03 novembre 2016

Gaël Faye : "Petit pays"

Gaël FAYE : "Petit pays"

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Best seller de la rentrée 2016, le premier roman de Gaël Faye est en parti basé sur les souvenirs d'enfance dans une partie du monde dévorée par un conflit fratricide qui prendra la forme d'un génocide, horrible, terrible, insoutenable.

Mais là où le texte ne sombre pas dans le récit méthodique et analytique, c'est qu'il est raconté à hauteur d'enfant. A partir des yeux et du coeur de Gabriel. Gaby, ses parents, sa famille, les amis, les voisins ... tout le petit monde de Bujumbura et plus largement du Burundi et du Rwanda voisin.

On est là dans la vie quotidienne, dans les préoccupations d'enfants alors que le conflit sourd au loin, et que déjà retentit l'écho des premiers massacres de l'autre côté de la frontière. Comme un paradoxe entre les jeux des uns, innocents et joviaux et le jeu des autres, cruel et impitoyable.

Sans être un grand roman, on est là en présence d'un texte fort et puissant qui aurait peut-être mérité que les relations entre les personnages soient plus fouillées (notamment celle entre Gaby et Mme Economopoulos). Bref un sentiment un peu mitigé en fin de lecture, alors que le tapage médiatique et le bouche à oreille blogosphérique laissait entrevoir un quasi chef d'oeuvre.

Une lecture à rapprocher des écrits de Scholastique Mukasonga pour bien comprendre un drame africain qui a touché le monde entier et la part d'humanité de chacun de nous.

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24 octobre 2016

Valentine Goby : "Un paquebot dans les arbres"

Valentine GOBY : "Un paquebot dans les arbres"

Goby paquebot

Voyage dans les marges des Trente Glorieuses, de la fin des années 1950 au milieu des années 1960, quand la paix, le confort et la santé deviennent un droit, une évidence, une évolution, bref la grande marche du progrès pour tous. Mais à cette époque il reste encore la tuberculose, certes en voie d'éradication, mais qui ravage les familles. Certes à cette époque il y a la Sécurité Sociale, mais qui oublie les indépendants, les artisans les petits commerçants. Certes à cette époque il y a la paix, mais les évènements d'Algérie fracturent les liens et la société dans son ensemble.

Et Mathilde dans tout ça ?

Petite elle vénérait Paulot, le père, bistrotier toujours joyeux, prêt à faire danser les filles, à communiquer sa bonne humeur, son insouciance.

Plus grande, elle va supporter seule toutes les charges de la irrésistible déchéance dans laquelle la maladie du père va entraîner toute la famille.

A travers Mathilde, on retrouve ce personnage féminin résolu, presque infaillible, muré derrière une carapace de volonté, de ténacité et d'opiniâtreté que l'on avait rencontré dans "Kinderzimmer". Mais peut-on, toute seule, ainsi, affronter tous les maux de la société et dans le même temps s'insérer dans une vie d'adulte, apprendre un métier pour avoir un emploi, pour avoir la "sécu", pour sortir la famille de la spirale du malheur ?

A travers les souvenirs qui remontent à la vue de ce grand paquebot qu'est le sanatorium, désormais désaffecté et envahi par les arbres, c'est une partie de notre histoire collective qui revient. Valentine Goby part de l'intime, de cette jeune fille, de sa famille, du village, des jeunes qui aspirent au bonheur, et, de son écriture fluide et vive nous entraîne dans un roman délicat, passionnant et terriblement humain.

Ce livre a été lu dans le cadre des #MRL16.

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12 octobre 2016

Leïla Slimani : "Chanson douce"

Leïla SLIMANI : "Chanson douce"

Chanson douce

Le titre fait référence aux paroles d'une chanson d'Henri Salvador, comme une allégorie de la tendresse bienveillante, de l'amour filial, de l'enfance bienheureuse.

Est-ce que cela fait référence à une époque révolue ? A un idéal ? A une idée sublimée de l'éducation des enfants ?

Myriam et Paul ont deux enfants, et Myriam ne se voit pas en mère "au foyer". Après la naissance du second elle saute sur une opportunité professionnelle. Les enfants sont alors confiés à une "nounou". C'est Louise.

