07 octobre 2016

Jean Weber : "Le complot de Bidache"

Jean WEBER : "Le complot de Bidache"

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Une plongée dans le temps, ça faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman "historique".

Ici, nous sommes en 1659 au moment de la négociation du Traité des Pyrénées qui, pour arriver à une paix durable en Europe, prévoit le mariage de Louis XIV avec l'Infante d'Espagne. En route, Mazarin, premier ministre du Royaume de France chargé des négociations, est l'invité du Duc de Gramont, souverain de Bidache. Bidache, à cheval entre Gascogne et Pays-Basque, souveraine, est un lieu d'asile pour ceux qui fuient les persécutions, et notamment les juifs chassés de la péninsule ibérique.

C'est dans ce lieu que va se tramer un complot contre le cardinal dont les projets ne conviennent pas à tout le monde, et notamment pas aux anciens de la Fronde.

Et à travers le récit nous suivons l'emploi du temps de Mazarin, les préoccupations politiques, les affaires de l'Etat. Mais nous suivons aussi le quotidien, les déplacements, l'installation à Bidache, les repas. Et surtout nous faisons connaissance avec nombre personnages de toute classe et de toute origine :  chevaliers, charbonniers, meuniers, espions, bateliers, chasseurs, curé ... on croise même Vincent de Paul au détour d'un chapitre.

Jean Weber donne vie à ce récit fort bien documenté, parfois un peu archétypal certes, et qui, au prétexte d'un fait historique majeur (la négociation du Traité des Pyrénées) nous fait découvrir ce petit bout de principauté souveraine écrasé entre les royaumes de France et de Navarre. 

Ce roman a été lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babélio en partenariat avec les éditions Lemieux.

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(Chateau de Bidache aujourd'hui)

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28 septembre 2016

Natacha Appanah : "Tropique de la violence"

Natacha APPANAH : "Tropique de la violence"

Tropique

Attiré par ce livre non seulement parce qu'il figure sur la liste du Goncourt mais aussi après avoir vu l'auteure lors de l'émission de télévision "La grande librairie", et bien voilà une petite claque littéraire.

Mayotte, un territoire oublié de la République ? Sous les tropiques tout n'est pas que mer, ciel et soleil. Déjà avec Gisèle Pineau on le savait pour ce qui concerne la Guadeloupe par exemple, mais ici on est carrément en terre inconnue. Dans l'océan indien, Mayotte un havre d'espérances pour des milliers et des milliers de comoriens, malgaches et africains, qui accostent clandestinement en France. Et ces filles-mères, ces bandes de jeunes garçons qui se retrouvent sans familles, sans repères, livrés à la nature sauvage et cruelle des bandes, de la drogue et de la rapine.

Et puis quelques blancs, des muzungus, qui travaillent ici, comme Marie, cette infirmière dévouée qui côtoie cette violence. Marie qui recueillera cet enfant, Moïse, et lui donnera amour et éducation. Mais cela suffit-il à forger une identité ? Un oeil marron et un oeil vert, une peau noire et une âme blanche.

Et puis un policier ou un éducateur. Mais que peuvent-ils dans cet engrenage de violence quotidienne ?

Natacha Appanah maîtrise le sujet, la forme et la lettre. C'est vif, c'est cruel. C'est un choc ! Bravo !

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24 août 2016

Catherine Poulain : "Le grand marin"

Catherine POULAIN : "Le grand marin"

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J'ai vraiment eu du mal avec ce roman. Pourtant les thèmes sont forts, entre la quête de l'absolu et la recherche de soi : vivre avant de mourir. C'est à travers un défi personnel hors du commun qu'ils se concrétisent : s'engager sur un bateau de pêche en Alaska. Basée sur l'expérience même de l'auteure, la narratrice part dans cette aventure avec opiniâtreté, bravant les difficultés de toutes natures (naturelles, humaines, physiques, morales ...), menant sa vie tambour battant sur ces bateaux, petits mondes d'hommes, de labeur, de sueur, de travail acharné, de souffrances ...

Mais que cherche t-elle dans cette soif d'absolu ? Que fuit-elle ainsi ? Cherche t-elle la rédemption de quelques péchés ?

Le récit nous immerge complètement dans cet univers de bout du monde, entre les paquets de mer sur des cirés trop grands, les embruns sur les quais, les odeurs de peinture et les litres de bières avalés. Mais le fil conducteur est difficile à trouver.

Évidemment, il y a le grand marin. Cet homme, ce lion, le taiseux, celui qui va fasciner Lilli. Peut-on vraiment aimer quelqu'un quand on mène une vie tournée à ce point vers l'absolu ?

Malgré une belle écriture et une force évocatrice évidente, ce roman n'aura toutefois pas su me transporter complètement.

