29 septembre 2017

George Axelrod : "La température de l'eau"

George AXELROD : "La température de l'eau"

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De l'eau il en est peu question, ici on croise plus souvent de la vodka et du shit, ingurgités à longueur de pages par des prostituées, des starlettes et tout un aréopage de figures plus loufoques les unes que les autres.

Et pourtant tout commence mal. Harvey, écrivain qui enseigne l'écriture dans une école à "best-seller", prépare la lettre qui justifiera son suicide. Une balle dans la peau ? Mais la rencontre d'une de ses élèves va faire dévier sa trajectoire ... pour arriver à Hollywood, dans les usines de la production cinématographique.

Il faut dire que l'auteur, George Axelrod, était scénariste à Hollywood ("7 ans de réflexion", "Diamants sur canapé", (excusez du peu)) et connaît son monde. Ça lui permet d'en tirer tous les travers.

D'un style alerte, maniant la langue, les mots et l'absurde jusqu'au burlesque, il emporte le lecteur dans un tourbillon de cocasseries et d'humour. On rit franchement pour peu qu'on se prenne au jeu.

Écrit en 1971, ce roman vient tout juste de faire l'objet d'une traduction française aux éditions Sonatine.

Merci aussi à Babélio pour ce bon moment de lecture grâce à Masse Critique.

 

 

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23 septembre 2017

Marie Le Gall : "Au bord des grèves"

Marie LE GALL : "Au bord des grèves"

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Les grèves, ce sont quelques galets que a mer découvre à marée basse en Bretagne, sur une presqu'île du Finistère. Elles peuvent servir à déposer le sac et la serviette pour s'adonner aux bains de mer. Elles sont aussi le lieu d'échouage, de navires, mais de biens d'autres choses aussi.

Léna a la cinquantaine. Et apparemment ce passage semble un cap pour beaucoup de femmes (voir mes lectures précédentes) qui ont laissé les illusions et les espoirs dans le passé.

Pour Léna, ici, il s'agira de rencontres, qui a un moment percutent la vie et permettent d'éviter le naufrage.

Le roman est divisé en trois parties, dont la deuxième n'est qu'un interlude entre les deux autres. Dans la première on rencontre Ben, dans la troisième Maria. Ben un jeune américain, bricoleur, rénovateur de vielles demeures, séduisant que Léna aimera. Mais cette rencontre amoureuse suffira t-elle pour combler le vide de l'âme de Léna ?

Et puis Maria, atteinte d'une maladie dont l'issue fatale est proche, et qui permettra à Léna de relativiser, mais qui laisse, par son côté éphémère, un goût amer dans cette amitié sincère qui se construisait.

Bien écrit, certes, ce roman manque quand même de corps, tant il va chercher dans l'introspection. Le registre est un peu triste, un peu gris (d'ailleurs l'illustration de couverture donne le ton) et le tout n'emporte pas vraiment le lecteur, si ce n'est la description attachante de la Bretagne, de ses maisons, des sentiers de bords de mer ...

 

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16 septembre 2017

Marie Redonnet : "La femme au colt 45"

Marie REDONNET : "La femme au colt 45"

 

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Un peu plus de deux heures de train auront suffit pour la lecture de ce roman. A la suite de la répression d'une rébellion dans un pays imaginaire que l'on situe volontiers aux confins de l'Europe de l'est et de l'Asie centrale, Lora s'enfuie laissant mari (emprisonné) et fils (en résistance avec la rébellion). Elle devient clandestine avec pour seul bagage un colt 45 qui lui vient de son père. 

Quelle aventure ! Marie Redonnet, avec des phrases courtes, des chapitres courts, arrive grâce à une puissance évocatrice certaine, à nous faire vibrer avec Lora. Elle connaîtra la menace permanente des hommes, en position de faiblesse s'il n'y avait le fameux colt 45. Mais aussi de belles rencontres.

Forcément la vie change, la conception qu'on en a aussi, la perception du monde alentour évolue, et la personnalité de Lora prend corps dans cette fuite.

Un roman en forme de fable, à l'écriture sans fioritures, qui traite sans pathétique de la situation de ceux qui fuient leur pays, et se retrouvent vite sans rien, dépouillés et à la merci de tous les profiteurs.

 

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15 septembre 2017

Joyce Carol Oates : "Je vous emmène"

Joyce Carol OATES : "Je vous emmène"

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Da la vie étudiante dans le nord des États-Unis dans les années 1960, entre sororités, philosophie, amour et lutte contre la discrimination raciale.

Ce court roman nous plonge dans le quotidien d'une étudiante brillante et d'origine modeste à travers trois faits marquants de sa jeune vie. Tout d'abord, l'installation dans une sororité pour elle qui quitte la ferme familiale, et la construction d'un esprit qui se forge dans la philosophie mais aussi dans la confrontation et dans la remise en question des certitudes. Puis vient le temps de l'amour, du premier amour. Un étudiant brillant, philosophe, un noir. Dans cette Amérique des années '60  au coeur du combat pour les droits civiques, elle deviendra une négrophile au jugement et à la capacité de réflexion altérés par son admiration amoureuse. Enfin, au moment de la mort de son père avec la prise de conscience du lien filial qui les unit.

