire enfin, paisible à Massaba. Au seuil de sa vie, il marie sa fille Samilia. Enfin, il a prévu de la marier à Kouame, mais un second prétendant arrive la veille du jour des noces...

Tsongor, ne veut pas choisir, ni décider. Las, il demande à son fidèle serviteur de mettre fin à ses jours, laissant Massaba en proie au chaos, au déchirement. Les deux clans vont s'affronter dans une bataille impitoyable. Seul Souba, le plus jeune fils,envoyé par son père à travers e royaume à la recherche d'un lieu de sépulture échappe à ce destin tragique.

Conte mythologique, à la fois épique et fantastique, ce roman nous entraîne dans une Antiquité africaine imaginaire où la vanité et l'orgueil guident le monde. Un monde qui révèle chaque jour, dans la guerre, un peu plus son absurdité. L'absurdité de cette lutte pour une femme que l'on a tôt fait d'oublier dès que les combats commencent. Cette femme qui n'a pas choisi mais qui avait prêté serment.

Extrêmement bien mené le récit est vif, saccadé parfois haché même, mais toujours haletant. Et qui au passage, à demi mot susurrés par les esprits, pousse notre réflexion sur la vie, sa construction et sa transmission aux générations futures Une tragédie de l'humanité.

Un coup de coeur.

 

 

 

 

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29 mai 2015

Quelle lecture pour cet été ?

Le temps des vacances approche, lentement certes, mais sûrement, et avec lui le temps des longues lectures. enfin, comme chaque année, l'espoir de longues lectures approche. Dans les faits, ce n'est pas si évident.

Mais enfin, un programme commence à se dessiner, avec en fil rouge, le classique (XIXème siècle), traditionnelle lecture dans la torpeur estivale. cette année c'est la Russie qui sera à l'honneur avec "Les frères Karamazov".  

Mais avant cela j'honnorerais la demande de Babelio, en lisant le livre gagné à Masse Critique, à savoir "Bernard, François, Paul et les autres" de Jean-Emmanuel Ducoin. Le Tour de France avant le Tour de France en quelque sorte.

Et puis, comme j'ai beaucoup aimé "Mudwoman" de Joyce Carol Oates cet hiver, je m'en mets un de côté pour l'été. Ce sera "Maudits".

Et certainement, entre deux pavés sur la plage, un court roman : "La mer, le matin" de Margaret Mazzantini.

Et voilà, vaste programme.

Lectures été 2015

 

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20 mai 2015

François Bott : "Le dernier tango de Kees Van Dongen"

François BOTT : "Le dernier tango de Kees Van Dongen"

 

dernier tango

Avec Kees Van Dongen on navigue dans le Paris des peintres, on navigue dans Paris, entre le "Bateau-Lavoir" et Montparnasse, rive droite, rive gauche, rive droite, Paris bohème, Paris mondain.

On est ici dans le dernier jour de cet artiste, il a alors 91 ans et est alité dans sa maison à Monaco en cette fin Mai 1968. A la vue de la silhouette des infirmières qui s'occupent de lui, les souvenirs reviennent. Lui qui a tant aimé les femmes. Lui qui les a peintes. Lui qui les a dévoilées, dévêtues, dévorées. Des souvenirs fragmentaires, forcément avec l'âge ... Mais quelle vie ! Une vie faite d'urgences, d'apparences, et imprégnée de l'égoisme voire du narcissisme nécessaire à la nourriture du processus créatif.

Ecrit avec soin ce court roman se lit d'une traite. Un roman qui donne envie de (re)découvrir ce peintre qui a marqué son temps (années 1910 à 1940) et qui a côtoyé tout ce que la culture française et européenne de ce temps a produit de pépites.

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18 mai 2015

Thomas Pynchon : "Vice caché"

Thomas PYNCHON : "Vice caché"

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Attention déjantage garanti ! Tout est dans le cocasse,le cynique, la dérision, la fantaisie. Un polar noir qui n'est ni un polar, ni noir.

A Los Angeles en l'an 1970, les hippies ont envahi la ville, et la plage surtout. Et parmi eux, Doc Sportello, détective de son état et grand fumeur d'herbe est mandaté par Shasta une ancienne compagne pour enquêter sur la disparition de Mickey Wolfman, un millairdaire qui se serait fait enlever. Un des hommes de Wolfman qui traficote avec les néo-nazis se fait descendre et Shasta elle même disparaît. Doc Sportello doir remuer tout ce merdier pour tenter d'y voir clair, entre deux hallucinations. Mais il n'est pas seul sur le coup car le flic Bigfoot (un ami ? un ennemi ? ) qui déteste les hippies, en sait plus qu'il ne veut bien le dire.

