07 novembre 2018

François Vallejo : "Hôtel Waldheim"

François VALLEJO : "Hôtel Waldheim"

 

Hotel-Waldheim

A la recherche du temps perdu à Davos sur fond de guerre froide. Comment la mémoire et les souvenirs personnels reviennent et revêtent une nouvelle dimension plus de quarante ans après les faits. Pauvre Jeff qui, en vacances avec sa tante à l'hôtel Waldheim à Davos, va se retrouver, sans s'en rendre compte, au centre d'une intrigue liée à la disparition d'un homme. Un homme qui a fuit l'Allemagne de l'Est et qui est un rouage essentiel dans la fuite d'intellectuels de l'est vers l'ouest.

Cet épisode de vacances adolescentes avait complètement disparu de la surface des souvenirs de Jeff devenu quinquagénaire. Mais disparus ne veut pas dire complètement éteints. Malgré lui, harcelé par la pugnacité de la fille du disparu, des éléments reviennent. Au mois d'Août 1976 à Davos, entre parties d'échecs et de jeu de go, lecture de Thomas Mann et excursion en montagne, on croise des personnages, des vacanciers et le propriétaire de l'hôtel. Tout est affaire de mémoire.

Comment fabrique t-on nos souvenirs ? Doit-on s'en méfier ?

Entre espionnage et introspection, le roman nous entraîne dans une époque, un moment de l'histoire de l'Europe. C'est parfois un peu lourd, embrouillé, comme peuvent l'être les fragments de vie qui remontent à la surface. La lecture peut apparaître fastidieuse, mais le récit est fort habilement agrémenté d'incursions directes de la pensée dans le propos qui rendent le tout somme toute agréable. Peut-être que les connaisseurs de Thomas Mann (La montagne magique), les joueurs d'échecs ou de jeu de go s'y retrouveront plus facilement.

 

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26 octobre 2018

David Diop : "Frère d'âme"

David DIOP : "Frère d'âme"

 

Diop

D'une part ce roman figure dans la liste du Goncourt, et quand son auteur fut invité à "la grande librairie" et le présenta admirablement, il n'en fallut pas plus pour me donner envie de le lire.

Et quel livre ! Roman très court qui a pour contexte, voire pour prétexte, un épisode de la première guerre mondiale, au moment des tranchées, mettant en scène des tirailleurs sénégalais. Ils sont deux notamment, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, partis ensemble du Sénégal, élevés ensemble depuis tout petits, deux plus que frères. Alfa, c'est le grand, le fort, celui que les filles regardent. Mademba est petit et au physique plus ingrat. Quand Mademba meurt, les entrailles ouvertes dans les entrailles de la terre, Alfa va se trouver seul confronté à la folie de la guerre et des massacres.

Lui,le paysan tranquille, va devenir le guerrier sauvage. Le texte alors est dur, violent, sans répit. On suit le cheminement de la pensée d'Alfa, celui qui par la mort de son plus que frère est devenu un autre ..

Envoyé à l'arrière pour le préserver de la folie, il reviendra peu à peu sur son passé africain, l'enfance, la jeunesse, l'amour, l'amitié ....

Un grand roman malgré la dureté de certaines scènes, qui entraîne le lecteur dans la profondeur de cette âme africaine, déracinée de tout sur ce champs de bataille. C'est bien que d'un déracinement dont il s'agit ici, et la fin est magistrale.

Un coup de coeur de cette année 2018.

 

 

 

 

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20 octobre 2018

Sophie Divry : "Trois fois la fin du monde"

Sophie DIVRY : "Trois fois la fin du monde"

Divry

Roman reçu dans le cadre des #MRL18 de Rakuten.

Joseph Kamal est en prison. Et puis par un événement extérieur fortuit, il se retrouve seul. C'est Robinson dans le Quercy. Tout comme Robinson,notamment celui de Tournier, il va peu à peu dresser son monde, ordonner sa vie, s'imposer le travail, vaincre la nature. Lui,  l'ex taulard, le rebelle, le marginal ... le voilà prisonnier de son propre esprit pour ne pas sombrer ...

Roman en trois parties, dont la première, dure, est vive, sans répit, sur le qui-vive. On ferme pas l'oeil. C'est tendu. Et puis, peu à peu, le rythme baisse, tout devient lent. On entre dans un environnement hostile.Dès qu'on quitte le monde habité, le moindre fait devient important, le moindre bruit une menace. 