 

 

 

 

 

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07 août 2016

Eric-Emmanuel Schmitt : "L'élixir d'amour"

Eric-Emmanuel SCHMITT : "L'élixir d'amour"

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Roman en forme d'échanges de lettres, de messages plutôt, entre deux amants qui viennent de se séparer et qui cherchent à construire quelque chose après l'amour. Après l'amour, lorsqu'il n'est plus le ciment d'un couple, que reste t-il ?

En forme de défi, sur la base de la thérapie psychanalytique, peut-on trouver un équivalent à l'élixir d'amour qui emporta Tristan et Iseult ? L'amour peut-il être provoqué ?  Est-ce qu'il est possible pour le thérapeute de profiter du lien particulier qui l'unit à son patient en cours de traitement pour générer cette attirance qui deviendra de l'amour ? Finalement l'amour est-ce une chose que l'on choisit ou bien que l'on subit ?

Subtilement, l'auteur nous questionne, nous interroge, nous pousse à la réflexion. Même si les situations sont parfois un peu caricaturales, les pensées qui traversent ces lettres échangées sont vives et percutantes. Sans être un grand roman,le texte reste original, plaisant et vite lu.

 

 

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05 août 2016

Dominique Fernandez : "Le piéton de Rome"

Dominique FERNANDEZ : "Le piéton de Rome"

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Dominique Fernandez est certainement le français qui connaît le mieux Rome. Alors, rien de tel, lorsque l'on part passer une semaine dans la ville éternelle, que d'emporter dans son bagage ce bouquin. Un vrai complément, documenté et subjectif, des traditionnels guides de voyages.

En compagnie de Dominique Fernandez, on est comme avec un ami qui explique les choses que l'on voit, mais aussi celles que l'on ne voit pas, l'explicite et l'implicite. De la Rome antique à la Rome actuelle, et selon des thématiques propres à cette ville le lecteur est porté à la rencontre de personnages et de faits.

Hadrien que l'on croise partout, l'ombre d'Italo Calvino au café Rosati, Bernin qu'on apprend à connaître, le Caravage, Raphaël, Mussolini, le poids de l'Eglise, le rôle du Vatican ... quel délice !

Et les fontaines, et les statues, et les obélisques, chaque instant du piéton de Rome est agrémenté de commentaires qui ne sont pas que des analyses explicatives mais également des opinions, des points de vue, des partis pris.

Bravo (au sens italien du terme) et merci pour ces moments partagés.

 

 

 

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26 juillet 2016

Yves Gaudin : "Trop tard pour mourir"

Yves GAUDIN : "Trop tard pour mourir"

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Trop tard pour mourir. Quand on a commencé à fuir, c'est sans fin. C'est la fuite en avant. Partir. Repartir. Recommencer. Vouloir tout effacer.

Coincé dans le container de son déménagement, le voici dans le noir, bercé par la houle, redécouvrant les objets familiers et les souvenirs.

Et quels souvenirs ! Quelle vie ! Que de trépidations !

Et les souvenirs qui reviennent, alors que l'esprit s'en va, et le récit qui passe du tendre au brutal, de l'amoureux au meurtrier en fuite.

Avec une maîtrise du style et du langage, l'auteur nous emmène dans la vie d'un homme simple. D'un type ordinaire qui vit sa vie comme une fugue.

 

 

 

 

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17 juin 2016

Philippe Claudel : "L'arbre du pays Toraja"

Philippe CLAUDEL : "L'arbre du pays Toraja"

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Quelle déception que cette lecture !

Pourtant je partais avec un a priori positif tant mes précédentes lectures (Les âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh, Le rapport de Brodeck) m'avaient enthousiasmé. Mais là, je n'ai pas compris.

L'arbre du pays Toraja est utilisé comme une sépulture pour le corps des enfants dans une île d'Indonésie, il l'enveloppe, l'enferme, et peu à peu les deux se fondent. A partir de ce fait et sous prétexte d'un roman qui met en scène un cinéaste dans le passage entre la jeunesse et la vieillesse (entre la cinquantaine et la soixantaine) l'auteur nous emmène dans une suite de réflexions sur la vie, la mort, la jeunesse, la vieillesse, la santé, la maladie, l'amour, la distance ... .

Bien sûr le fond du texte est intéressant et pousse le lecteur à la réflexion, au questionnement intime, à la réinterrogation des convictions profondes, mais la conduite de la narration et la mise en scène, en quelque sorte, ne m'ont pas semblé pas à la hauteur.

Dommage. Je suis passé complètement à côté de cette histoire, de ce texte, de ce roman.

