05 septembre 2014

Maylis de Kerangal : "Réparer les vivants"

Maylis de KERANGAL : "Réparer les vivants"

Réparer lesvivants

Après avoir apprécié "Naissance d'un pont" et "Corniche Kennedy", et eu égard aux éloges qui entouraient ce roman, je partais avec un a priori très favorable.

Eh bien je ne suis pas déçu. C'est un excellent roman. Tant dans le travail d'écriture, toujours très soigné chez Maylis de Kerangal, que pour le fond, cette épopée d'un coeur qui va passer d'un corps à un autre. Bravo.

A travers les mots, les phrases, on sent la vie, la palpitation vitale, ce coeur qui bât. Ce coeur qui n'est pas dématérialisé, mais qui vit à travers des personnages profonds, des êtres humains dépeints avec justesse et précision. On sent chez chacun la dose de faiblesse, de doutes, d'interrogations, de souffrance. Quel brio.

Vraiment, au delà de la prouesse technique, telle la transplantation, cette chirurgie de précision, l'auteure conduit le lecteur dans les retranchements de sa pensée.  Le sens de la vie, la question à notre propre corps et de celui des autres, le rapport à la mort, l'irréversibilité des choix personnels sont des thématiques qui irriguent le récit, des questionnements alimentés par la pulsion régulière et infatigable d'une prose magnifique.

A recommander, absolument.

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03 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 : les étrangers

Rentrée littéraire 2014

Une petite sélection de romans étrangers

rentrée étrangers

J'essaie de varier les langues pour ne pas sélectionner que des romans anglophones nord-américains.

Tout d'abord "Fonds perdus" de Thomas Pynchon (Seuil), ambiance du début des années 2000 à New-york entre l''éclatement de la bulle Internet et l'effondremement des tours du World Trade Center.

Puis un premier roman "Nous faisons semblant d'être quelqu'un d'autre" de Shani Boianjiu (Robert Laffont), ou trois jeunes filles israéliennes après la scolarité intégrent le service militaire obligatoire, entre violence et amités.

Un roman de langue espagnole avec "Hérétiques" de Leonardo Padura (Métailié), polar cubain entre peinture, émigration juive et recherche de son destin.

Enfin "La couleur du lait" de Nell Leyshon (Phébus), une adolescence anglaise au milieu du XIXème siècle entre éducation et humiliation.

 

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29 août 2014

Rentrée littéraire 2014 : les francophones

Rentrée littéraire 2014

Une petite sélection dans les écrivains de langue française

rentrée 2014 lit fran

Des destins, des hommes et des femmes.

Voici ma petite sélection pour cette rentrée littéraire 2014.

Parfois de grands noms qui ont marqué l'hisoire du monde (Freud, Descartes), parfois des aventures individuelles (William Cody, Kees Van Dongen) et aussi l'anonymat collectif des femmes dans la campagne landaise.

Eliette Abecassis : "Un secret du docteur Freud" (Flammarion)

Eric Vuillard : "Tristesse de la terre. Une histoire de Buffalo Bill Cody" (Actes Sud)

Sophie Brocas : "Le cercle des femmes" (Juilliard)

François Bott : "Le dernier tango de Kees Van Dongen" (Cherche midi)

Christian Carisey : "Le testament de Descartes" (Cherche midi).

 

 

 

 

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28 août 2014

En route vers la Guadeloupe !

Littérature et navigation

 

L'Animal Lecteur s'engage dans la Route du Rhum 2014 au côté de Bertrand de Broc

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L'aventure en continu sur la page facebook

Départ le 2 Novembre de Saint-Malo

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14 août 2014

Selva Almada : "Après l'orage"

Selva ALMADA : "Après l'orage"

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Il y a quelque chose de Steinbeck dans ce roman. Entre l'ambiance d'un garage isolé, des voyageurs en panne et l'omni présence de Dieu, on navigue entre les "Naufragés de l'autocar" et "Au dieu inconnu" et sur fond d'"Est d'Eden"

Dans le Nord de l'Argentine un pasteur et sa fille Leni font malgré eux la connaissance d'El Gringo Braueur et du jeune Tapioca. La réparation du véhicule demande plus de temps que prévu, et l'orage s'annonce. Le huis-clos s'installe. En silence d'abord, dans les regards, dans une sorte de méfiance mutuelle, une pudeur aussi. Deux visions du monde séparées par un gouffre, où le bien et le mal n'ont pas la même définition.

