01 septembre 2015

Maragret Mazzantini "La mer, le matin"

Margaret MAZZANTINI "La mer, le matin"

 

matin

La mer, ici la Méditerranée, est un espace central, un trait d'union. Entre l'Italie et la Libye c'est une histoire commune, avec ses allers et ses retours. Cette mer nourricière qui irrigue les racines des peuples sur chacune des deux rives.

Nous voici bercés sur une frêle embarcation pleine d'africains qui fuient la guerre, la peur et la famine, pour l'Europe salvatrice. Nous voici transportés dans l'enthousiasme de ses paysans italiens venus cultiver cette terre aride aux abords de Tripoli. Nous voici aussi dans l'espérance d'un monde meilleur pour ces arabes du désert que la révolution du colonel alimentera. De la colonisation impulsée par les fascistes au printemps arabe en passant par le coup d'Etat de 1969, c'est l'histoire de la relation italo-libyenne qui trame ce court roman.

C'est donc bien dans cette histoire chaotique et emmêlée que le destin de ces femmes et enfants prend corps. Des destins déracinés, arrachés. Pour Jamila et Farid ou Angelina et Vito c'est aussi l'espoir ... le monde meilleur est de l'autre côté.

Sans grandes envolées théoriques, l'auteure place le récit du côté de l'intime. Et avec quelle force. On perçoit la grande histoire, la logique implacable des faits à travers les regards, fragmentaires, puérils, mélancoliques et joyeux à la fois.

Un très beau roman sur un pan d'histoire coloniale voisine de la notre.

 

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10 novembre 2013

Italo Calvino :"Le chevalier inexistant"

Italo CALVINO :"Le chevalier inexistant"

chevalier

Troisième volet de la série de contes intitulée "Les ancêtres", nous voici ici au temps de Charlemagne et des guerres continuelles entre les preux chrétiens et les infidèles mahométants. Dans ces temps, Agilulfe, un chevalier, combattait dans une armure blanche, immaculée. Mais dans cette armure, point de chevalier. 

Et pourtant, s'il n'a pas de corps il a un esprit et représente l'ordre et la perfection en toute chose. Mais la guerre est également omniprésente avec tout le chaos ordinaire qu'elle entraîne. C'est un roman chevaleresque, et au détour des pages, on croise des personnages haut en couleur, toujours à la recherche de ce quelque chose qui caractérise l'existence.

Si le texte et d'une écriture très abordable, c'est le sens profond qui est plus difficile à découvrir. L'auteur emporte le lecteur dans ces aventures abracadabrantesques avec humour et poésie, grâce à une construction parfaite et un rythme haletant. 

Si Agilulfe ne connaît pas la fatigue car il n' a pas de corps, le lecteur, lui, ne se lasse pas car il est pur esprit.

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 octobre 2013

Italo Calvino :"Le Baron perché"

Italo CALVINO :"Le Baron perché"

 

9782020551472

Deuxième conte philosophique d'Italo Calvino dans la série "Les ancêtres", "le Baron perché" fourmille d'inventions littéraires et fantastiques.  Côme, alors âgé de douze ans, au cours d'un repas pendant lequel sa famille veut lui faire manger des escargots, décide de se réfugier dans les arbres ... et de n'en plus descendre. C'est le début d'une longue aventure, toute en hauteur, dans les diverses ramures de la région d'Ombreuse en Ligurie, le début d'une construction qui le poussera, par la lecture notamment, à épouser les idées des Lumières contre l'ordre établi, à espérer dans la Révolution, dans l'instauration d'une République Universelle .... Du haut de ses arbres Côme pense le monde différemment. Il aidera les pauvres, les opprimés, les faibles et il connaîtra l'amour. Les livres sont le ressort qui ouvre toutes les portes, qui abat tous les murs.

Avec une très belle écriture, ce texte qui mèle avec maestria la réflexion et l'humour emporte le lecteur dans les délices de la vie sauvage, de l'insoumission, de la révolution. Du grand art.

 

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12 octobre 2013

Italo Calvino : "Le Vicomte pourfendu"

Italo CALVINO : "Le Vicomte pourfendu"

 

vicomte

Premier volet de la trilogie "Nos ancêtres", "Le Vicomte pourfendu" est un conte à la fois extravagant et philosophique.

Médard de Terralba voit son corps coupé en deux dans le sens de la longueur par un boulet de canon lors d'une bataille contre les turcs. Une des deux moitiés a pu être sauvé (ah, la chirurgie en temps de guerre ! ) et rentre au village. Et c'est le mal incarné qui rentre au village, cette moitié de Vicomte dans son manteau noir. Les villageois vont subir sa violence acharnée.

Jusqu'au jour où l'autre moitié du Vicomte apparaît, revenue elle aussi du champs de bataille. Et chaque moitié vit sa vie indépendamment de l'autre. La seconde dispensant le bien et la bonté autour d'elle.

Et là c'est la confrontation entre le bien et le mal. Comme deux facettes de la même personne.

Très bien écrit, ce récit bref (à peine une centaine de pages) met en scène ces deux demi-personnages, dans un décor et une ambiance de conte tout à fait originale et drôle  narré par un gamin (le neveu du Vicomte) de façon naïve et profonde à la fois.

