11 juillet 2016

Joyce Carol Oates : "Carthage"

Joyce Carol OATES : "Carthage"

carthage

On a connu "Anatomy of a murder" ("Autopsie d'un meurtre" en français), et bien ici c'est un peu l'anatomie d'un chaos familial. Magistralement mené par la plume de Joyce Carol Oates, fidèle aux symboles, aux ambiances sombres, aux personnages torturés, à la dramaturgie familiale et à la réflexion sur la société, à travers la guerre, la prison, les couloirs de la mort.

La jeune Cressida Mayfield de Carthage a disparu. La dernière fois qu'on l'a vue elle était dans un bar avec Brett le fiancé de sa soeur, ce jeune homme revenu traumatisé de la guerre en Irak. Et puis plus rien. Disparue. La voiture de Brett enfoncée dans un chemin forestier, des souvenirs pas très clairs, un pull retrouvé en aval de la rivière ... Le sort de Brett semble scellé.

La jeune Cressida Mayfield n'est pas belle, c'est même la moche, intelligente certes mais moche, comparée à sa soeur Juliet. Physique ingrat, introvertie, sombre, mélancolique.

"Carthage" nous emmène en profondeur dans le chaos familial qui va suivre la disparition de Cressida. Dans cet enchaînement de faits qui brise le fragile équilibre d'une vie familiale harmonieuse.

Par delà le bien et le mal, le lecteur est en permanence balloté, entre vengeance et pardon. La vengeance irrigue tout le texte. Brett cherche t-il à se venger en exorcisant ses souvenirs de guerre, et la rupture de ses fiançailles ? Cressida cherche t-elle à se venger d'être la mal aimée de la famille ? Les parents cherchent-ils à se venger de l'assassin de leur fille ? La société cherche-t-elle à se venger d'un assassin en le punissant ? Les Etats-Unis cherchent-ils à se venger des ennemis du Bien en intervenant militairement en Afghanistan et en Irak au lendemain du 11 septembre ?

Le pardon est-il possible ? Ou n'est-il pas uniquement de nature divine et donc inaccessible aux hommes ?

Encore une fois (après "Mudwoman" et "Maudits") la lecture de Joyce Carol Oates m'a complétement emporté. Superbe !

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08 juillet 2016

Dans le sac pour l'été

Dans le sac pour l'été

Sac de l'été

 

Sous le soleil, dans les transports, sur la plage, sur une terrasse ombragée, au bord de l'eau ... des coins de lecture à trouver pour cet été. Beaucoup d'envies, mais tout ce qui est dans le sac ne sera pas forcément lu en rentrant. On verra bien.

D'abord Henry James que je vais découvrir et notamment "Vacances romaines" qui permettra de préparer la semaine à Rome.

Irving ensuite, pour retourner dans cet univers que j'avais tant apprécié lors de la découverte de "Hôtel New-Hampshire".

Ensuite j'espère un grand bol de fraîcheur avec "Le grand marin" dont j'ai lu beaucoup d'excellentes critiques.

Et si le temps le permets un petit tour du côté de Zola avec "Au bonheur des dames" avant de reprendre le boulot  ...

On verra bien.

 

 

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17 juin 2016

Philippe Claudel : "L'arbre du pays Toraja"

Philippe CLAUDEL : "L'arbre du pays Toraja"

Claudel

Quelle déception que cette lecture !

Pourtant je partais avec un a priori positif tant mes précédentes lectures (Les âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh, Le rapport de Brodeck) m'avaient enthousiasmé. Mais là, je n'ai pas compris.

L'arbre du pays Toraja est utilisé comme une sépulture pour le corps des enfants dans une île d'Indonésie, il l'enveloppe, l'enferme, et peu à peu les deux se fondent. A partir de ce fait et sous prétexte d'un roman qui met en scène un cinéaste dans le passage entre la jeunesse et la vieillesse (entre la cinquantaine et la soixantaine) l'auteur nous emmène dans une suite de réflexions sur la vie, la mort, la jeunesse, la vieillesse, la santé, la maladie, l'amour, la distance ... .

