14 août 2014

Selva Almada : "Après l'orage"

Selva ALMADA : "Après l'orage"

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Il y a quelque chose de Steinbeck dans ce roman. Entre l'ambiance d'un garage isolé, des voyageurs en panne et l'omni présence de Dieu, on navigue entre les "Naufragés de l'autocar" et "Au dieu inconnu" et sur fond d'"Est d'Eden"

Dans le Nord de l'Argentine un pasteur et sa fille Leni font malgré eux la connaissance d'El Gringo Braueur et du jeune Tapioca. La réparation du véhicule demande plus de temps que prévu, et l'orage s'annonce. Le huis-clos s'installe. En silence d'abord, dans les regards, dans une sorte de méfiance mutuelle, une pudeur aussi. Deux visions du monde séparées par un gouffre, où le bien et le mal n'ont pas la même définition.

Entre le garagiste, taciturne et athée et le révérend brillant orateur, la lutte d'abord latente se manifestera quand l'orage éclatera, violent, sans concession, dévastateur.

Un premier roman à l'écriture simple, qui mène le lecteur entre présent et passé, dans cette ambiance de chaleur torride, de moiteur et d'orage salvateur qui va révéler la vraie nature des hommes.

 

 

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28 juillet 2014

Mark Twain : "Les aventures de Huckleberry Finn"

Mark TWAIN : "Les aventures de Huckleberry Finn"

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En ce début d'été, je replonge dans la littérature du XIXème siècle avec ce roman américain, de nos jours étiqueté "jeunesse", mais qui reste un roman d'aventures encore actuel.

Avec Huckleberry Finn, Mark Twain conduit une réflexion sur le racisme, à travers l'escalvage,  et dépeint la société américaine de l'époque telle qu'elle était. Mais il conte aussi l'amitié, et c'est une valeur qui est ici mise en valeur tout au long de l'aventure.

Bien sûr il y a l'amitié entre le héros et Tom Sawyer, mais peu à peu va naître et  croître une amitié sans faille entre le héros et Jim le négre, l'esclave en fuite. Huck fuit lui aussi, il cherche à échapper aux méthodes éducatives brutales et à l'alcoolisme chronique de son père. Tout au long du Mississipi, du nord en mouvement  vers le sud dans son immobilisme, le long des méandres du fleuve, les fuyards feront des rencontres des plus étonnantes, vivant parfois du travail parfois de rapines. L'aventure est toujours teintée avec un fond de sagesse et de réflexion qui donne à ce texte sa profondeur, et qui montre un jeune garçon en construction. Un roman d'éducation certes mais qui s'inscrit dans son temps, et que l'on peut rapprocher par bien des aspects de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" de Harper Lee.

Un roman jeunesse à mettre entre toutes les mains.

 

 

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12 juillet 2014

Dennis Lehane : "Un dernier verre avant la guerre"

Dennis LEHANE : "Un dernier verre avant la guerre"

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Dans le Boston des années 1980, Dennis Lehane installe ses personnages récurrents : Patrick Kenzie et Angie Gennaro sur fond de lutte entre gangs.

Commandités par un sénateur les détectives partent à la recherche de documents volés par une femme de ménage noire et qu'il convient de retrouver et de restituer.

Et les choses vont se gâter. Les balles vont fuser, les coups partir dans tous les sens, la ville se retrouver sans dessus dessous, en proie à une guerre sans pitié dans le bas fond de la ville, dans les ghettos où vivent les populations noires, les exclus du rêve américain. Les rapports sociaux - raciaux sont bien analysés et permettent d'éclairer ce récit bien sombre.

Non sans humour, et avec une écriture vive et efficace, l'auteur nous entraîne dans les entrailles pestilentielles de Boston, là où se rencontrent les politiques et les terroristes de rue. Mais aussi où les affaires personnelles ressurgissent et où chacun voit son passé remonter.

Beaucoup d'action donc, mais aussi beaucoup de soins à présenter les personnages et la ville. Pour un peu, on suivrait à la trace sur l'ordinateur les pérégrinations des héros.

