05 janvier 2015

Tour d'horizon de 2014

2014 : une année riche en belles découvertes et de bons moments de lectures 

 

33 livres lus cette année.

Essentiellement de la littérature française plutôt contemporaine (Maylis de Kérangal, Lola Lafon, Pierre Lemaître, Valentine Goby, Amélie Nothomb, Kamel Daoud, Eric Vuillard, Anne Plantagenêt) mais aussi un peu plus ancienne (Annie Ernaux, Scholastique Mukasonga, Jean Echenoz, Gisèle Pineau) voire des classiques du siècle précédant (Jean Giono, Antoine Blondin).

Des petits détours du côté des Etats-Unis (William Styron, Dennis Lehane, Woodie Guthrie).

Le classique de l'été (XIXème siècle) consacré à Mark Twain "Les aventures de Hucklebery Finn".

Et puis des lectures "exotiques", notamment en Chine avec Mo Yan ("Beaux seins, belles fesses"),  en Argentine avec Selva Almada ("Après l'orage"), en Islande avec Hannah Kent ("A la grâce des hommes") ou en Israël avec Shani Bojianjiu ("Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre").

Bien sûr quelques lectures ont un peu déçu, c'est le cas d'Hervé Bougel ou Sophie Brocas.

Cette année deux incursions dans des univers différents : le sport avec David Alban ("Histoire du rugby au Pays-Basque") et Widy Grégo ("Ma vie en diagonale") et la littérature jeunesse avec Teri Terry, Ruta Sepetys, Béatrice Egémar et Ransom Riggs.

2014

 

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27 décembre 2014

Gisèle Pineau "Cent vies et des poussières"

Gisèle PINEAU : "Cent vies et des poussières"

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Un livre de femmes, un livre de maternité. En voilà des portraits ! Des femmes de toutes générations dans ce ghetto de Guadeloupe où il est plus facile d'entrer que de sortir. Des femmes blessées, dans leur âme profonde. Des femmes meurtries dans leur désir profond.

Et surtout Gina, celle qui ne vit que pour porter des enfants, celle que la grossesse rend heureuse, et qui porte là son huitième enfant. Elle que la grossesse rend vivante alors que la mort emporte les autres autour d'elle, comme sa soeur Vivi par exemple.

Et sa mère Izora, devenue impotente mais qui se souvient des histoires pas si anciennes du temps de l'esclavage.

Et Sharon, dans tout ça ?  Qui, à douze ans, prend conscience de la fragilité de sa mère,  celle qui aime la grossesse mais n'aime pas les enfants, celle qui abandonne ses deux ainés à leur triste sort de voyous et de droguée ... Quelle souffrance !

Gisèle Pineau nous brosse un univers sombre et lumineux à la fois, où se côtoient la misère et la joie. Un univers où sont mises en lumières ces femmes qui assument, avec plus ou moins de réussite, la responsabilité d'élever une famille mono-parentale. Ces femmes qui vivent des allocations et qui combattent au quotidien dans la violence de l'environnement immédiat et dans la pauvreté culturelle dispensée à longueur de journée par des séries télévisées. A ce titre, le regard de Sharon émeut le lecteur.

Gisèle Pineau est une romancière talentueuse pour décrire un tel contexte, une Guadeloupe sans plage  ni palmiers, avec un regard distancié et précis.

 

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17 décembre 2014

Ransom Riggs : "Miss Peregrine et les enfants particuliers"

Ransom RIGGS : "Miss Peregrine et les enfants particuliers"

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Voila un univers étrange et fascinant à la fois. En Floride, Abe, le grand-père, raconte des histoires à Jacob, son petit-fils. Ces histoires extraordinaires et incroyables, qui relèvent plus d'un délire de vieux sénile que d'un conteur, lassent le jeune homme. Et pourtant, témoin de la mort atroce de son grand-père, Jacob comprend qu'Abe essayait de lui révéler une vérité au-delà des apparences.

La vérité de son grand-père se trouve sur une île du Pays de Galles, où il s'est réfugié en 1940, fuyant la Pologne sous occupation nazie. Dans cette île se trouve une maison pour enfants orphelins sous la bonne garde de Miss Peregrine.

A partir de quelques photos et d'une lettre découverts dans les affaires de son grand-père, Jacob part à l'aventure, à la recherche du passé .

Transporté dans un imaginaire fantastique, le lecteur est alors captivé par les découvertes successives du jeune Jacob. Malgré une certaine lenteur à se mettre en place, l'intrigue se noue peu à peu. On fait la connaissance de personnages biens "particuliers" et les photos qui agrémentent le texte confèrent une dimension réaliste au récit. Bravo pour la trouvaille.