Entre le garagiste, taciturne et athée et le révérend brillant orateur, la lutte d'abord latente se manifestera quand l'orage éclatera, violent, sans concession, dévastateur.

Un premier roman à l'écriture simple, qui mène le lecteur entre présent et passé, dans cette ambiance de chaleur torride, de moiteur et d'orage salvateur qui va révéler la vraie nature des hommes.

 

 

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28 juillet 2014

Mark Twain : "Les aventures de Huckleberry Finn"

Mark TWAIN : "Les aventures de Huckleberry Finn"

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En ce début d'été, je replonge dans la littérature du XIXème siècle avec ce roman américain, de nos jours étiqueté "jeunesse", mais qui reste un roman d'aventures encore actuel.

Avec Huckleberry Finn, Mark Twain conduit une réflexion sur le racisme, à travers l'escalvage,  et dépeint la société américaine de l'époque telle qu'elle était. Mais il conte aussi l'amitié, et c'est une valeur qui est ici mise en valeur tout au long de l'aventure.

Bien sûr il y a l'amitié entre le héros et Tom Sawyer, mais peu à peu va naître et  croître une amitié sans faille entre le héros et Jim le négre, l'esclave en fuite. Huck fuit lui aussi, il cherche à échapper aux méthodes éducatives brutales et à l'alcoolisme chronique de son père. Tout au long du Mississipi, du nord en mouvement  vers le sud dans son immobilisme, le long des méandres du fleuve, les fuyards feront des rencontres des plus étonnantes, vivant parfois du travail parfois de rapines. L'aventure est toujours teintée avec un fond de sagesse et de réflexion qui donne à ce texte sa profondeur, et qui montre un jeune garçon en construction. Un roman d'éducation certes mais qui s'inscrit dans son temps, et que l'on peut rapprocher par bien des aspects de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" de Harper Lee.

Un roman jeunesse à mettre entre toutes les mains.

 

 

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12 juillet 2014

Dennis Lehane : "Un dernier verre avant la guerre"

Dennis LEHANE : "Un dernier verre avant la guerre"

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Dans le Boston des années 1980, Dennis Lehane installe ses personnages récurrents : Patrick Kenzie et Angie Gennaro sur fond de lutte entre gangs.

Commandités par un sénateur les détectives partent à la recherche de documents volés par une femme de ménage noire et qu'il convient de retrouver et de restituer.

Et les choses vont se gâter. Les balles vont fuser, les coups partir dans tous les sens, la ville se retrouver sans dessus dessous, en proie à une guerre sans pitié dans le bas fond de la ville, dans les ghettos où vivent les populations noires, les exclus du rêve américain. Les rapports sociaux - raciaux sont bien analysés et permettent d'éclairer ce récit bien sombre.

Non sans humour, et avec une écriture vive et efficace, l'auteur nous entraîne dans les entrailles pestilentielles de Boston, là où se rencontrent les politiques et les terroristes de rue. Mais aussi où les affaires personnelles ressurgissent et où chacun voit son passé remonter.

Beaucoup d'action donc, mais aussi beaucoup de soins à présenter les personnages et la ville. Pour un peu, on suivrait à la trace sur l'ordinateur les pérégrinations des héros.

Du point de vue du suspens on attendrait mieux, et les clichés ne sont pas absents, mais globalement si l'on considère que c'est le premier d'une série il donne plutôt envie de lire les autres opus.

 

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06 juillet 2014

Lectures de vacances

L'été est là, les vacances approchent.

Quelques livres vont m'accompagner pendant cette période de torpeur et de douce chaleur.

Comme chaque année j'en profite pour lire un roman du XIXème siècle. Ce sera Mark Twain cette année, après Herman Melville l'an dernier. Promis juré, faudra aussi que je regarde du côté de la Russie ...