 

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09 mai 2016

Gaëlle Josse : "Noces de neige"

Gaëlle JOSSE : "Noces de neige"

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La Russie, Nice et entre les deux : le train. Le train et plus de cent ans entre ces deux voyages. L'un dans un sens, à la fin du XIXème siècle, où une famille aristocratique remonte en Russie après avoir passé l'hiver sur la Riviera ; l'autre dans l'autre sens au début du XXIème siècle, dans l'espoir de trouver le bonheur et l'amour sur la Baie des Anges ...

Deux femmes. Deux vies. Deux siècles. Deux mondes.

Le voyage est long, il dure plusieurs jours et plusieurs nuits. On a le temps de rêver, de penser à l'homme qui attend, à celui qu'on espère, celui qu'on va retrouver tout au bout du voyage, sur le quai, pour la vie. Mais c'est bien pendant le voyage, pendant ce temps de vacuité entre deux lieux, entre deux temps, que les destins vont se dénouer.

Sautant de l'une à l'autre, Gaëlle Josse nous entraîne dans l'âme russe, dans ce petit rien de mélancolie, de fragilité, de sensualité que portent ces deux femmes. Un texte court et sensible, alliant la poésie au drâme et l'amour aux désillusions.

 

 

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16 avril 2016

Jean Echenoz : "Envoyée spéciale"

Jean ECHENOZ : "Envoyée spéciale"

Envoyée spéciale

Alors là c'est du grand Echenoz, dans la veine de Cherokee mais en plus abouti, en plus dynamique, en plus cinglant.

Un roman d'espionnage avec les ingrédients du genre, le tout passé à la moulinette de l'absurde, de l'humour, de la noirceur joyeuse, de l'enthousiasme pitoyable.

Mais pourquoi Constance, oisive par nature, se laisse t-elle embarquée dans cette aventure ? Comme si les évènements n'avaient que peu de prises sur elle, enlevée, séquestrée, éduquée, envoyée en mission, elle côtoiera, consciemment ou non, tous les types qui jalonnent cette histoire, de Paris à PyongYang en passant par la Creuse ...

Et le narrateur, fort de son omniscience, qui se permet d'intervenir dans le déroulé ! On croit rêver ! Et tout ça pour le service de la patrie, comme un maillon angulaire du fragile équilibre des relations internationales contemporaines. Mais à vrai dire qu'importe l'intrigue pourvu qu'on ait l'ivresse.

On jubile, on rit, on s'exaspère, on redoute le pire parfois, et on avale ces trois cents pages d'un coup, d'un trait, comme un petit blanc sec bien frais au comptoir d'un zinc, à Paname ou au sud d'Aubusson.

Une vraie réussite littéraire. Bravo.

 

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28 novembre 2015

Boualem Sansal : "2084- La fin du monde"

Boualem SANSAL "2084 - La fin du monde"

2084

Le magazine "Lire" vient de classer ce roman comme le meilleur de l'année 2015. Eh bien, c'est qu'on doit pas avoir la même approche.

Le sens profond de ce roman dystopique qui rappelle par son titre le célébressime "1984" de George Orwell, est certainement très clair, mais la narration ne suit pas. On peine à entrer dans l'histoire, l'installation est lente, puis on commence à être emporté par le récit et là patatras, la fin nous embrouille plus qu'elle nous éclaire.

Dans l'Abistan la société est basée sur l'ignorance, pas de fioritures, pas de culture, même presque plus de langue. On vénère Yölah et Abi son délégué. L'Abistan est construit sur les ruines d'un monde ancien, à partir d'une extrapolation d'une religion ancienne, disparu progressivement à l'occasion de guerres saintes successives ... Le temps même semble immuable, y'a t-il un avant 2084 ? Y a t-il un après ?

C'est dans ce monde qu'Ati, parti en cure au sanatorium pour soigner une phtisie, va découvrir qu'il existe une frontière. Et qui dit frontière dit existence d'un ailleurs, d'un autre monde ... bouleversant. Dérangeant, même. Peu à peu, le petit cerveau formaté va ouvrir des perspectives jusqu'alors insensées, et la rencontre avec l'archéologue Nas va décupler les interrogations.

Boualem Sansal nous présente une société où le fondamentalisme religieux a pris le pas sur tout et régit la vie de chacun. Pas de place pour l'individu, règles strictes rythmant le quotidien, surveillance constante et diffuse, appareil d'Etat omnipotent, massacre des réfractaires, hiérarchie sociale figée ... Cette société est une dictature, une tyrannie de la pire espèce.

Bref, si te thème est intéressant, le récit ne le met guère en valeur. On aurait pu là avoir un livre fort qui devienne un classique, à l'instar de "La ferme des animaux" d'Orwell ou de "La peste" de Camus, mais le compte n'y est pas. Je n'ai pas réussi à être emporté par le récit et par l'aventure. Dommage.

 

 

 

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