Contrairement à ce qui est indiqué en quatrième de couverture "Une histoire merveilleusement étrange, émouvante et palpitante. Un roman fantastique qui fait réfléchir sur le nazisme, la persécution des juifs, l'enfermement et l'immortalité", ce roman ne fait pas réfléchir sur le nazisme et la persécution des juifs même de façon parabolique. En revanche, si le contexte est bien en lien avec des évènements historiques liés à la seconde guerre mondiale, il s'agit bien d'un roman d'aventure avec ses angoisses, ses batailles, ses rebondissements, ses émotions et ses sentiments, où le thème du temps est largement exploité, soit à travers sa transmission (le lien inter-générationnel) soit à travers sa relativité :le temps est il le même pour tous ? 

Finalement, je ressors de cette lecture avec un sentiment mitigé, probablement dû au décalage avec la cible visée par l'auteur.

 

 

 

 

 

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12 décembre 2014

Ma liste de Noël

Une wish-list 100 % US cette année :

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03 décembre 2014

Widy Grégo : "Ma vie en diagonale"

Widy GREGO "Ma vie en diagonale"

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Autobiographie de l'auteur en coureur au long cours.

Loin de Haruki Murakami et son coureur de fond, ce livre retrace, concomitament à l'expérience exceptionnelle de la traversée en courant de l'Ile de la Réunion ("La diagonale des fous"), une réflexion sur soi à partir d'éléments d'une vie riche d'expériences et de rencontres.

Widy Grégo est un sportif guadeloupéen qui est connu dans le petit monde du trail, une activité de course d'endurance de pleine nature dans des conditions souvent extrêmes (montagnes, déserts, jungle ...). Mais rien, vraiment rien, ne laissait penser que ce petit garçon allait devenir cet homme qui au-delà du sport est porteur d'un message pour nous autres et pour les générations futures. 

A travers le récit on découvre la Guadeloupe, loin des cocotiers et des plages de sable blanc, une société violente et raciste où il est difficile pour les familles pauvres de se faire une place. Mais Widy ne croit pas à la reproduction fatale des carcans sociaux. Il cherche à en sortir.

Le théâtre d'abord, puis l'activité artisanale, notamment la cassaverie, lui en donneront l'occasion. Mais la lutte est difficile et les obstacles nombreux.

Refusant le compromis, il intègre une communauté rastafari prônant le retour sur la terre-mère des descendants d'esclaves. Cette expérience sera le tournant de sa vie et continue aujourd'hui à cimenter le socle de son moi profond.

Devenu coureur de fond, ayant acquis une petite notoriété, il cherche à mettre en avant un message de paix et de refus du déterminisme. Mais point de messianisme chez lui, c'est par l'action qu'il se réalise, que ce soit au Bénin ou dans des projets à venir en Guadeloupe.

Écrit avec des mots simples, dans un style parfois maladroit et proche de l'oralité, ce récit nous conduit, à travers les paysages fabuleux de la Réunion et les vicissitudes de la course à pied, à nous interroger sur nous même, sur le sens de notre vie et sur notre rapport aux autres.

 

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02 décembre 2014

Kamel Daoud : "Meursault, contre-enquête"

Kamel DAOUD "Meursault, contre-enquête"

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J'attendais certainement beaucoup de ce roman dont l'idée de départ très originale avait de quoi attiser la curiosité du lecteur, ne fut-il pas camusien du reste.

Car ici nous sommes dans le négatif de "L'étranger", dans le non-dit du célébrisssime roman, de l'oeuvre majeure de la littérature francophone du Xxème siècle. Peut-être même le roman français le plus connu dans le monde.

Donc le défi est immense.

On suit le cheminement de la pensée du frère de "l'arabe" celui que Meursault a tué sur la plage d'Alger un jour de Juillet 1942 à 14h. Et tout le poids de cet assassinat pèse sur sa vie. Comme une barrière infranchissable. Ou pour reprendre une métaphore camusienne, comme Sysiphe poussant son rocher. Un éternel recommencement.

Le texte toutefois est bien écrit, et ouvre intelligemment sur trois époques de l'Algérie (colonisée, au moment de l'indépendance et aujourd'hui) mais il n'emporte pas le lecteur. C'est lent, c'est un peu long, c'est  parfois répétitif. Mais malgré celà, ceux qui ont aimé "l'étranger" pourront s'y intéresser car il pose des questions pertinentes sur l'identité et sur l'altérité.

Sentiment mitigé donc, pas vraiment emballé sans être vraiment déçu. A chacun de se forger son opinion.

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27 novembre 2014

Guadeloupe, des hommes et des femmes

Guadeloupe, des hommes et des femmes

Des lectures en cours

Après la Route du rhum  et ce modeste blog qui a soutenu le navigateur Bertrand de Broc,

L'animal Lecteur continue sa découverte (virtuelle) de cette île, de ses hommes et de ses femmes.