Au-delà du texte, Italo Calvino nous pousse à la réflexion, sur nous même sur  nos comportements. Et même jusqu'à l'absurde : le bien peut il exister sans le mal ?

 

 

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24 juin 2013

Ortensia Visconti : "L'idée fixe"

Ortensia VISCONTI : "L'idée fixe"

 

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Voici un livre que j'ai lu dans le cadre de l'opération "Masse critique" organisée par Babelio. Je remercie les éditions Naïve pour cet envoi.

Quelque soit le lieu de la planète où l'on se trouve, quelle que soit la culture de laquelle on est issu, il est bien un point commun à l'humanité, une préoccupation commune, voire centrale : le sexe.

A partir de villes (Tokyo, Marrakech, Kaboul, Paris, New-York ...) Ortensia Visconti nous dresse une galerie de portraits et de questions qui tournent autour du sexe. A chaque étape, on aborde une question plus particulière : le sexe et l'amour, la reproduction, l'excision, la pornographie, la drogue, l'argent, la mort, l'homosexualité, le désir, le tabou ...

Sans vulgarité aucune et avec beaucoup de sensibilité les questionnements vont bon train. Le sexe est vu ici comme un moteur, quelque chose de freudien, qui pousse toutes nos actions. Le sexe comme le facteur qui explique l'humanité. Le sexe, bestialité s'il en est, qui porte l'homme au delà de la culture, de l'art, de la création et qui transcende et libère. Mais également le sexe qui devient un asservissement, un instrument de domination et d'aliénation. 

En bref, c'est une lecture originale, avec des passages plutôt crus, à la fois poétique et riche en reflexions. Un très bon livre. 

 

Tokyo - Shanghai - Kaboul - Nairobi - Marrakech - Rome - Paris -

Amsterdam - Londres - Barcelone - La Havane - New-York

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05 mai 2013

Francesca Melandri : "Eva dort"

Francesca MELANDRI : "Eva dort"

eva dort

Un roman en forme de fresque historique et de saga familiale dans le Haut Adige / Südtirol entre 1919 et nos jours. Le sud du Tyrol a été donné à l'Italie en 1919 alors que le Traité de Versailles scelle juridiquement la paix de la première guerre mondiale. Mais quid de ces populations allemandes qui se retrouvent du jour au lendemain en territoire italien ? 

Francesca Melandri, au travers du destin de la famille Huber, va nous conter l'aventure de ce territoire alpin, "plus connu pour sa géographie que pour son histoire". 

Eva, la fille de Gerda, traverse toute l'Italie du nord au sud pour se rendre au chevet de Vito, un ancien carabinier en poste au Tyrol du Sud. Pendant ce voyage long de 1397 km elle nous livre ses réflexions. Ces chapitres alternent avec une progression chronologique de la vie familiale et de la vie politique de ceux qui cherchent la reconnaissance de leur identité culturelle. Ce voyage est un double voyage.

C'est une histoire forte que celle de Gerda, fille mère et de la petite Eva, des personnages peints avec tendresse et passion, des caractères à la fois bien trempés et empreints de doute, qui mènent une vie qui ne les épargne pas entre travail "d'esclave" et séparations. Le contexte géopolitique va marquer les familles sur des générations, entre ceux qui rejoindront les rangs nazis à la fin des années 30, ceux qui émigreront vers les terres germaniques du Reich, ceux qui resteront malgré eux, et plus tard, ceux qui se battront violemment et ceux qui chercheront le compromis avec l'Etat italien pour la reconnaissance. Que de péripéties ! 

Francesca Melandri maîtrise son sujet et tient le lecteur en haleine. Elle dépeint une société complexe avec justesse et sans jamais sombrer dans la facilité ou la caricature et les questions des rapports sociaux ne sont pas éludés (poids de la tradition, fille-mère dans les années '60, perception de l'homosexualité ...). C'est fin. Bravo. 

Un très bon roman à lire. Il permet de découvrir une région particulière et une problématique que la France ignore superbement : le combat des minorités ethniques face au rouleau compresseur de la république une et indivisible. 

 

los von Rom

 

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25 avril 2010

Dino Buzzati : Le désert des Tartares

Le désert des Tartares, Dino Buzzati (j'aime les classiques)

le_d_sert_des_tartaresPour la 4ème session du défi "J'aime les classiques", j'ai choisi un roman italien.

Roman le plus célèbre de Dino Buzzati, publié en 1940, "Le désert des Tartares" aborde les thèmes de la fuite du temps, de la mort, de la solitude.
Giovanni Drogo, jeune lieutenant est nommé au fort Bastiani pour surveiller la frontière nord d'où l'ennemi viendra qui le fera héros.
Même s'il ne se passe rien dans ce récit, jamais l'on ne s'ennuie et le charme de l'écriture opère rapidement. La lenteur du temps qui passe, ponctué par de maigres faits militaires, nous conduit dans l'attente, dans l'espoir de voir l'ennemi arriver, au fil des saisons qui défilent inexorablement ... et l'on plonge rapidement dans l'âme profonde du lieutenant, devenu capitaine, puis commandant.

Le désert des Tartares est aussi l'histoire des ambitions perdues, des chances de sa vie que l'on laisse filer, du sacrifice de sa vie pour mourir en héros.

desert_tartares

Si dans le récit les héros prennent conscience du temps qui passe, le lecteur lui ne le voit pas passer.

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