On rentre dans l'intime, et l'auteure excelle à nous y conduire. Appuyée de réflexions philosophiques issus des auteurs majeurs de la discipline et de réflexions personnelles qui égrènent peu à peu le texte, c'est la fabrication de l'esprit qui est ici mise à nue. Un long processus qui, en nous aidant à briser tous les carcans, au-delà de notre propre histoire et de nos propres obsessions, doit nous conduire à la liberté, à l'infinie liberté.

Il s'agit ici probablement d'un roman particulier dans l'oeuvre magistrale de l'auteure, et le fond autobiographique semble évident et pas seulement par l'époque et les lieux choisis. Joyce Carol Oates a un pouvoir d'analyse, de dissection et de description de la société et des rapports sociaux qui surprend toujours. Absolument remarquable, y compris dans ce roman "autobiographique" qui s'inscrit dans une histoire, dans un contexte.

Une oeuvre singulière, intime, libérée.

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(une des maisons de sororité de l'université de Syracuse, NY)

 

 

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01 septembre 2017

Helena Noguerra : "Ciao Amore"

Helena NOGUERRA : "Ciao Amore"

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Je connaissais la chanteuse Helena Noguerra, dont l'excellent album "Azul" m'a longtemps bercé il y a une quinzaine d'années, je connaissais l'actrice Helena Noguerra, dont le rôle dans "Hôtel Normandy" m'avait agréablement surpris, et j'étais donc curieux de découvrir Helena Noguerra l'écrivaine.

Le moins que l'on puisse dire c'est que ce roman ne laisse pas indifférent. Il peut par bien aspect paraître affligeant, consternant même, tant l'indigence du récit est flagrante. Et pourtant, il y a un petit quelque chose, une étincelle, une lueur, un brin de génie qui illumine au loin.

On est là dans un univers façon "Nouvelle vague", une sorte de "Pierrot le fou" avec des prénoms à la Nothomb.

Quelle invraisemblance dans cette histoire d'amour, de non-amour, de désamour ! Peut-on aimer et surtout se faire aimer fortuitement ? Comme ça par le premier homme rencontré, le prochain qui nous parle ? On lui donne dix jours ou c'est la mort.

La tragédie de l'amour, voilà le fond. Vaincre la séparation amoureuse, le deuil en quelque sorte, par le hasard, le fortuit. A cet égard, ce roman m'a rappelé "L'élixir d'amour" d'Eric-Emmanuel Schmitt .

Amateurs de roman d'amour déjanté, allez-y, sinon on peut allégrement passer son chemin, en espérant ne jamais rencontrer une Cléophée.

 

 

 

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17 août 2017

Delphine de Vigan : "D'après une histoire vraie"

Delphine de VIGAN : "D'après une histoire vraie"

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Que dire qui n'est déjà été dit sur ce roman qui a connu à sa sortie et toute l'année suivante un énorme succès. 

On est, en surface, dans un roman sur l'emprise amicale, telle qu'on l'avait vue dans le roman d'Amélie Nothomb "Antéchrista"  ou dans le film "Respire" de Mélanie Laurent. Mais ce texte a de la profondeur et au-delà de cette étrange relation amicale entre Delphine et L. il y a de l'illusion, de l'illusoire, des faux-semblant. Delphine écrit et publie des romans, dont le dernier, nourri de sa vie personnelle, a connu un grand succès. Au delà de l'écriture, la fiction permet- elle la quête de la vérité ? La fiction existe t-elle vraiment ?  Intéresse t-elle le lecteur ?

Si l'auteur se dévoile, se dénude, s'étale, se dissèque, alors pourquoi cela intéresse t-il le lecteur ?  La littérature est-elle devenue une télé réalité ? Le lecteur est-il un un voyeur ? Les personnages ont-ils une vie réelle au-delà de la fiction ?  Peuvent-ils contribuer à la construction de notre propre moi ?

Telles sont les questions qui naîtront de cette relation entre les deux femmes. Et cette relation, en ce qu'elle conduit à une réflexion sur soi, sur l'essence même de son travail et de sa vie, risque de tout foutre en l'air.

Sans être enthousiasmant, ce roman, fort bien écrit au demeurant, entraîne le lecteur dans ses propres illusions face aux lectures en instillant peu à peu une tension qui ne retombe pas.

 

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04 août 2017

Don Delillo : "Great Jones street"

Don DELILLO : "Great Jones Street"

 

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C'est pas un livre c'est une ambiance, une sorte de roman rock, genre concept album psychédélique et foutraque. A partir d'une idée de départ intéressante, celle d'une rock star mondiale qui décroche subitement, laissant journalistes, fans et musiciens dans l'inconnu, le traitement est particulier. Malgré quelques bonnes réflexions sur l'art, l'artiste, la vie, le marché de la musique, la création ... Il y a aussi des personnages intéressants, et cela bien au delà du seul héros, Bucky. Mais le tout ne prend pas. C'est quelque peu sinistre, l'écriture est laborieuse (bravo en passant à la traductrice qui fait un travail remarquable) et la lecture aussi.