Tout d'abord à travers le récit autobiographique de Widy Grégo, un sportif qui a participé aux plus grandes courses à pied du monde (trail) et qui retourne en Guadeloupe pour monter un projet lié au tourisme sportif et rural. A suivre donc. Ce blog soutient parallèlement le projet de production d'un film documentaire  relatif à cette aventure sportive et humaine.

Et ensuite, ce sera la lecture de Gisèle Pineau  dont j'ai choisi un des derniers roman, "Cent vies et des poussières", qui, à travers la chronique douce-amère et les destins singuliers de ses personnages,  brosse aussi le portrait de la Guadeloupe d’aujourd’hui, tiraillée entre ses douleurs anciennes et ses fléaux modernes. 

 

cent vies

widy

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24 novembre 2014

Eric Vuillard : "Tristesse de la terre"

Eric VUILLARD "Tristesse de la terre"

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Avec ce récit, c'est le mythe qui s'écroule. Tout cet imaginaire autour de la conquête de l'ouest, des bons cow-boys, du far west, d'une maison dans la prairie. L'écroulement de ce qui va fonder la légende de l'ouest américain, Las Végas, la route 66, l'aventure ...

Avec William Cody, alias Buffalo Bill, c'est cette politique d'expansion qui est magnifiée, au détriment des populations locales qu'il faut éradiquer. Une politique systématique qui doit servir le grand dessein de la liberté, de l'accueil de nouveaux immigrants et la conquête de terres toujours plus à l'ouest. Mais Cody ne se contente pas de participer à cet épisode, il a l'idée géniale d'en concevoir un spectacle, un show, comme pour montrer à travers le monde la réalité de l'histoire. Mais quelle réalité ? Avec Cody et sa troupe (le Wild West Show)  c'est  le divertissement de masse qui naît, des millions de spectateurs à travers les Etats-Unis et l'Europe, un spectacle plus vrai que nature, avec de "vrais indiens" parfois capturés ou récupérés sur les lieux des massacres, des reconstitutions de bataille,  mettant en valeur la supériorité de l'homme blanc civilisé sur le sauvage.

Nous sommes là à la charnière entre le XIXème et le XXème siècle, et cette vision du monde est partagée y compris en Europe, à travers les empires coloniaux. Mais les problématiques que le récit soulève sont transposables dans la société mondialisée d'aujourd'hui.

Eric Vuillard, dans ce récit à la fois documenté et illustré par des photographies, met en relief, à travers la naissance du "show business", notre rapport à l'autre, notre définition de la culture confrontée à l'existence d'autres cultures, notre lien à l'oeuvre éducatrice et vulgarisatrice des médias de masse et la perception du monde qui en ressort. 

Un livre puissant.

 

La lecture de ce texte n'est pas sans lien avec cette manifestation  "Peaux de tigre et de pouilleux" qui a eu lieu à Poitiers en Novembre 2014. Voir les conférences ici

Pendant la lecture j'ai aussi repensé à cet excellent texte de Stefan Zweig sur la quête de l'Eldorado  dans "Les très riches heures de l'Humanité".

 

 

 

 

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20 novembre 2014

Fouler la Terre

L'Animal Lecteur jusqu'au bout de la Terre !!!

Nouvelle action de soutien à un projet sportif et humain :

 

Fouler la Terre jusqu'au bout du monde avec Widy Grégo

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Shani Boianjiu :"Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre"

Shani BOIANJIU "Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre"

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Trois jeunes filles qui viennent de terminer leurs études secondaires vont vivre ce que toutes les israéliennes de leur âge connaissent : le service militaire. Et dans le contexte géopolitique d'Israël cela donne une ambiance particulière et un intérêt certain à la lecture. Affectées dans des unités différentes, les voilà confrontées à la réalité violente de ce pays, mais aussi à la difficulté d'être une femme, d'être un soldat, d'être jeune.

A travers ces portraits de jeunes femmes, fantasques, insouciantes, mal à l'aise, l'auteur nous peint la société israélienne d'aujourd'hui. Cette société où la sécurité rythme la vie, cette société et ses contradictions, ses antagonismes, entre répression et compassion, intransigeance et pardon. Une société paranoïaque en quelque sorte. 

L'idée de départ est donc très bonne, et d'ailleurs, le début du roman est excellent. On plonge dans cette atmosphère à vitesse vertigineuse. Mais la construction du texte lui-même sème le trouble. Elle fait perdre pied. La narration devient décousue comme si la fin du service militaire marquait une rupture. Une rupture aussi dans la vie de ces femmes qui peinent à trouver leur marque, leur place dans la société, voire une raison de vivre.

Bref, un bon roman, qui plonge le lecteur dans une réalité quotidienne parfois violente et souvent absurde, mais qui, probablement aurait mérité d'être construit de façon plus simple pour porter le lecteur jusqu'au bout. Une preuve de jeunesse, peut-être ?

 Merci aux éditions Robert Laffont et à Babélio, pour ce livre reçu dans le cadre d'une opération Masse Critique.

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