08 avril 2014

Jean Echenoz :"14"

Jean ECHENOZ : "14"

14

Un court roman pour une grande guerre. En une petite centaine de pages, Jean Echenoz nous fait traverser cette période de 4 ans à travers cinq hommes partis au front et une femme restée chez elle.

Ici, pas de grande analyse, on entre de plein pied dans le quotidien, au fil des saisons, de la moiteur d'août au gel de décembre, dans la boue des tranchées, avec les morts, les blessés, les infirmes et les gazés. Et Blanche, qui porte l'enfant de l'un d'entre eux, ici en Vendée, loin du front.

L'auteur, dont l'écriture est parfaitement maîtrisée, porte un regard complètement extérieur. La guerre n'est qu'un objet, le sujet c'est l'homme: Anthime dont le destin sera complètement bouleversé par cet épisode dramatique. Comme toute une génération, comme le pays entier, et tout le continent, et plus largement la fin d'un monde, la charnière d'une ère nouvelle.

La littérature autour de la grande guerre est florissante. Ici on est pas dans une oeuvre majeure (pour ça voir du côté de Dorgelès, Remarque, Cendrars pour les témoins directs) mais dans une fiction qui peut paraître à bien des égards superficielle, mais qui rend bien compte de l'absurdité de ce terrible conflit.

 

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10 février 2014

Amélie Nothomb : "La nostalgie heureuse"

Amélie NOTHOMB : "La nostalgie heureuse"

la nostalgie

"Natsukashii" désigne une forme de nostalgie sans tristesse, soudaine et quasi euphorique.

Amélie Nothomb est envahie par ce sentiment difficilement concevable à l'occasion d'un voyage au Japon. Ce pays qu'elle a quitté toute jeune ("Métaphysique des tubes" et  "Biographie de la faim"), puis où elle a rencontré l'amour ("Ni d'Eve ni d'Adam") enfin où elle a travaillé ("Stupeurs et tremblements").

Ce voyage est l'occasion d'un retour en arrière, de rencontres avec les fantômes du passé, avec des personnages dont les souvenirs sont idéalisés (Nishio-San, Rinri). On est là dans une sorte de journal de bord auto-centré où le personnage principal est la nostalgie. Mais Amélie écrivaine regarde Amélie voyageuse et elle la regarde trop. Plus qu'une mise en abyme, ce sont des notes, une suite de considérations, parfois profondes mais bien souvent superficielles.

Décrire ce sentiment de nostalgie heureuse n'est pas aisé, j'en conviens, mais même en 145 pages, Amélie Nothomb n'y parvient pas. En tant que lecteur j'ai trouvé le récit fade et loin de ce qui fait habituellement la richesse de l'auteure : imagination, humour, regard juste et décapant, scénario ... Un journal de voyage. Sans plus.

natsukashii

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08 juillet 2013

Maylis de Kerangal : "Corniche Kennedy"

Maylis de KERANGAL : "Corniche Kennedy"

 

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Déshérences en bord de mer

Entre la quatre-voies et la mer, serré sous la corniche Kennedy, il existe un petit coin de falaise. Et c'est là que "les petits cons" vont sauter dans la mer. "Les petits cons" ont entre 13 et 16 ans, ils roulent sur des scooters trafiqués, et traînent en bande sur la Plate, ce rocher plat en surplomb de la mer. La corniche Kennedy, c'est aussi le domaine du commissaire Opéra, chargé d'assurer la tranquillité des lieux et de faire respecter scrupuleusement l'interdiction de sauter de cet endroit bien trop dangereux. "Les petits cons" c'est Eddy, Mario et les autres et Suzanne. Leur royaume c'est le défi. Se défier soit même, se défier l'un l'autre, défier l'autorité. 

Maylis de Kerangal met en scène deux mondes qui s'affrontent. Avec son style particulier, percutant, vif, et qui peut heurter le lecteur, elle nous ouvre le monde de ces ados avec leurs doutes et leurs rêves. En parallèle elle dissèque le monde de ce flic avec ses doutes et ses désillusions dans la lutte contre la délinquance, la prostitution, le trafic de drogue. Récits de déshérences. 

Si cette lecture est courte, elle n'est en rien superficielle. Toutefois on a du mal à se laisser émouvoir par ce récit qui donne plus l'impression d'être un exercice de style qu'un véhicule pour faire vibrer les émotions du lecteur. 

corniche

(Corniche Kennedy, Marseille)

 

 

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13 juin 2013

Tatiana de Rosnay : "Le voisin"

Tatiana de ROSNAY : "Le voisin"

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Un voisin comme on n'aimerait pas en avoir.

Colombe exerce la profession de "nègre" pour une maison d'édition. Elle est mariée à Stéphane depuis une dizaine d'année et mère de deux jumeaux. On sent une vie assez aisée sans être opulente. Mais Colombe est-elle heureuse ?

