17 octobre 2017

Yannick Haenel : "Tiens ferme ta couronne"

Yannick HAENEL : "Tiens ferme ta couronne"

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On continue avec les livres de la rentrée littéraire 2017, et plus particulièrement avec les élus de la sélection Goncourt.

Difficile de se forger une opinion à la lecture de ce roman. L'idée de départ est celle d'un écrivain qui vient de rédiger un scénario sur la vie d'Herman Melville et qui cherche à le faire produire. Une oeuvre magistrale. Et on suit les tribulations farfelues de cet alcoolique, qui reste des journées entières vautré sur son divan lit à regarder des films de Cimino ou Coppola en buvant force vodka. Ça part comme un roman de John Irving et on est emporté.

Mais rapidement tout s'embrouille. Le texte prend la forme d'une mosaïque, des morceaux viennent se coller les uns aux autres, le dalmatien du voisin, une concierge, un maître d'hôtel, Isabelle Huppert, une Diane chasseresse ... et l'ivresse, la folie ... sans qu'on arrive à bien en comprendre le sens. Du cinéma (et notamment "Les portes du Paradis" qu'il faudra revoir) on glisse dans la mythologie, comme on passe d'Ellis Island à la course poursuite effrénée et nus dans le musée de la Chasse.

Yannick Haenel maîtrise sa narration et le style est recherché, travaillé, mais c'est le tout qui m'a heurté, qui m'a échappé. Comme le sens caché de "Moby Dick" ou de "Voyage au bout de l'enfer" qu'il faut trouver et qui, seul, donne la clé de l'oeuvre. Dommage. Je reste avec cette tiédeur sans avoir été emballé.

 

 

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05 octobre 2017

Kaouther Adimi : "Nos richesses"

Kaouther ADIMI : "Nos richesses"

Nos richesses

"Un homme qui lit en vaut deux" voilà la devise de ce roman qui fait l'éloge de la littérature, du livre, de l'écrit et de la lecture. 

Le point de départ est la fermeture de la librairie "Aux vraies richesses" sise 2 bis rue Hamani, ex rue Charras, à Alger, qu'il convient de vider et de transformer en commerce de beignets, en street food. C'est une librairie qui appartient à son fondateur, Edmond Charlot, idéaliste hyperactif désargenté, mais aussi aux habitants de la rue Hamani, aux habitants d'Alger et de l'Algérie, européens ou indigènes, à la France universelle et finalement à l'humanité toute entière. "Nos richesses" parce que les vraies richesses nous appartiennent, à nous qui avons la chance de savoir lire et de pouvoir en profiter.

Récit multiforme, le roman retrace l'action d'Edmond Charlot dans cette Algérie coloniale, un homme qui va suivre son idéal à travers les époques, des années 30 à la guerre de 39-45 et de l'après guerre à la décolonisation. Il n'aura de cesse de mettre en avant,en prenant tous les risques, des auteurs, des amis, des coups du coeur. Et à travers les carnets, on croise Camus, inévitablement, mais aussi Gide, Giono, Bosco, Vercors etc ... une époque, une génération.

Mais au-delà de l'aventure personnelle de Charlot, c'est toute l'Algérie qui vibre, qui bouillonne et qui va exploser.

Un roman court, certes, dont la lecture est aisée mais qui va en profondeur. Quel talent !

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(La librairie Les Vraies richesses, après qu'elle ait été plastiquée. Photo DR)

 

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23 septembre 2017

Marie Le Gall : "Au bord des grèves"

Marie LE GALL : "Au bord des grèves"

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Les grèves, ce sont quelques galets que a mer découvre à marée basse en Bretagne, sur une presqu'île du Finistère. Elles peuvent servir à déposer le sac et la serviette pour s'adonner aux bains de mer. Elles sont aussi le lieu d'échouage, de navires, mais de biens d'autres choses aussi.

Léna a la cinquantaine. Et apparemment ce passage semble un cap pour beaucoup de femmes (voir mes lectures précédentes) qui ont laissé les illusions et les espoirs dans le passé.

Pour Léna, ici, il s'agira de rencontres, qui a un moment percutent la vie et permettent d'éviter le naufrage.

Le roman est divisé en trois parties, dont la deuxième n'est qu'un interlude entre les deux autres. Dans la première on rencontre Ben, dans la troisième Maria. Ben un jeune américain, bricoleur, rénovateur de vielles demeures, séduisant que Léna aimera. Mais cette rencontre amoureuse suffira t-elle pour combler le vide de l'âme de Léna ?

