17 novembre 2018

Ilaria Tuti : "Sur le toit de l'enfer"

Ilaria TUTI : "Sur le toit de l'enfer"

 

Sur le toit de l'enfer

Alors là je remercie bien Masse critique de Babélio et La Bête Noire pour cet envoi ! Cette lecture assez éloignée de mon standard habituel m'a donné une énorme satisfaction. Voilà une intrigue menée de main de maître dans un paysage éblouissant des montagnes frioulanes au nord-est de l'Italie.

Dans cette contrée reculée les habitants forment une communauté qui cherche plus que tout à se préserver,comme un instinct de survie qui les uniraient collectivement, contre tout envahisseur qui viendrait perturber l'équilibre. Évidemment la construction d'une station de sports d'hiver, avec son lot de déforestation et autres, n'est pas la bienvenue pour tous. Et quand le principal ingénieur de ce chantier est retrouvé mort avec les yeux arrachés, la venue de la commissaire Battaglia et de son équipe provoque alors un repli de la communauté.

Peu à peu, en croisant différents récits, l'auteure nous emmène sur la piste du meurtrier. D'autant qu'il y aura d'autres victimes. Nous en savons alors plus que les enquêteurs ... La lecture devient addictive. On veut connaître ce que l'on subodore et les éléments trouvés par les enquêteurs parfois confirment  parfois infirment notre intuition.

Les personnages sont bien campés, et si la commissaire est peu commune, un peu bourrue, voire prête à remballer tout le monde, les enfants du village, les autres policiers et même le meurtrier que l'on devine présentent des traits attachants. Et pourtant les sévices qu'il impose à ses victimes sont d'une horreur particulière. Un monstre pourtant !

En plein hiver, dans le froid et la neige, cette affaire va secouer tout le village et faire remonter à la surface des secrets que chacun taisait depuis des décennies.

Un excellent thriller-polar-noir qui au-delà de l'intrigue malsaine cherche à mettre en avant la psychologie, la vie affective et les sentiments. Et c'est réussi. 

 

 

 

 

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07 novembre 2018

François Vallejo : "Hôtel Waldheim"

François VALLEJO : "Hôtel Waldheim"

 

Hotel-Waldheim

A la recherche du temps perdu à Davos sur fond de guerre froide. Comment la mémoire et les souvenirs personnels reviennent et revêtent une nouvelle dimension plus de quarante ans après les faits. Pauvre Jeff qui, en vacances avec sa tante à l'hôtel Waldheim à Davos, va se retrouver, sans s'en rendre compte, au centre d'une intrigue liée à la disparition d'un homme. Un homme qui a fuit l'Allemagne de l'Est et qui est un rouage essentiel dans la fuite d'intellectuels de l'est vers l'ouest.

Cet épisode de vacances adolescentes avait complètement disparu de la surface des souvenirs de Jeff devenu quinquagénaire. Mais disparus ne veut pas dire complètement éteints. Malgré lui, harcelé par la pugnacité de la fille du disparu, des éléments reviennent. Au mois d'Août 1976 à Davos, entre parties d'échecs et de jeu de go, lecture de Thomas Mann et excursion en montagne, on croise des personnages, des vacanciers et le propriétaire de l'hôtel. Tout est affaire de mémoire.

Comment fabrique t-on nos souvenirs ? Doit-on s'en méfier ?

Entre espionnage et introspection, le roman nous entraîne dans une époque, un moment de l'histoire de l'Europe. C'est parfois un peu lourd, embrouillé, comme peuvent l'être les fragments de vie qui remontent à la surface. La lecture peut apparaître fastidieuse, mais le récit est fort habilement agrémenté d'incursions directes de la pensée dans le propos qui rendent le tout somme toute agréable. Peut-être que les connaisseurs de Thomas Mann (La montagne magique), les joueurs d'échecs ou de jeu de go s'y retrouveront plus facilement.

 

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26 octobre 2018

David Diop : "Frère d'âme"

David DIOP : "Frère d'âme"

 

Diop

D'une part ce roman figure dans la liste du Goncourt, et quand son auteur fut invité à "la grande librairie" et le présenta admirablement, il n'en fallut pas plus pour me donner envie de le lire.