Bien sûr le fond du texte est intéressant et pousse le lecteur à la réflexion, au questionnement intime, à la réinterrogation des convictions profondes, mais la conduite de la narration et la mise en scène, en quelque sorte, ne m'ont pas semblé pas à la hauteur.

Dommage. Je suis passé complètement à côté de cette histoire, de ce texte, de ce roman.

 

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01 juin 2016

Laura El Makki : "Un été avec Victor Hugo"

Laura EL MAKKI et Guillaume GALLIENNE : "Un été avec Victor Hugo"

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C'est parce que j'ai entendu, l'été dernier sur France Inter, quelques diffusions de ces chroniques matinales, que j'ai choisi ce livre dans l'opération Masse Critique qui a eu lieu ce printemps.

Guillaume Gallienne est un formidable conteur et je pensais qu'il avait écrit lui-même les textes. Apparemment c'est en collaboration avec Laura El Makki, et on ne connaît pas la part de l'un et l'autre, mais l'oeuvre collective est très homogène.

Ici point de biographie, point de narration linéaire, point de récit romancé : des faits. Et avec Victor Hugo, vu la longévité de l'homme et la production impressionnante de l'artiste, il y a de la matière.

Comme il s'agit de chroniques radiophoniques, le découpage est chirurgical : 43 chapitres de 4 ou 5 pages abordant chacun un aspect particulier tant de l'homme que de l'oeuvre. C'est un régal et nul n'a besoin de connaître en profondeur l'un comme l'autre pour apprécier ce texte.

On voit, on survole en fait, des facettes connues révélées dans une perspective originale toujours agrémentées d'extraits de textes. Bien sûr on retrouve les grands jalons de l'histoire de ce héros national (Hernani, l'exil, Les misérables, la peine de mort, l'éducation, la mort de Léopoldine, l'amour des femmes, les voyages ...) mais aussi des aspects plus intimes (les amitiés littéraires et picturales, le spiritisme ...). C'est vif, c'est vivant.

Il ne faut pas en attendre une somme, il y a pour cela de nombreuses biographies et études bien plus fouillées, mais le concept est original et permet une vulgarisation au sens noble, voire hugolien, du terme. Et là, le pari est réussi. Bravo.

Je remercie Équateurs Parallèles pour cet envoi.

 

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31 mai 2016

M.L. Stedman : "Une vie entre deux océans"

M.L. STEDMAN : "Une vie entre deux océans"

une vie entre deux océans

 

En Australie, c'est le phare de Janus Rock, au large de Pointe Partageuse qui marque la séparation entre l'Océan Indien et l'Océan Austral (pour le reste du monde cette limite se trouve au droit de la Tasmanie). Quand on est gardien du phare de Janus Rock, à 150 km au large des côtes, on passe sa vie entre les deux océans, au sens littéral.

Mais on peut aussi passer une vie entre deux océans, parce que revenu intact physiquement de la grande guerre en Europe, on cherche à échapper à ses stigmates psychologiques, dont les effets seront probablement diffusés durablement tout au long de l'existence.

Mais on peut aussi comme Isabel et Tom avoir une vie de couple épanouie et à la fois ternie par un désir d'enfant non assouvi, de fausses couches en fausse couches. Et si un jour le destin vous en envoyait un tout fait, un qui ne demande qu'à être adopté, choyé, aimé, élevé ?

Ici, loin du monde, loin de tout, dans la solitude du phare. Dans l'immensité de l'océan. Au rythme de l'implacable régularité du fanal.

Et cet enfant, cette petite fille, c'est elle qui va vivre entre les deux océans, en toute innocence. Mais pour Isabel et Tom, ce cadeau de la providence, en est-il vraiment un ? L'acte, la décision prise, est-elle vraiment innocente ? Peut-on vivre ainsi, en ayant caché un tel mensonge sans remords, sans impunité ? Et si la vérité venait à la lumière ? Quelle responsabilité porte l'homme de ses choix, de ses décisions ?

