06 octobre 2013

Sofi Oksanen : "Purge"

Sofi OKSANEN : "Purge"

 

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L'Estonie à travers une histoire de femmes

Quel beau roman, qui utilise l'histoire de l'Estonie de 1939 à 1992 pour nous peindre le destin de femmes. L'Estonie, indépendante depuis 1920, et occupée à partir de 1940, par l'Allemagne nazie d'abord puis par la Russie soviétique ensuite jusqu'en 1992. Comment vivre libre dans ce contexte et défendre son identité ? Comment chacun positionne sa vie quotidienne dans cette ambiance ? 

La vie est rude pour ces femmes, la vie est faite d'humiliations, de peur, de délations, de trahisons. En 1992 Aliide, vieille femme qui vit une vie simple dans une ferme sera perturbée par l'irruption de Zara, jeune fille en guenille affalée dans la cour boueuse. Aliide, froide, dure et silencieuse va la recueillir. Toute l'histoire d'Aliide va s'écouler, depuis la jeune et amoureuse, jusqu'à la vieille solitaire, Aliide qui cache tous les secrets qui ont traversé ces temps si durs. 

D'un point de vue historique le roman est très intéressant en ce qu'il nous fait découvrir à travers la vie des gens le destin de ce peuple dominé pendant si longtemps. Du point de vue du récit, il est poignant et si le personnage d'Aliide ne porte pas à l'empathie, on se prend quand même à éprouver de l'affection pour elle. Et Zara, jeune fille qui rêve d'occident et d'argent et que la mafia transformera en esclave sexuelle, comment ne pas croire en sa fuite ? Et la rencontre entre ses deux femmes si contrastées ? Et si quelque chose de plus profond les rapprochait ? 

Bien écrit, d'une lecture aisée malgré les thèmes abordés qui sont souvent lourds, et une ambiance pesante ce roman mérite un détour. 

 

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30 août 2013

Henning Mankell : "Les chaussures italiennes"

Henning MANKELL : "Les chaussures italiennes"

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Une belle photo en couverture n'est pas, à elle seule, un gage de la qualité du roman que le reste des pages renferme. Un peu comme pour la maison de disques "ECM" dont parfois le seul intérêt réside dans la qualité de la photographie, tant la musique qu'il contient paraît austère et froide. 

Ici, tel n'est pas le cas. Même si l'ambiance est austère et froide également, ce roman est plein de douceur. 

Un ancien chirurgien de 65 ans vit seul, depuis 12 ans, dans une île d'un archipel suédois, sans voisins, entourés par son chien et sa chatte. La vie est rythmé par les saisons, la météo et le passage du facteur. Pourquoi a t-il abandonné la médecine ?  A quoi cherche t-il à échapper ? 

Pourtant, en ce jour de solstice d'hiver, une visite inattendue va bouleverser l'équilibre quotidien dans lequel il se réfugie. Rattrapé par son passé, il cheminera, aussi bien géographiquement que psychiquement pour sortir de sa carapace et se découvrir lui même. Il va comprendre ses erreurs passées et s'ouvrir peu à peu aux autres. 

Réflexions sur la responsabilité de chacun, la culpabilité et la rédemption, sur la vie et la mort, sur l'accompagnement des mourants, le roman est écrit avec subtilité et finesse. 

Toutefois, même si les personnages sont bien traités, on a du mal à entrer complètement dans cet univers, dans cette réflexion, dans cette introspection. Le narrateur n'entraîne pas forcément l'empathie et si la lecture reste agréable on est loin là d'une oeuvre littéraire aboutie. 

 L'auteur est mondialement connu pour ses polars. J'en lirais un, promis. 

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06 mars 2013

Camilla Läckberg : "Cyanure"

Camilla LACKBERG : "Cyanure"

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Les éditions Actes Sud surfent sur une vague commerciale nommée le polar nordique. Avec Stieg Larsson, Camilla Läckberg en est une des figures emblématique.

Et pourtant, si le cadre est bien scandinave (une île suédoise isolée par les glaces quelques jours avant Noël), le contenu est décevant. Ici l'auteur tient le suspens par le huis clos imposé par le froid (le brise glace ne peut pas passer en raison d'une tempête) et une famille entière est réunie dans une sorte de pension. Il se trouve que Lisette, une des membres de la famille, a invité Martin Molin, son petit ami et accessoirement policier à séjourner avec eux.

Il s'agit d'une richissime famille d'industriels et le patriarche, qui a fait fortune, a rassemblé ses enfants (deux fils) et petits enfants. Quant au moment du repas du soir, alors qu'il vient de dire à chacun tout le mal qu'il pense d'eux, de leur avidité envers sa fortune, de leur jalousie,  il meurt subitement. L'odeur d'amende amère qui parfume son verre ne laisse aucun doute : il a été empoisonné au cyanure.

Malgré un effort certain de l'auteur pour ménager des rebondissements et pour distiller lentement des indices et des fausses pistes, le lecteur n'est pas entraîné par l'enquête. Le rythme lent (malgré les 156 pages) contribue largement à ce désintérêt. Même si la fin peut surprendre quelque peu, rien dans ce texte ne contribue à faire monter la tension de ce huis-clos. C'est dommage.