Et puis Maria, atteinte d'une maladie dont l'issue fatale est proche, et qui permettra à Léna de relativiser, mais qui laisse, par son côté éphémère, un goût amer dans cette amitié sincère qui se construisait.

Bien écrit, certes, ce roman manque quand même de corps, tant il va chercher dans l'introspection. Le registre est un peu triste, un peu gris (d'ailleurs l'illustration de couverture donne le ton) et le tout n'emporte pas vraiment le lecteur, si ce n'est la description attachante de la Bretagne, de ses maisons, des sentiers de bords de mer ...

 

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16 septembre 2017

Marie Redonnet : "La femme au colt 45"

Marie REDONNET : "La femme au colt 45"

 

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Un peu plus de deux heures de train auront suffit pour la lecture de ce roman. A la suite de la répression d'une rébellion dans un pays imaginaire que l'on situe volontiers aux confins de l'Europe de l'est et de l'Asie centrale, Lora s'enfuie laissant mari (emprisonné) et fils (en résistance avec la rébellion). Elle devient clandestine avec pour seul bagage un colt 45 qui lui vient de son père. 

Quelle aventure ! Marie Redonnet, avec des phrases courtes, des chapitres courts, arrive grâce à une puissance évocatrice certaine, à nous faire vibrer avec Lora. Elle connaîtra la menace permanente des hommes, en position de faiblesse s'il n'y avait le fameux colt 45. Mais aussi de belles rencontres.

Forcément la vie change, la conception qu'on en a aussi, la perception du monde alentour évolue, et la personnalité de Lora prend corps dans cette fuite.

Un roman en forme de fable, à l'écriture sans fioritures, qui traite sans pathétique de la situation de ceux qui fuient leur pays, et se retrouvent vite sans rien, dépouillés et à la merci de tous les profiteurs.

 

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01 septembre 2017

Helena Noguerra : "Ciao Amore"

Helena NOGUERRA : "Ciao Amore"

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Je connaissais la chanteuse Helena Noguerra, dont l'excellent album "Azul" m'a longtemps bercé il y a une quinzaine d'années, je connaissais l'actrice Helena Noguerra, dont le rôle dans "Hôtel Normandy" m'avait agréablement surpris, et j'étais donc curieux de découvrir Helena Noguerra l'écrivaine.

Le moins que l'on puisse dire c'est que ce roman ne laisse pas indifférent. Il peut par bien aspect paraître affligeant, consternant même, tant l'indigence du récit est flagrante. Et pourtant, il y a un petit quelque chose, une étincelle, une lueur, un brin de génie qui illumine au loin.

On est là dans un univers façon "Nouvelle vague", une sorte de "Pierrot le fou" avec des prénoms à la Nothomb.

Quelle invraisemblance dans cette histoire d'amour, de non-amour, de désamour ! Peut-on aimer et surtout se faire aimer fortuitement ? Comme ça par le premier homme rencontré, le prochain qui nous parle ? On lui donne dix jours ou c'est la mort.

La tragédie de l'amour, voilà le fond. Vaincre la séparation amoureuse, le deuil en quelque sorte, par le hasard, le fortuit. A cet égard, ce roman m'a rappelé "L'élixir d'amour" d'Eric-Emmanuel Schmitt .

Amateurs de roman d'amour déjanté, allez-y, sinon on peut allégrement passer son chemin, en espérant ne jamais rencontrer une Cléophée.

 

 

 

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17 août 2017

Delphine de Vigan : "D'après une histoire vraie"

Delphine de VIGAN : "D'après une histoire vraie"

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Que dire qui n'est déjà été dit sur ce roman qui a connu à sa sortie et toute l'année suivante un énorme succès. 

On est, en surface, dans un roman sur l'emprise amicale, telle qu'on l'avait vue dans le roman d'Amélie Nothomb "Antéchrista"  ou dans le film "Respire" de Mélanie Laurent. Mais ce texte a de la profondeur et au-delà de cette étrange relation amicale entre Delphine et L. il y a de l'illusion, de l'illusoire, des faux-semblant. Delphine écrit et publie des romans, dont le dernier, nourri de sa vie personnelle, a connu un grand succès. Au delà de l'écriture, la fiction permet- elle la quête de la vérité ? La fiction existe t-elle vraiment ?  Intéresse t-elle le lecteur ?

