01 février 2017

Herman Raucher : "Un été 42"

Herman RAUCHER : "Un été 42"

Un été 42

Quel beau roman ! Tout en finesse et en humour. C'est un régal.

Pendant l'été 1942, alors que les hommes sont partis combattre les japonais après l'attaque de Pearl Harbour, restent, sur les lieux de villégiatures, que les femmes et les enfants. Parmi ces derniers, il y a les adolescents de quinze ans et leur poussées de libido. Entre désir de sexe et d'amour, on veut découvrir le corps des filles, leur mystère, le plaisir charnel, la volupté partagée.

Mais en 1942, on n'a pas accès aux films pornos, et l'éducation passe alors par les photos des magasines et les manuels d'anatomie.

Bien sûr il y a les filles du même âge, mais pour Hermie il y a la femme de la maison sur la plage. La beauté incarnée, la sublissime, l'objet du désir, la passion jusqu'à l'obsession.

La femme de la maison de la plage dont le mari est sur le front.

Avec beaucoup d'humour et de tendresse, l'auteur nous dépeint cet épisode particulier de cet été là. L'été des quinze ans. L'été où l'on cherche à perdre son pucelage, entre candeur et naïveté, et où par un concours de circonstances on rencontre l'amour. Le vrai. 

Un coup de coeur. A lire absolument. A lire en écoutant la fabuleuse musique de Michel Legrand qui illustre le film tiré du roman.

Ecouter une version de Bill Evans

 

été

(l'affiche du film de 1971)

 

 

 

Posté par fran6h à 08:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


25 janvier 2017

Elisabeth Rollin : "Voir ailleurs qui je suis"

Elisabeth ROLLIN : "Voir ailleurs qui je suis"

voir-ailleurs-qui-je-suis

 

Angèle est une jeune femme qui se cherche à travers ses paradoxes, une femme qui aime le sexe mais est incapable d'aimer, une femme bordélique qui assure avec rigueur un boulot de logisticienne, une femme qui attend beaucoup des autres sans avoir à se dévoiler ... Une femme en quête de la confiance en soi qui doute beaucoup d'elle-même.

Cette quête prend ra d'abord la forme de la course à pied, activité qui stimule la réflexion. Et finalement c'est dans l'action humanitaire qu'elle s'engagera. Un peu par hasard. Elle, cette handicapée de la vie sociale ?

Ailleurs, elle va renaître. Et tout au long du récit et des rencontres qu'elle fera, de la confrontation de son propre monde avec une autre réalité, de la confiance que d'autres lui accorderont et qu'elle ne voudra pas décevoir, elle évoluera. Non sans mal. Funambule en équilibre sur un fil ténu.

Elisabeth Rollin, avec une maîtrise littéraire certaine, nous fait vivre ce cheminement, intime, direct, sans concessions. Elle entraîne le lecteur dans l'arrière boutique de l'action humanitaire de terrain, en Inde, à Haïti ... et aussi dans l'arrière boutique de notre propre existence, de notre propre identité.

 

Posté par fran6h à 07:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 janvier 2017

Isabelle Autissier : "Seule la mer s'en souviendra"

Isabelle AUTISSIER : "Seule la mer s'en souviendra"

autissier

A l'occasion d'une rencontre avec la navigatrice, également défenseur de l'environnement et écrivain j'ai été attiré par le sujet de ce roman qui date de 2009. En effet, c'est en regardant le film "La vie très privée de Monsieur Sim" de Michel Leclerc avec l'excellent Jean-Pierre Bacri, film tiré d'un roman de Jonathan Coe, que j'ai entendu pour la première fois cette histoire tout à fait incroyable. Ici il s'agit d'un roman mettant en scène un homme dont l'aventure s'apprente à celle vécue par Donald Crowhurst en 1968, marin qui gagne une course en ne la faisant pas et transmettant de fausses informations sur ses positions.

Parti pour une course autour du monde en solitaire et sans escale, Peter est un ingénieur porté sur l'innovation technique. Prêt à s'engager lui-même alors qu'il n'est en rien un marin aguerri pour une telle épreuve, il pense que le bateau qu'il pilote, bourré de technologies nouvelles pour l'époque, sera à même, non seulement de réussir le tour par les océans du sud, mais surtout de battre les records de vitesse.

Mais finalement ça ne se passera pas comme imaginé.