De situations cocasses, en dialogues acérés, l'action suit son cours, sans répit. Et comme toujours avec Pynchon, les digressions sont nombreuses, les personnages plus tordus les uns que les autres ...  et même s'il n'y a que 347 pages, on peut s'y perdre. Le lecteur peut être facilement décontenancé.

On rigole parfois, mais en finesse toujours, Bref, un bon roman qui retrace avec acuité la vie à Los Angelès dans les années '70 entre surf, musique, sexe et drogues. Le tout agrémenté de trafics divers, de meurtres, de perversions et de prévarication.

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22 avril 2015

Frédérique Deghelt : "La grand-mère de Jade"

Frédérique DEGHELT : "La grand-mère de Jade"

frederique-deghelt - la-grand-mere-de-jade

Voici un roman de l'intergénérationnel. Il relate une relation petite-fille-grand-mère entre Jade, trentenaire active parisienne, et Jeanne, dite Mamoune, quatre-vingts ans, veuve, savoyarde et au bord d'être placée en maison de "repos".

Jade refuse cet état de fait et croit qu'elle peut "arracher" sa grand-mère à son destin de fin de vie. Elle "l'enlève" et lui propose de vivre avec elle à Paris, de partager l'appartement et le quotidien.

Elles partageront bien plus. Elles se découvrent mutuellement, lentement. Chacune révélant subrepticement des éléments de son histoire, de ses passions.

Nos enfants, et pire encore, nos petits enfants nous connaissent-ils finalement ? Et nous, parents, grands-parents, que savons nous d'eux ?

La relation entre elles se noue et la littérature y est pour beaucoup.Écrire, lire, critiquer, tous les aspects y sont. A travers ces instants de partages et de rencontres, Frédérique Deghelt, dresse un portrait touchant de ces deux femmes. Sans sombrer dans l'émotion permanente, elle aborde de façon directe les sujets de la fin de vie, du désir, du sentiment amoureux voire de la passion. Mais le tout est parfois conduit sur un mode "midinette" avec cette histoire d'amour avec le bel et mystérieux inconnu ... 

Un sentiment mitigé ressort de cette lecture qui part d'une excellente intention mais qui dilue le sujet pour aboutir à une fin surprenante qui arrive probablement trop tard. Cela reste quand même une bonne lecture pour qui veut aborder l'intergénérationnel, un sujet qui n'est pas si fréquemment traité malgré tout.

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18 avril 2015

Laurent Gaudé : "Danser les ombres"

Laurent GAUDE : "Danser les ombres"

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Laurent Gaudé, qu'on avait découvert sous le soleil écrasant des Pouilles, nous transporte ici à Haïti. Mais pas à n'importe quel moment ; au moment où l'île connaît un séisme important, un tremblement de terre phénoménal, le 12 Janvier 2010.

A travers quelques personnages singuliers et qui représentent la diversité de la population le décor du récit est planté. On aborde la vie locale à travers de multiples prismes, qui se rejoignent parfois, se retrouvent, s'éloignent à nouveau. Une richesse. Les tumultes politiques ne sont pas passés sous silence et l'espoir d'une jeunesse pour le renouveau est bien mis en avant. Un espoir, un horizon ... enfin !

Mais voilà, un phénomène naturel d'une extrême violence va tout détruire : les vies bien sûr, mais aussi les lieux, les liens entre personnes, l'organisation générale de la société. Tout est chamboulé. Et si le séisme avait réveillé l'esprit des morts enterrés ? Que viennent-ils hantés les vivants, les survivants ? Qui est mort ? Qui est vivant dans ce fatras ?

Bien écrit, c'est sûr, et avec des personnages attachants j'ai quand même eu du mal à accrocher à ce roman surtout à la fin, cette longue danse macabre et oppressante.

 

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23 mars 2015

Karine Tuil : "L'invention de nos vies"

Karine TUIL : "L'invention de nos vies"

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Voilà un grand roman, un roman sur le mensonge, sur le reniement de ses origines, sur la réussite sociale à tout prix. A tout prix ? Vraiment ?

Sam Tahar est un avocat français installé à New-York est ce que l'on peut décrire comme un homme qui a réussi. Sam Tahar un homme aux multiples facettes, car cette réussite est en grande partie fondée sur un mensonge. Comme une tare qu'il faut taire, qu'il faut cacher. Janus à la déontologie professionnelle irréprochable, à l'aise dans le milieu de la haute finance mais à la vie privée débridée d'un accro au sexe sans scrupules.