Et quel livre ! Roman très court qui a pour contexte, voire pour prétexte, un épisode de la première guerre mondiale, au moment des tranchées, mettant en scène des tirailleurs sénégalais. Ils sont deux notamment, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, partis ensemble du Sénégal, élevés ensemble depuis tout petits, deux plus que frères. Alfa, c'est le grand, le fort, celui que les filles regardent. Mademba est petit et au physique plus ingrat. Quand Mademba meurt, les entrailles ouvertes dans les entrailles de la terre, Alfa va se trouver seul confronté à la folie de la guerre et des massacres.

Lui,le paysan tranquille, va devenir le guerrier sauvage. Le texte alors est dur, violent, sans répit. On suit le cheminement de la pensée d'Alfa, celui qui par la mort de son plus que frère est devenu un autre ..

Envoyé à l'arrière pour le préserver de la folie, il reviendra peu à peu sur son passé africain, l'enfance, la jeunesse, l'amour, l'amitié ....

Un grand roman malgré la dureté de certaines scènes, qui entraîne le lecteur dans la profondeur de cette âme africaine, déracinée de tout sur ce champs de bataille. C'est bien que d'un déracinement dont il s'agit ici, et la fin est magistrale.

Un coup de coeur de cette année 2018.

 

 

 

 

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20 octobre 2018

Sophie Divry : "Trois fois la fin du monde"

Sophie DIVRY : "Trois fois la fin du monde"

Divry

Roman reçu dans le cadre des #MRL18 de Rakuten.

Joseph Kamal est en prison. Et puis par un événement extérieur fortuit, il se retrouve seul. C'est Robinson dans le Quercy. Tout comme Robinson,notamment celui de Tournier, il va peu à peu dresser son monde, ordonner sa vie, s'imposer le travail, vaincre la nature. Lui,  l'ex taulard, le rebelle, le marginal ... le voilà prisonnier de son propre esprit pour ne pas sombrer ...

Roman en trois parties, dont la première, dure, est vive, sans répit, sur le qui-vive. On ferme pas l'oeil. C'est tendu. Et puis, peu à peu, le rythme baisse, tout devient lent. On entre dans un environnement hostile.Dès qu'on quitte le monde habité, le moindre fait devient important, le moindre bruit une menace. 

Avec une qualité littéraire indéniable, Sophie Divry nous fait partager les grandes angoisses mais aussi les petites joies de cet homme perdu. Une réécriture originale du célèbre mythe, où l'on croise aussi des références à La route de Cormac Mc Carthy et au petit Prince de St Exupéry.

Vous l'aurez compris, ça ne respire pas la joie de vivre, mais le titre déjà était annonciateur.

 

 

 

 

 

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09 octobre 2018

Francesco Rapazzini : "Un été vénitien"

Francesco RAPAZZINI : Un été vénitien

un été vénitien

Venise, ah Venise ! Thème éternel, personnage de roman à elle seule ! Venise ! Ici c'est la Venise des vénitiens, de ceux qui vivent là, de ceux qui ne partent pas, de ceux qui passent leur été le long des rios et autres fondamente, qui se baignent sur place, ou au Lido. Et surtout la Venise de Francesco, vénitien de 17 ans en 1978. L'été il fait chaud, et à 17 ans on sent que l'on est en train de franchir un seuil, de passer peu à peu de l'autre côté, de quitter définitivement un monde qui n'existera plus désormais.

Passage donc, découverte des émois amoureux, du désir, ode à l'amitié, à la vie de quartier, aux repas partagés entre voisins et aux rêves.

Pour les rencontres, Venise se pose là. Traversée en permanence par des visiteurs qui restent un peu, qui passent l'été, qui partent , qui reviennent ... on croise au détour du récit Peggy Guggenheim ou Anthony Burgess, telle comtesse dont le palais borde la grand canal ...