Ici pas de suspens. Dès la première phrase on connaît l'issue tragique. Mais c'est tout le travail de prise de pouvoir par la nounou qui est disséqué. Les petits rien du quotidien, ceux qui facilitent la vie des parents, qui donnent une image de bonheur, vont devenir l'instrument de cet enchaînement macabre.

Mais la nounou si parfaite en apparence, celle qui entre dans la famille, celle sans qui plus rien ne se passe, a aussi un vécu, une histoire, un passé, et des fragilités. Et tout peut basculer.

Ce roman est triste. Triste la vie de cette nounou qui pense avoir trouvé l'équilibre auprès des enfants des autres. Triste cette solitude malgré la multitude, cette indigence malgré l'abondance.

Au détour d'un roman traitant de l'éducation des enfants, Leïla Slimani dépeint, à travers les rapports humains qui existent entre employeur et employés, la dépendance affective et les souffrances qu'elle engendre.

Une atmosphère digne de Claude Chabrol dans ce roman grave mais agréable à lire.

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07 octobre 2016

Jean Weber : "Le complot de Bidache"

Jean WEBER : "Le complot de Bidache"

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Une plongée dans le temps, ça faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman "historique".

Ici, nous sommes en 1659 au moment de la négociation du Traité des Pyrénées qui, pour arriver à une paix durable en Europe, prévoit le mariage de Louis XIV avec l'Infante d'Espagne. En route, Mazarin, premier ministre du Royaume de France chargé des négociations, est l'invité du Duc de Gramont, souverain de Bidache. Bidache, à cheval entre Gascogne et Pays-Basque, souveraine, est un lieu d'asile pour ceux qui fuient les persécutions, et notamment les juifs chassés de la péninsule ibérique.

C'est dans ce lieu que va se tramer un complot contre le cardinal dont les projets ne conviennent pas à tout le monde, et notamment pas aux anciens de la Fronde.

Et à travers le récit nous suivons l'emploi du temps de Mazarin, les préoccupations politiques, les affaires de l'Etat. Mais nous suivons aussi le quotidien, les déplacements, l'installation à Bidache, les repas. Et surtout nous faisons connaissance avec nombre personnages de toute classe et de toute origine :  chevaliers, charbonniers, meuniers, espions, bateliers, chasseurs, curé ... on croise même Vincent de Paul au détour d'un chapitre.

Jean Weber donne vie à ce récit fort bien documenté, parfois un peu archétypal certes, et qui, au prétexte d'un fait historique majeur (la négociation du Traité des Pyrénées) nous fait découvrir ce petit bout de principauté souveraine écrasé entre les royaumes de France et de Navarre. 

Ce roman a été lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babélio en partenariat avec les éditions Lemieux.

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(Chateau de Bidache aujourd'hui)

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30 septembre 2016

Jim Fergus : "Mille femmes blanches"

Jim FERGUS : "Mille femmes blanches"

mille femmes

Toujours plus à l'Ouest, dans la grande prairie, vers les collines noires qui regorgent de richesses naturelles, les américains "caucasiens" arrivés d'Europe aimeraient bien pouvoir s'y installer en paix. Mais voilà, ces terres sont celles de tribus indiennes et la guerre sur la "frontière" fait rage depuis de nombreuses années. Quand on dit "indien" on ne parle pas d'un Peuple unique et solidaire. Il s'agit d'une multitude de groupes, parfois unis par une langue commune, mais souvent rivaux, voire ennemis, qui cohabitent sur ce grand territoire. Parmi ces tribus, il y a les Cheyennes.

Chez ce Peuple, ce sont les femmes qui transmettent l'origine, l'identité en quelque sorte. Pour pacifier la région et permettre au Peuple de perdurer, d'avoir un avenir dans la paix, le chef Little Wolf propose un marché au grand-père blanc, le président Grant. En échange de chevaux de bonne qualité, le grand-père blanc offrira au Peuple mille femmes blanches qui viendront épouser les hommes de la tribu et donner des progénitures qui inscriront l'histoire des deux peuples dans un avenir commun.

Grant accepte, et organise le marché.