A l'occasion d'un procès, Samuel et Nina, des amis de jeunesse, le voient à la télévision. 20 ans se sont écoulés, ils reprennent contact avec lui. Bien malgré lui, Sam Tahar va se trouver confronté à son passé et à la fragilité des fondations de son modèle social. Le grand cataclysme, l'explosion. Et c'est la vie des trois protagonistes qui va alors se trouver chamboulée.

Fort bien écrit et fort bien construit, ce roman à la Joyce Carol Oates, transporte le lecteur, dans cette atmosphère malsaine et oppressante, jusqu'à un dénouement surprenant et qui,à cent pages de la fin, relance complètement l'histoire. Rien n'est blanc, rien n'est noir, mais rien n'est gris non plus dans ce roman d'amour, d'amitié, de manipulations, d'ascensions et de descentes vertigineuses sur fond de religion et de politique.

 

 

 

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28 février 2015

Nell Leyshon : "La couleur du lait"

Nell LEYSHON : "La couleur du lait"

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Nell Leyshon signe ici un grand roman, non par le nombre de pages, mais par le contenu à la fois sensible dans le fond et original dans la forme.

Dans l'Angleterre, en cette année 1831, Mary écrit le récit de sa vie, plus exactement le récit des derniers mois de sa vie. Mary a 15 ans, elle vit avec ses soeurs et ses parents dans la ferme familiale. Ne rechignant à aucunes tâches, même les plus éprouvantes. Elle partage, sous la poigne du père, une vie humble faite de labeur et de sueur.

Elle sera mise au service du pasteur par son père, moyennant finance, pour s'occuper de sa femme malade. Peu à peu, avec son franc parler et sa répartie facile, elle gagne la confiance de la famille. Elle découvre alors l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.

Livrant alors, de façon rétrospective, ces quelques mois de son existence en peignant avec justesse, humour et simplicité cette vie campagnarde avec ses différences sociales bien marquées et la place de la domesticité, la jeune Mary nous entraîne avec toute sa spontanéité dans le quotidien. Un quotidien pas toujours aussi bucolique que les apparences le laissent croire.

Un année à peine rythme ce texte brut, profond et touchant, émouvant et dramatique à la fois.

Une belle réussite littéraire. Un coup de coeur à coup sûr.

 

 

 

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19 février 2015

Michel Bernard : "Les forêts de Ravel"

Michel BERNARD : "Les forêts de Ravel"

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Maurice Ravel, le talentueux compositeur, était-il à ce point marqué par la forêt ? De Bar-le-Duc à Montfort l'Amaury en passant par Ciboure et Verdun c'est un invariant de sa vie, qu'elle soit celle du musicien ou celle du soldat engagé volontaire dans les affres de la grande guerre. C'est que ce milieu convient bien à son âme solitaire.

A quarante et un ans, alors qu'il avait été jugé trop frêle pour être déclaré apte au service quelques années plus tôt, et qu'il est déjà un musicien célèbre, il s'engage dans l'armée. Affecté à la conduite de camion du côté de Bar le Duc, le voilà quelques temps plus tard, ambulancier à Verdun, chargé de descendre le blessés du front vers les hôpitaux militaires.

Cet épisode, comme une parenthèse dans sa vie, est passionnant. Le voilà simple soldat, partageant avec humilité la vie des troufions, leur quotidien (même si Ravel sans bénéficier d'un régime de faveur, a su se ménager un petit confort personnel) leurs angoisses. Toujours soucieux de servir, simplement mais efficacement, il se laisse absorber par les tâches ingrates et par l'ennui consubstantiel à la condition de soldat. Mais, apercevant un piano rangé dans un coin de la grande salle du château servant d'hôpital, comment résister à la tentation ? Et voilà que les notes de Chopin viennent alléger et soulager l'ambiance générale, faite de cris, d'amputations, de malaises et d'opérations en tous genres.

A la fin de la guerre, il reprendra, plus ou moins sa vie d'avant, ne trouvant finalement une certaine stabilité qu'à partir du moment où il achètera le "Belvédère" à Monfort l'Amaury.

Écrit dans un style  laissant une large place à la description, et parfois un peu précieux par le vocabulaire utilisé, ce roman alterne le bon et le moins bon. Autant la première partie, et la vie du soldat, est passionnante, dynamique et humaine, autant la fin du roman est assez terne, plus contemplative. Un peu à l'image de Ravel lui-même en quelque sorte. Mais ce déséquilibre entraîne une certaine lourdeur à la lecture.

On ne peut s'empêcher de penser, à la fin, à l'excellent roman d'Echenoz qui retrace les dernières années du compositeur, et qui nous plonge sans ambage dans son esprit torturé, ses manières maladives, sa personnalité complexe et attachante à la fois.

 

Merci à Babélio (Masse critique) et aux éditions de la Table Ronde pour l'envoi de ce livre.

 

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