Du point de vue du suspens on attendrait mieux, et les clichés ne sont pas absents, mais globalement si l'on considère que c'est le premier d'une série il donne plutôt envie de lire les autres opus.

 

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06 juillet 2014

Lectures de vacances

L'été est là, les vacances approchent.

Quelques livres vont m'accompagner pendant cette période de torpeur et de douce chaleur.

Comme chaque année j'en profite pour lire un roman du XIXème siècle. Ce sera Mark Twain cette année, après Herman Melville l'an dernier. Promis juré, faudra aussi que je regarde du côté de la Russie ...

Sinon, un pavé : Mo Yan et son "Beaux seins, belles fesses".

S'il reste du temps je rattraperai mon retard avec "Réparer les vivants" de Maylis de Kérangal et "Après l'orage" de Selva Almada.

Ensuite, il sera temps de retrouver la grisaille automnale et les trépidations professionnelles.

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29 juin 2014

Anne Plantagenet : "Trois jours à Oran"

Anne PLANTAGENET : "Trois jours à Oran"

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Un livre et un auteur que j'ai découvert lors du festival Terres de paroles en Haute-Normandie.

 

Voici un récit où l'on rentre dans l'intime d'une famille. De Misserghin, au sud ouest d'Oran, berceau de la famille Montoya depuis trois générations jusqu'à Dijon et Troyes où, à partir de 1962 la famille s'est installée.

C'est le récit d'un voyage accompli avec son père. Lui qui est né là-bas, qui y a vécu 16 ans, lui qui ne pensait pas que les souvenirs reviendraient avec une telle force, et soulèveraient tant d'émotions.

Anne Plantegnet est à l'origine de ce voyage, comme un pèlerinage sur les lieux de mémoire. Comme un besoin de transmission pour les nouvelles générations, celles qui ne sont pas nées en Algérie mais dont toute la mémoire familiale est empreinte des années passées à la ferme, sous le soleil en cultivant les orangers.

Ce voyage lui permet de confronter l'idée qu'elle se fait à partir des récits familiaux, notamment ceux de sa grand-mère et la réalité de ce qu'est Oran aujourd'hui. A travers les souvenirs de son père, qui reviennent au gré des pérégrinations, elle découvre aussi un homme qu'elle ne connaissait pas, une face enfouie qui est restée cachée si longtemps, comme un tabou, comme quelque chose de tu pendant si longtemps et qui ne demandait qu'à s'exprimer.

Anne Plantagenet se confie, on entre dans l'intime à travers ce récit. Et si l'on comprend bien les sentiments exprimés, peut-être les enfants et petits enfants de "rapatriés" seront ils plus touchés par ce récit. Pour ma part, si le texte est beau et fort, une telle plongée dans l'intimité familiale me dérange. L'écriture n'est là qu'un moyen de renouer avec son passé, comme cette histoire d'amour qui vient ponctuer les souvenirs, sorte de catharsis à la fois familiale et personnelle.

En complément, on pourra visionner cette présentation faite par l'auteure :

 http://www.dailymotion.com/video/x1b453a_anne-plantagenet-trois-jours-a-oran_news

 

 

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21 juin 2014

Scholastique Mukasonga : "Notre-Dame du Nil"

Scholastique MUKASONGA : "Notre-Dame du Nil"

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Lycéennes entre éducation et géopolitique au coeur du Rwanda.

Dans une ambiance de lycée de filles toutes les tensions du Rwanda sont palpables. Si les Tutsi ont eu les faveurs des colonisateurs belges, ils se trouvent marginalisés après l'indépendance et stigmatisés par les Hutus, ethnie majoritaire arrivée au pouvoir.

Pourtant au lycée, et dans les emplois de fonctionnaires, un quota est réservé aux Tutsis. Dans cette fin des années 1960, la tension semble maîtrisée même si elle reste palpable. La moindre étincelle peut raviver cette haine séculaire.

Dans ce contexte de ségrégation et de haine larvée, les adolescentes vivent leur vie de filles, entre rivalités et jalousies. Elles qui représentent la future élite féminine du pays, sont tenues par la poigne de fer de la mère supérieure. L'éducation, l'accès au diplôme prime.

