02 avril 2019

Clara Dupont-Monod : "La révolte"

Clara Dupont-Monod : "La révolte"

 

Clara-Dupont-Monod-La-révolte-2018

Aliénor, ses deux maris, ses huit enfants, la deux fois reine. Aliénor, la femme de lettres, l'amie des troubadours, la magnanime. Ici c'est celle qui va se soulever, via ses trois fils, contre son époux, le Plantagenêt, que nous rencontrons. A partir des années 1173, le roman nous emmène dans les fils enchevêtrés qui trament ce complot et ses conséquences. 

Essentiellement à travers la voix de son fils préféré, Richard (Coeur de lion), nous suivons cette période trouble,avec son lot de bassesses, de trahisons, de combats, de coups bas. Aliénor sera enfermée 15 ans. Prisonnière de son mari et de son dernier fils Jean (Sans Terre). Une famille qui se déchire et c'est l'Europe qui s'embrase.

C'est le lien qui unit Richard à sa mère qui est ici mis en avant. C'est le récit de cette passion à double-sens qui va influer le sens de l'Histoire qui est disséqué, jusqu'à l'intime, jusqu'au plus profond de l'âme, comme seul le roman le permet.

Mais si l'intention y est la narration ne la sert pas. Le tout est assez difficile à lire, on a du mal à entrer dans le texte.  Bref la lecture m'est apparue bien fastidieuse, voire parfois pénible. Seule la fin emporte enfin, comme si cette révolte avait été trop longtemps contenue.

 

 

 

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18 mars 2019

Bengt Olhsson : "Syster"

Bengt OHLSSON : "Syster"

syster

Quelle déception ! Voilà un livre qui traînait sur les étagères depuis plusieurs années, que j'avais acheté au moment de sa sortie en poche suite à un flot de bonnes critiques, ici et ailleurs, qui s'est fait attendre mais qui n'a pas su combler l'attente. C'est vide, c'est creux. Soit disant un roman de formation, un roman d'éducation.

Suite à la disparition de sa soeur aînée, Marjorie est placée par ses parents chez sa tante Ilse, afin que ceux-ci puissent effectuer les recherches. Nous sommes en Suède, au bord de la mer. La relation entre Marjorie et sa tante va se construire peu à peu, partant d'un point zéro, d'une sorte d'indifférence bienveillante pour arriver, grâce au quotidien à exorciser les angoisses liées à la disparition de la soeur.

Mais, si le prétexte est bon, le texte ne suit pas. C'est long. On a du mal à comprendre les personnages, que ce soit Marjorie, Ilse, les parents et leurs interactions respectives. Le texte ne véhicule aucune émotion.

Bref, un roman dont le message profond m'a complétement échappé.

Dans cette veine mais parfaitement réussi, il est préférable de lire "Les trois lumières" de Claire Keegan. 

 

 

 

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04 mars 2019

Michel Butor : "La modification"

Michel BUTOR "La modification"

modification

Dans le train à destination de Rome. Ici nous sommes au début des années 1950, et point de grande vitesse, le train avance lentement de gare en gare et vous avez le temps de penser. Voilà tout le drame. Penser à la femme que vous allez rejoindre à Rome, cette femme que vous aimez et qui n'est pas votre épouse. Penser à votre épouse que vous avez laissée, place du Panthéon à Paris. Revoir tous ces voyages entre les deux villes que vous avez déjà effectués, les circonstances, les rencontres. Tous les souvenirs qui remontent et qui viennent percuter l'objet même de ce voyage-ci, de l'inhabituel, de l'extraordinaire, de celui qui va durablement modifier le cours de votre vie. Mais au fil des kilomètres, des heures qui passent, la modification s'opère ...

Et ce voyage, dans la balancement régulier du train, emporte le lecteur par le balancement des phrases. Avec un style imposant, riche, recherché, l'auteur nous transporte. Il ne se passe rien et pourtant. Pourtant, malgré la lenteur et l'exigence de la lecture c'est prenant. La forme attire certes par son esthétisme, mais le contexte est également intéressant pour le lecteur d'aujourd'hui, à l'heure des voyages rapides et de l'esprit sans cesse occupé par les sollicitations des communications modernes. Ce voyage est également un voyage dans le temps. Et Rome, comme un aimant, comme une amante, qui ne sera jamais une ville, une femme ordinaire.