Pourtant en début de lecture j'ai trouvé cette atmosphère et cet humour décalé vraiment génial, j'ai cru être atteint par un coup de coeur, mais la descente a été difficile et brutale, comme après un shoot d'héro. Dommage.

Que le rock soit avec toi malgré tout. Tiens j'vais aller m'écouter L.A.Woman ....

 

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23 juillet 2017

Honoré de Balzac : "Le cousin Pons"

Honoré de BALZAC : "Le cousin Pons"

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La comédie humaine donne ici à voir la face sombre de l'humanité. On devrait presque dire de l'inhumanité tant c'est noir, c'est mauvais, c'est méchant. Balzac explore ici la face sombre, la perversité guidée par l'envie, la convoitise, la haine.

Et pourtant le cousin Pons n'apparaît pas immédiatement comme un personnage sympathique. Véritable pique-assiette, collectionneur, amoureux du bric à brac, il a fini par amonceler un véritable trésor fait d'oeuvres d'art, peintures, bibelots, objets .... qui fera l'objet de toutes les tentations de la part d'une multitude de personnages qui chercheront à capter cet héritage potentiel. La portière Cibot, le brocanteur Rémonencq, les parents Camusot ou Popinot, l'avocat Fraisier, le marchand d'art Magus, le directeur du théâtre... Et dans ce monde perverti, l'amitié réelle (une forme d'amour s'il en est) de Schmucke. Tous  deux sont musiciens de théâtre et s'aiment avec sincérité et désintérêt.

C'est tout le monde de cette monarchie de Juillet qui est ici passée au peigne fin de l'analyse par l'auteur, avec humour et ironie, sans concessions et sans pudeur. C'est magistral par cet aspect. On entre dans les arcanes des relations interpersonnelles régies par le droit que chacun cherche à exploiter au mieux à son profit. Que ne ferait-on pour une rente annuelle qui mette à l'abri du besoin pour le restant de ses jours ? L'amitié véritable et la mort dans tout ça ne sont pas des obstacles et les plus vicieux finiront par l'emporter.

Un grand Balzac.

 

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04 juillet 2017

Dans le sac pour les vacances

Chaleur, torpeur, bonheur ...

 

On remplit le sac avant de partir :

Vacances 2017

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27 juin 2017

Hédi Kaddour : "Les prépondérants"

Hédi KADDOUR : "Les prépondérants"

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"Les prépondérants" c'est le nom d'un club dans l'Afrique du Nord coloniale, fort de ces certitudes de suprématie, de civilisation et de culture. A Nahbès, ville imaginaire d'un territoire sous protectorat, vit une population composite d'indigènes, arabes,  d'européens, colons français mais également italiens et espagnols et de juifs. Cette population se mélange peu ce qui garantit la stabilité de l'édifice. Et pourtant dans cette Afrique du Nord des années 1920, la certitude de l'organisation coloniale sera ébranlée.

"Les prépondérants" c'est le roman de cette fissure, de cette déchirure vue à travers quelques personnages forts, Rania, Si Ahmed, Ganthier, Gabrielle, Kathryn et surtout Raouf.

Hédi Kaddour allume l'étincelle avec l'arrivée d'une équipe de cinéma américaine venue pour le tournage d'un film. Réalisateur, comédiens, techniciens, vont apporter leur vision du monde. Le choc. Et la place des femmes dans ce nouveau monde va ébranler l'édifice séculaire. Trois perceptions s'opposent, celle de la tradition musulmane, celle des colons français et celle d'une nouvelle civilisation conquérante et porteuse d'un message de liberté des peuples depuis la victoire de 1918.

Le monde change et le voyage en Europe, entre la France et l'Allemagne,  nous permet de replacer les événements locaux dans un ensemble plus vaste, fait de vengeance d'un côté et de ressentiment de l'autre. Raouf, le lettré, prend conscience d'une liberté des moeurs et de l'insouciance de la jeunesse porteuse d'un avenir révolutionnaire.

Et le retour au pays, et les soubresauts de la révolte qui gronde, du soulèvement, de l'envie de mettre à bas le système colonial. Mais pour aller où ? Les américains reviennent pour un autre tournage ... et avec eux, dans les bagages, les germes d'une nouvelle colonisation qui s'étendra tout au long du XXème siècle.

C'est un très bon roman, écrit avec beaucoup de soin, très riche, porteur de nombreux thèmes du monde contemporain mais aussi bourré d'anédoctes et de scènes cocasses et drôles. Situé dans un contexte géographique et historique précis, ce texte place néanmoins chaque homme, chaque lecteur aussi, dans un monde complet, global et en perpétuel mouvement.

 

 

 

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