C'est comme ça que May Dodd, de Chicago, se retrouve dans cette aventure au printemps 1875.

Elle rédigera des carnets, sorte de journal qui retrace les faits et réflexions. La lecture de ces carnets nous plonge dans un univers hors du commun, les conditions de voyage, les haltes dans les forts de l'armée sur la "frontière", l'arrivée au campement indien, la découverte d'une nouvelle culture, d'un mode de vie, de croyances ... Un choc culturel. Et dans les deux sens. Car les femmes, arrivées en groupe dans le village, vont aussi influencer la vie du groupe. La greffe demande des efforts de chaque côte, mais elle prend. Jusqu'à quand ?

Car une pacification par les générations futures s'inscrit dans le temps long. Les blancs auront-ils la patience de laisser passer les générations ?

A travers ce roman majestueux, Jim Fergus nous plonge dans l'Amérique du XIXè siècle, cette Amérique conquérante, porteuse de valeurs universelles et d'une religion qu'elle cherche à imposer partout comme un gage d'une paix éternelle. Les "indiens" qui ne veulent pas se soumettre doivent vivre dans des réserves ou mourir par les armes. Le sauvage n'est pas compatible avec l'idéal de la civilisation porté par l'homme blanc.

A la fois roman d'aventure, western, roman d'émancipation féminine et de relations interculturelles, il nous questionne sur le fondement des sociétés dites "occidentales" face à l'altérité et sur la violence dans la mise en oeuvre d'un projet politique qui vise à unifier la société. Excellent, poignant, drôle et grave, cette lecture ne laisse pas indifférent.

Il est temps maintenant de lire "La vengeance des mères" qui est présenté comme la suite de cette aventure incroyable.

 

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28 septembre 2016

Natacha Appanah : "Tropique de la violence"

Natacha APPANAH : "Tropique de la violence"

Tropique

Attiré par ce livre non seulement parce qu'il figure sur la liste du Goncourt mais aussi après avoir vu l'auteure lors de l'émission de télévision "La grande librairie", et bien voilà une petite claque littéraire.

Mayotte, un territoire oublié de la République ? Sous les tropiques tout n'est pas que mer, ciel et soleil. Déjà avec Gisèle Pineau on le savait pour ce qui concerne la Guadeloupe par exemple, mais ici on est carrément en terre inconnue. Dans l'océan indien, Mayotte un havre d'espérances pour des milliers et des milliers de comoriens, malgaches et africains, qui accostent clandestinement en France. Et ces filles-mères, ces bandes de jeunes garçons qui se retrouvent sans familles, sans repères, livrés à la nature sauvage et cruelle des bandes, de la drogue et de la rapine.

Et puis quelques blancs, des muzungus, qui travaillent ici, comme Marie, cette infirmière dévouée qui côtoie cette violence. Marie qui recueillera cet enfant, Moïse, et lui donnera amour et éducation. Mais cela suffit-il à forger une identité ? Un oeil marron et un oeil vert, une peau noire et une âme blanche.

Et puis un policier ou un éducateur. Mais que peuvent-ils dans cet engrenage de violence quotidienne ?

Natacha Appanah maîtrise le sujet, la forme et la lettre. C'est vif, c'est cruel. C'est un choc ! Bravo !

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06 septembre 2016

Henry James : "Voyage en France"

Henry JAMES : "Voyage en France"

Voyage en France

Un beau tour de France que voilà. Nous sommes en 1882 et Henry James entreprend de visiter quelques lieux à travers la France. Des châteaux de la Loire à Beaune et Dijon, en passant par quelques villes (Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier) et la Provence (Avignon, Aigues-Mortes, Pont du Gard ...) on se régale de ces chroniques.

Évidemment à l'époque le tourisme est balbutiant, et la plupart des lieux tels qu''on les connaît aujourd'hui sont parfois à peine restauré, voire en état de quasi abandon. La structure touristique n'existe pratiquement pas, on va, on vient, on trouve un gardien qui ouvre des portes, explique le monument et éventuellement vend des photos ou un guide. Car c'est sous l'angle du patrimoine architectural et plastique (peinture et sculpture essentiellement) que les commentaires sont rédigés. Mais au delà, on mange et on couche dans des auberges pour voyageurs de commerce, et les déplacement en train ou en patache sont parfois épiques.