A travers le carnet de bord rédigé pendant le séjour sur mer on suit la dérive, lente mais inexorable, de ce marin, qui, finalement, n'aimait pas la mer. Paradoxe ?

Ce roman est le roman d'un mensonge. Le mensonge qu'on voit naître, puis grossir, puis tout envahir. Peut-on vivre avec le mensonge sans s'enfoncer dans un abîme profond où la conscience lutte en permanence contre des mécanismes de défense, de déni, d'esquive. En mentant aux autres, finit-on par se mentir à soi-même, et ne plus savoir qui l'on est ?

Le caractère du personnage qui sombre peu à peu est bien tempéré par la vision de sa fille Eva, qui tient elle aussi un journal à terre, à la maison, et qui écrit les angoisses de la séparation, et l'excitation du retour certain de son héros de père.

On navigue beaucoup, on doute souvent, on calcule pas mal dans ce roman épique où déjà on voit poindre le "Soudain, seuls" qui donnera à l'auteure une consécration littéraire bien méritée.

Posté par fran6h à 19:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 janvier 2017

Jim Fergus : "La vengeance des mères"

Jim FERGUS : "La vengeance des mères"

 

La-vengeance-des-meres_5482

Et nous revoilà plonger dans l'Ouest, où nous avions laissé les "mille femmes blanches".

Du point de vue éditorial les deux romans ont une bonne quinzaine d'année de décalage, aussi, qui l'aurait lu à l'époque aurait besoin d'un rafraîchissement avant la lecture du deuxième tome. Toutefois il est à tout à fait possible de considérer ce volume indépendamment du premier.

La forme est identique, il s'agit de carnets, mais ici les auteures sont plurielles. Les récits se croisent, les points de vue alternent, les mêmes faits s'éclairent différemment. Et quels faits ! Cette petite troupe de femmes, un reliquat oublié du programme avorté d'échange de femmes blanches contre des chevaux, va intégrer la tribu Cheyenne au pire moment de son existence. Autant avec May Dodd on a pu s'imprégner de la vie communautaire de la tribu, autant ici il s'agit plus de survivre, de fuir une menace omniprésente, d'angoisses. Et pourtant l'espoir irrigue tout le roman.

L'espoir qui s'incarne par l'arrivée de ces femmes prêtes à donner des enfants aux hommes de la tribu. L'espoir qui s'incarne par la vengeance terrible que subira l'armée américaine, comme un ouragan qui s'abattra sur elle sous la forme d'une horde de femmes préparées au combat, déterminées, invincibles, portées par l'esprit de leurs bébés assassinés. L'espoir que le bien de la vie ancestrale ne peut que vaincre le mal incarné par l'esprit de conquête et de massacres des blancs.

On l'aura donc compris, c'est moins bucolique et plus guerrier, plus brutal. On aborde là des sentiments primaires : la survie, la vengeance, la haine.

C'est vif, c'est fort, et on tremble. Mais on est heureux aussi, on partage des bons moments ensemble, des moments de partage, d'échanges, comme autour des danses le soir près du feu.

Une lecture tout aussi captivante que le premier tome.

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par fran6h à 08:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 décembre 2016

Efriede Jelinek : "La pianiste"

Elfriede JELINEK : "La pianiste"

Pianiste

Une écriture compacte, rêche, sur un rythme saccadé, pour une atmosphère écrasante, venue de notes sombres qui parcourent le récit comme un succédané de touches noires. Cette mélodie, cette maladie, c'est la frustration. Erika, femme cloîtrée par une mère castratrice a fini par refouler ses désirs, réduite quasiment à l'état d'objet.  De sa morne vie de professeur de piano tyrannisée vont naître des fantasmes entre désir d'amour et violences. 

On navigue entre "Les liaisons dangereuses" et "50 nuances de Grey" mais en malsain. C'est terrible.

Le roman est dur, il est difficile à lire (bravo au passage à la traduction), le récit est pesant, sans dialogues, et pourtant on s'accroche. Incontestablement on est là en présence d'un bijou littéraire, d'une pépite. Mais qui se mérite. On entre profond dans l'âme, on sonde, on scrute, on devient nous aussi des voyeurs pervers. Et pourtant on aimerait pouvoir la secouer, la réveiller, la faire sortir de cette spirale ... Et on se prend à rêver que l'élève Klemmer, beau, jeune, séduisant et amoureux d'Erika puisse être son rédempteur.