Moi qui avais envisagé de lire la saga de Camilla Läckberg (La princesse des glaces, Le prédicateur ...) je crois que je vais laisser en attente ces pavés pour le moment.

 

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21 février 2013

Rax Rinnekangas : "Le juif égaré"

Rax RINNEKANGAS : "Le juif égaré"

le juif égaré

Grâce à Babélio, les éditions Phébus m'ont envoyé ce roman finnois, que j'ai choisi car j'avais eu un vrai coup de coeur pour "La lune s'enfuit" du même auteur. Hélas, point de coup de coeur cette fois-ci.

Un écrivain se lance dans la rédaction d'un roman dont le personnage principal est un photographe qui finalise un vaste projet d'exposition de photos d'art portant sur les camps d'Auschwitz et de Birkenau. Cette exposition est inspirée de l'oeuvre d'Imre Kertezs auteur hongrois rescapé des camps.

Mais le photographe est hanté à la fois par ses origines juives et par le remords d'avoir abandonné son fils il y a quinze ans. Lorsqu'il croise cette femme espagnole dans la rue, cette femme en pleurs qui va l'émouvoir, il sent que le destin bascule. Il la rejoint en Espagne. Cette rencontre va t-elle lui permettre de vaincre ses démons ? Et s'il s'agissait des démons de l'auteur lui-même qui est dépositaire d'un secret familial lié à l'histoire de la communauté juive dans son pays pendant la seconde guerre mondiale ?

Servi par une belle écriture, la tension est palpable dans cette réflexion sur la culpabilité, la responsabilité individuelle et collective et au final sur l'amour comme catharsis. Mais la lecture est par moment laborieuse du fait d'une focale axée essentiellement sur le religieux, qu'il soit chrétien ou juif, comme un déterminant du caractère profond des hommes.

 

 

 

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02 décembre 2011

Morten Brask : "Terezin plage"

Morten BRASK : TEREZIN PLAGE

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Terezin est une ville fortifiée de Tchecoslovaquie que les allemands nomment Teresienstadt. Elle fut pendant la période nazie transformée en camp de concentration et des centaines de milliers de juifs de toute l'Europe y vécurent.

Avec l'arrivée des déportés du Danemark, l'histoire du ghetto prend un tournant. Les nazis, sollicités par les autorités danoises, décident d'en faire un camp modèle. Pour la visite de la Croix Rouge le camp est transformé en sorte de cité juive idéale, un film de propagande sera tourné à cette occasion.

Le roman de Morten Brask, se situe à ce moment de l'histoire de Terezin. Daniel Faigel, un jeune médecin danois est déporté. Affecté à l'hôpital, il rencontre toute la misère de cet univers concentrationnaire (maladies, contagions, indigence des soins, froid, faim, déportations ...). Le médecin fait face.Il se raccroche aux souvenirs de sa vie au Danemark, dans la maison près de la plage. Peu à peu le passé de son histoire familiale se dévoile.

Il rencontre Ludmilla et sa vie change. Peu à peu l'amour s'installe dans ce contexte de désolation malgré le projet d'embellissement de la ville décidé par les nazis. Mais Ludmilla est gravement malade et sa survie est compromise.

La visite de la Croix Rouge marque un tournant dans la vie du couple. Mais n'est-ce qu'une illusion ? Le destin fatal l'emportera t-il ?

Morten Brask signe là un premier roman admirable qui dépeint avec justesse la vie du ghetto modèle. Mais la double histoire de Daniel nous emporte bien au-delà du contexte historique.

Un texte sensible et beau.

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07 mai 2011

Rax Rinnekangas : "La lune s'enfuit"

la_lune_s_enfuitLA LUNE S'ENFUIT

Rax RINNEKANGAS

 

Voici un roman que j'avais repéré dans la sélection "Masse critique" du site Babelio mais pour lequel je n'ai pas été retenu. Quelques jours plus tard, je le vois sur les rayonnages nouveautés de la médiathèque, alors ni une ni deux, le voila qui rejoint ma PAL. 

En guise de nouveauté, ce roman a déjà 20 ans, c'est la traduction en français qui est récente (traduction de grande qualité). C'est une excellente initiative cette traduction, car ce roman mérite le détour, et cet auteur mérite que l'on s'interesse à lui.

 


Dans la chaleur de l'été finnois, au rythme des travaux agricoles et de la religion, trois adolescents (deux frères et soeurs et leur cousin Lauri, le narrateur) vont vivre l'éveil des sens que leur âge réclame. Lauri, le narrateur en vacances chez ses cousins va connaître l"amour, la mort et le rachat des fautes. L'auteur a divisé le roman en trois parties : la joie, le chagrin et la rédemption.

La narration simple et évidente nous conduit à ne pas porter de jugement moral sur les actes des jeunes gens, qui paraissent naturels comme les blés qui mûrissent. Mais la tragédie survient, la douleur, le chagrin, la dépression, le remords finalement jalonnent alors l'esprit des jeunes gens ...

Un roman bouleversant, inoubliable car traitant d'un tabou, d'un secret. Le mystérieux et le fantastique ne sont pas loin non plus, à l'image d'un "Grand Meaulnes". Un beau livre, à la fois gai et triste, mais qui a coup sûr se révèle dérangeant.

 

 

Posté par fran6h à 15:25 - - Commentaires [1] - Permalien [#]