L'emménagement dans un nouvel appartement, plus spacieux, plus confortable, va l'emmener, bien malgré elle à se poser des questions sur sa vie, son travail, son amour, son désir ... Et tout ça par le truchement d'un voisin bien particulier. Ce mystérieux voisin du dessus, qui l'empêche de dormir au son des Rolling Stones. Les nuits de Colombe, en l'absence de Stéphane deviennent un vrai cauchemar. Le manque de sommeil la fera glisser peu à peu sur un pente raide, irrémédiablement.

Mais pourquoi ce voisin qu'elle ne connaît pas s'acharne t-il à ce point sur elle ?

Peu à peu, Colombe prend son destin en main et décide de ne pas se laisser faire. Tout est remis en question. Méthodiquement.

Colombe est-elle prête à en assumer toutes les conséquences ?

Ce thriller psychologique est très bien rythmé et tient le lecteur en haleine.  La pression qui tarde un peu à venir monte crescendo. Dommage quand même que l'on retrouve trop grossièrement les poncifs du genre, des personnages peu fouillés, et une fin quelque peu abrupte. Bref une sensation de "peut mieux faire" se dégage de cette lecture à la fois simple et rapide.

 

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29 mai 2013

Marie-Hélène Lafon : "Les pays"

Marie-Hélène LAFON : "Les pays"

les pays

 

Les années de passage d'un pays à l'autre, de l'Auvergne à Paris, du monde paysan au monde urbain, de Claire, fraîchement bachelière et étudiante en lettres classiques à la Sorbonne. Découpé en trois parties, le roman nous délivre trois épisodes parisiens : quelques jours pendant l'enfance à l'occasion du salon de l'agriculture avec son père, les années d'études et enfin vers la quarantaine lors de la visite annuelle du père.

Avec une certaine distance, une certaine froideur même, l'auteure dissèque cette vie entre deux mondes, cette vie à la charnière entre l'enfance et l'âge adulte, mais également à la charnière entre l'auvergnate qu'elle n'est plus et la parisienne qu'elle n'est pas. Et comme cela se situe à la lisière des années soixante on sent également la charnière entre les temps anciens et les temps modernes. Sans fausse nostalgie, Marie-Hélène Lafon dresse le tableau de cette opposition à travers des portraits singuliers, des petits faits, du quotidien, des rencontres, des questionnements et beaucoup d'émerveillements.

Le récit est simple, assez linéaire et le lecteur est porté par l'histoire. Le style est recherché, le vocabulaire précis voire un peu ampoulé, le rythme pesé, les phrases travaillées, et donc la lecture n'est pas d'un abord toujours aisé. Toutefois l'ensemble reste élégant et agréable.

On retrouve là la thématique de l'ascension sociale chère à Annie Ernaux (notamment dans "La place") mais ici le tout est traité sans aucune violence et avec beaucoup de pudeur. Un peu trop peut-être ?

 

santoire

(paysage du Cantal)

 

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25 mai 2013

Marie Sizun : "Un léger déplacement"

Marie SIZUN : "Un léger déplacement"

Marie-Sizun-Un-léger-déplacement2

Un retour vers le passé qui bouleverse l'avenir. 

Ellen, une française exilée à New-York, se retrouve pour quelques jours à Paris, dans l'appartement de son enfance et de sa jeunesse. Suite au décès de sa belle-mère, elle doit vendre cet appartement dont elle vient d'hériter. Quittant son mari, Norman, et leur librairie pour quelques jours, la voici sur les traces de son passé, de ses souvenirs, du temps où elle s'appelait Hélène. 

Ce voyage dans le passé, cette histoire qui se reconstitue peu à peu, ces morceaux qui se recollent seront-ils de nature à compromettre le présent et surtout à modifier l'avenir ?

Avec finesse et subtilité, Marie Sizun nous conduit dans les méandres de cette enfance et de cette jeunesse, entre un père taciturne, une belle-mère vulgaire, un demi frère caché, une voisine isolée, un premier amour impossible, comme autant de fantômes qui errent dans ces lieux redécouverts, dans cet appartement, dans ce quartier, dans cette vie. Vingt-deux ans ont passé et Ellen regarde dans le miroir avec un léger déplacement de l'angle de sa focale.

Écrit avec beaucoup de sensibilité et de justesse ce roman peut toutefois laisser une certaine frustration, un léger ennui à l'évocation parfois monotone de ces souvenirs. Mais la qualité d'écriture en fait tout de même un bon moment de lecture. 

Pour qui voudrait découvrir Marie Sizun, il vaut mieux s'orienter vers "Le père de la petite" ou "La femme de l'allemand" voire "Jeux croisés" qui permettent de mieux appréhender son talent. 

delft

 

 

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14 avril 2013

Laurent Gaudé : "Le soleil des Scorta"

Laurent GAUDE : "Le soleil des Scorta"

le soleil des Scorta

J'ai découvert Laurent Gaudé sur la recommandation de Araucaria que je remercie pour sa suggestion.

En effet, j'étais à la recherche d'un écrivain francophone contemporain marquant, et avec Laurent Gaudé, je l'ai trouvé. 

Nous sommes ici dans l'Italie du sud, dans les Pouilles exactement à Montepuccio et nous suivons la vie de la famille Scorta de 1875 à nos jours.

