09 avril 2018

John Irving : "A moi seul bien des personnages"

John IRVING : "A moi seul bien des personnages"

 

Irving

Quel grand roman ! Un roman initiatique s'il en est, un roman sur la découverte de l'identité sexuelle, des erreurs d'aiguillages amoureux, de la différence. Dans le Vermont des années 1960, dans un collège de garçons, comment définir cette attirance amoureuse pour la bibliothécaire aux petits seins mais également la même attirance pour le professeur de théâtre qui n'est autre que le nouveau mari de sa mère ?

William, dit Billy, nous fait traverser cinquante ans d'évolution des moeurs aux États-Unis.

En mêlant théâtre, travestissement, littérature et aventures sexuelles, l'auteur nous raconte ce combat pour la tolérance, pour le respect de la différence, sans jamais tomber dans la facilité caricaturale.

La première partie, l'éducation du jeune William, est absolument magistrale. On entre de plein pied dans les doutes, la construction chaotique de la personnalité, dans les interrogations et les regards sur sa famille, ses congénères, ses expériences. Le récit est maîtrisé, malgré une chronologie chaotique elle aussi, la langue est belle et emporte complètement le lecteur. On est dans l'ambiance. C'est jamais sombre, l'humour guette toujours au coin d'une phrase, c'est épique et cocasse. Un régal.

Puis on entre de plein fouet dans le revers de la médaille : la maladie, l'épidémie, celle qui va décimer plus que toute autre la communauté gay à l'aube des années 1980. Quelle tristesse ! Le ton du roman change alors, mais la qualité littéraire se maintient. La lecture devient plus difficile, la gravité l'emporte sur l'insouciance du début.

Ode à la tolérance, homophobie ordinaire, brimades, quête d'identité, questionnements, finalement à travers quelques personnages shakespeariens c'est toute la palette de la  peinture d'une société en mouvement qui éclate dans les 600 pages de ce roman magnifique.

 

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16 janvier 2018

Joyce Carol Oates : "Bellefleur"

Joyce Carol OATES : "Bellefleur"

 

Bellefleur

Le manoir des Bellefleur, c'est cette demeure familiale qui abrite depuis des générations la famille Bellefleur. La famille qui règne sur ce territoire et qui va traverser le temps, entre fortunes et infortunes, malgré la malédiction qui pèse sur elle.

Établie depuis la fin du XVIIIème siècle dans le territoire du Nord de l'Etat de New-York, au moment où il faut rejeter les anglais et marquer la frontière avec le Canada, sur ce territoire peuplé de tribus indiennes qu'il conviendra également de repousser. Jean-Pierre achètera à bas prix des milliers d'hectares de bois, de marais ... des colonies s'installent, des familles prospèrent, des jalousies naissent.

Aidée par un arbre généalogique placée au début du livre, le lecteur suit le récit de la vie de chacun des membres de cette longue lignée. On est baigné dans cette ambiance si particulière des environs, par le manoir lui-même, par une nature à la féerique et terrifiante, par des ambitions personnelles, par le souci de préserver la famille, par la vengeance qui sous tend le fil du temps.

Joyce Carol Oates ne nous livre pas un récit chronologique. Chaque chapitre nous éclaire sur un aspect, une personne, un moment, un lieu, un lien particulier. Et de façon extrêmement approfondie, creusée, ouvragée, méticuleusement et rigoureusement racontée, l'histoire se met en place. On remonte peu à peu aux origines. Maniant avec brio le mystère voire tangentiellement le fantastique, l'auteure se livre à une dissection précise à la fois des comportements humains (et dans cette famille il y a de la variété entre un tueur en série, un ermite, un scientifique de renom ...) et de l'histoire violente de la construction des États-Unis (guerre d 'indépendance, asservissement des indiens, esclavage et guerre de sécession, guerres mondiales ...).

Lecture exigeante (et l'auteure se plaît à essayer de nous perdre en indiquant rarement des repères temporels, mais aussi par l'utilisation de prénoms qui se retrouvent dans les différents générations) mais captivante pour ce pavé de près de 900 pages dont l'ambiance est souvent violente, malsaine, noire ... comme si la malédiction qui a frappé la première génération se transmettait par les gènes pour aboutir dans une apothéose apocalyptique.

Un très grand roman qui donne envie de continuer le cycle "gothique" de l'auteure ( La légende de Bloodsmore, Les mystères de Winterthurn, Mon coeur mis à nu).

 

 

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29 septembre 2017

George Axelrod : "La température de l'eau"

George AXELROD : "La température de l'eau"

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De l'eau il en est peu question, ici on croise plus souvent de la vodka et du shit, ingurgités à longueur de pages par des prostituées, des starlettes et tout un aréopage de figures plus loufoques les unes que les autres.