Sinon, un pavé : Mo Yan et son "Beaux seins, belles fesses".

S'il reste du temps je rattraperai mon retard avec "Réparer les vivants" de Maylis de Kérangal et "Après l'orage" de Selva Almada.

Ensuite, il sera temps de retrouver la grisaille automnale et les trépidations professionnelles.

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29 juin 2014

Anne Plantagenet : "Trois jours à Oran"

Anne PLANTAGENET : "Trois jours à Oran"

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Un livre et un auteur que j'ai découvert lors du festival Terres de paroles en Haute-Normandie.

 

Voici un récit où l'on rentre dans l'intime d'une famille. De Misserghin, au sud ouest d'Oran, berceau de la famille Montoya depuis trois générations jusqu'à Dijon et Troyes où, à partir de 1962 la famille s'est installée.

C'est le récit d'un voyage accompli avec son père. Lui qui est né là-bas, qui y a vécu 16 ans, lui qui ne pensait pas que les souvenirs reviendraient avec une telle force, et soulèveraient tant d'émotions.

Anne Plantegnet est à l'origine de ce voyage, comme un pèlerinage sur les lieux de mémoire. Comme un besoin de transmission pour les nouvelles générations, celles qui ne sont pas nées en Algérie mais dont toute la mémoire familiale est empreinte des années passées à la ferme, sous le soleil en cultivant les orangers.

Ce voyage lui permet de confronter l'idée qu'elle se fait à partir des récits familiaux, notamment ceux de sa grand-mère et la réalité de ce qu'est Oran aujourd'hui. A travers les souvenirs de son père, qui reviennent au gré des pérégrinations, elle découvre aussi un homme qu'elle ne connaissait pas, une face enfouie qui est restée cachée si longtemps, comme un tabou, comme quelque chose de tu pendant si longtemps et qui ne demandait qu'à s'exprimer.

Anne Plantagenet se confie, on entre dans l'intime à travers ce récit. Et si l'on comprend bien les sentiments exprimés, peut-être les enfants et petits enfants de "rapatriés" seront ils plus touchés par ce récit. Pour ma part, si le texte est beau et fort, une telle plongée dans l'intimité familiale me dérange. L'écriture n'est là qu'un moyen de renouer avec son passé, comme cette histoire d'amour qui vient ponctuer les souvenirs, sorte de catharsis à la fois familiale et personnelle.

En complément, on pourra visionner cette présentation faite par l'auteure :

 http://www.dailymotion.com/video/x1b453a_anne-plantagenet-trois-jours-a-oran_news

 

 

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21 juin 2014

Scholastique Mukasonga : "Notre-Dame du Nil"

Scholastique MUKASONGA : "Notre-Dame du Nil"

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Lycéennes entre éducation et géopolitique au coeur du Rwanda.

Dans une ambiance de lycée de filles toutes les tensions du Rwanda sont palpables. Si les Tutsi ont eu les faveurs des colonisateurs belges, ils se trouvent marginalisés après l'indépendance et stigmatisés par les Hutus, ethnie majoritaire arrivée au pouvoir.

Pourtant au lycée, et dans les emplois de fonctionnaires, un quota est réservé aux Tutsis. Dans cette fin des années 1960, la tension semble maîtrisée même si elle reste palpable. La moindre étincelle peut raviver cette haine séculaire.

Dans ce contexte de ségrégation et de haine larvée, les adolescentes vivent leur vie de filles, entre rivalités et jalousies. Elles qui représentent la future élite féminine du pays, sont tenues par la poigne de fer de la mère supérieure. L'éducation, l'accès au diplôme prime.

A travers quelques portraits poignants, l'auteure nous conduit dans ce pays de montagnes et de forêts, où la tradition orale est encore bien présente à côté du désir d'émancipation née de la période coloniale. On découvre un pays déchiré et les préludes du massacre humanitaire qui va le frapper quelques années plus tard. Les relations entre élèves peu à peu se transforment , au fur et à mesure que l'antagonisme prend forme et que la politique prend le pas sur l'éducation.

Un beau roman, même s'il n'a pas de qualités littéraires exceptionnelles, touchant, drôle et dur à la fois.

 

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