Ne cédant en rien à la facilité, Henry James donne une opinion, il assume la subjectivité de son jugement qu'il cherche néanmoins à tempérer.

Sans être un guide de voyage, la lecture s'apparente plutôt à une aventure touristique, à une expérience unique que le voyageur du XXIème siècle envie à tout point de vue.

 

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01 septembre 2016

Rentrée littéraire 2016

Rentrée littéraire 2016

Rentrée sélection

Comme chaque année à la même époque je fais une petite sélection parmi les centaines de nouveautés. Mon choix a été orienté sur des auteurs dont j'ai déjà apprécié au moins un livre et dont je suis curieux de voir comment ils évoluent.

C'est le cas pour Valentine Goby et son "Un paquebot dans les arbres" dont j'avais adoré "Kinderzimmer".

C'est également le cas pour Eric Vuillard et son "14 Juillet" dont j'avais aimé "Tristesse de la terre"

Enfin je désire me replonger dans l'écriture de Marie Sizun avec "La gouvernante suédoise" et me souvenir des bons passés avec "Le père de la petite", "La femme de l'allemand" ou bien encore "Jeux croisés".

Enfin, en guise de nouveauté, je me sens très attiré par "La vengeance des mères" de Jim Fergus et donc commencer par le premier tome.

 

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24 août 2016

Catherine Poulain : "Le grand marin"

Catherine POULAIN : "Le grand marin"

le-grand-marin

J'ai vraiment eu du mal avec ce roman. Pourtant les thèmes sont forts, entre la quête de l'absolu et la recherche de soi : vivre avant de mourir. C'est à travers un défi personnel hors du commun qu'ils se concrétisent : s'engager sur un bateau de pêche en Alaska. Basée sur l'expérience même de l'auteure, la narratrice part dans cette aventure avec opiniâtreté, bravant les difficultés de toutes natures (naturelles, humaines, physiques, morales ...), menant sa vie tambour battant sur ces bateaux, petits mondes d'hommes, de labeur, de sueur, de travail acharné, de souffrances ...

Mais que cherche t-elle dans cette soif d'absolu ? Que fuit-elle ainsi ? Cherche t-elle la rédemption de quelques péchés ?

Le récit nous immerge complètement dans cet univers de bout du monde, entre les paquets de mer sur des cirés trop grands, les embruns sur les quais, les odeurs de peinture et les litres de bières avalés. Mais le fil conducteur est difficile à trouver.

Évidemment, il y a le grand marin. Cet homme, ce lion, le taiseux, celui qui va fasciner Lilli. Peut-on vraiment aimer quelqu'un quand on mène une vie tournée à ce point vers l'absolu ?

Malgré une belle écriture et une force évocatrice évidente, ce roman n'aura toutefois pas su me transporter complètement.

 

 

 

 

 

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07 août 2016

Eric-Emmanuel Schmitt : "L'élixir d'amour"

Eric-Emmanuel SCHMITT : "L'élixir d'amour"

schmidt

Roman en forme d'échanges de lettres, de messages plutôt, entre deux amants qui viennent de se séparer et qui cherchent à construire quelque chose après l'amour. Après l'amour, lorsqu'il n'est plus le ciment d'un couple, que reste t-il ?

En forme de défi, sur la base de la thérapie psychanalytique, peut-on trouver un équivalent à l'élixir d'amour qui emporta Tristan et Iseult ? L'amour peut-il être provoqué ?  Est-ce qu'il est possible pour le thérapeute de profiter du lien particulier qui l'unit à son patient en cours de traitement pour générer cette attirance qui deviendra de l'amour ? Finalement l'amour est-ce une chose que l'on choisit ou bien que l'on subit ?

Subtilement, l'auteur nous questionne, nous interroge, nous pousse à la réflexion. Même si les situations sont parfois un peu caricaturales, les pensées qui traversent ces lettres échangées sont vives et percutantes. Sans être un grand roman,le texte reste original, plaisant et vite lu.

 

 

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