Et pourtant tout commence mal. Harvey, écrivain qui enseigne l'écriture dans une école à "best-seller", prépare la lettre qui justifiera son suicide. Une balle dans la peau ? Mais la rencontre d'une de ses élèves va faire dévier sa trajectoire ... pour arriver à Hollywood, dans les usines de la production cinématographique.

Il faut dire que l'auteur, George Axelrod, était scénariste à Hollywood ("7 ans de réflexion", "Diamants sur canapé", (excusez du peu)) et connaît son monde. Ça lui permet d'en tirer tous les travers.

D'un style alerte, maniant la langue, les mots et l'absurde jusqu'au burlesque, il emporte le lecteur dans un tourbillon de cocasseries et d'humour. On rit franchement pour peu qu'on se prenne au jeu.

Écrit en 1971, ce roman vient tout juste de faire l'objet d'une traduction française aux éditions Sonatine.

Merci aussi à Babélio pour ce bon moment de lecture grâce à Masse Critique.

 

 

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15 septembre 2017

Joyce Carol Oates : "Je vous emmène"

Joyce Carol OATES : "Je vous emmène"

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Da la vie étudiante dans le nord des États-Unis dans les années 1960, entre sororités, philosophie, amour et lutte contre la discrimination raciale.

Ce court roman nous plonge dans le quotidien d'une étudiante brillante et d'origine modeste à travers trois faits marquants de sa jeune vie. Tout d'abord, l'installation dans une sororité pour elle qui quitte la ferme familiale, et la construction d'un esprit qui se forge dans la philosophie mais aussi dans la confrontation et dans la remise en question des certitudes. Puis vient le temps de l'amour, du premier amour. Un étudiant brillant, philosophe, un noir. Dans cette Amérique des années '60  au coeur du combat pour les droits civiques, elle deviendra une négrophile au jugement et à la capacité de réflexion altérés par son admiration amoureuse. Enfin, au moment de la mort de son père avec la prise de conscience du lien filial qui les unit.

On rentre dans l'intime, et l'auteure excelle à nous y conduire. Appuyée de réflexions philosophiques issus des auteurs majeurs de la discipline et de réflexions personnelles qui égrènent peu à peu le texte, c'est la fabrication de l'esprit qui est ici mise à nue. Un long processus qui, en nous aidant à briser tous les carcans, au-delà de notre propre histoire et de nos propres obsessions, doit nous conduire à la liberté, à l'infinie liberté.

Il s'agit ici probablement d'un roman particulier dans l'oeuvre magistrale de l'auteure, et le fond autobiographique semble évident et pas seulement par l'époque et les lieux choisis. Joyce Carol Oates a un pouvoir d'analyse, de dissection et de description de la société et des rapports sociaux qui surprend toujours. Absolument remarquable, y compris dans ce roman "autobiographique" qui s'inscrit dans une histoire, dans un contexte.

Une oeuvre singulière, intime, libérée.

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(une des maisons de sororité de l'université de Syracuse, NY)

 

 

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04 août 2017

Don Delillo : "Great Jones street"

Don DELILLO : "Great Jones Street"

 

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C'est pas un livre c'est une ambiance, une sorte de roman rock, genre concept album psychédélique et foutraque. A partir d'une idée de départ intéressante, celle d'une rock star mondiale qui décroche subitement, laissant journalistes, fans et musiciens dans l'inconnu, le traitement est particulier. Malgré quelques bonnes réflexions sur l'art, l'artiste, la vie, le marché de la musique, la création ... Il y a aussi des personnages intéressants, et cela bien au delà du seul héros, Bucky. Mais le tout ne prend pas. C'est quelque peu sinistre, l'écriture est laborieuse (bravo en passant à la traductrice qui fait un travail remarquable) et la lecture aussi.

Pourtant en début de lecture j'ai trouvé cette atmosphère et cet humour décalé vraiment génial, j'ai cru être atteint par un coup de coeur, mais la descente a été difficile et brutale, comme après un shoot d'héro. Dommage.

Que le rock soit avec toi malgré tout. Tiens j'vais aller m'écouter L.A.Woman ....

 

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10 avril 2017

Paula Hawkins : "La fille du train"

Paula HAWKINS : "La fille du train"

fille du train

Si vous êtes névrosée, menteuse, un tantinet voyeur et légèrement portée sur l'alcool, alors ce thriller est pour vous. A force d'aller-retours dans ce train de banlieue on finit par connaître les habitants riverains de la ligne. Surtout ceux qui vivent à proximité de la maison où vous avez vécu cette histoire d'amour qui s'est si mal terminée. On imagine les connaître ... Le jour où on annonce la disparition de Megan, cette femme vue maintes fois sur son balcon, comment ne pas intervenir dans cette histoire alors qu'on a été témoin de faits qui peuvent influencer le cours des recherches ?