Un charme désuet mais toujours actuel pour ce classique de la littérature française du XXème siècle.

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11 février 2019

Cécile Coulon : "Le coeur du pélican"

Cécile COULON : "Le coeur du pélican"

le coeur du pélican

Je savais que Cécile Coulon aimait la course à pied (entendu à la radio une chronique traitant de son "Petit éloge du running") et comme je partage ce goût également, il me semblait intéressant de voir comment, à l'occasion de ce roman, elle traitait la chose. Bien sûr, ce n'est pas un roman où la course est en elle même le personnage principal (comme "La grande course de Flanaghan") ni même où le coureur est le personnage principal (comme dans "Courir").

Ici, on suit Anthime, un jeune garçon qui va se révéler par la course à pied. Un futur champion, un crack, des capacités hors normes, un gars comme on n'en rencontre peu dans le monde du sport, un qui sort du lot, qui va gagner, qui enfilera les médailles autour du cou ...

Anthime est un coureur certes, mais aussi un homme. D'abord adolescent passionné, le sport lui donne l'occasion de s'exprimer, de forger sa personnalité, de se donner des objectifs, de tout faire pour les atteindre. De beaucoup rêver aussi. De se projeter, de voir sa vie plutôt que de la vivre, .

Mais quid si tout ne se passe pas comme prévu ? La question reste valable au-delà du sport. Elle nous concerne tous et à des moments cruciaux où les choix que l'on fait, les ambitions que l'on se donne, détermineront notre vie future, notre vie d'adulte. Et vingt ans plus tard, il sera temps de se poser la question de savoir si l'on a fait les bons choix. Et il sera temps de se poser la question de savoir si l'on peut encore vivre son rêve d'antan ?

Un très bon roman, bien mené, bien construit, qui nous ramène à notre propre jeunesse, au moment où les engagements que l'on a pris ont déterminé la vie que l'on mène aujourd'hui. On souffle, on souffre avec Anthime, on a mal aux pieds, on est plein de courbatures, mais on sait que ça fait du bien et que c'est pour ça qu'on aime ça.

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01 février 2019

Cyril Gély : "Le prix"

Cyril GELY : "Le prix"

le prix

De la condition des scientifiques féminines dans la première moitié du XXème siècle. C'est compliqué. Mais si cette femme est juive dans l'Allemagne nazie des années 1930 c'est bien pire.

Dans la première moitié du XXème siècle, l'Allemagne a contribué à l'éclosion de découvertes scientifiques majeures pour l'histoire de l'humanité. Et Otto Hahn, chimiste, est de ceux-là. A côté d'Einstein, d'Heisenberg et d'autres. Il va être le père de la fission nucléaire et obtenir le prix Nobel à ce titre.

Et pourtant, aurait-il pu y arriver sans la collaboration active de Lise Meitner avec qui il travailla de 1907 à 1938 ? Lise Meitner, obligée de fuir l'Allemagne nazie en juillet 1938, au moment où leurs teravaux collectifs arrivent à un résultat probant.

C'est tout le postulat de ce roman, huis-clos dans une suite du grand hôtel de Stockhölm, qui brode à partir d'une rencontre qui a eue lieu quelques heures avant la cérémonie de remise du fameux "prix".

Passionnant à bien des égards, ce texte (qui pourrait figurer une pièce de théâtre) revient sur tout le passé de ces chercheurs dans cette époque troublée. Serviteurs de la Science et non du régime, travailleurs opiniâtres, acharnés, ne relâchant jamais l'effort, mus par une passion infinie. Toutes les questions d'éthique de la recherche, du lien entre les sciences et la mise en oeuvre des politiques, de la place et de la reconnaissance des femmes dans ce milieu et dans la société en général, de la condition particulière des intellectuels juifs à ce moment de l'histoire y sont évoquées.Avec une tension dramatique de tous les instants.