A travers quelques portraits poignants, l'auteure nous conduit dans ce pays de montagnes et de forêts, où la tradition orale est encore bien présente à côté du désir d'émancipation née de la période coloniale. On découvre un pays déchiré et les préludes du massacre humanitaire qui va le frapper quelques années plus tard. Les relations entre élèves peu à peu se transforment , au fur et à mesure que l'antagonisme prend forme et que la politique prend le pas sur l'éducation.

Un beau roman, même s'il n'a pas de qualités littéraires exceptionnelles, touchant, drôle et dur à la fois.

 

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09 juin 2014

Hervé Bougel : "Tombeau pour Luis Ocana"

Hervé BOUGEL : "Tombeau pour Luis Ocana"

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Petit livre, vite lu, même pas cent pages, et certaines de quelques lignes seulement, 71 chapitres. Bref, un vrai parti pris artistique et littéraire.

Et ce parti pris peut déranger. Évidemment, ce qui m'intéressait dans cet ouvrage c'était le nom de Luis Ocana (excusez l'absence de la tilda), un grand cycliste des années '70, vainqueur du Tour de France et surtout grand rival d'Eddy Merckx.

Le jour de sa mort, tragique, Luis reconstruit par petites touches, les éléments de sa vie. Point de biographie, mais des compositions,  des impressions, une lumière poétique qui éclaire le bonhomme, qui le donne à voir sous un jour particulier. On aperçoit sa jeunesse, sa gloire et sa vieillesse.

Il est assez difficile d'accrocher à cette écriture. Les mots se succèdent, les phrases sont travaillées, mais le lecteur n'est pas transporté. On aimerait en savoir plus, que le fond de l'homme apparaisse, que ce qui en fait un champion, un être hors norme soit révélé.

Bref, en dépit des qualités évidentes de ce texte, je n'ai pas ressenti l'émotion vécue lors de la lecture de "Courir" d'Echenoz, ni, dans un genre différent, lors de la lecture des chroniques journalistiques d'Antoine Blondin.

Toutefois, je remercie les éditions de la table ronde et Babélio pour ce livre reçu dans le cadre d'une Masse Critique.

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(Luis Ocana après sa chute au Col de Menté, 1971)

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05 juin 2014

Hannah Kent : "A la grâce des hommes"

Hannah KENT : "A la grâce des hommes"

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Quel premier roman !

Sans être magistral c'est un très bon roman, basé sur une histoire vraie et qui nous transporte complètement. On est ailleurs.

Ici, on est dans l'Islande rurale du début du XIXème siècle. Une société rythmée par le labeur difficile dans des conditions parfois extrêmes et très fortement marquée par la religion. Ambiance rigoureuse garantie à tous les sens du terme.

Il n'y a pas de prison en Islande. Et quand Agnes Magnusdottir est condamnée à mort pour meurtre, elle est placée "en détention" dans des fermes. Et notamment dans la ferme de Jon et Margret et leurs deux filles. Le sous révérend est chargé d'amener son âme à Dieu pendant le temps qu'il lui reste à vivre.

Des relations vont forcément s'établir, dans cet hiver où les jours sont très courts et où les hommes et les femmes passent beaucoup de temps dans la badstofa, à filer la laine, à coudre des vêtements, et à discuter.

L'auteur nous immerge. L'ambiance est très bien rendue et les personnages sont travaillés avec soin et profondeur. Le mal n'est pas toujours là où on le croit en dépit de ce qu'en pense le commissaire (sorte de Javert islandais) chargé de faire appliqué la sentence. La complexité de l'âme humaine est là parfaitement révélée.

La fin du roman est captivante, elle happe le lecteur.

Un coup de coeur à conseiller. C'est une lecture d'autant plus originale que l'auteure est australienne (mais visiblement elle connaît bien l'Islande, sa population et sa langue). Un très bon moment de lecture.

Merci à Babélio, et aux Presses de la Cité pour ce livre lu dans le cadre d'une Masse Critique.