On vit, avec cette lecture, dans une aventure humaine, à la fois romanesque et psychologique avec des personnages bien trempés mais dont les doutes vont modifier les comportements, au point que l'on ne sait plus où se trouve la raison ni où se cache le mal.

Un roman d'aventure dans un univers clos et ouvert sur l'immensité du monde, une histoire d'amour toute de tendresse et d'admiration réciproques et un thriller psychologique qui emporte le lecteur dans les tréfonds de sa conscience. Bref, un bon moment de lecture.

 

 

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09 mai 2016

Gaëlle Josse : "Noces de neige"

Gaëlle JOSSE : "Noces de neige"

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La Russie, Nice et entre les deux : le train. Le train et plus de cent ans entre ces deux voyages. L'un dans un sens, à la fin du XIXème siècle, où une famille aristocratique remonte en Russie après avoir passé l'hiver sur la Riviera ; l'autre dans l'autre sens au début du XXIème siècle, dans l'espoir de trouver le bonheur et l'amour sur la Baie des Anges ...

Deux femmes. Deux vies. Deux siècles. Deux mondes.

Le voyage est long, il dure plusieurs jours et plusieurs nuits. On a le temps de rêver, de penser à l'homme qui attend, à celui qu'on espère, celui qu'on va retrouver tout au bout du voyage, sur le quai, pour la vie. Mais c'est bien pendant le voyage, pendant ce temps de vacuité entre deux lieux, entre deux temps, que les destins vont se dénouer.

Sautant de l'une à l'autre, Gaëlle Josse nous entraîne dans l'âme russe, dans ce petit rien de mélancolie, de fragilité, de sensualité que portent ces deux femmes. Un texte court et sensible, alliant la poésie au drâme et l'amour aux désillusions.

 

 

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02 mai 2016

Wilkie Collins : "La dame en blanc"

Wilkie COLLINS : "La dame en blanc"

dame en blanc

Attention, gros pavé, à l'écriture classique, recherchée et plaisante mais quelque peu désuète, et au suspens qui monte lentement. Qui monte vraiment lentement. On est loin ici des polars modernes à l'action débridée.

Alors qu'il part rejoindre un poste de professeur de dessin, le jeune Walter Hartright rencontre cette dame, toute de blanc vêtue. De cette rencontre nocturne s'en suivra une succession de faits qui cachent des secrets, des crimes, des camouflages, des manipulations ...

Le lecteur croise toute une panoplie de personnages, aristocratiques pour la plupart, mais aussi des juristes, servantes, gouvernantes, cochers ... Dans l'Angleterre du XIXème siècle, c'est toute une ambiance que l'on savoure au fil des pages, alors que les narrateurs se succèdent pour découvrir ce secret, ce mystère de la dame en blanc. En ce sens ce roman est exemplaire.

L'intrigue est bien amenée, même si la mise en place est lente, et l'auteur prend bien soin d'installer l'ambiance (so british) avant de distiller des indices, des bribes d'information, des sentiments, des impressions. Pour un lecteur moyen, le style et la lenteur de l'action peuvent amener à ne pas apprécier l'oeuvre, voire à l'abandonner. Pour l'apprécier pleinement, je pense qu'il faut y consacrer du temps et avoir une certaine disposition à la lecture rapide.

 

 

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16 avril 2016

Jean Echenoz : "Envoyée spéciale"

Jean ECHENOZ : "Envoyée spéciale"

Envoyée spéciale

Alors là c'est du grand Echenoz, dans la veine de Cherokee mais en plus abouti, en plus dynamique, en plus cinglant.

Un roman d'espionnage avec les ingrédients du genre, le tout passé à la moulinette de l'absurde, de l'humour, de la noirceur joyeuse, de l'enthousiasme pitoyable.

