Joyce Carol OATES : "Mudwoman"

Mudwoman

Renaître du marais, de la boue. Voilà le destin de cette fillette que sa mère a abandonnée dans la fange humide pour y mourir. Récupérée par un braconnier, elle sera confiée à une famille d'accueil avant d'être adoptée par une famille de quaker qui lui donnera affection et éducation.

Mais peut-on jamais en sortir ?

Étudiante brillante, elle devient rapidement professeur à l'université et à tout juste quarante ans elle se voit confier la présidence de cette même université. Brillante ! Meredith Ruth Neukirchen inspire l'admiration de beaucoup, la jalousie de certains et la haine de biens d'autres. 

Lors d'un déplacement pour un colloque, la voilà qui, au-delà de toute logique et de toute raison, loue une voiture pour se rendre sur les lieux de son passé. A la recherche de cet événement tragique d'il y a trente cinq ans, à la recherche de son moi profond, de celui de "Mudgirl" la fille de la boue.

Meredith, la femme forte, brillante, volontaire et battante, va alors percuter son passé, et "Mudgirl" qui sommeille en elle va la transformer en"Mudwoman".

Le récit, brillamment mené, nous emmène en même temps que dans les profondeurs de l'âme, dans les profondeurs de la société américaine. Cette société intellectuelle divisée par le clivage sur la guerre au terrorisme, entre le maintien d'une Amérique aux valeurs traditionnelles (blanche, chrétienne, hétérosexuelle, sécuritaire) et la perspective d'une Amérique plus ouverte, progressiste et tolérante. Cette société intellectuelle où l'université cristallise toutes les perversions, tous les jeux de pouvoirs, toutes les manigances.

Mais la force du récit vient aussi d'une plongée abyssale dans l'âme de Meredith, avec les doutes qui pointent, les troubles qui sommeillent, les délires qui apparaissent. Et là c'est tout un monde qui s'ouvre, un malaise qui croît, et que l'auteure installe sciemment et avec brio.

Le récit est captivant, le style est recherché, la narration faite de plusieurs flash backs happe le lecteur. Bref, un très grand roman.

Autant j'avais eu du mal avec cet auteure lors d'une première expérience avec "Délicieuses pourritures" autant ce roman me réconcilie et m'incite à poursuivre ma découverte de Joyce Carol Oates, une grande parmi les grands.