 

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(la badstofa)

 

 

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22 mai 2014

Lola Lafon :"La petite communiste qui ne souriait jamais"

Lola LAFON : "La petite communiste qui ne souriait jamais"

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Une icône du XXème siècle, une étoile filante en quelques sortes, un passage éclair dans la notoriété universelle, comme un enchaînement d'une minute trente sur la poutre ou aux barres. Et hop ! La voilà : Nadia Comaneci. 

La petite roumaine de 14 ans qui séduit le monde entier à Montréal en 1976. Nadia, le fruit de "l'école roumaine", le fleuron du communisme.

Dans ce roman, le décor est aussi important que le fond. Comme pour un exercice au sol, avec ses ornements chorégraphiques. Le décor ici c'est la Roumanie communiste des années'70 et '80. Ce régime particulier, à la fois policier et émancipateur. Ce régime qui veut se débarrasser des paysans pour faire éclore un homme nouveau, moderne, débarrassé du passé et des croyances et qui ne parvient pas à assurer les besoins vitaux de sa population. Ce pays où tout le monde se surveille, où tout le monde se dénonce. 

C'est dans ce décor que la petite Nadia va éclore aux bons soins de Bélà son entraîneur. Et c'est dans ce décor qu'elle fanera aussi vite. 

Et Lola Lafon, à partir d'un parti pris artistique audacieux, va nous conter cette histoire. Nous sommes immergés dans des échanges épistolaires entre l'écrivain et la championne, puis nous partageons le point de vue de l'écrivain sur place, mais des années plus tard, le témoignage de quelques protagonistes de cette période ... Bref, chaque chapitre surprend le lecteur. Mais le tout se tient très bien. 

Bien sûr chacun y trouvera quelque chose et quelque chose à redire, mais la conception même du roman déroute. C'est également vrai parfois aussi pour le le style. On est loin ici d'une biographie ordinaire. Mais il fallait bien ça pour cette petite femme qui a sa façon aura marqué l'histoire de son siècle. 

 

 

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06 mai 2014

Pierre Lemaitre : "Au revoir là-haut"

Pierre LEMAITRE : "Au revoir là-haut"

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Bien sûr il y a eu le prix Goncourt, et la notoriété qui va avec. Mais alors là, c'est mérité, et amplement. Quel talent ! Quel panache !

On est ici entre novembre 1918 et Juillet 1920, la fin de la guerre et l'immédiat après guerre. La guerre est un moment particulier pour révéler les personnalités, mais aussi pour nourrir toutes les ambitions personnelles. Et l'après guerre aussi va révéler son lot de bassesses diverses pour permettre l'enrichissement. Même chez les vainqueurs, les héros, chacun à une revanche à prendre.

Ici ce n'est pas sur un bien que l'on joue (comme le fournisseur de chaussures militaires dans "14" d'Echenoz) mais sur le sentiment, sur la passion, sur le souvenir. Il faut des lieux de mémoire. On peut pas laisser tous ces morts comme ça. Non seulement il leur faut une sépulture digne, que les familles puissent se recueillir devant une tombe, mais il faut des monuments, dans chaque commune, pour que la collectivité se souvienne et rende hommage à tous ces enfants trop tôt emportés dans le carnage mondial.

A partir de personnages admirablement brossés, Pierre Lemaitre nous entraîne dans ces temps troubles où la Nation a du mal à reconnaître les humbles, ces rescapés de la grande guerre, ces gueules cassées, ces pauvres hères dont la vie à basculé dans l'horreur des tranchées. Et puis il y a les autres, les dominants, ceux qui détiennent le pouvoir et l'argent et pour qui la guerre n'est qu'une péripétie qu'il faut vite oublier.

Si le texte est long (560 pages environ) il se lit très facilement. L'histoire, fort bien construite, happe le lecteur. On est pris dans la tourmente des événements qui s'enchainent depuis la mystification initiale jusqu'au dénouement en feu d'artifice le 14 juillet 1920. Un grand roman assurément qui produit un véritable moment de plaisir. Admirable.

Coup de coeur 2014.

 

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(cimetière militaire de Verdun)

 

 

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