27 juin 2017

Hédi Kaddour : "Les prépondérants"

Hédi KADDOUR : "Les prépondérants"

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"Les prépondérants" c'est le nom d'un club dans l'Afrique du Nord coloniale, fort de ces certitudes de suprématie, de civilisation et de culture. A Nahbès, ville imaginaire d'un territoire sous protectorat, vit une population composite d'indigènes, arabes,  d'européens, colons français mais également italiens et espagnols et de juifs. Cette population se mélange peu ce qui garantit la stabilité de l'édifice. Et pourtant dans cette Afrique du Nord des années 1920, la certitude de l'organisation coloniale sera ébranlée.

"Les prépondérants" c'est le roman de cette fissure, de cette déchirure vue à travers quelques personnages forts, Rania, Si Ahmed, Ganthier, Gabrielle, Kathryn et surtout Raouf.

Hédi Kaddour allume l'étincelle avec l'arrivée d'une équipe de cinéma américaine venue pour le tournage d'un film. Réalisateur, comédiens, techniciens, vont apporter leur vision du monde. Le choc. Et la place des femmes dans ce nouveau monde va ébranler l'édifice séculaire. Trois perceptions s'opposent, celle de la tradition musulmane, celle des colons français et celle d'une nouvelle civilisation conquérante et porteuse d'un message de liberté des peuples depuis la victoire de 1918.

Le monde change et le voyage en Europe, entre la France et l'Allemagne,  nous permet de replacer les événements locaux dans un ensemble plus vaste, fait de vengeance d'un côté et de ressentiment de l'autre. Raouf, le lettré, prend conscience d'une liberté des moeurs et de l'insouciance de la jeunesse porteuse d'un avenir révolutionnaire.

Et le retour au pays, et les soubresauts de la révolte qui gronde, du soulèvement, de l'envie de mettre à bas le système colonial. Mais pour aller où ? Les américains reviennent pour un autre tournage ... et avec eux, dans les bagages, les germes d'une nouvelle colonisation qui s'étendra tout au long du XXème siècle.

C'est un très bon roman, écrit avec beaucoup de soin, très riche, porteur de nombreux thèmes du monde contemporain mais aussi bourré d'anédoctes et de scènes cocasses et drôles. Situé dans un contexte géographique et historique précis, ce texte place néanmoins chaque homme, chaque lecteur aussi, dans un monde complet, global et en perpétuel mouvement.

 

 

 

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19 juin 2017

Cyprien Mycinski : "Via Francigena, traverser l'Italie à pied"

Cyprien MYCINSKI : "Via Francigena - Traverser l'Italie à pied"

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On a tous en tête les milliers de récits de randonneurs, cheminant sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, cherchant qui la spiritualité, qui la quête personnelle, qui la sérénité ou l'aventure ...

Ici, on sort des sentiers battus. Cyprien Mycinski nous emmène, de son pas lent et serin à travers l'Italie, que l'on traverse du nord-ouest au sud-est. La Via Francigena est une voie tracée depuis le plus haut moyen âge et qui emprunte parfois des voies romaines, qui serpente dans toute l'Europe du nord au sud pour conduire les pèlerins vers Rome et l'Orient (via les ports de l'Italie adriatique).

On part des Alpes, la rudesse de la Vallée d'Aoste, la monotonie de la plaine du Pô, la beauté éblouissante de la Toscane, le souffle de l'histoire des hommes dans le Latium, la traversée des Appenins, le soleil écrasant des Pouilles et l'arrivée sur l'Adriatique. C'est long mais c'est varié.

Le récit également est varié, même s'il peut paraître long et parfois ennuyeux, comme peut l'être l'enchainement des jours de marche solitaire.

Mais au-delà du récit de voyage, l'auteur ne s'attarde pas trop sur les aspects quotidiens de sa traversée pour toujours avoir le soucis de nous faire partager des découvertes et de les replacer dans un contexte culturel, géographique ou historique particulier. On traverse l'Italie certes, mais toute l'Italie. Celle des étrusques, celle des romains, celle des papes, celle de la Renaissance, celle de l'occupation napoléonienne, celle de la lutte pour l'unité, celle de la résistance au fascisme, de l'industrialisation, celle des hommes et des femmes, celle des contrastes, celle que l'on aime.

Merci à Babélio et à Masse Critique pour m'avoir fait découvrir cette expérience qui donne envie de partir, sac au dos à travers cette péninsule si riche de sa diversité.

 

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