Avec une qualité littéraire indéniable, Sophie Divry nous fait partager les grandes angoisses mais aussi les petites joies de cet homme perdu. Une réécriture originale du célèbre mythe, où l'on croise aussi des références à La route de Cormac Mc Carthy et au petit Prince de St Exupéry.

Vous l'aurez compris, ça ne respire pas la joie de vivre, mais le titre déjà était annonciateur.

 

 

 

 

 

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17 septembre 2018

Marin Ledun : "Au fer rouge"

Marin LEDUN : "Au fer rouge"

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Ça faisait un moment que je voyais le nom de Marin Ledun, sur les réseaux de lecteurs ou bien dans toutes les librairies sans jamais avoir encore pris le temps de m'y plonger. Il avait suscité ma curiosité avec des polars dont l'action prend place au Pays basque, en lien avec les mouvements politico-révolutionnaires locaux. C'est chose faite.

"Au fer rouge" mêle à la fois le banditisme, le trafic de drogue, les affaires immobilières, les luttes écolo-indépendantistes et les flics pourris.

C'est bien mené et bien documenté. Nous sommes dans un polar choral où l'intérêt de chacun est clairement exprimé, toutes les contradictions savamment mises à jour, toutes les embrouilles finement distillées. On navigue dans un monde parallèle pour qui à l'habitude de vivre ou de se promener au Pays Basque, ici on est loin des cartes postales, des tissus rayés et du fromage de brebis.

Le décor est le même, mais l'ambiance est différente. Ici tout le monde est méchant, compromis, corrompu, sans autre de foi que l'argent, le bénéfice personnel ... alors l'intérêt général d'une paix retrouvée, ça intéresse qui ? A moins que de la paix ne naissent des bonnes affaires ? Mais il n'y aura pas que des gagnants dans cette perspective ... chacun essaie de tirer son épingle du jeu, et tant pis pour les autres.

Un roman sombre, au rythme élevé, sans aucun temps mort, qui entraîne le lecteur dans le coeur d'un système qu'on espère quand même issu de l'imagination de l'auteur.

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05 septembre 2018

Cécile Coulon : "Trois saisons d'orage"

Cécile COULON : "Trois saisons d'orage"

Trois saisons d'orage

Les saisons d'orage sont annonciatrices de drame. Ici le drame s'étend sur trois générations, c'est dire s'il est profond. Et pourtant ...

Ça commence comme du Giono, la vie du village à travers celle de son médecin de campagne qui arrive de la ville. L'essor du village est fulgurant, dû à l'acharnement de quelques entrepreneurs dans l'exploitation de carrières de pierre blanche. Un village reculé pourtant, où les gens ne viennent pas s'installer. La communauté villageoise vit dans un entre-soi que la venue du médecin va perturber, bien malgré lui.

Existe t-il une force, telle celle de l'orage, capable de ravager un équilibre qui semble inébranlable ?

Le développement de l'activité va engendrer de nouveaux besoins, de nouveaux habitants vont s'installer, les promoteurs immobiliers vont lorgner sur cet espace au décor époustouflant ... la génération suivante va t-elle savoir préserver l'esprit du village ? Et cet esprit est-il compatible avec l'amour qui peut attirer deux êtres différents, l'un de la ville, l'autre du village ?  La troisième génération va-t-elle unifier tous les contraires, toutes les aspirations ? L'orage sera t-il à la fin le plus fort ?

Avec son écriture qui donne du corps aux personnages, aux lieux et aux situations, Cécile Coulon nous transporte dans une atmosphère intemporelle et universelle, dans un roman multiple où les les petits faits peuvent avoir des conséquences décuplées par la relative réclusion des protagonistes.

 

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09 juillet 2018

Cécile Coulon : "Le roi n'a pas sommeil"

Cécile COULON : "Le roi n'a pas sommeil"

 

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Il y a de la nouvelle américaine dans ce court roman. D'abord sans jamais le dire explicitement, l'action se situe dans une petite ville américaine où l'on y retrouve les références, les noms, les grands espaces et les symboles. Et puis il y a l'ambiance. Et surtout il y a les personnages.