Une famille marquée par le malheur, par la sueur et par la destinée de mangeur de soleil, dans ce pays sec et chaud où les travaux agricoles et la pauvreté sont le seul horizon. Pourtant les Scorta, et notamment Rocco, ne s'en contentent pas. Quel récit magnifique que le vie de Rocco.

Puis nous suivons les aventures des enfants de Rocco et de "La Muette", partis tentés leur chance à New-York, puis l'ouverture du tabac et les générations qui se suivent sous le soleil, comme les olives sur les branches des oliviers, précarité de la vie et pérennité de la lignée. Laurent Gaudé nous entraîne dans toutes les épreuves mais aussi dans toutes les joies que partage la famille. En on se prend à rêver du banquet dans la cabane au bord de la mer, toute la famille réunie sous le soleil. Magistral !

Ecrit dans un style ciselé et travaillé la lecture n'en est pas moins aisée et le lecteur transporté. En tout cas sur une bonne partie du roman, car la fin est un peu laborieuse (quand on arrive à la génération d'Elia et de Donato).

Quoi qu'il en soit, c'est un bon roman et Laurent Gaudé est un auteur à découvrir.

 

 

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26 février 2013

Annie Ernaux : "Les années"

Annie ERNAUX : "Les années"

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Annie Ernaux est certainement un écrivain majeur de la littérature française contemporaine. "Les années" représentent un projet littéraire ambitieux qui vient compléter, chapeauter en quelque sorte, ses autres écrits ( "Les armoires vides", "la place", "une femme" ...).

Ici, il s'agit d'une oeuvre biographique qui à partir d'images (photographies ou vidéos) renvoie aux souvenirs à la fois personnels et collectifs. Annie Ernaux replace la mémoire individuelle dans un ensemble de faits collectifs qui ont marqué l'histoire de la France de la Libération à nos jours. Il ne s'agit pas toujours des événements majeurs, mais souvent des petits événements, de faits sociaux, qui ont marqué l'évolution de la société, et surtout qui ont marqué la vie des femmes depuis 60 ans.

Une oeuvre magistrale en quelque sorte. Essentielle, tant le style choisi par l'auteure reste froid et impersonnel, ce qui donne à la dimension collective tout son relief et permet à chacun de replacer son propre vécu dans les événements et les ressentis exprimés.

"Les années" un livre qui donne envie d'approfondir la lecture d'Annie Ernaux.

 

 

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04 décembre 2012

Olivia Rosenthal : "Que font les rennes après Noël ? "

Olivia ROSENTHAL : "Que font les rennes après Noël ? "

Que font les rennes après Noël

Réveillez l'animal qui est en vous ! 

Olivia Rosenthal nous emmène à réfléchir sur notre rapport aux animaux. Et ce roman fort documenté voit s'entrecroiser les points de vue et les approches. Tout comme dans "On est pas là pour disparaître" dans lequel elle traitait de la maladie d'Alzheimer, ici nous partons du désir d'animal domestique pour arriver à l'abattoir et à la boucherie en passant par la faune sauvage, la captivité, le dressage, la protection des espèces ... 

Il y a bien interaction entre l'homme et l'animal mais Olivia Rosenthal va plus loin et ose un parallèle entre l'élevage et l'éducation. Non sans humour et avec un vocabulaire choisi et un style recherché, elle nous conte l'histoire de cette femme (d'abord fillette, puis jeune fille) cette femme qui voulait fuir sa famille, son milieu, son éducation pour suivre les rennes après Noël. 

Evidemment, il ne faut pas s'attendre à un conte de Noël. Ce roman est dur par bien des aspects, mais il reste facile à lire. Une lecture déconcertante et réflexive qui ne laissera pas le lecteur, en bon animal qu'il est, indifférent. 

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En complément de cette lecture, on visionnera : 

 

Rosemary-s-Baby-

 

la_feline_1942,1

 

feline

 

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24 novembre 2012

David Foenkinos : "La délicatesse"

David FOENKINOS : "La délicatesse"

la délicatesse

 

J'avais déjà abordé Foenkinos à travers sa biographie romanesque de Lennon. Mais ici c'est tout à fait autre chose.

Comme ce roman porte bien son nom !

A partir d'une histoire simple et banale l'auteur nous transporte avec verve et jubilation dans l'univers de la délicatesse. La délicatesse d'une relation amoureuse naissante pendant le veuvage.

Et l'on entre dans le monde de Nathalie, femme active et amoureuse, dont le mari François va décéder brutalement. Le monde de Nathalie se clôt alors, et seul le petit milieu de l'entreprise dans laquelle elle travaille lui permet de survivre. Et David Foenkinos de nous brosser un tableau au second degré de ce milieu et des sentiments de chacun, des jalousies, des manipulations, des désirs et des frustrations qui animent chacun.

Finalement, il s'agit d'une histoire romantique et légère, plaisante à lire, émaillée de commentaires divers de l'auteur sous forme de mini chapitres, d'une femme qui peu à peu se laisse emporter dans la folie de l'amour.

 Les lecteurs qui ne cherchent pas un chef d'oeuvre mais qui voudront passer un bon moment de lecture peuvent y aller les yeux fermés.

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