C'est bien écrit, certes, mais le récit trop linéaire tarde à susciter l'intérêt. Malgré l'ambiance, qui imprègne bien le lecteur, comme une moiteur estivale et maritime, on se demande où l'on va ... Et l'on va irrémédiablement vers la fin de l'été, comme Venise va peu à peu vers la fin d'une ville qu'elle ne sera plus, quittant son innocence enfantine pour dépérir lentement mais sûrement sous les coups sans cesse plus ingrats d'un tourisme envahissant et destructeur.

Merci à Babélio de 'avoir permis de faire ce voyage littéraire , grâce à Masse Critique.

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02 octobre 2018

Jean Echenoz : "Je m'en vais"

Jean ECHENOZ : "Je m'en vais"

je m'en vais

 

Quel bon bouquin encore ! Du grand Echenoz, comme on l'aime: exigeant avec la langue, rigoureux avec la trame, désopilant avec les situations ...

Ce roman a reçu le prix Goncourt en son temps, ce qui, en soit, ne signifie pas grand chose car cela dépend de la première sélection du comité cette année là.

Ici on est dans la veine de Cherokee en moins déjanté. Mais l'insignifiance est poussée à l'extrême : les personnages, notamment Ferrer le marchand d'art dépressif magnifique, l'intrigue invraisemblable dans le milieux du marché de l'art contemporain et les événements qui se succèdent toujours à la limite de l'absurde, mêlant intrigue criminelle et petits faits du quotidien.

Mais tout le charme réside dans le talent de l'auteur pour utiliser son génie de l'écriture au service d'une si petite histoire. On peut s'ennuyer ferme à la lecture de ce roman, si l'humour, la dérision, la critique du milieu de la création plastique contemporaine cachés dans le texte n'apparaissent pas au premier coup d'oeuil. Mais qui se laisse emporter par cette prose se délecte de ce conte noir et drôle, déprimant et vigoureux à la fois. Un état d'esprit, quoi.

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17 septembre 2018

Marin Ledun : "Au fer rouge"

Marin LEDUN : "Au fer rouge"

au_fer_rouge

Ça faisait un moment que je voyais le nom de Marin Ledun, sur les réseaux de lecteurs ou bien dans toutes les librairies sans jamais avoir encore pris le temps de m'y plonger. Il avait suscité ma curiosité avec des polars dont l'action prend place au Pays basque, en lien avec les mouvements politico-révolutionnaires locaux. C'est chose faite.

"Au fer rouge" mêle à la fois le banditisme, le trafic de drogue, les affaires immobilières, les luttes écolo-indépendantistes et les flics pourris.

C'est bien mené et bien documenté. Nous sommes dans un polar choral où l'intérêt de chacun est clairement exprimé, toutes les contradictions savamment mises à jour, toutes les embrouilles finement distillées. On navigue dans un monde parallèle pour qui à l'habitude de vivre ou de se promener au Pays Basque, ici on est loin des cartes postales, des tissus rayés et du fromage de brebis.

Le décor est le même, mais l'ambiance est différente. Ici tout le monde est méchant, compromis, corrompu, sans autre de foi que l'argent, le bénéfice personnel ... alors l'intérêt général d'une paix retrouvée, ça intéresse qui ? A moins que de la paix ne naissent des bonnes affaires ? Mais il n'y aura pas que des gagnants dans cette perspective ... chacun essaie de tirer son épingle du jeu, et tant pis pour les autres.

Un roman sombre, au rythme élevé, sans aucun temps mort, qui entraîne le lecteur dans le coeur d'un système qu'on espère quand même issu de l'imagination de l'auteur.

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05 septembre 2018

Cécile Coulon : "Trois saisons d'orage"

Cécile COULON : "Trois saisons d'orage"

Trois saisons d'orage

Les saisons d'orage sont annonciatrices de drame. Ici le drame s'étend sur trois générations, c'est dire s'il est profond. Et pourtant ...

Ça commence comme du Giono, la vie du village à travers celle de son médecin de campagne qui arrive de la ville. L'essor du village est fulgurant, dû à l'acharnement de quelques entrepreneurs dans l'exploitation de carrières de pierre blanche. Un village reculé pourtant, où les gens ne viennent pas s'installer. La communauté villageoise vit dans un entre-soi que la venue du médecin va perturber, bien malgré lui.