C'est sombre à souhait, c'est rempli de silences, de non-dits. C'est fait d'une vie de sueur et de larmes sans jamais ployer dans le misérabilisme.

C'est Thomas Hogan, l'homme qui se cherche entre son père William et sa mère Mary. Cet enfant doué et sportif que le destin va conduire en dehors du chemin tout tracé qui se profile devant lui. Dès le début le ton est donné, le roman commence par son arrestation par la police.

Et alors, au fil d'une écriture fine et évocatrice, le lecteur est emmené dans les méandres tortueux de son esprit. A travers les relations entre les personnages se dessine cet environnement, qui fait une place particulière à la filiation, ce poids social, celui qui ne dort jamais, comme la conscience du criminel.

 

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01 juillet 2018

Joël Dicker : "La disparition de Stépanie Mailer"

Joël Dicker : "La disparition de Stéphanie Mailer"

 

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A Orphea, dans les Hamptons, Etat de New-York, il y a chaque été un festival de théâtre. Le premier eût lieu en 1994. Le jour de la première, au moment de l'ouveture officielle, un quadruple meurtre est commis non loin de là ... Vingt-ans plus tard, l'enquête est de nouveau ouverte suite à la disparition de Stéphanie Mailer qui apparemment avait trouvé des éléments permettant de remettre en cause les conclusions de l'époque. Oui mais quoi ?

Et du théâtre il y en a dans ce polar. Bien sûr par le festival en lui-même, fil conducteur du roman, mais aussi par tous les personnages dont les rôles ne sont pas aussi clairs qu'il y paraît. On navigue dans les décennies, dans les souvenirs, dans les éléments factuels qui prennent une toute autre dimension à l'aune d'un nouvel éclairage.

L'auteur nous trimballe, multipliant les personnages, naviguant dans la chronologie, révélant  des faits qui finalement embrouilleront les pistes. C'est maîtrisé. Le style permet une lecture fluide, même si elle est parfois un peu longue.

Mais c'est vraiment dans les personnages et leurs liens que réside l'intérêt de cette lecture. Des liens qui se tissent,des liens qui les unissent parfois secrètement et qui se dévoilent. Des  personnages qui cachent quelque chose, un ressentiment, une frustration, un désir de gloire et qui cherchent une vengeance, une reconnaissance, la lumière ... Cette disparition va leur permettre à tous de se révéler et d'apporter la lumière sur cette bien triste affaire de juillet 1994.

 

 

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18 avril 2018

Marie Sizun : "La gouvernante suédoise"

Marie SIZUN : "La gouvernante suédoise"

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Cela faisait des années que je n'avais lu Marie Sizun dont la prose jadis m'enchantât (Le père de la petite, Jeux croisés, La femme de l'allemand ...). Et bien la retrouvaille fut convaincante.

A partir de bribes de récits familiaux, de généalogie, de photos, de noms gravés sur une tombe, l'auteure, brode, tisse une toile, bouche des vides et fait revivre cette branche "de Meudon", cette famille de Léonard Sézeneau, exilé en Suéde alors qu'il était jeune.

La famille de Léonard, c'est sa femme Hulda, ses enfants et la gouvernante Livia. On voit peu à peu le groupe prendre forme, Léonard jeune homme lettré qui séduit la fille de bonne famille, l'amour grandissant, les enfants qui naissent et une gouvernante est alors embauchée.

L'équilibre semble trouvé entre un père de famille converti dans les affaires, Hulda restée encore une enfant bien que mère et Livia qui prend discrètement en main la maîtrise de la maison. Ce triangle semble en équilibre parfait dans cette maison bourgeoise de Stockholm. Mais le revers de fortune de Léonard et l'installation à Meudon va sonner le glas de ce bonheur.

Sans tomber jamais dans la facilité du trio amoureux, ni des amours ancillaires classiques, l'auteure nous fait partager toutes les ambiguïtés des sentiments, des attirances, de l'attachement, du jeu de pouvoir des uns sur les autres. A travers le quotidien des deux femmes, des deux amies qu'elles deviennent peu à peu à la faveur des très nombreux déplacements du maître de maison, c'est aussi toute une société bourgeoise de la fin du XIXème siècle qui est dépeinte. Toute une ambiance, une atmosphère, magistralement servie par l'élégance du style, par une exigence, par une fausse simplicité d'écriture qui donne à ce texte triste voire douloureux un éclat d'une particulière beauté.