Si l'auteur se dévoile, se dénude, s'étale, se dissèque, alors pourquoi cela intéresse t-il le lecteur ?  La littérature est-elle devenue une télé réalité ? Le lecteur est-il un un voyeur ? Les personnages ont-ils une vie réelle au-delà de la fiction ?  Peuvent-ils contribuer à la construction de notre propre moi ?

Telles sont les questions qui naîtront de cette relation entre les deux femmes. Et cette relation, en ce qu'elle conduit à une réflexion sur soi, sur l'essence même de son travail et de sa vie, risque de tout foutre en l'air.

Sans être enthousiasmant, ce roman, fort bien écrit au demeurant, entraîne le lecteur dans ses propres illusions face aux lectures en instillant peu à peu une tension qui ne retombe pas.

 

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27 juin 2017

Hédi Kaddour : "Les prépondérants"

Hédi KADDOUR : "Les prépondérants"

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"Les prépondérants" c'est le nom d'un club dans l'Afrique du Nord coloniale, fort de ces certitudes de suprématie, de civilisation et de culture. A Nahbès, ville imaginaire d'un territoire sous protectorat, vit une population composite d'indigènes, arabes,  d'européens, colons français mais également italiens et espagnols et de juifs. Cette population se mélange peu ce qui garantit la stabilité de l'édifice. Et pourtant dans cette Afrique du Nord des années 1920, la certitude de l'organisation coloniale sera ébranlée.

"Les prépondérants" c'est le roman de cette fissure, de cette déchirure vue à travers quelques personnages forts, Rania, Si Ahmed, Ganthier, Gabrielle, Kathryn et surtout Raouf.

Hédi Kaddour allume l'étincelle avec l'arrivée d'une équipe de cinéma américaine venue pour le tournage d'un film. Réalisateur, comédiens, techniciens, vont apporter leur vision du monde. Le choc. Et la place des femmes dans ce nouveau monde va ébranler l'édifice séculaire. Trois perceptions s'opposent, celle de la tradition musulmane, celle des colons français et celle d'une nouvelle civilisation conquérante et porteuse d'un message de liberté des peuples depuis la victoire de 1918.

Le monde change et le voyage en Europe, entre la France et l'Allemagne,  nous permet de replacer les événements locaux dans un ensemble plus vaste, fait de vengeance d'un côté et de ressentiment de l'autre. Raouf, le lettré, prend conscience d'une liberté des moeurs et de l'insouciance de la jeunesse porteuse d'un avenir révolutionnaire.

Et le retour au pays, et les soubresauts de la révolte qui gronde, du soulèvement, de l'envie de mettre à bas le système colonial. Mais pour aller où ? Les américains reviennent pour un autre tournage ... et avec eux, dans les bagages, les germes d'une nouvelle colonisation qui s'étendra tout au long du XXème siècle.

C'est un très bon roman, écrit avec beaucoup de soin, très riche, porteur de nombreux thèmes du monde contemporain mais aussi bourré d'anédoctes et de scènes cocasses et drôles. Situé dans un contexte géographique et historique précis, ce texte place néanmoins chaque homme, chaque lecteur aussi, dans un monde complet, global et en perpétuel mouvement.

 

 

 

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19 mai 2017

Jean Giraud : "Ombres sur Venise"

Jean GIRAUD : "Ombres sur Venise"

 

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Quand on aime Venise, on ne peut qu'être tenté par cette lecture. On entre dans l'intimité de la ville, dans son ambiance, dans son sein loin des sites mondialement connus, du grand canal, de Saint Marc et du Rialto. Et pour cause. Les meurtres horribles qui y sont perpétrés ont toujours lieu dans des endroits peu fréquentés des touristes, le soir en général et touchent des passants isolés. Et tout ceci en plein hiver.  Avec ce polar, l'enquête nous conduit dans les profondeurs de la cité, dans les palais abandonnés, les anciens chantiers navals, des lieux souvent délabrés loin du faste et de l'imaginaire de la Cité des Doges.

Sans être un grand polar, l'auteur nous ballade, non seulement à travers la ville, mais aussi de l'art contemporain à la mythologie. Et tout doucement, alors que l'horreur et la terreur envahissent calle et campi, le récit passe de l'enquête policière au fantastique, à l'imaginaire, à l'extraordinaire.