Rachel est une perdue, une paumée, une désespérée qui s'accroche à de minuscules petits fils pour que sa vie ne bascule pas complément.

Rachel qui se réfugie dans la boisson jusqu'au point où la mémoire lui joue des tours. Et quels tours !  Car elle se trouvait sur les lieux le soir de la disparition de Megan. Tout s'embrouille.

Tout s'embrouille aussi dans la tête du lecteur qui découvre peu à peu les personnages, leurs interactions, les faits cachés, les petits mensonges, les déformations, les interprétations. Avec rigueur l'auteure nous conduit dans les méandres sombres de ces esprits tous aussi torturés les uns que les autres. Dans cet été londonien, entre canicule et pluie glaciale, le lecteur est balloté, comme dans le train, entre ces maisons voisines où, au-delà des apparences, remontent à la surface des relents d'horreur et de cruauté. Mais tout ceci n'est-il vrai que dans l'esprit de Rachel ?

 

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22 mars 2017

Joyce Carol Oates : "Blonde"

Joyce Carol OATES : "Blonde"

blonde

Au delà de la longueur (plus de 1100 pages) on est là dans le grand roman américain, dans même la veine que Lolita ou que Le choix de Sophie.

Ici on entre dans l'intimité de Norma Jeane Baker, née Mortenson, la femme la plus photographiée du monde, l'icône planétaire, l'actrice qui ne savait pas jouer, la chanteuse qui ne savait pas chanter, la poupée qui entre un jour dans le corps de Marilyn, un corps trop grand pour elle, un corps trop beau, trop désirable, trop sublimé ...

Joyce Carol Oates ne nous livre pas une biographie, c'est bel et bien une oeuvre de fiction, une vie comme un roman. Mais ce roman emprunte aux faits réels, beaucoup, passionnément, à la folie, et nous entraîne dans un tourbillon, de Los Angeles à New-York, de Norma petite fille timide prise dans la folie de sa mère, à Marilyn ivre susurrant un "happy birtday mister president" quelques jours avant de succomber.

C'est sublime, c'est grandiose. C'est toute une époque qui est disséquée, auscultée, passée à travers la focale de l'imaginaire d'un esprit chaotique, psychotropé, halluciné parfois. On traverse cette époque en prenant comme jalons quelques films célèbres, des personnages forts, des rencontres marquantes, des mariages désastreux.

La lecture est exigeante, c'est long, c'est touffu, ç'est rempli de digressions. C'est cru, c'est cruel. S'attaquer à cette lecture demande une disposition d'esprit prête à accueillir toute la tristesse d'un destin torturé à la fois lumineux et spirituellement indigent et à se laisser porter. Comme Marilyn a emporté Norma ...

Poo poo pee doo ...

 

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01 février 2017

Herman Raucher : "Un été 42"

Herman RAUCHER : "Un été 42"

Un été 42

Quel beau roman ! Tout en finesse et en humour. C'est un régal.

Pendant l'été 1942, alors que les hommes sont partis combattre les japonais après l'attaque de Pearl Harbour, restent, sur les lieux de villégiatures, que les femmes et les enfants. Parmi ces derniers, il y a les adolescents de quinze ans et leur poussées de libido. Entre désir de sexe et d'amour, on veut découvrir le corps des filles, leur mystère, le plaisir charnel, la volupté partagée.

Mais en 1942, on n'a pas accès aux films pornos, et l'éducation passe alors par les photos des magasines et les manuels d'anatomie.

Bien sûr il y a les filles du même âge, mais pour Hermie il y a la femme de la maison sur la plage. La beauté incarnée, la sublissime, l'objet du désir, la passion jusqu'à l'obsession.

La femme de la maison de la plage dont le mari est sur le front.

Avec beaucoup d'humour et de tendresse, l'auteur nous dépeint cet épisode particulier de cet été là. L'été des quinze ans. L'été où l'on cherche à perdre son pucelage, entre candeur et naïveté, et où par un concours de circonstances on rencontre l'amour. Le vrai. 

Un coup de coeur. A lire absolument. A lire en écoutant la fabuleuse musique de Michel Legrand qui illustre le film tiré du roman.

Ecouter une version de Bill Evans

 

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(l'affiche du film de 1971)

 

 

 

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13 janvier 2017

Jim Fergus : "La vengeance des mères"

Jim FERGUS : "La vengeance des mères"

 

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Et nous revoilà plonger dans l'Ouest, où nous avions laissé les "mille femmes blanches".

