29 mai 2013

Marie-Hélène Lafon : "Les pays"

Marie-Hélène LAFON : "Les pays"

les pays

 

Les années de passage d'un pays à l'autre, de l'Auvergne à Paris, du monde paysan au monde urbain, de Claire, fraîchement bachelière et étudiante en lettres classiques à la Sorbonne. Découpé en trois parties, le roman nous délivre trois épisodes parisiens : quelques jours pendant l'enfance à l'occasion du salon de l'agriculture avec son père, les années d'études et enfin vers la quarantaine lors de la visite annuelle du père.

Avec une certaine distance, une certaine froideur même, l'auteure dissèque cette vie entre deux mondes, cette vie à la charnière entre l'enfance et l'âge adulte, mais également à la charnière entre l'auvergnate qu'elle n'est plus et la parisienne qu'elle n'est pas. Et comme cela se situe à la lisière des années soixante on sent également la charnière entre les temps anciens et les temps modernes. Sans fausse nostalgie, Marie-Hélène Lafon dresse le tableau de cette opposition à travers des portraits singuliers, des petits faits, du quotidien, des rencontres, des questionnements et beaucoup d'émerveillements.

Le récit est simple, assez linéaire et le lecteur est porté par l'histoire. Le style est recherché, le vocabulaire précis voire un peu ampoulé, le rythme pesé, les phrases travaillées, et donc la lecture n'est pas d'un abord toujours aisé. Toutefois l'ensemble reste élégant et agréable.

On retrouve là la thématique de l'ascension sociale chère à Annie Ernaux (notamment dans "La place") mais ici le tout est traité sans aucune violence et avec beaucoup de pudeur. Un peu trop peut-être ?

 

santoire

(paysage du Cantal)

 

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25 mai 2013

Marie Sizun : "Un léger déplacement"

Marie SIZUN : "Un léger déplacement"

Marie-Sizun-Un-léger-déplacement2

Un retour vers le passé qui bouleverse l'avenir. 

Ellen, une française exilée à New-York, se retrouve pour quelques jours à Paris, dans l'appartement de son enfance et de sa jeunesse. Suite au décès de sa belle-mère, elle doit vendre cet appartement dont elle vient d'hériter. Quittant son mari, Norman, et leur librairie pour quelques jours, la voici sur les traces de son passé, de ses souvenirs, du temps où elle s'appelait Hélène. 

Ce voyage dans le passé, cette histoire qui se reconstitue peu à peu, ces morceaux qui se recollent seront-ils de nature à compromettre le présent et surtout à modifier l'avenir ?

Avec finesse et subtilité, Marie Sizun nous conduit dans les méandres de cette enfance et de cette jeunesse, entre un père taciturne, une belle-mère vulgaire, un demi frère caché, une voisine isolée, un premier amour impossible, comme autant de fantômes qui errent dans ces lieux redécouverts, dans cet appartement, dans ce quartier, dans cette vie. Vingt-deux ans ont passé et Ellen regarde dans le miroir avec un léger déplacement de l'angle de sa focale.

Écrit avec beaucoup de sensibilité et de justesse ce roman peut toutefois laisser une certaine frustration, un léger ennui à l'évocation parfois monotone de ces souvenirs. Mais la qualité d'écriture en fait tout de même un bon moment de lecture. 

Pour qui voudrait découvrir Marie Sizun, il vaut mieux s'orienter vers "Le père de la petite" ou "La femme de l'allemand" voire "Jeux croisés" qui permettent de mieux appréhender son talent. 

delft

 

 

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14 avril 2013

Laurent Gaudé : "Le soleil des Scorta"

Laurent GAUDE : "Le soleil des Scorta"

le soleil des Scorta

J'ai découvert Laurent Gaudé sur la recommandation de Araucaria que je remercie pour sa suggestion.

En effet, j'étais à la recherche d'un écrivain francophone contemporain marquant, et avec Laurent Gaudé, je l'ai trouvé. 

Nous sommes ici dans l'Italie du sud, dans les Pouilles exactement à Montepuccio et nous suivons la vie de la famille Scorta de 1875 à nos jours.

Une famille marquée par le malheur, par la sueur et par la destinée de mangeur de soleil, dans ce pays sec et chaud où les travaux agricoles et la pauvreté sont le seul horizon. Pourtant les Scorta, et notamment Rocco, ne s'en contentent pas. Quel récit magnifique que le vie de Rocco.

Puis nous suivons les aventures des enfants de Rocco et de "La Muette", partis tentés leur chance à New-York, puis l'ouverture du tabac et les générations qui se suivent sous le soleil, comme les olives sur les branches des oliviers, précarité de la vie et pérennité de la lignée. Laurent Gaudé nous entraîne dans toutes les épreuves mais aussi dans toutes les joies que partage la famille. En on se prend à rêver du banquet dans la cabane au bord de la mer, toute la famille réunie sous le soleil. Magistral !

Ecrit dans un style ciselé et travaillé la lecture n'en est pas moins aisée et le lecteur transporté. En tout cas sur une bonne partie du roman, car la fin est un peu laborieuse (quand on arrive à la génération d'Elia et de Donato).