Une lecture qui marque.

Posté par fran6h à 08:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


29 novembre 2016

Laurent Mauvignier : "Continuer"

Laurent MAUVIGNIER : "Continuer"

mauvinier

Qu'est-ce qu'une mère et son fils adolescent sont allés chercher dans ce périple au Kirghizistan ? Ils voyagent seuls, avec chacun un cheval, dans cette partie de l'Asie centrale montagneuse, rude et âpre. L'auteur nous livre un conte, un récit de cette randonnée à l'allure des chevaux, au hasard des rencontres, des repas partagés, des paysages grandioses dans cette nature infinie. L'auteur nous livre ces deux destins à l'abandon, Sybille divorcée, au bout de tout, sans espoir, sans source d'épanouissement, déprimée, et Samuel, lycéen à la frange de la délinquance, muré dans un mutisme morbide.

Mais Syblille et Samuel se connaissent-ils vraiment ? Se connaissent ils l'un l'autre ? Se connaissent-ils personnellement ? Il y a dans ce roman une quête.De la rédemption certainement mais pas uniquement.

Continuer, c'est dépasser ses propres blocages, c'est aller au-delà, croire, espérer enfin. Prendre une décision pour rompre d'un coup avec une vie mal engagée pour l'un, bien cabossée pour l'autre. Et peu à peu, l'on découvre des bribes du passé, des images, des événements. Et le voyage devient un passage, une ressource, un tunnel duquel on ressort différent, changé, grandi. Mais cela suffira t-il à éloigner les démons du passé ?

 

 

 

Posté par fran6h à 11:32 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

13 novembre 2016

Alain Roux : "De l'un à l'autre"

Alain ROUX : "De l'un à l'autre"

De l'un à l'autre

De l'un à l'autre c'est le roman d'une quête d'insertion, comment faire un avec la société quand on est différent. Comment trouver une place, lorsqu'après un accident on devient handicapé, lorsque l'on souffre d'isolement dû à l'autisme, lorsque à force de détresse sociale on est rejeté de partout.

De l'un à l'autre c'est le parcours de trois jeunes, trois gueules cassées, pour qui avenir et inclusion ne veulent rien dire.

De l'un à l'autre c'est la mise en avant du travail social, de la prise en charge, de l'accompagnement vers l'espoir.

De l'un à l'autre c'est assumer son altérité, conquérir l'estime de soi, se faire une place grâce à la pratique sportive. Du VTT, de la course à pied ou du trail running, ce sont ces activités qui vont permettre de passer de l'autre à l'un.

De l'un à l'autre c'est une réflexion sur l'altérité, la singularité, le particulier ... celui qui dérange, celui qui n'est pas comme nous.

Et alors, à partir d'un récit alterné, avec un style proche de l'oralité et sans prétention littéraire, on suit ces tranches de vie. Ce combat herculéen pour s'insérer dans une activité professionnelle stable et une vie de couple expression d'un amour que la différence ne doit pas empêcher.

C'est touchant, c'est vivant. Le lecteur passe de l'exploration du moi profond aux éléments les plus futiles de la vie quotidienne, tout en découvrant des activités de pleine nature ou de plein air qui le conduisent du Jura aux Alpes en passant par les Monts d'Ambazac, Rio ou New-York.

Posté par fran6h à 13:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 novembre 2016

Alexandre Chenet et Renaud Garreta : "Histoires du Vendée Globe"

Chenet et Garreta : "Histoires du Vendée Globe"

histoires-du-vendee-globe

Épreuve humaine devenue mythique, épreuve sportive et médiatique, aventure alliant instinct et technologie, le Vendée Globe vient de donner le départ de sa 8ème édition.

A cette occasion Dargaud édite un livre particulier, construit à partir de témoignages de nombreux marins ayant déjà bouclé ce tour du monde si particulier. C'est écrit, et bien écrit, c'est graphique et joliment graphique, et c'est aussi en grande partie de la bande dessinée. Bref un hybride au menu copieux, richement illustré.

Immédiatement on sent le vent, le large, le sel et les vagues. Le gros temps va se lever, il ne va pas s'agir de s'endormir trop longtemps. Surveiller les écrans, l'angle des voiles, maintenir le cap ..; un coucher de soleil magnifique malgré le froid ... et les glaces que l'on vient caresser. Sublime.