Du point de vue éditorial les deux romans ont une bonne quinzaine d'année de décalage, aussi, qui l'aurait lu à l'époque aurait besoin d'un rafraîchissement avant la lecture du deuxième tome. Toutefois il est à tout à fait possible de considérer ce volume indépendamment du premier.

La forme est identique, il s'agit de carnets, mais ici les auteures sont plurielles. Les récits se croisent, les points de vue alternent, les mêmes faits s'éclairent différemment. Et quels faits ! Cette petite troupe de femmes, un reliquat oublié du programme avorté d'échange de femmes blanches contre des chevaux, va intégrer la tribu Cheyenne au pire moment de son existence. Autant avec May Dodd on a pu s'imprégner de la vie communautaire de la tribu, autant ici il s'agit plus de survivre, de fuir une menace omniprésente, d'angoisses. Et pourtant l'espoir irrigue tout le roman.

L'espoir qui s'incarne par l'arrivée de ces femmes prêtes à donner des enfants aux hommes de la tribu. L'espoir qui s'incarne par la vengeance terrible que subira l'armée américaine, comme un ouragan qui s'abattra sur elle sous la forme d'une horde de femmes préparées au combat, déterminées, invincibles, portées par l'esprit de leurs bébés assassinés. L'espoir que le bien de la vie ancestrale ne peut que vaincre le mal incarné par l'esprit de conquête et de massacres des blancs.

On l'aura donc compris, c'est moins bucolique et plus guerrier, plus brutal. On aborde là des sentiments primaires : la survie, la vengeance, la haine.

C'est vif, c'est fort, et on tremble. Mais on est heureux aussi, on partage des bons moments ensemble, des moments de partage, d'échanges, comme autour des danses le soir près du feu.

Une lecture tout aussi captivante que le premier tome.

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 septembre 2016

Jim Fergus : "Mille femmes blanches"

Jim FERGUS : "Mille femmes blanches"

mille femmes

Toujours plus à l'Ouest, dans la grande prairie, vers les collines noires qui regorgent de richesses naturelles, les américains "caucasiens" arrivés d'Europe aimeraient bien pouvoir s'y installer en paix. Mais voilà, ces terres sont celles de tribus indiennes et la guerre sur la "frontière" fait rage depuis de nombreuses années. Quand on dit "indien" on ne parle pas d'un Peuple unique et solidaire. Il s'agit d'une multitude de groupes, parfois unis par une langue commune, mais souvent rivaux, voire ennemis, qui cohabitent sur ce grand territoire. Parmi ces tribus, il y a les Cheyennes.

Chez ce Peuple, ce sont les femmes qui transmettent l'origine, l'identité en quelque sorte. Pour pacifier la région et permettre au Peuple de perdurer, d'avoir un avenir dans la paix, le chef Little Wolf propose un marché au grand-père blanc, le président Grant. En échange de chevaux de bonne qualité, le grand-père blanc offrira au Peuple mille femmes blanches qui viendront épouser les hommes de la tribu et donner des progénitures qui inscriront l'histoire des deux peuples dans un avenir commun.

Grant accepte, et organise le marché.

C'est comme ça que May Dodd, de Chicago, se retrouve dans cette aventure au printemps 1875.

Elle rédigera des carnets, sorte de journal qui retrace les faits et réflexions. La lecture de ces carnets nous plonge dans un univers hors du commun, les conditions de voyage, les haltes dans les forts de l'armée sur la "frontière", l'arrivée au campement indien, la découverte d'une nouvelle culture, d'un mode de vie, de croyances ... Un choc culturel. Et dans les deux sens. Car les femmes, arrivées en groupe dans le village, vont aussi influencer la vie du groupe. La greffe demande des efforts de chaque côte, mais elle prend. Jusqu'à quand ?

Car une pacification par les générations futures s'inscrit dans le temps long. Les blancs auront-ils la patience de laisser passer les générations ?

A travers ce roman majestueux, Jim Fergus nous plonge dans l'Amérique du XIXè siècle, cette Amérique conquérante, porteuse de valeurs universelles et d'une religion qu'elle cherche à imposer partout comme un gage d'une paix éternelle. Les "indiens" qui ne veulent pas se soumettre doivent vivre dans des réserves ou mourir par les armes. Le sauvage n'est pas compatible avec l'idéal de la civilisation porté par l'homme blanc.

A la fois roman d'aventure, western, roman d'émancipation féminine et de relations interculturelles, il nous questionne sur le fondement des sociétés dites "occidentales" face à l'altérité et sur la violence dans la mise en oeuvre d'un projet politique qui vise à unifier la société. Excellent, poignant, drôle et grave, cette lecture ne laisse pas indifférent.

Il est temps maintenant de lire "La vengeance des mères" qui est présenté comme la suite de cette aventure incroyable.

 

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