Quoi qu'il en soit, c'est un bon roman et Laurent Gaudé est un auteur à découvrir.

 

 

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26 février 2013

Annie Ernaux : "Les années"

Annie ERNAUX : "Les années"

Annie_Ernaux_les_annees_folio

Annie Ernaux est certainement un écrivain majeur de la littérature française contemporaine. "Les années" représentent un projet littéraire ambitieux qui vient compléter, chapeauter en quelque sorte, ses autres écrits ( "Les armoires vides", "la place", "une femme" ...).

Ici, il s'agit d'une oeuvre biographique qui à partir d'images (photographies ou vidéos) renvoie aux souvenirs à la fois personnels et collectifs. Annie Ernaux replace la mémoire individuelle dans un ensemble de faits collectifs qui ont marqué l'histoire de la France de la Libération à nos jours. Il ne s'agit pas toujours des événements majeurs, mais souvent des petits événements, de faits sociaux, qui ont marqué l'évolution de la société, et surtout qui ont marqué la vie des femmes depuis 60 ans.

Une oeuvre magistrale en quelque sorte. Essentielle, tant le style choisi par l'auteure reste froid et impersonnel, ce qui donne à la dimension collective tout son relief et permet à chacun de replacer son propre vécu dans les événements et les ressentis exprimés.

"Les années" un livre qui donne envie d'approfondir la lecture d'Annie Ernaux.

 

 

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04 décembre 2012

Olivia Rosenthal : "Que font les rennes après Noël ? "

Olivia ROSENTHAL : "Que font les rennes après Noël ? "

Que font les rennes après Noël

Réveillez l'animal qui est en vous ! 

Olivia Rosenthal nous emmène à réfléchir sur notre rapport aux animaux. Et ce roman fort documenté voit s'entrecroiser les points de vue et les approches. Tout comme dans "On est pas là pour disparaître" dans lequel elle traitait de la maladie d'Alzheimer, ici nous partons du désir d'animal domestique pour arriver à l'abattoir et à la boucherie en passant par la faune sauvage, la captivité, le dressage, la protection des espèces ... 

Il y a bien interaction entre l'homme et l'animal mais Olivia Rosenthal va plus loin et ose un parallèle entre l'élevage et l'éducation. Non sans humour et avec un vocabulaire choisi et un style recherché, elle nous conte l'histoire de cette femme (d'abord fillette, puis jeune fille) cette femme qui voulait fuir sa famille, son milieu, son éducation pour suivre les rennes après Noël. 

Evidemment, il ne faut pas s'attendre à un conte de Noël. Ce roman est dur par bien des aspects, mais il reste facile à lire. Une lecture déconcertante et réflexive qui ne laissera pas le lecteur, en bon animal qu'il est, indifférent. 

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En complément de cette lecture, on visionnera : 

 

Rosemary-s-Baby-

 

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24 novembre 2012

David Foenkinos : "La délicatesse"

David FOENKINOS : "La délicatesse"

la délicatesse

 

J'avais déjà abordé Foenkinos à travers sa biographie romanesque de Lennon. Mais ici c'est tout à fait autre chose.

Comme ce roman porte bien son nom !

A partir d'une histoire simple et banale l'auteur nous transporte avec verve et jubilation dans l'univers de la délicatesse. La délicatesse d'une relation amoureuse naissante pendant le veuvage.

Et l'on entre dans le monde de Nathalie, femme active et amoureuse, dont le mari François va décéder brutalement. Le monde de Nathalie se clôt alors, et seul le petit milieu de l'entreprise dans laquelle elle travaille lui permet de survivre. Et David Foenkinos de nous brosser un tableau au second degré de ce milieu et des sentiments de chacun, des jalousies, des manipulations, des désirs et des frustrations qui animent chacun.

Finalement, il s'agit d'une histoire romantique et légère, plaisante à lire, émaillée de commentaires divers de l'auteur sous forme de mini chapitres, d'une femme qui peu à peu se laisse emporter dans la folie de l'amour.

 Les lecteurs qui ne cherchent pas un chef d'oeuvre mais qui voudront passer un bon moment de lecture peuvent y aller les yeux fermés.

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22 octobre 2012

Marie Neuser : "Un petit jouet mécanique"

Marie NEUSER : "Un petit jouet mécanique"

jouet Neuser

Un bon samedi bien pluvieux et un livre reçu dans le cadre de l'opréation "Masse critique" de Babélio, voilà les deux motivations qui m'ont poussé à ouvrir ce livre.

Et bien, aucun regret à la fin de la journée.

Nous sommes en Corse et Anna revient dans la maison où, avec ses parents elle passait les mois d'été de son enfance. En ouvrant le placard, elle retrouve un petit jouet mécanique qui déclenchera en elle les souvenirs précis de cet été particulier. Elle se souvient du temps où à 16 ans elle était la fille d'Acquargento, celle qui s'ennuyait ferme dans cette masure isolée dans les années 80. Celle qui rêvait d'école de design à New York, de rock, d'une vie trépidante. Celle qui, incomprise de tous, avait tout perçu alors que les autres ne l'écoutaient pas. Jusqu'à ce que le drame se produise.