Existe t-il une force, telle celle de l'orage, capable de ravager un équilibre qui semble inébranlable ?

Le développement de l'activité va engendrer de nouveaux besoins, de nouveaux habitants vont s'installer, les promoteurs immobiliers vont lorgner sur cet espace au décor époustouflant ... la génération suivante va t-elle savoir préserver l'esprit du village ? Et cet esprit est-il compatible avec l'amour qui peut attirer deux êtres différents, l'un de la ville, l'autre du village ?  La troisième génération va-t-elle unifier tous les contraires, toutes les aspirations ? L'orage sera t-il à la fin le plus fort ?

Avec son écriture qui donne du corps aux personnages, aux lieux et aux situations, Cécile Coulon nous transporte dans une atmosphère intemporelle et universelle, dans un roman multiple où les les petits faits peuvent avoir des conséquences décuplées par la relative réclusion des protagonistes.

 

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22 août 2018

Fedor Dostoeivski : "Le joueur"

Fedor DOSTOIEVSKI : "Le joueur"

 

Le joueur

Amour et jeux d'argent dans la bonne société européenne du XIXème siècle.

De l'amour il en est question, l'amour que voue le narrateur Alexei pour Pauline, par exemple, ou l'amour du général pour Mademoiselle Blanche. Des jeux d'argent il en question également. De façon très visible à travers la table de roulette du casino de Roulettenbourg, mais aussi à travers les dettes et les hypothèques du général, et à travers la perspective d'un héritage de la vieille grand-mère ... Tout le monde croit qu'il va gagner !

C'est l'illusion du jeu et de la vie. De façon générale beaucoup perdent, et certains perdent gros, très gros même.

Ce court roman, écrit sur commande, est un brin mélancolique. Notamment ce personnage d'Alexei, précepteur chez le général, qui représente ce qu'on pourrait appeler "l'âme russe" et qui contribue par la narration qu'il fait des évènements à donner le ton. On alterne les sentiments de joie intense et de tristesse profonde. Comme sur la table de roulette, lorsque la mise fût la bonne à plusieurs reprises et que l'heur tourne.

Si l'amour est un jeu, est-ce un jeu de hasard ?  Comment saisir sa chance au bon moment ? Comment discerner ce qui chez l'autre indique qu'il est temps de s'en aller, de sortir, de quitter définitivement cet enfer ? En matière d'amour et de jeux, les conseils des "amis" ne sont jamais avisés, mais ici, comme souvent, même un homme averti ne vaut pas grand chose, surtout s'il perd.

Un bon roman qui permet une entrée en matière pour découvrir l'auteur sans s'attaquer aux monuments.

 

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14 août 2018

James Lee Burke: "Texas forever"

James LEE BURKE  : "Texas forever"

Texas Forever

S'il est commun d'associer le nom de James Lee Burke à la Louisiane, ici le héros est clairement le voisin : le Texas. On entre, sous le prétexte de deux détenus évadés qui fuient la Louisiane,dans la genèse de la constitution de cet Etat dans les années 1830. C'est douloureux. Le vaste territoire est alors sous la domination mexicaine dont l'armée maltraite tout à la fois les colonies des protestants anglophones et les villages indiens qui bordent les rivières.

L'ambiance est donc à la guerre, mais pas si franchement que ça car une longue partie du roman est consacrée à la fuite à travers forêts, bois, plaines ...et rencontres, toute une atmosphère bien plantée par l'auteur. Les personnages que ce soit Hugh et Son, les fugitifs, ou bien toutes les rencontres qu'ils font, indiens, brigands, chasseurs de primes, voleurs de chevaux sont bien pittoresques. C'est du western. On passe du vent des plaines à l'odeur des écuries, du sentiment amoureux à la débauche du jeu et de l'alcool.

Le salut des fugitifs se trouve dans cette armée bigarrée en cours de construction sous le commandement de Sam Houston et chargée de ne pas laisser le Texas aux mains des mexicains mais d'en faire une république indépendante.

Une lecture sympathique à la fois pour l'ambiance et pour l'Histoire même s'il ne s'agit certainement pas du meilleur James Lee Burke.

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