Mais pourquoi Constance, oisive par nature, se laisse t-elle embarquée dans cette aventure ? Comme si les évènements n'avaient que peu de prises sur elle, enlevée, séquestrée, éduquée, envoyée en mission, elle côtoiera, consciemment ou non, tous les types qui jalonnent cette histoire, de Paris à PyongYang en passant par la Creuse ...

Et le narrateur, fort de son omniscience, qui se permet d'intervenir dans le déroulé ! On croit rêver ! Et tout ça pour le service de la patrie, comme un maillon angulaire du fragile équilibre des relations internationales contemporaines. Mais à vrai dire qu'importe l'intrigue pourvu qu'on ait l'ivresse.

On jubile, on rit, on s'exaspère, on redoute le pire parfois, et on avale ces trois cents pages d'un coup, d'un trait, comme un petit blanc sec bien frais au comptoir d'un zinc, à Paname ou au sud d'Aubusson.

Une vraie réussite littéraire. Bravo.

 

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14 mars 2016

Laird Hunt : "Neverhome"

Laird HUNT : "Neverhome"

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Avec Neverhome nous voilà plongé dans le corps, l'esprit et le coeur de Constance Thompson, fermière dans l'Indiana, épouse de Bartholomew, et qui s'engage dans l'armée de l'Union à la place de son époux. Elle devient Ash, qu'on surnommera Gallant Ash. Un combattant parmi d'autres, bon tireur, malin, pris comme les autres dans les peurs et les doutes de ce conflit sans pitié contre les troupes confédérés.

Récit passionnant d'une aventure humaine, à la fois western, témoignage de guerre, décortiquant les rapports entre les hommes dans ces temps troubles, et alliant des conversations avec les esprits ... il laisse le lecteur haletant. Le souffle du canon qui emporte tout, les cris des blessés, les amputations en série et à la va-vite, l'enfermenent des aliénés et la place des femmes, sont des tableaux qui s'entrecroisent dans cet enfer. A travers ces quelques mois, deux années au total, Constance est mue par une force qui la dépasse. Comme l'esprit de sa mère qui la visite, qui lui parle. Comme une force du passé qui revient.

Que cherche t-elle vraiment dans cette aventure, elle qui doit chaque jour non seulement lutter contre l'ennemi, mais également ne pas dévoiler sa véritable identité ?

Et comment sortir d'un tel désastre sans blessures ? Des blessures profondes à l'âme. Des blessures qui auront à coup sûr transformé Constance. Comment après toutes ces épreuves envisager le retour à la ferme, après de celui qu'elle aime ?

Un vrai coup de coeur pour ce roman si terrible et si beau à la fois.

 

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02 mars 2016

Philippe Grimbert : "Un secret"

Philippe GRIMBERT : "Un secret"

un secret

Une histoire intimiste, familiale qui dévoile peu à peu ce secret qui en est tout l'objet.

Le jeune narrateur nous conduit dans les méandres de sa famille, à travers ses parents tout d'abord, puis de proche en proche on remonte un peu le temps et le voile imperceptiblement se lève ... sur la façon dont la famille a traversé la seconde guerre mondiale.

Nous sommes dans la France (parisienne tout de même) qui être confrontée à cette épreuve, et plus particulièrement dans cette famille juive qui va devoir prendre des décisions face aux événements et aux menaces. Les histoires personnelles sont percutées par le mouvement de l'Histoire. Et l'amour dans tout ça ? Peut-il tout faire oublier ? Peut-il tout expliquer ?

L'écriture est fluide et la lecture aisée, l'histoire est en soi bouleversante, mais la narration manque un peu de rythme et le procédé joue un peu sur le pathos (un jeune garçon mal dans sa peau qui découvre un secret de famille pendant la période de la Shoah). Quant au fond, on se retrouve au final dans un roman à charge contre le père. Autofiction ou règlement de compte ?

 

 

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