Pendant cet été là, c'est l'arrivée de sa soeur, Hélène, et de sa fille, Léa, qui va perturber l'ordre immuable entre plage, travaux de jardin, murets de pierres sèches et repas sur la terrasse.

Marie Neuser nous plonge avec justesse et humour dans la peau de cette adolescente. Et c'est à travers ses réflexions que nous découvrons peu à peu les rapports entre les différents membres de la famille, dans ce cercle presque fermé, où la seule ouverture sur le monde est la plage avec ses naïades et ses bellâtres.

Avec talent, l'auteure nous brosse là un portrait attachant et sensible d'une adolescente, avec toutes ses contradictions entre réalité et illusions. Un bon moment de lecture.

Merci aux Editions L'Ecailler pour cet envoi.

 

cap_corse_et_son_littoral

 

 

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01 octobre 2012

Leonor de Recondo : "Rêves oubliés"

Leonor de RECONDO : "Rêves oubliés"

 

rêves oubliés


Une sensibilité d'écriture pour nous conter cette famille basque d'Espagne en exil pendant la guerre. Quittant Aranjuez pour Irun, puis Irun pour Hendaye, puis Hendaye pour vivre dans une ferme des Landes. Peu importe les conditions, l'important c'est d'être ensemble. Unis. Une famille de républicains pourchassée par le franquisme. 

Aïta, Ama, leurs trois enfants, les deux parents et les deux frères d'Ama, activistes politiques qui seront internés un moment au camps de Gurs, forment cette famille. 

Et Ama (la mère) qui note au fil du temps ses sentiments, ses ressentis, sur un petit carnet. Ama qui voit chaque étape de cet exil comme un nouveau renoncement veut maintenir coûte que coûte la cohésion de la famille. Avec en ligne de mire, le secret espoir du retour au pays ...

Avec une économie de mots, Leonor de Recondo arrive à nous transporter dans le quotidien de cette famille et dans l'intimité des sentiments de cette femme qui aime. Et qui aime, par dessus tout son Aïta. 

Le contexte politique et certains personnages ne sont que survolés, ce qui amoindri l'intérêt de ce livre qui n'en reste pas moins un bon roman. 

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21 août 2012

Marie Sizun : "La femme de l'Allemand"

Marie SIZUN :"La femme de l'Allemand"

 

la femme de l'allemand

Dans le droite ligne de "Le père de la petite" ce roman est tout aussi bouleversant.

Marion est une enfant qui grandit à Paris dans l'immédiat après guerre. Marion qui partage sa vie avec sa mère folle, sa mère maniaco-dépressive, cette mère, qui malgré la honte, est l'objet de piété.

Par le biais d'un style narratif particulier dû à l'utilisation de la deuxième personne du singulier, Marie Sizun nous fait vivre toutes les émotions de cette jeune fille, de l'enfance à l'adolescence. Et nous voilà plongés dans ce couple mère-fille, dans cette relation à la fois simple et compliquée. Marion cherchera son salut à travers l'image de son père, l'Allemand, celui dont elle ne connait pas le nom et dont l'absence emplit ses vides.

Et si cette absence était la source de leurs maux ?

Une magnifique histoire, très bien racontée. Un livre touchant et profond.

 

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15 juillet 2012

Marie Sizun : "Plage"

MARIE SIZUN : "PLAGE"

plage

Les lecteurs de ce blog savent maintenant que j'apprécie Marie Sizun, découverte avec "Le père de la petite", puis "Eclats d'enfance" et enfin un gros coup de coeur pour "Jeux croisés".

Marie Sizun est un écrivain de l'intime, de l'âme profonde, des sentiments, des contradictions et des doutes. "Plage" reste dans la lignée.

Ici, c'est la solitude qui est mise en avant. La solitude accompagnée de l'attente, de l'espoir et de l'amour.

Anne, une jeune femme passe une semaine de vacances en Bretagne dans un hôtel au bord de la plage. Nous sommes dimanche, et samedi prochain l'homme aimé arrivera. Cet homme qui n'est pas son mari, qui est le mari d'une autre, mais qui la rejoindra.

Anne passe ses journées sur la plage à observer, à réfléchir, à attendre, à inventer des histoires, à s'inventer une histoire.

Les jours passent, la longue attente s'installe. Avec un certain humour nous vivons au rythme des vacances d'été au bord de la mer.

Même si en apparence il ne se passe rien, on suit à partir des réflexions d'Anne, l'évolution de sa pensée, son vécu familial d'enfant et son approche de cette relation amoureuse particulière, presque irréelle.

Marie Sizun, avec son style toujours soigné et tout en nuance, nous dresse là, avec pudeur et délicatesse, le portrait d'une femme moderne. L'unité de temps et de lieu apportent une vivacité à ce roman qui donne envie de séjourner en Bretagne quelques temps, au bord de cette plage si propice à la réflexion.

plage torche

 

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