Et ce n'est donc pas la police et ses méthodes traditionnelles ou scientifiques qui permettront de mettre fin au massacre. Seul un groupe d'hommes hétéroclites, à la fois curieux et ouverts, dont les intelligences sont complémentaires arrivera à comprendre de quoi il s'agit ... Si le lecteur est lui aussi ouvert, il se laissera alors emporté par cette aventure hors du commun malgré une narration parfois déroutante ou maladroite.

 

 

 

 

 

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30 avril 2017

Valérie Zenatti : "Jacob, Jacob"

Valérie ZENATTI : "Jacob, Jacob"

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Constantine 1944, Jacob a tout juste dix neuf ans et le voilà conscrit pour aller libérer la France de l'occupant allemand. Lui, le juif algérien, qui ne rêve que d'amour, de jeunesse, d'insouciance.

Cette Algérie bigarrée où se côtoient des arabes musulmans, des français catholiques et des juifs. Des jeunes qui parfois fréquentent le même lycée. Des jeunes qui se retrouvent à la caserne, puis participent au débarquement en Provence pour libérer un territoire, un pays, qu'ils ne connaissent pas.

Jacob vit à Constantine avec sa famille, des cordonniers, des gens de peu, religieux par tradition plus que par croyance, une famille qui s'entasse dans un petit appartement, une famille où les femmes sont écrasées, condamnées à beaucoup élever les enfants et peu la voix.

Jacob est l'ange de la famille. Rachel, sa mère, le sait bien. Elle qui va le chercher, qui va errer de casernes en casernes à l'affut d'un regard, d'un sourire de son fils. Elle qui va souffrir en silence.

C'est toute une époque et un lieu qui est décrit dans ce court roman. C'est l'Algérie provinciale des années '40, où l'on écoute Cheikh Raymond et Edith Piaf, où le multiculturalisme est naturel sans  qu'on s'en rende compte. C'est aussi l'Algérie qui est en train de changer, celle qui cherche à s'émanciper.

Avec ce roman, à l'écriture fine et ciselée, Valérie Zenatti nous transporte dans un conte familial. C'est fin, c'est pudique, c'est tendre souvent et sans concessions parfois. Une lecture qui donne envie de prolonger la thématique avec "Les prépondérants" d'Hédi Kaddour.

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21 avril 2017

Diane Ducret : "Les indésirables"

Diane DUCRET : "Les indésirables"

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Gurs, je passais devant l'entrée du camp dans les années '80 pour rejoindre la station de ski de La Pierre Saint Martin et je savais vaguement qu'Hannah Arendt y fut interné pendant la seconde guerre mondiale. Mais quant au reste pas grand chose.

Diane Ducret prend comme point de départ la "rafle" du veld'hiv de mai 1940, pendant laquelle les femmes allemandes, citoyennes ressortissants d'un pays en guerre contre la France et potentielles traîtres furent arrêtées et internées de force . Les indésirables.

Elles seront des milliers à rejoindre ce camp construit pour "abriter" des républicains espagnols qui fuient la dictature franquiste. C'est parmi ces indésirables que l'auteure choisit les personnages principaux et nous fait pénétrer dans la vie de ce camp.

A travers les destins de Lise et d'Eva, nous plongeons dans un quotidien misérable et précaire, mais sans jamais tombé dans le sordide. Ces femmes n'acceptent pas la résignation, la destinée fatale. Partageant le camp avec des milliers d'hommes qui y sont depuis une année déjà, elles veulent entretenir l'espoir. Cet espoir va s'incarner autour d'un piano, de quelques chansons, d'un décor peint et de bancs pour accueillir du public. Incroyable ! Il s'agit bien d'un cabaret !

Avec l'aide compréhensive d'un commandant qui a foi en l'humain, elles vont apporter la substantifique vigueur qui permet de supporter l'insupportable, de vaincre l'isolement et la maltraitance, la faim et le froid.

Superbement écrit, émaillé de textes divers, chansons, poèmes, lettres, ce roman est beau. Il donne corps à des personnages attachants, dans des situations compliquées, et les liens qui les unissent sont profonds et sincères.

Une lecture qui non seulement met en lumière un épisode de l'histoire française de la seconde guerre mondiale peu connu mais qui se révèle être un roman qui touche le lecteur en pointant l'irréductible part d'humanité que chacun porte en soi et qu'on appelle la culture.

 

 

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