Avec talent, l'auteur nous entraîne dans cette grande réflexion en nous plongeant dans l'univers infiniment petit du monde des atomes, de leur structuration et surtout de leur déstructuration.

Un grand merci à Babélio, à Masse Critique et aux Editions Albin Michel pour cet envoi.

 

 

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25 janvier 2019

Adeline Dieudonné : "La vraie vie"

Adeline DIEUDONNE : "La vraie vie"

vraie-vie

Un récit très touchant, qui, par le truchement de la voie de la jeune fille, une enfant même au début du roman, nous fait découvrir à la fois le drame et la joie de vivre. L'espoir ne s'éteint jamais, il en reste toujours une lueur, celle qui pousse, qui entraîne, qui stimule. Et pourtant tout peut s'arrêter là, brutalement, en un instant. Dans cette famille modeste, dans ce quartier, dans ce monde où l'horizon est bouché par la contrainte sociale, par le carcan de la classe, et par toute la violence que cela génère. Et de la violence il y en a !

Mais malgré cette ambiance générale quelque peu austère, voire rugueuse, on se plaît à suivre la pensée et l'action de la narratrice. Le texte véhicule les émotions, le suspens, le fantastique et la surprise au détour des pages.

On retrouve à la lecture de ce premier roman l'art de combiner l'atmosphère la plus terrible avec la fraîcheur de la certitude d'un monde meilleur portée par une jeune fille qui ne craint aucune fatalité. En ce sens il m'a beaucoup rappelé Valentine Goby, aussi bien dans "Kinderzimmer" que dans "Un paquebot dans les arbres".

 

 

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17 janvier 2019

Joyce Carol Oates :"L'homme sans ombre"

Joyce Carol OATES "L'homme sans ombre"

l'homme sans ombre

Qu'est-ce que la mémoire ? Pourquoi le cerveau permet-il d'enregistrer, de conserver et de rappeler des informations ? Peut-on vivre sans mémoire ?

Un homme sans mémoire est-il vraiment un homme ? Telle l'ombre pour la silhouette elle est l'image projetée de l'esprit.

Suite à une infection, le cerveau d'Elihu Hoopes est touché, et c'est la zone de la mémoire qui est atteinte. Impossible pour lui de se souvenir, sauf peut-être de faits antérieurs à sa maladie. Cas intéressant pour le laboratoire de recherches neurologiques de Milton Ferris, il devient un sujet d'études. Connu sous le code "E.H", il sera pris en charge par la jeune scientifique Margot Sharpe.

Jours après jours, tests après tests, c'est la plongée dans les plis et replis de cette machine molle qui permet le fonctionnement de la mémoire. Margot Sharpe va se passionner pour son sujet amnésique, admirative, éblouie par sa personnalité, elle se sent attirée par cet homme. Une étrange relation se noue entre les deux. Mais peut-on aimer un homme qui vous oublie ? Sans passé et sans futur, le présent existe t-il ?

Seule, acharnée, obstinée, Margot va prendre des risques. Ses émotions peuvent-elles l'amener à mettre de côté la rigueur de la méthode et la déontologie nécessaires à un vrai travail scientifique ?

L'auteure, avec une profondeur de réflexion remarquable, un style à la fois fouillé et simple et une construction narrative qui tient le lecteur en éveil, nous dresse-là, à travers ces deux personnages, le destin d'un amour particulier. 

 

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31 décembre 2018

Ron Rash : "Le monde à l'endroit"

Ron RASH : "Le monde à l'endroit"

Le-monde-a-l-endroit

Les exactions de nos ancêtres nous poursuivent-elles à travers le temps et les générations ?