 

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04 mars 2018

Sorj Chalandon : "Le jour d'avant"

Sorj CHALANDON : "Le jour d'avant"

 

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Le grisou n'est pas une fatalité. Et pourtant le 27 décembre 1974 dans la fosse de St Amé, c'est lui qui va tuer 42 mineurs. Les mineurs du Nord, laborieux et silencieux, aristocrates du prolétariat ouvrier, savent que la mine va la dévorer. Tôt ou tard, et bien au-delà de la fatalité du grisou, ils seront mangés, usés, silicosés, rompus, détruits.

Alors, pourquoi, 40 ans plus tard, Michel, dont le frère Joseph a été victime de la catastrophe, remue t-il tout ce passé ?  Cherche-t-il à venger son frère, et à travers lui toutes les victimes ? Cherche-t-il à comprendre ? A exorciser le mal ? A se reconstruire, lui qui n'a connu la catastrophe qu'indirectement, lui, fils de paysans, lui qui ne voulait pas travailler la terre mais qui se destinait à rejoindre la troupe noire des abatteurs et des boiseurs par 600 mètres de fond ?

Sorj Chalandon, dans ce roman remarquable, nous conduit, à travers les arcanes tortueuses de l'esprit de Michel, dans cet univers où se mêlent les souffrances silencieuses, le devoir accompli et la fierté, revenant peu à peu sur les évènements du jour d'avant, c'est à dire du 26 décembre. Qui mystifie qui dans cette histoire ? On découvre au fil du récit la réalité des évènements. Mais de quelle réalité s'agit-il ? Celle de Michel ou celle de l'imaginaire collectif construit à partir d'images issues de "Germinal" ?

Le lecteur se laisse emporter, berner même, par le brio de la construction. Bravo !

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07 février 2018

Florent Oiseau : "Paris-Venise"

Florent OISEAU : "Paris-Venise"

 

Paris venise

Quand Masse Critique a proposé ce roman, mon sang n'a fait qu'un tour dans mon cerveau, car, il y a un an, pour aller à Venise, j'ai voyagé dans ce train. Et quel train !

Il était donc facile à la lecture de bien entrer dans l'ambiance, dans l'attente au départ gare de Lyon à cause du retard, dans le froid des compartiments, les passeports donnés, les couchettes tout sauf confortables, les autres voyageurs, la promiscuité, le bruit ... bref, un beau voyage. Et tout ça pour une arrivée à Venise, sous la lumière du matin, qui donne une vision féerique de la Cité pour qui y pénètre pour la première fois.

Ici, c'est Roman que l'on suit, couchettiste dans l'équipe de nuit. C'est donc l'envers du décor qui est montré.

Roman qui galère dans sa vie, en banlieue, en perpétuelle difficulté financière, voit ce travail ingrat et pas bien payé comme une planche de salut. Il s'y jette à fond. Consciencieux, rigoureux, scrupuleux. Mais ce train, c'est pas l'Orient-Express, surtout dans le sens du retour, et il charrie nombre de voyageurs dont le but n'est pas le tourisme. D'ailleurs les voitures du fond sont surnommées "bledard-land", occupées par des migrants plus ou moins en règles et avec plus ou moins de titres de transport qui cherchent à rejoindre Paris depuis Milan.

Paris-Venise, c'est la rencontre des travailleurs pauvres avec des gens encore plus pauvres et toutes les magouilles que sous tendent ces conditions. D'un côté ceux qui cherchent à passer et qui sont près à payer alors qu'ils n'ont rien, et de l'autre ceux qui sont près à tout accepter pour arrondir les fins de mois ... Et bien d'autres qui profitent de la nuit pour dérober les quelques valeurs des touristes plus fortunés ...

Que faire de ses principes dans ce contexte ? Apparemment nombre de collègues vivent de ces combines. Est-ce aussi le cas de Juliette, dont Roman peu à peu tombe amoureux ?

Ce roman de la vie quotidienne actuelle, plein d'humour et à l'écriture très imagée, donne le sourire. Il évoque l'espoir, et c'est ça qui donne un sens au voyage.

Bonne nuit dans le Paris-Venise !

 

 

 

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