Raconter une aventure à partir de multiples, raconter la poésie de ces marins solitaires sur les trois océans, qui allient à la fois la folie de l'intrépidité à la sagesse raisonnée de la gestion de course. Formidable.

Chenet et Garreta, par leur talent, nous font partager ces moments forts, on est immergé (on le serait à moins). Et comme il reste environ trois mois pour boucler la boucle, une bonne occasion de prendre un grand bol d'iode en bordant le gennaker.

Allez lecteur, tiens bon la barre et tiens bon le vent, tu ne regretteras pas cette lecture.

Posté par fran6h à 09:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 novembre 2016

Gaël Faye : "Petit pays"

Gaël FAYE : "Petit pays"

Gaël-Faye-Petit-pays

Best seller de la rentrée 2016, le premier roman de Gaël Faye est en parti basé sur les souvenirs d'enfance dans une partie du monde dévorée par un conflit fratricide qui prendra la forme d'un génocide, horrible, terrible, insoutenable.

Mais là où le texte ne sombre pas dans le récit méthodique et analytique, c'est qu'il est raconté à hauteur d'enfant. A partir des yeux et du coeur de Gabriel. Gaby, ses parents, sa famille, les amis, les voisins ... tout le petit monde de Bujumbura et plus largement du Burundi et du Rwanda voisin.

On est là dans la vie quotidienne, dans les préoccupations d'enfants alors que le conflit sourd au loin, et que déjà retentit l'écho des premiers massacres de l'autre côté de la frontière. Comme un paradoxe entre les jeux des uns, innocents et joviaux et le jeu des autres, cruel et impitoyable.

Sans être un grand roman, on est là en présence d'un texte fort et puissant qui aurait peut-être mérité que les relations entre les personnages soient plus fouillées (notamment celle entre Gaby et Mme Economopoulos). Bref un sentiment un peu mitigé en fin de lecture, alors que le tapage médiatique et le bouche à oreille blogosphérique laissait entrevoir un quasi chef d'oeuvre.

Une lecture à rapprocher des écrits de Scholastique Mukasonga pour bien comprendre un drame africain qui a touché le monde entier et la part d'humanité de chacun de nous.

Posté par fran6h à 09:32 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

24 octobre 2016

Valentine Goby : "Un paquebot dans les arbres"

Valentine GOBY : "Un paquebot dans les arbres"

Goby paquebot

Voyage dans les marges des Trente Glorieuses, de la fin des années 1950 au milieu des années 1960, quand la paix, le confort et la santé deviennent un droit, une évidence, une évolution, bref la grande marche du progrès pour tous. Mais à cette époque il reste encore la tuberculose, certes en voie d'éradication, mais qui ravage les familles. Certes à cette époque il y a la Sécurité Sociale, mais qui oublie les indépendants, les artisans les petits commerçants. Certes à cette époque il y a la paix, mais les évènements d'Algérie fracturent les liens et la société dans son ensemble.

Et Mathilde dans tout ça ?

Petite elle vénérait Paulot, le père, bistrotier toujours joyeux, prêt à faire danser les filles, à communiquer sa bonne humeur, son insouciance.

Plus grande, elle va supporter seule toutes les charges de la irrésistible déchéance dans laquelle la maladie du père va entraîner toute la famille.

A travers Mathilde, on retrouve ce personnage féminin résolu, presque infaillible, muré derrière une carapace de volonté, de ténacité et d'opiniâtreté que l'on avait rencontré dans "Kinderzimmer". Mais peut-on, toute seule, ainsi, affronter tous les maux de la société et dans le même temps s'insérer dans une vie d'adulte, apprendre un métier pour avoir un emploi, pour avoir la "sécu", pour sortir la famille de la spirale du malheur ?

A travers les souvenirs qui remontent à la vue de ce grand paquebot qu'est le sanatorium, désormais désaffecté et envahi par les arbres, c'est une partie de notre histoire collective qui revient. Valentine Goby part de l'intime, de cette jeune fille, de sa famille, du village, des jeunes qui aspirent au bonheur, et, de son écriture fluide et vive nous entraîne dans un roman délicat, passionnant et terriblement humain.

Ce livre a été lu dans le cadre des #MRL16.

Posté par fran6h à 09:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]