Ici Ron Rash creuse le sillon de l'empreinte à travers le temps du massacre de Shelton Laurel pendant la guerre de sécession. C'est à travers l'histoire de Travis, un adolescent en rupture de parentalité et qui par hasard découvre un champs de cannabis dans un secteur où il aime à pêcher la truite, que le destin va se manifester. Nous sommes dans les Appalaches, en Caroline du Nord, proche de l'endroit où pendant la guerre de sécession un massacre terrible a eu lieu. L'esprit des ancêtres, de ceux qui ont tué et de ceux qui sont morts hante t-il encore les lieux et influence t-il les comportements contemporains ?

Dans ce contexte Travis va t-il pouvoir échapper à son destin ?

La description du milieu rural américain, de sa rudesse et des relations entre les gens qui se connaissent, de ces familles qui se côtoient depuis des décennies est intéressante, comme l'est encore plus la découverte du carnet d'un médecin du XIXème siècle.

Mais le tout manque de fond, les personnages assez stéréotypés, prennent le pas sur l'argument de départ et le lecteur ne plonge pas, n'est pas emporté par les remous de l'Histoire, par les méandres de cet épisode tragique qui a pourtant marqué le lieux et les gens. Dommage.

Une déception pour finir l'année.

 

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18 décembre 2018

Jean-Christophe Rufin : "Le suspendu de Conakry"

Jean-Christophe RUFIN : "Le suspendu de Conakry"

Conakry

J'avais lu Rufin, il y a bien longtemps un été au moment de "L'abyssin". J'en garde un excellent souvenir. Ensuite je ne m'y suis pas replongé notamment dans ses best sellers "Rouge Brésil" ou "Le collier rouge". Mais un petit tapage médiatique aura eu raison de moi, et je me laisse tenter par ce mystérieux suspendu.

Un homme, français à la retraite, que l'on retrouve pendu par les pieds au faite du mat de son voilier amarré dans le port de Conakry en Guinée, voilà qui augure polar et exotisme. D'autant que l'enquête est menée, en marge des services de police par un consul de France, ce qui ajoute une touche originale à l'aventure.

Et comme l'on sait que l'auteur connaît bien l'Afrique et le milieu diplomatique, le récit devrait être intéressant. Et il l'est à plusieurs titres.

Évidemment, il y a l'enquête elle-même, mais ce n'est pas si central que ça finalement, les amateurs du genre polar resteront largement sur leur faim. C'est le personnage d'Aurel Timescu qui tient l'histoire. Ce fonctionnaire atypique et placardisé qui va par un concours de circonstances se retrouver aux manettes et les saisir à pleines mains. Mais c'est surtout l'atmosphère de cette ville portuaire de Guinée, les français entre-eux, l'ubuesque kafkaïsme des services de l'ambassade, une ambiance avec des relents de colonialisme, mais aussi la chaleur, la moiteur, la violence et la débrouille.

Un bon roman, pas un grand, mais un roman plaisant qui se lit vite.

 

 

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04 décembre 2018

Meryem Alaoui : "La vérité sort de la bouche du cheval"

Meryem Alaoui "La vérité sort de la bouche du cheval"

La vérité sort

Dans les rues de Casablanca, près du marché, sur les escaliers, traînent les prostituées qui attendent le chaland. Et parmi elles, Jmiaa. Quelle bonne femme ! Cette histoire apporte de la fraîcheur, contée comme si on partageait un thé sur la terrasse avec une amie par un après-midi de chaleur. Entre copines en quelque sorte.

Jmiaa n'a pas de grands rêves dans la vie, elle essaie de survivre dans ce monde et d'élever sa fille de sept ans. Le hasard des rencontres, des histoires d'amour qui tournent mal, lui feront connaître le trottoir, le commerce de la chair. Jusqu'au jour où une réalisatrice de cinéma cherche à se documenter sur la vie des prostituées à Casablanca.

Deux mondes qui s'ignorent se rencontrent alors.

Dans ce roman, au delà du fond qu'on peut critiquer, c'est le ton qui est brillant. Meryem Alaoui nous emmène, nous transporte complètement, et pourtant on reste en permanence dans le quotidien, souvent le plus futile. Un bon moment de lecture, plein de contrastes, de perceptions du monde différentes, de focales décalées et de gouaille ! Un vrai plaisir ce bouquin.

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